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Projet de civilisation


Une action visant à contrer la résistance au changement peut être envisagée sur deux plans:

  • celui de la société

    Que la société se donne un projet. La formule est dans l’air. Mais pour concevoir un tel projet et le mener à bien, il faut des acteurs sociaux éclairés et capables d’agir plutôt que de réagir.

    Un projet de société suppose en effet une interaction entre des acteurs sociaux conscients, qui se traduise par des actions concrètes.

  • celui de l’individu

    C’est d’abord et avant tout, selon moi, à son propre niveau que chacun doit intervenir, pour lever l’obstacle que représente les mentalités. En définitive, tout dépend de la qualité de l’individu, de quelques individus – d’où le modèle du guerrier.

 

 
Une méthode est nécessaire : la prospective, peut-être?

"Il faut juger ce qu’aujourd’hui nous sommes, à partir de l’avenir, au lieu de faire la démarche inverse, qui est la démarche courante et qui consiste à décider de l’avenir d’après ce que nous sommes actuellement."

BERGER, Gaston

 

Je voudrais simplement souligner ici qu’il n’y a pas de projets de société, de démarches collectives, de mouvements révolutionnaires ou même évolutionnaires qui n’aient été amorcés par quelques individus, parfois même un seul. Les projets, les démarches, les mouvements sont tous nés de l’inconscience ou de la conscience d’une minorité d’acteurs sociaux. De l’inconscience, si on pense à certains mouvements de masse où l’individu perd son identité, au service de causes (souvent historiques) déplorables, comme celles qui sont inspirées par l’intégrisme, le racisme, etc. De la conscience si on pense à certaines démarches collectives pour des causes justes... On voit bien la difficulté de définir ce mot dont le sens dépend très souvent de ce que l’on est de tel côté de la barricade plutôt que de l’autre. Mais ce n’est pas ici le lieu de débattre de cette dimension de toute action pas plus que de l’usage de moyens considérés comme injustes (par qui?) pour servir des causes considérées comme justes (encore une fois, par qui?). Mon propos concerne la crise de la civilisation et la nécessité de trouver des solutions aux problèmes auxquels nous nous heurtons. Pour ce faire, nous devons trouver des acteurs sociaux qui s’attellent à la tâche. Mais l’opposition entre l’inconscience ou la conscience qui, selon le cas, inspirent les projets – de même que celle entre les causes justes ou non, et entre les moyens justes ou non – fait nettement ressortir la nécessité pour ces acteurs sociaux, pour ces nouveaux guerriers, de poursuivre parallèlement à leur action une démarche psychospirituelle. Seule une telle démarche peut permettre à ces guerriers de se libérer (relativement) de leurs motivations obscures, de devenir aussi transparents que possible à eux-mêmes, et d’adopter des attitudes et des comportements adultes.

Je me rends bien compte de la difficulté dans laquelle on se trouve très souvent dans l’action, difficulté qui consiste à ne pas, pour une cause juste, se salir les mains – pour paraphraser le titre d’une pièce de Jean-Paul Sartre qui porte précisément sur cette difficulté. Je ne pense pas souffrir d’angélisme... À un moment ou l’autre, tout acteur social, tout guerrier devra résoudre cette énigme... dans le fond de son cœur. L’éthique se traduit par des choix individuels – toujours – et le sens de l’éthique ne peut se développer que chez des individus conscients. De là vient la nécessité, encore une fois, du travail sur soi et l’importance d’identifier des modèles pour étayer sa démarche. De là vient, enfin, le modèle du guerrier.

 


un pour cent fait la différence

C’est Margaret Mead qui, à ma connaissance, a été la première parmi les chercheurs des sciences humaines à soutenir qu’il suffit qu’un pour cent de la population adopte un nouveau comportement pour que s’amorce un effet d’entraînement. Cette constatation représentait en fait une application à sa discipline, l’anthropologie, d’une loi de l’évolution en biologie, qui a trouvé récemment une confirmation éclatante.


Les techniques de la biologie moléculaire moderne permettant de comparer directement les protéines d’un petit échantillon de sang ou de tissu d’un animal avec celles d’un échantillon prélevé sur un membre d’une autre espèce, il a été démontré que
moins de deux pour cent de notre matériel génétique, l’ADN, diffère de celui d’un gorille ou d’un chimpanzé pris au hasard. Si on le compare à celui d’un chimpanzé pygmée, on peut dire en arrondissant les chiffres que seulement un pour cent de notre ADN est humain. Nous sommes donc, à 99 pour cent, des singes...

 

Qui osera dire maintenant qu’un pour cent ne peut pas faire la différence?! Il en va de même de la conscience collective.

Quant à moi, je sais m’adresser surtout à des acteurs sociaux qui se recrutent parmi un pour cent (à trois pour cent) de la population: leaders d’opinion, agents de changement, entrepreneurs, cadres d’entreprises, commis de l’État et intervenants dans divers domaines (tels que l’éducation, l’enseignement, la santé...) qui remplissent une fonction d’encadrement et jouent un rôle actif dans la société.

La solution de la crise se trouve donc dans la démarche d’une minorité agissante composée d’individus conscients qui poursuivent un travail sur eux-mêmes; et qui, à une étape de leur évolution personnelle, s’engage au plan social.

Ce que je préconise, en somme, peut se ramener à la formule suivante: la réforme du monde par la réforme de la vie personnelle. Tel est le programme du guerrier.

   
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