|
||
|
||
dimanche 15 aoûtJe prends place avec quelques autres dans un mini-bus qui va nous conduire de laéroport au centre-ville dAmsterdam où nous serons logés. Je me retrouve à lavant avec le chauffeur. La conversation sengage donc avec le chauffeur qui est aussi, je le découvre bientôt, un des directeurs de lagence de spectacles qui nous a fait venir. |
||
|
||
Le modèle hollandaisLobligation où se sont trouvés les Hollandais, depuis le début de leur Histoire, décarter la menace que représente la mer une partie du territoire se trouvant sous le niveau de la mer a favorisé lémergence dun esprit communautaire, de la conscience que la survie de la collectivité dépend de la solidarité des individus, conscience qui détermine leur aptitude à résoudre les problèmes communs, à commencer par celui qui représente une menace dextinction, et qui apparaît comme le mythe fondateur de cette société, auquel sont venus se greffer pour ainsi dire tous les autres problèmes communs. À ce point de mon hypothèse, je fais intervenir la théorie dAlfred Adler, un des pères de la psychologie moderne, qui suggère quant à lui une corrélation entre le niveau du sentiment social et celui de la conscience, à savoir que plus le sentiment social dun individu est éveillé plus sa conscience est élevée. Ce nest jamais quune hypothèse mais elle minspire un grand intérêt pour ce que jappelle: le modèle hollandais. Un peu avant darriver à destination, notre hôte me dit: Je nai pas sur nous-mêmes une opinion aussi flatteuse. Dailleurs, vous êtes au début de votre séjour... Je serais curieux de savoir, au moment de votre départ, si vous aurez toujours la même opinion... Il a un petit sourire, narquois peut-être. Là-dessus, nous arrivons à lagence de location dappartements. Daprès ce quon me dit, lété venu, des citoyens du centre-ville dAmsterdam partent en vacances dans le sud et mettent leur appartement en location. Dans le centre dAmsterdam, les maisons sont très étroites parce que, dit-on, limpôt foncier, à lépoque de leur construction, était déterminé (peut-être lest-il encore aujourdhui) par la superficie du terrain. Alors, bien sûr, tout le monde a construit en hauteur... Ce qui revient à dire, en pratique, que les escaliers sont tellement à pic quil faut presque les gravir à quatre pattes. Par ailleurs, après la deuxième grande guerre, lévaluation des maisons et le coût des loyers ayant augmentés, la plupart des propriétaires de ces maisons du centre-ville ont imaginé de redessiner lintérieur de plusieurs dentre elles afin de disposer dun plus grand nombre de maisons ou dappartements plus petits. Ce qui se traduit, dans certains cas, par une disposition des pièces absolument inattendue avec, par exemple, la salle de bain comme une enclave chez le voisin et tout à lavenant. Cette pratique, qui sest donc traduite par une réduction des espaces habitables a eu pour effet de chasser les familles dans les banlieues. Nhabitent donc aujourdhui le centre-ville dAmsterdam, pour ainsi dire, que des couples, surtout jeunes, et des célibataires. Cest peut-être ce qui explique quil soit devenu un véritable terrain de jeu international pour jeunes adultes... |
||
vendredi 20 août
|
||
Au début du XVIIe siècle, les Hollandais se sont libérés du joug du maître espagnol et de la noblesse! qui détenait le pouvoir. À partir de ce moment, on assiste, dans les Pays-Bas, à lémergence de la classe bourgeoise. Ce sont désormais les bourgeois qui détiennent le pouvoir. Grâce à ses marchands et ses explorateurs, entre lesquels existait une véritable symbiose, les Pays-Bas sont rapidement devenus un des grands centres commerciaux dEurope. Cest alors que sont nées les villes manufacturières mais aussi que sont créées des universités accessibles à tous... Il règne déjà à cette époque un esprit douverture et de tolérance qui na son égal nulle part ailleurs dans le monde. Au cours des siècles, les Hollandais ont accueilli un très grand nombre dexilés des autres pays dEurope, pour des raisons politiques, philosophiques ou religieuses. Parmi lesquels Spinoza, Descartes, John Locke... Les Pays-Bas sont nés de la fédération de provinces et de villes qui jusque-là étaient autonomes et qui dans une certaine mesure le demeurent , formant ainsi ce quon appelle les États généraux. Cette fédération est en fait la première république en Europe depuis la Grèce antique... Alors quon croirait que la démocratie est née en France... ou en lAngleterre... ou encore aux États-Unis... Je me dis parfois que les Pays-Bas ont un grave problème dimage, de relations extérieures. La vie des Hollandais tournent autour du home, de lattachement au home. La maison, la famille, ses habitants. Depuis le XVIIe siècle, ils ont accordé une grande importance au confort de la maison. Ce sont les Hollandais qui ont créé le concept de confort. La cuisine étant la pièce principale, cest aussi la plus riche de décorations. Comme on peut le voir dans les peintures de Rembrandt et de Vermeer deux des grands peintres hollandais qui tout naturellement ont fait des portraits de notables de cette époque, dans leur cuisine. Cest là, dans la vaste cuisine des maisons hollandaises, quon trouve les faïences de Delphes, les porcelaines rapportées de Chine... Des objets qui viennent de partout dans le monde. Et des cartes géographiques sur les murs. On observe chez les Hollandais une grande ouverture culturelle. Ce sont les Hollandais qui, par exemple, ont rapporté dOrient le rituel du thé. Le rez-de-chaussée de la maison hollandaise est considéré comme la zone publique, le lieu des rapports de la famille avec la société. Mais dès lescalier qui monte à létage, donnant accès à la zone privée, on doit retirer ses chaussures. Car cest aux Pays-Bas que lon a dabord assisté à la féminisation de la maison. Et, relativement, de la société. Les femmes ont lentière responsabilité de ladministration de la maison. Le pouvoir des femmes/maîtresses de maison est considérable. Lattachement au foyer est une des principales réalisations de lère bourgeoise avant tout une réalisation féminine. Cette valeur devait à un moment être adoptée par le"rêve américain". Mais cest aux Pays-Bas quelle a pris naissance. La propreté et lordre sont de rigueur. À lextérieur de la maison aussi bien quà lintérieur car les Hollandais ont la responsabilité de la propreté du trottoir qui se trouve devant chez eux. Les rues et les trottoirs aux Pays-Bas étaient déjà propres à une époque où ceux de Londres et de Paris étaient encore littéralement des égoûts! La notion de la vie privée, lattachement au foyer et jusquau concept bourgeois de confort, de même que, sur un autre plan, le respect de lindividu, la tolérance dans un esprit démocratique, tout ça est apparu au XVIIe siècle dans les Pays-Bas, dans ce quon appelait à lépoque les Provinces-Unies des Pays-Bas. Jestime que nous devons beaucoup aux Pays-Bas, le plus souvent sans nous en rendre compte; et que nous aurions intérêt à nous inspirer, à bien des égards, de ce que jappelle le "modèle hollandais". |
||
lundi 23 août
|
||
Parmi les piétons, des bicyclettes qui vont dans tous les sens. Les cyclistes sont dune audace surprenante. Pour le piéton, la règle cest de ne pas sarrêter, son déplacement ayant été prévu en principe par le cycliste. Il sait que dans trois secondes, le piéton va se trouver à tel endroit... Il faut avoir la foi! Les bicyclettes blanches sont la propriété de la municipalité. Que nimporte qui peut utiliser à la condition, bien sûr, den trouver une qui soit libre; puis, après sen être servie, de la rendre dans un de ces stationnements pour vélos comme on en trouve un peu partout. Les tramways dAmsterdam sont les plus fantaisistes que je connaisse. Pour ce qui est du moins de leur apparence. Jen ai vu un tout à lheure qui avait lair dun mur de graffiti ambulant. Je ne suis pas parvenu à saisir le message publicitaire qui sétalait sur son flanc. Je me demande même ce quun mur de graffiti peut bien vendre. Et ces messages ne se trouvent pas, comme ailleurs, sur des panneaux qui occuperaient un espace prévu à cet effet, mais ils sétalent sur tout lespace disponible, parfois même englobant les fenêtres. Cest tout à fait étonnant! Cest même, pour tout dire, un peu délirant! Quant à moi, je trouve à ces tramways un air de fête. Mais peut-être ai-je ici le grand avantage de ne pas comprendre la langue et de considérer ces messages du seul point de vue esthétique. Jai pourtant fini par en déchiffrer un qui sétalait au milieu de dessins représentant des morceaux dorange: "Hett beste under desomde", "Les meilleures sous le soleil" ou quelque chose comme ça. Ma connaissance du néerlandais ne va pas plus loin. Parmi tous les tramways tripatifs, pour ne pas dire franchement psychédéliques, le plus fantaisiste que jaie vu avait quelque chose de dalinien: sur le wagon du milieu car les wagons vont par trois , on pouvait voir deux rangées de dents donnant limpression de mordre dans le wagon... Cest comme si on pouvait entendre le bruit du métal broyé! À quoi sajoute dans le dessin un effet de plissement du métal... Apocalyptique! |
||
|
||
Je me demande ce que va devenir cette belle tolérance dans le cadre des politiques européennes qui sont loin dêtre aussi souples. Jai trouvé un article dans le Folks Kran qui fait état du rapport dun groupe néerlandais de réflexion qui suggère, dans sa conclusion, de légaliser de facto. Le président de ce groupe déclare: "Nous devons en finir avec les graves problèmes que pose le marché illégal hors de tout contrôle." Ce groupe de réflexion est présidé par un entrepreneur. En toutes choses, les Hollandais sont des gens pratiques, des gens de commerce, des négociants. On précise que les pharmaciens, qui ont été consultés, assurent quils peuvent produire ces drogues, ajoutant même que, dans cette éventualité, on pourrait cultiver dans les Pays-Bas non seulement le cannabis mais aussi le pavot! Une telle politique permettrait, rappelle le rapport, de toucher des taxes et des impôts. Ce qui représenterait un allègement des dépenses quentraînent... les mesures de prévention et les campagnes de lutte contre la consommation de la drogue. Une phrase du Tao Te King, un livre de sagesse chinois, me revient, je la cite de mémoire: "Plus se multiplie les lois et les ordonnances, plus foisonnent les voleurs et les bandits." |
||
|
||