Je
ne sais plus dans quel contexte la grande dame a exprimé cette opinion. Sans doute
sexuel. Je trouve, quant à moi, la formule assez universelle pour l'appliquer
au présent contexte. Je me souviens de l'époque où ma femme et moi, de même que
nos amis, nous nous cachions de nos enfants pour fumer du pot. Or, un peu plus
tard, ce furent nos enfants se cachaient de nous. Et nous en sommes aujourd'hui,
mes enfants et moi, à nous cacher de mes petits-enfants... Question : à quel
âge les enfants sont-ils assez mûrs pour qu'on leur apprenne la vérité?
Et comment leur expliquer que la vérité familiale ne correspond pas nécessairement
à celle que véhicule la société? Ce qui revient à se demander : À qui sont
les enfants? Et qui décide des valeurs qu'on doit leur communiquer? Et que doit-on
faire quand il arrive que les parents fument du pot avec les professeurs de ces
enfants? Car ma confession, comme celle de Jean-Jacques Rousseau dans le temps,
entraîne, au moins virtuellement, celle de nombreuses personnes. Non pas nommément,
bien sûr. Je ne mange pas de ce pain-là. Mais je peux néanmoins affirmer que je
ne risque pas d'être ennuyé... J'ai
commencé à fumer du pot un peu avant l'Expo 67. Ca fait donc plus de trente
ans. À certaines époques, je fumais régulièrement ; à d'autres, plutôt occasionnellement ;
à d'autres, pas du tout. Ces temps-ci, je suis plutôt un fumeur occasionnel. La
dernière fois que j'ai fumé, c'était jeudi dernier. Au cours de ces trente années,
j'ai fumé avec des ministres, des avocats de la rue Saint-Jacques, des courtiers
aussi, bien sûr, des médecins, au moins deux doyens de faculté d'université, des
journalistes - parmi lesquels il s'en trouve encore qui sont obligés de faire
paraître des horreurs à propos de l'opération Carcajou et qui sont, comme vous
sans doute et comme je le suis moi-même, furieux de constater que jouer aux cow-boys
ne fait qu'augmenter la criminalité... en même temps que les prix de ces matières
sur le marché; j'ai aussi fumé avec des gens bien ordinaires dont certains artisans
de la chanson francophone, des artistes et des techniciens de tout poil de Radio-Canada
et le l'ONF... Tenez! à une époque je ne sais plus quel blanc-bec s'est adressé
à un des directeurs de Radio-Canada pour lui dire qu'il fallait en finir avec
cette plaie et suggérer dans un même souffle de mettre à la porte tous ceux qui
fumaient! Ce directeur, qui avait du cran et un gros bon sens, a répondu que s'il
devait mettre à la porte les employés de Radio-Canada et les contractuels qui
fumaient du pot, il lui faudrait pratiquement vider la maison... Aujourd'hui,
pour autant que je sache, le personnel de Radio-Canada ne fume pas ou très peu.
Et les contractuels de même.
Je
précise quaprès une expérience de fumeur de pot qui s'étend sur plus d'un
quart de siècle, je ne suis pas pour autant passé à la seringue. La corrélation
que l'on fait entre la consommation de pot et le passage à la seringue tient,
quant à moi, de la paranoïa. Ce qui pousse au passage à la seringue c'est la pauvreté,
l'absence de débouché et le chômage, la misère matérielle et morale dans une société
dysfonctionnelle. Il ne faut pas prendre les symptômes pour des causes.
J'avoue
qu'il m'a fallu trouver en moi un certain courage pour sortir du "closet"
Garde-robe... Si je le fais, c'est que j'ai décidé, à cette étape de ma vie,
de régler certains comptes avec moi-même. Comme je le dis parfois : je ne
veux pas qu'après ma mort mes petits-enfants viennent cracher sur ma tombe parce
que j'aurai manqué de courage. Je le fais aussi parce que la décriminalisation,
et même la légalisation, a été un des combats (mous, je le reconnais) de ma génération
auquel elle a du reste renoncé depuis, la retraite ou la semi-retraite aidant.
Ce qui revient à dire qu'on a pelleté le problème dans la cour de ceux qui suivent.
Ce n'est d'ailleurs pas le seul problème que nous ayons pelleté de la sorte. Ma
confession publique revient donc à un acte de solidarité avec les générations
qui suivent et qui reprennent le combat contre la bêtise humaine. Car je ne trouve
pas d'autre expression pour parler de la situation dans laquelle nous sommes,
une situation qui profite au crime organisé qui, par ailleurs, fait des criminels
de simples tripeux.
En
ma qualité de dinosaure, je signale qu'on trouve dans les premières éditions de
La flore laurentienne du bon Frère Marie-Victorin, à l'article
"Cannabis sativa"
de bien tripatives informations : comme, par exemple, que cette plante magnifique
pousse à l'état sauvage au Québec ( de là à parler de patrimoine...), qu'on la
trouve souvent près des bâtiments, poulaillers et porcheries, et qu'en fumer les
feuilles "procure des rêves délicieux"
textuellement! Je me dis
que le bon Frère serait fier d'apprendre que, par suite de croisements patients,
de boutures audacieuses, voire d'interventions bio-technologiques savantes, le
pot qui pousse présentement au Québec, du moins celui que l'on considère comme
le meilleur, a obtenu récemment la seconde place lors d'une dégustation à Amsterdam...
C'est pas mal pour du p'tit québécois. Mais le bon Frère serait
sans doute encore plus fier d'apprendre que le Québec, malgré les descentes policières,
est devenu autosuffisant en la matière et, qui plus est, exporte en Nouvelle-Angleterre
une bonne partie du pot quon y consomme. Il y a des moments, pour tout dire,
où je suis vraiment fier dêtre canabiso-québécois!
Je
déplore l'audace de certains chercheurs qui parviennent à démontrer des hypothèses
de travail inspirées par des valeurs morales. Je pense à une recherche faite à
l'Université d'Ottawa démontrant que la consommation de pot inhibait les performances
sexuelles à une époque où des centaines de milliers dusagers
peut-être même des millions recourraient régulièrement mais sans excès
(pour la plupart) à cette herbe pour augmenter et affiner leurs sensations au
cours des rapports sexuels. Mais que sont des centaines de milliers dusagers,
peut-être même de millions, auprès de lobstination de quelques scientifiques
de lUniversité dOttawa. À moins que les chercheurs naient confondu
une certaine lenteur dans la performance, dont personne navait jamais trouvé
à se plaindre, avec une forme dinhibition.