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Pays-Bas

 


Extraits du Journal de Prospéro;

récit de voyage de Jacques Languirand
en tournée avec le théâtre Repère

 

 

dimanche 15 août

Je prends place avec quelques autres dans un mini-bus qui va nous conduire de l’aéroport au centre-ville d’Amsterdam où nous serons logés. Je me retrouve à l’avant avec le chauffeur. La conversation s’engage donc avec le chauffeur qui est aussi, je le découvre bientôt, un des directeurs de l’agence de spectacles qui nous a fait venir.


 


J’ai tout le temps de dire à notre hôte que je m’intéresse depuis longtemps aux Pays-Bas. J’en connais un peu l’Histoire. J’ai toujours été séduit en particulier par l’esprit de tolérance des Hollandais. Les Pays-Bas ont été une terre d’accueil pour plusieurs grands noms de l’Histoire. J’évite cependant de lui parler de leur attitude d’ouverture face à la prostitution et à la drogue, afin de ne pas ramener à ces seules questions leur valeur de tolérance. Leur point de vue sur la prostitution et la drogue est bien connu: l’interdiction, la prohibition, la criminalisation créent toujours plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.

Leur attitude de tolérance repose sur le respect des libertés individuelles qui s’inscrit, toutefois, dans un contrat social où les devoirs de l’individu, sa responsabilité font le contrepoids. Mais le risque pour un pays de tolérance, ces années-ci, serait d’attirer des étrangers disposés à jouir de cette condition sans pour autant cultiver eux-mêmes cette valeur à l’endroit des autres. C’est tout le problème que pose l’immigration dans certains pays et particulièrement, je dirais, au Pays-Bas. Une question assez peu "politically correct", je le reconnais, mais qu’il faut bien soulever tout de même. Les progrès réalisés par le féminisme, pour prendre cet exemple, ne sont pas toujours reconnus d’emblée par les néo-citoyens. À quoi notre hôte me répond:

– Il y a un risque, c’est certain, qu’une valeur comme la tolérance ne soit pas adoptée spontanément par tous les arrivants. Mais si la majorité continue de la véhiculer, malgré les résistances qu’elle rencontre à prime abord auprès des immigrants, ils finiront bien par l’adopter eux-mêmes ayant constaté qu’on est plus heureux dans une société tolérante... Tout simplement.

Une réponse qui s’inscrit parfaitement dans la tradition hollandaise.

J’en viens alors à aborder la question, pour le moins insolite, des tests d’intelligence. Comment expliquer, en effet, que dans tous les tests d’intelligence, qui mesurent ce qu’on appelle le quotient intellectuel, la moyenne hollandaise soit toujours de dix points supérieurs à la moyenne générale? Encore faudrait-il savoir, bien sûr, ce que mesurent ces tests... Il n’empêche que cette constatation soulève bien des questions. Et à supposer qu’elle soit significative, elle le serait de quoi, au juste?

Mon hôte, quant à lui, est sceptique. Je n’en attendais pas moins. Peut-être ces tests mesurent-ils, en fait, le degré de conformisme ou de conditionnement en fonction des valeurs occidentales ou bourgeoises... Je parviens malgré tout à l’entraîner sur le délicat terrain des hypothèses. Il y a celle des langues: la plupart des Hollandais sont polyglottes. Facteur d’intelligence, me semble-t-il, du moins dans le sens où le mot est pris dans les tests. Et aussi, par la force des choses, facteur de tolérance. Il semble exister une corrélation entre la tolérance et l’intelligence... Mais est-on plus intelligent quand on est tolérant? Quant à moi, je le pense. Ou bien devient-on plus tolérant quand on est plus intelligent?Je le pense aussi... Ou alors peut-être l’intelligence doit-elle s’entendre dans le sens de l’adaptabilité... Parle, parle, parle, jase, jase, jase... Enfin, comme nous approchons de notre point d’arrivée, j’en viens à exposer en quelques mots l’hypothèse que j’ai pour ma part fini par adopter. Je ne sais pas si elle est juste mais elle a du galbe! Sans compter qu’elle est aussi un tantinet utopique, ce qui n’est pas pour me déplaire. Albert Einstein disait: "Ce sera l’utopie ou la mort..." La voici donc:

 

Le modèle hollandais

L’obligation où se sont trouvés les Hollandais, depuis le début de leur Histoire, d’écarter la menace que représente la mer – une partie du territoire se trouvant sous le niveau de la mer – a favorisé l’émergence d’un esprit communautaire, de la conscience que la survie de la collectivité dépend de la solidarité des individus, conscience qui détermine leur aptitude à résoudre les problèmes communs, à commencer par celui qui représente une menace d’extinction, et qui apparaît comme le mythe fondateur de cette société, auquel sont venus se greffer pour ainsi dire tous les autres problèmes communs. À ce point de mon hypothèse, je fais intervenir la théorie d’Alfred Adler, un des pères de la psychologie moderne, qui suggère quant à lui une corrélation entre le niveau du sentiment social et celui de la conscience, à savoir que plus le sentiment social d’un individu est éveillé plus sa conscience est élevée. Ce n’est jamais qu’une hypothèse mais elle m’inspire un grand intérêt pour ce que j’appelle: le modèle hollandais.

Un peu avant d’arriver à destination, notre hôte me dit:

– Je n’ai pas sur nous-mêmes une opinion aussi flatteuse. D’ailleurs, vous êtes au début de votre séjour... Je serais curieux de savoir, au moment de votre départ, si vous aurez toujours la même opinion...

Il a un petit sourire, narquois peut-être.

Là-dessus, nous arrivons à l’agence de location d’appartements. D’après ce qu’on me dit, l’été venu, des citoyens du centre-ville d’Amsterdam partent en vacances dans le sud et mettent leur appartement en location.

Dans le centre d’Amsterdam, les maisons sont très étroites parce que, dit-on, l’impôt foncier, à l’époque de leur construction, était déterminé (peut-être l’est-il encore aujourd’hui) par la superficie du terrain. Alors, bien sûr, tout le monde a construit en hauteur... Ce qui revient à dire, en pratique, que les escaliers sont tellement à pic qu’il faut presque les gravir à quatre pattes. Par ailleurs, après la deuxième grande guerre, l’évaluation des maisons et le coût des loyers ayant augmentés, la plupart des propriétaires de ces maisons du centre-ville ont imaginé de redessiner l’intérieur de plusieurs d’entre elles afin de disposer d’un plus grand nombre de maisons ou d’appartements plus petits. Ce qui se traduit, dans certains cas, par une disposition des pièces absolument inattendue avec, par exemple, la salle de bain comme une enclave chez le voisin et tout à l’avenant. Cette pratique, qui s’est donc traduite par une réduction des espaces habitables a eu pour effet de chasser les familles dans les banlieues. N’habitent donc aujourd’hui le centre-ville d’Amsterdam, pour ainsi dire, que des couples, surtout jeunes, et des célibataires. C’est peut-être ce qui explique qu’il soit devenu un véritable terrain de jeu international pour jeunes adultes...

   

vendredi 20 août

Hier, après la répétition en fin de journée, pour quelques-uns d’entre nous, ce fut la promenade classique en bateau-mouche sur les canaux d’Amsterdam.

Promenade en bateau-mouche sur les canaux d’AmsterdamAu cours de cette promenade, on peut voir derrière les arbres au bord des canaux du centre de la ville de ces magnifiques maisons qui ont été construites au 17e siècle, considéré comme l’âge d’or des Pays-Bas, et au 18e, par des négociants, des bourgeois. Et non par des nobles. Ce point est très important pour saisir ce que nous devons aux Hollandais. Car ce sont les Hollandais qui ont conçu/défini/élaboré certaines valeurs qui nous sont chères aujourd’hui. En particulier le concept de confort, du home, de même que celui de la classe moyenne, associée au régime démocratique.

À certains moments, la péniche s’arrête et recule un peu pour permettre un virage parfois à angle droit, et poursuivre la promenade dans un autre canal... La manœuvre offre une vue panoramique pleine de surprises avec ses enfilades de ponts au loin...

 
Au début du XVIIe siècle, les Hollandais se sont libérés du joug du maître espagnol – et de la noblesse! – qui détenait le pouvoir. À partir de ce moment, on assiste, dans les Pays-Bas, à l’émergence de la classe bourgeoise. Ce sont désormais les bourgeois qui détiennent le pouvoir.

Grâce à ses marchands et ses explorateurs, entre lesquels existait une véritable symbiose, les Pays-Bas sont rapidement devenus un des grands centres commerciaux d’Europe. C’est alors que sont nées les villes manufacturières mais aussi que sont créées des universités accessibles à tous... Il règne déjà à cette époque un esprit d’ouverture et de tolérance qui n’a son égal nulle part ailleurs dans le monde. Au cours des siècles, les Hollandais ont accueilli un très grand nombre d’exilés des autres pays d’Europe, pour des raisons politiques, philosophiques ou religieuses. Parmi lesquels Spinoza, Descartes, John Locke...

Les Pays-Bas sont nés de la fédération de provinces et de villes qui jusque-là étaient autonomes – et qui dans une certaine mesure le demeurent –, formant ainsi ce qu’on appelle les États généraux. Cette fédération est en fait la première république en Europe – depuis la Grèce antique... Alors qu’on croirait que la démocratie est née en France... ou en l’Angleterre... ou encore aux États-Unis... Je me dis parfois que les Pays-Bas ont un grave problème d’image, de relations extérieures.

La vie des Hollandais tournent autour du home, de l’attachement au home. La maison, la famille, ses habitants. Depuis le XVIIe siècle, ils ont accordé une grande importance au confort de la maison. Ce sont les Hollandais qui ont créé le concept de confort. La cuisine étant la pièce principale, c’est aussi la plus riche de décorations. Comme on peut le voir dans les peintures de Rembrandt et de Vermeer – deux des grands peintres hollandais – qui tout naturellement ont fait des portraits de notables de cette époque, dans leur cuisine. C’est là, dans la vaste cuisine des maisons hollandaises, qu’on trouve les faïences de Delphes, les porcelaines rapportées de Chine... Des objets qui viennent de partout dans le monde. Et des cartes géographiques sur les murs. On observe chez les Hollandais une grande ouverture culturelle. Ce sont les Hollandais qui, par exemple, ont rapporté d’Orient le rituel du thé.

Le rez-de-chaussée de la maison hollandaise est considéré comme la zone publique, le lieu des rapports de la famille avec la société. Mais dès l’escalier qui monte à l’étage, donnant accès à la zone privée, on doit retirer ses chaussures. Car c’est aux Pays-Bas que l’on a d’abord assisté à la féminisation de la maison. Et, relativement, de la société. Les femmes ont l’entière responsabilité de l’administration de la maison. Le pouvoir des femmes/maîtresses de maison est considérable. L’attachement au foyer est une des principales réalisations de l’ère bourgeoise – avant tout une réalisation féminine. Cette valeur devait à un moment être adoptée par le"rêve américain". Mais c’est aux Pays-Bas qu’elle a pris naissance.

La propreté et l’ordre sont de rigueur. À l’extérieur de la maison aussi bien qu’à l’intérieur car les Hollandais ont la responsabilité de la propreté du trottoir qui se trouve devant chez eux. Les rues et les trottoirs aux Pays-Bas étaient déjà propres à une époque où ceux de Londres et de Paris étaient encore littéralement des égoûts!

La notion de la vie privée, l’attachement au foyer et jusqu’au concept bourgeois de confort, de même que, sur un autre plan, le respect de l’individu, la tolérance dans un esprit démocratique, tout ça est apparu au XVIIe siècle dans les Pays-Bas, dans ce qu’on appelait à l’époque les Provinces-Unies des Pays-Bas.

J’estime que nous devons beaucoup aux Pays-Bas, le plus souvent sans nous en rendre compte; et que nous aurions intérêt à nous inspirer, à bien des égards, de ce que j’appelle le "modèle hollandais".

   

lundi 23 août

Sur le trajet, de l’appartement au théâtre et retour, que j’ai emprunté tous les jours se trouve un petit marché aux fleurs. Il y en a plusieurs à Amsterdam. On trouve aussi des charrettes de revendeurs et même des péniches transformées en serres flottantes. Presque toutes les fleurs coupées vendues chez nous viennent d’Amsterdam ou transitent par Amsterdam. Les Pays-Bas contrôlent à peu près 70% du marché mondial de fleurs coupées. Et tout ça, bien sûr, voyage par avion! Les Hollandais sont considérés comme les premiers fleuristes de la planète. Le plus important marché en gros d’horticulture ornementale dans le monde se trouve à une cinquantaine de kilomètres d’Amsterdam. C’est le plus grand bâtiment industriel de l’Europe. Quand on le dit avec des fleurs..., on le dit presque toujours en néerlandais!

Je me trouve maintenant devant la gare centrale d’Amsterdam, un grand bâtiment de briques rouges. Je m’engage sur le pont qui traverse un des canaux de cette Venise du Nord. Il fait sur le pont un vent à "décorner les bœufs". Je découvre plus loin un gros orgue de Barbarie que j’entendais depuis un moment. Alors que ces orgues ont pratiquement disparu dans les autres pays d’Europe, à Amsterdam ils ont résisté. Ce sont aussi de véritables œuvres d’art rococco sur roues, avec leurs colonnades sculptées et leurs panneaux peints.

Je me retourne pour découvrir, de plus loin, la gare centrale à l’extrémité de cette grande place où se croisent dans tous les sens tramways et autobus. Avec ses deux grandes tours de chaque côté, cette gare a l’air d’un château-fort. Sur la face antérieure des tours, on peut voir deux immenses cadrans ou plutôt, sur un côté une horloge, et sur l’autre un cadran qui indique la direction du vent. La mer n’est jamais loin, à Amsterdam... Bâtiment lourd, massif, qu’on dirait construit avec les pièces d’un jeu de lego géant.

 
Parmi les piétons, des bicyclettes qui vont dans tous les sens. Les cyclistes sont d’une audace surprenante. Pour le piéton, la règle c’est de ne pas s’arrêter, son déplacement ayant été prévu – en principe – par le cycliste. Il sait que dans trois secondes, le piéton va se trouver à tel endroit... Il faut avoir la foi! Les bicyclettes blanches sont la propriété de la municipalité. Que n’importe qui peut utiliser à la condition, bien sûr, d’en trouver une qui soit libre; puis, après s’en être servie, de la rendre dans un de ces stationnements pour vélos comme on en trouve un peu partout.

Les tramways d’Amsterdam sont les plus fantaisistes que je connaisse. Pour ce qui est du moins de leur apparence. J’en ai vu un tout à l’heure qui avait l’air d’un mur de graffiti ambulant. Je ne suis pas parvenu à saisir le message publicitaire qui s’étalait sur son flanc. Je me demande même ce qu’un mur de graffiti peut bien vendre. Et ces messages ne se trouvent pas, comme ailleurs, sur des panneaux qui occuperaient un espace prévu à cet effet, mais ils s’étalent sur tout l’espace disponible, parfois même englobant les fenêtres. C’est tout à fait étonnant! C’est même, pour tout dire, un peu délirant! Quant à moi, je trouve à ces tramways un air de fête. Mais peut-être ai-je ici le grand avantage de ne pas comprendre la langue et de considérer ces messages du seul point de vue esthétique. J’ai pourtant fini par en déchiffrer un qui s’étalait au milieu de dessins représentant des morceaux d’orange: "Hett beste under desomde", "Les meilleures sous le soleil" ou quelque chose comme ça. Ma connaissance du néerlandais ne va pas plus loin. Parmi tous les tramways tripatifs, pour ne pas dire franchement psychédéliques, le plus fantaisiste que j’aie vu avait quelque chose de dalinien: sur le wagon du milieu – car les wagons vont par trois –, on pouvait voir deux rangées de dents donnant l’impression de mordre dans le wagon... C’est comme si on pouvait entendre le bruit du métal broyé! À quoi s’ajoute dans le dessin un effet de plissement du métal... Apocalyptique!

 


À plusieurs endroits, au centre-ville, on peut aussi apercevoir de ces murs d’affiches déchirées... Sur un de ces murs j’ai découvert ce qui reste de vieilles affiches. Celles, entre autres, qui annoncent le "North Sea Jazz Festival". Un événement important qui a lieu au début de l’été, en juin... Sur fond bleu un peu délavé, je parviens à déchiffrer les noms de musiciens connus, éprouvés par les intempéries sinon par la vie, tels que de Sonny Rollins et notre héros national: Oscar Peterson... Amsterdam est une ville de jazz: dans plusieurs boîtes, on peut entendre de petits ensembles de qualité.

Je termine cette promenade en face du théâtre où nous avons tenu l’affiche. Je m’attable une dernière fois peut-être à la terrasse du "Bulldog". À côté de cet établissement, il s’en trouve un autre, considéré comme une "institution", le "Dutch Blind Eye", un coffee shop au sens où on l’entend dans les Pays-Bas. Je me suis attardé à lire le panneau qui se trouve dans l’entrée à l’intention des consommateurs: "Les mineurs ne sont pas admis; il est interdit de consommer des drogues dures et d’en faire le commerce; les comportements agressifs sont interdits à l’intérieur comme à l’extérieur de l’établissement; le commerce de marchandises volées est interdit"... Et puis, cette perle néerlandaise: "La vente de drogues douces ne doit pas dépasser 30 grammes par consommateur"...

 
Je me demande ce que va devenir cette belle tolérance dans le cadre des politiques européennes qui sont loin d’être aussi souples. J’ai trouvé un article dans le Folks Kran qui fait état du rapport d’un groupe néerlandais de réflexion qui suggère, dans sa conclusion, de légaliser de facto. Le président de ce groupe déclare: "Nous devons en finir avec les graves problèmes que pose le marché illégal hors de tout contrôle." Ce groupe de réflexion est présidé par un entrepreneur. En toutes choses, les Hollandais sont des gens pratiques, des gens de commerce, des négociants. On précise que les pharmaciens, qui ont été consultés, assurent qu’ils peuvent produire ces drogues, ajoutant même que, dans cette éventualité, on pourrait cultiver dans les Pays-Bas non seulement le cannabis mais aussi le pavot! Une telle politique permettrait, rappelle le rapport, de toucher des taxes et des impôts. Ce qui représenterait un allègement des dépenses qu’entraînent... les mesures de prévention et les campagnes de lutte contre la consommation de la drogue.

Une phrase du Tao Te King, un livre de sagesse chinois, me revient, je la cite de mémoire: "Plus se multiplie les lois et les ordonnances, plus foisonnent les voleurs et les bandits."

 

 
Hier, en fin d’après-midi, avant de me rendre dans ma loge, je suis allé prendre une bouchée au pub du Théâtre. J’y ai retrouvé le codirecteur de l’agence de spectacles qui nous a fait venir à Amsterdam avec lequel je m’étais entretenu, à bord du mini-bus venu nous prendre à l’aéroport de Schiphol. Nous avons échangé à propos de l’esprit d’ouverture des Hollandais, de leur tolérance et du respect des valeurs démocratiques dans les Pays-Bas. Comme nous étions convenus que je lui dirais en fin de séjour si j’avais changé d’opinion, je suis allé le trouver à sa table et nous avons passé un moment ensemble.

– Et alors?

– Hé bien, je n’ai pas changé d’opinion. Il y a toujours ici, aux Pays-Bas, cet esprit d’ouverture aux autres, de tolérance... – et tout ce qui fait de vous une nation dont les autres auraient avantage à s’inspirer. Mais au risque de n’être pas "politically correct", je vous dirai que j’ai observé, comme je le pressentais, que ce ne sont pas tous les nouveaux immigrés qui ont assimilé vos valeurs traditionnelles. Par exemple, le red light – qui est incontournable lorsqu’on passe à Amsterdam, ne serait-ce que pour y faire du lèche-vitrines! – m’a paru plus criminalisé qu’il ne l’était autrefois; et d’après ce que j’ai constaté, passé sous la domination d’une pègre immigrée. J’ai aussi eu la même impression désagréable dans certains coffee shops où je me suis attardé...

Mais mon interlocuteur, en bon Hollandais qu’il est, continue de penser que ces nouveaux immigrés finiront par être, pour ainsi dire, contaminés par la mentalité de la majorité et qu’ils en adopteront les valeurs "parce que, précise-t-il, un jour ou l’autre ils vont découvrir que ces valeurs rendent plus heureux..."

Je suis moins optimiste que lui, mais j’espère que c’est lui qui a raison.

   
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