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Cannabis

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"Reffers’ madness"

C’est le titre d’un film documentaire produit par je ne sais plus quel secrétariat d’État des États-Unis dans les années ‘50 – pour autant que je sache – et qui raconte la déchéance des fumeurs de pot.

Témoignage de Jacques Languirand  


J’en ai conservé le vague souvenir en particulier d’une pauvre fille qui, s’étend adonnée à son vice depuis plusieurs années, se retrouve avec les yeux cernés comme dans un film muet de l’époque de Mack Sennett, et la déprime rivée au cœur. Le vrai mélo de bas étage avec l’héroïne qui finit par mourir de phtisie en disant : "Ah! si seulement j’avais su..." À quoi le narrateur répond : "Mais vous, vous savez!" Bref, vous voyez le genre... Un peu à la manière des films sur les dangers, réels ceux-là, de la syphilis avec de saisissantes images d’horreur.

Il s’agissait d’effrayer les éventuels consommateurs de cannabis à une époque où la consommation de l’herbe en question était, à ma connaissance, très réduite et le fait, surtout, des musiciens de jazz. C’est du moins l’impression qu’on avait. Et je revois encore, dans un de ces Newsreels qu’on projetait à l’époque dans les cinémas avant le dessin animé, le talentueux Gene Kruda, brillant batteur de jazz qui avait eu le malheur d’être surpris à tirer un joint dans sa loge pendant l’entracte.

D’après les concepteurs et les auteurs de "Reffers’ madness", le cannabis ne pouvait que rendre fou ses malheureux usagers. C’était le message que l’on diffusait un peu partout et jusque dans les coins de l’Amérique, le nôtre en particulier, où nous n’avions aucune idée de ce qu’était la marijuana.

Aujourd’hui encore, on peut voir ce film dans certains cinémas parallèles où on le présente pour ce qu’il est : une comédie. C’est dans ces conditions du reste que je l’ai moi-même vu, il y a de ça quelques années. Et je dois dire que c’était, une quarantaine d’années plus tard, tout à fait irrésistible.

C’est à quoi je pensais l’autre jour, ayant l’instant d’avant découvert une affiche invitant les passants à participer à un smoke-in, comme on dit un sit-in, pour la légalisation des drogues douces. (Je m’étonne toujours de constater qu’il faut souvent donner dans l’illégalité si on veut être entendu. Je pense à certaines interventions de Greenpeace et de divers mouvements.) Alors qu’en même temps les journaux nous montrent des photos des funérailles de motards qui sont tantôt membres des Rock Machine, tantôt des Hell’s Angels, deux bandes rivales qui se disputent le territoire de la distribution de ces drogues dans l’est de Montréal. On pense à la belle époque de la prohibition aux États-Unis qui a permis à la pègre de prendre solidement racine en Amérique.

J’ai déjà dit et je le répète que je suis en faveur de la légalisation. Non pas que cette solution soit sans inconvénients. Elle aura pour le moins celui qu’entraîne la vente libre de l’alcool, avec ses abus. Et quelques autres inconvénients de plus, du moins au début, comme celui de trouver une autre façon de survivre dans certains pays du Tiers-Monde dont l’économie repose maintenant en grande partie sur la culture du pavot, de la coca et du cannabis – grâce à l’obstination de ceux qui tiennent à tout prix à maintenir la commercialisation de ces drogues.

Cette situation est tragique à tous les points de vue.

Depuis peu, on parle de légalisation des drogues douces. C’est à peu près tout ce qu’on fait, en parler. Mise à part la guerre absurde et perdue d’avance. Le ridicule ne tue pas. Mais peut-être permet-il d’éclairer les esprits. Un processus long. Mais la vie procède souvent par l’usure...

Parallèlement au discours sur la légalisation (la décriminalisation, etc.), on découvre les vertus de certaines de ces plantes et plus particulièrement de celle dont on en savait le moins : le cannabis. C’est ainsi, par exemple, qu’on a récemment démontré que cette plante représente une solution très valable au déboisement des forêts pour la fabrication du papier. Mieux que le bois, le chanvre – qui est le nom générique du cannabis – pousse plus vite, coûte moins et peut être transformé en papier à un coût moindre. Déjà, des industriels courtisent les politiques pour obtenir le droit de cultiver industriellement le chanvre... Curieux retour des choses! Je vous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps – j’étais alors adolescent, c’est donc comme hier – une loi dite "chanvre-lin" non seulement en favorisait la culture mais – tenez-vous bien! – la subventionnait!!! Curieux retour des choses en effet.

 

   

Réaction d'une auditrice
à la suite des prises de position publiques
de Jacques Languirand

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