Jen ai conservé le vague souvenir en particulier dune pauvre fille
qui, sétend adonnée à son vice depuis plusieurs années, se retrouve avec les
yeux cernés comme dans un film muet de lépoque de Mack Sennett, et la déprime
rivée au cur. Le vrai mélo de bas étage avec lhéroïne qui finit par
mourir de phtisie en disant : "Ah! si seulement javais su..." À quoi
le narrateur répond : "Mais vous, vous savez!" Bref, vous voyez le
genre... Un peu à la manière des films sur les dangers, réels ceux-là, de la syphilis
avec de saisissantes images dhorreur.
Il sagissait deffrayer les éventuels
consommateurs de cannabis à une époque où la consommation de lherbe en question
était, à ma connaissance, très réduite et le fait, surtout, des musiciens de jazz.
Cest du moins limpression quon avait. Et je revois encore, dans un de
ces Newsreels quon projetait à lépoque dans les cinémas avant le
dessin animé, le talentueux Gene Kruda, brillant batteur de jazz qui avait eu le malheur
dêtre surpris à tirer un joint dans sa loge pendant lentracte.
Daprès les concepteurs et les auteurs
de "Reffers madness", le cannabis ne pouvait
que rendre fou ses malheureux usagers. Cétait le message que lon
diffusait un peu partout et jusque dans les coins de lAmérique,
le nôtre en particulier, où nous navions aucune idée de ce quétait
la marijuana.
Aujourdhui encore, on peut voir ce film dans
certains cinémas parallèles où on le présente pour ce quil est : une
comédie. Cest dans ces conditions du reste que je lai moi-même vu, il y a de
ça quelques années. Et je dois dire que cétait, une quarantaine dannées
plus tard, tout à fait irrésistible.
Cest à quoi je pensais lautre jour, ayant
linstant davant découvert une affiche invitant les passants à participer à
un smoke-in, comme on dit un sit-in, pour la légalisation des drogues
douces. (Je métonne toujours de constater quil faut souvent donner dans
lillégalité si on veut être entendu. Je pense à certaines interventions de Greenpeace
et de divers mouvements.) Alors quen même temps les journaux nous montrent des
photos des funérailles de motards qui sont tantôt membres des Rock Machine,
tantôt des Hells Angels, deux bandes rivales qui se disputent le territoire
de la distribution de ces drogues dans lest de Montréal. On pense à la belle
époque de la prohibition aux États-Unis qui a permis à la pègre de prendre solidement
racine en Amérique.
Jai déjà dit et je le répète que je suis en
faveur de la légalisation. Non pas que cette solution soit sans inconvénients. Elle aura
pour le moins celui quentraîne la vente libre de lalcool, avec ses abus. Et
quelques autres inconvénients de plus, du moins au début, comme celui de trouver une
autre façon de survivre dans certains pays du Tiers-Monde dont léconomie repose
maintenant en grande partie sur la culture du pavot, de la coca et du cannabis
grâce à lobstination de ceux qui tiennent à tout prix à maintenir la
commercialisation de ces drogues.
Cette situation est tragique à tous les points de vue.
Depuis peu, on parle de légalisation des drogues douces.
Cest à peu près tout ce quon fait, en parler. Mise à part la guerre absurde
et perdue davance. Le ridicule ne tue pas. Mais peut-être permet-il
déclairer les esprits. Un processus long. Mais la vie procède souvent par
lusure...
Parallèlement au discours sur la légalisation (la
décriminalisation, etc.), on découvre les vertus de certaines de ces plantes et plus
particulièrement de celle dont on en savait le moins : le cannabis. Cest
ainsi, par exemple, quon a récemment démontré que cette plante représente une
solution très valable au déboisement des forêts pour la fabrication du papier. Mieux
que le bois, le chanvre qui est le nom générique du cannabis
pousse plus vite, coûte moins et peut être transformé en papier à un coût moindre.
Déjà, des industriels courtisent les politiques pour obtenir le droit de cultiver
industriellement le chanvre... Curieux retour des choses! Je vous rappelle quil
ny a pas si longtemps jétais alors adolescent, cest donc
comme hier une loi dite "chanvre-lin" non seulement en favorisait la
culture mais tenez-vous bien! la subventionnait!!! Curieux retour
des choses en effet.