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Utopie

 

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Nous assistons à l'éclatement de notre civilisation.
Elle éclate comme une explosion au ralenti.
C'est pourquoi nous sommes plus ou moins conscients de cet éclatement.
Mais nous assistons en même temps à l'émergence de nouvelles valeurs.
Une civilisation nouvelle est en train de naître.
Comme la réalisation d'un vieux rêve impossible : la réalisation de l'Utopie peut-être.

   

la crise de civilisation

Avez-vous des doutes à ce sujet ? Je veux parler de la crise que traverse notre civilisation. Quand on vit un événement de l'intérieur, il n'est pas toujours possible d'en prendre vraiment conscience, d'en prendre la mesure. L'inflation se vit au jour le jour : c'est petit à petit que le pouvoir d'achat s'érode... Les petites économies qu'ont faites les vieux, de peine et de misère, nous font sourire. On trouve encore au fond des tiroirs des obligations à 3.75% d'intérêt... Et les valeurs morales s'effritent.

Pour plus de sécurité, je me tourne vers la famille, mais elle n'a plus l'air d'être là. Il y a le chômage et, en même temps, l'augmentation du coût de la vie, y compris des salaires - comme si on vivait dans plusieurs économies à la fois. Un quart des activités scientifiques sont consacrées à la fabrication d'armements. L'énergie du globe, selon les Nations Unies, s'épuise à un rythme annuel dix fois supérieur aux possibilités de remplacement.  Les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres s'accroissent au lieu de diminuer, créant une situation de plus en plus explosive. Il naît chaque jour 300 000 enfants, dont 272 727 pauvres. Nous vivons dans un monde de confusion.

Et, en attendant que s'imposent les nouvelles valeurs qui donnent peut-être naissance à un Age Nouveau, il nous reste sans doute à toucher le fond de la crise; à vivre, jour après jour, l'éclatement d'une civilisation de plus en plus difficile à vivre.

   

Youpi ! et si c'était la fin du monde ?

C'est la question que nous inspire le processus d'accélération, de la divergence, voire d'éclatement dans lequel nous sommes entraînés et la remise en question qu'il suscite. Mais il y a en nous un aspect négatif dont nous devons être conscients : un goût obscur de la catastrophe qui vient de notre instinct de mort.

La perspective d'événements dramatiques, il faut bien le dire, est aussi un dérivatif au sentiment d'ennui que nous éprouvons. On se dit, sans oser se l'avouer, qu'il va enfin se passer quelque chose. Il entre beaucoup de cela dans le besoin, qui se trouve ainsi justifié, que certains éprouvent d'acheter des armes, de se construire des abris anti-nucléaires, d'accumuler des réserves... Il existe des catalogues de produits les plus divers, conçus pour répondre à cette inquiétude. Cela dénote chez certains la perte de tout espoir de changer la société ou même, tout simplement, de la comprendre.

La plupart du temps, on projette sur le monde ses propres angoisses. Tout part de l'intérieur. C'est plutôt là qu'il faudrait bâtir un château fort.

Et si c'était la fin du monde. La fin d'un monde tout au plus. Car rien ne finit jamais, tout se transforme. Et ce qui paraît comme la fin d'un cycle est en réalité le début d'un autre.

 


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''démolition derby''

Le ''démolition derby'' est un événement spectaculaire qui se produit à quelques reprises au cours de l'année sur les circuits de course automobile, qui consiste en la collision systématique de vieux véhicules qu'on achève ainsi, avant de les pilonner pour la récupération du métal.

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Dans les arènes, on a tout sacrifié : des animaux, mais aussi des humains. Ce furent tantôt des chrétiens, tantôt des gladiateurs. Aujourd'hui, signe des temps, on immole des machines !

Mais alors que jadis on immolait des animaux jeunes et vigoureux, les machines qu'on immole aujourd'hui dans les arènes, on les achève plutôt - c'est le coup de grâce. Pour une civilisation qui repose en grande partie sur l'automobile, c'est l'équivalent de la vache sacrée qu'on immole. Ce spectacle s'apparente aussi au rituel initiatique, au rituel de passage : comme dans le labyrinthe, le néophyte, pour triompher de l'épreuve, doit flirter avec la mort, non pas la vaincre, mais la séduire, afin d'en sortir vivant, et de renaître à lui-même à un niveau de conscience plus élevé. Il y a là comme un désir inconscient de revanche contre une technologie qui n'aurait pas tenu ses promesses : les gadgets, on commence à s'en apercevoir, ne rendent pas plus heureux. Ce curieux rituel de démolition s'inscrit aussi dans le contexte de notre société de gaspillage comme aussi bien d'une société où la sensibilité est émoussée - les enfants du Tiers-Monde, avec leurs gros ventres d'affamés, tout le monde maintenant les a vus cent fois...

Pour répondre à notre besoin de stimulation, il nous faut des événements toujours plus violents. Une guerre peut-être. Et si le terrorisme était une nouvelle façon de se faire la guerre... C'est encore le dieu DIONYSOS que l'on célèbre : le dieu de l'orgie, de l'éclatement des structures; le dieu du désordre nécessaire, qui permet d'épuiser les forces obscures de l'être. C'est aussi la Fête alors que tout ce qui est habituellement interdit se trouve autorisé; ici, c'est l'autorisation de détruire, de saccager - une forme de vandalisme qui a l'effet d'une soupape dans une société où la technologie domine la vie, en particulier la technologie de l'automobile.

C'est aussi le goût de la mort en nous. Notre aspect THANATOS.

 

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''Regardez en vous...''

Lorsqu'on parle de crise de civilisation, on a tendance à penser qu'elle se manifeste seulement de l'extérieur : qu'il y a des volcans en irruption, des raz-de-marée; qu'il y a aussi tous les problèmes socio-économiques et politiques... On ne soupçonne pas que la crise, c'est en chacun de nous qu'elle fait le plus de ravage. Nous la portons comme un mal qui nous ronge.

C'est l'aspect de plus dramatique de cette crise.

 


Il y a quelques années, Margaret MEAD, la grande anthropologue américaine, une scientifique respectée dans le monde entier, alors très âgée, prononçait - ce qui allait devenir - sa dernière allocution en public, peu de temps avant sa mort.

''Ne voyez-vous pas que nous sommes déjà atteints dans notre organisme même, par toutes ces pollutions : celle de l'eau que nous buvons, des aliments que nous mangeons, de l'air même que nous respirons ? Que nous sommes déjà atteints par toutes ces radiations qui nous bombardent ?''

''Et ne voyez-vous pas que nous sommes déjà atteints dans notre psychisme même, par toutes ces pollutions ? Et par le bruit, par la congestion urbaine et le stress...''

''Ne voyez-vous pas que nous sommes devenus fous ? ...''

 
La question est brutale, mais il faut se rendre à l'évidence : les personnes qui décrochent du réel sont de plus en plus nombreuses. Qui sombrent dans l'alcoolisme, qui vivent comme des zombis, amortis par les drogues; qui vivent dans la peur, l'anxiété, l'angoisse. Mais tout cela est tabou.  On préfère se taire. Pourtant, regardez autour de vous. Regardez en vous.

En chacun de nous, c'est là que la crise de civilisation fait le plus mal.

   

"Si nous devons en tant qu'artistes témoigner de la civilisation inquiétante qui est la nôtre, en exprimer l'angoisse, nos choses doivent surtout dire l'espérance et ce que nous avons à devenir.''

Jordi BONET

   

... l'utopie peut-être

À travers les fissures d'une civilisation en train d'éclater, il nous semble qu'une nouvelle civilisation est en train de naître : une nouvelle technologie commence à s'imposer qui nous permettrait d'entretenir des relations plus harmonieuses avec la Nature; une nouvelle attitude se dessine, à travers des tentatives comme, par exemple, celle qui vise à recréer dans les villes une vie de quartier, ou encore à reconnaître l'importance des régions; de nouvelles valeurs paraissent émerger qui mettent l'accent un peu moins sur avoir et un peu plus sur être.

Et on se prend à rêver, à se dire : si cette crise que nous traversons allait accoucher d'un âge d'or. C'est le vieux rêve de l'Utopie. L'Utopie naîtra peut-être de ce que le défi est de taille; de ce que nous n'avons pas le choix... L'occasion s'offre à chacun d'entre nous de travailler ici / maintenant à créer un monde plus harmonieux.

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les années '50American dream

Après la seconde guerre mondiale et, en particulier, au cours des années '50, l'American Dream s'est orienté vers la conviction que la science et la technologie, qui en est l'application, pouvaient tout arranger. Cette période où il était encore possible de penser que l'expansion n'avait pas de limite devait s'étendre jusque vers le milieu des années soixante.  Du point de vue mythique, le héros populaire qui illustre le triomphe du gadget est James BOND 007. La fusée parachute, la voiture amphibie, le briquet revolver... Très souvent, du reste, le gadget ultime consiste en un collage de deux vieilles technologies qui paraît les renouveler... Dans la vie, il suffit d'avoir le bon gadget - telle est la leçon de James BOND. 

Expo '67 marque à la fois le triomphe de la technologie, avec ses interventions chirurgicales sur multi-écrans, les gadgets spectaculaires de certaines de ses présentations - c'était du James BOND culturel; mais Expo '67 devait aussi témoigner d'une certaine inquiétude sur le sens même de l'industrialisation, de l'expansion à l'infini et des vertus de la science et de la technologie : elle faisait écho - bien que timidement, il faut le dire - à une remise en question de ce qu'elle voulait célébrer. Car nous étions déjà entrés dans une autre époque.

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les années '60

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C'était celle du psychédélisme.

La vague psychédélique devait beaucoup à la technologie, celle de l'électronique en particulier, qui donna naissance à de nouveaux instruments et à une technologie de diffusion sonore puissante et sophistiquée. Mais cette vague devait surtout se traduire par une véritable révolution au niveau des attitudes.Et l'Occident, comme parvenu au bout de lui-même, découvrait l'Orient. La conscience planétaire se précisait. Avec les instruments nouveaux, les jeunes découvraient aussi le son d'instruments anciens.

Le psychédélisme fut une expression dionysienne, la découverte de la Fête...

L'idée vint à certains de donner à cette Fête des structures politiques. Et bientôt, mêlées aux sons de la guitare électronique et du sitar indien, comme aussi bien à l'odeur d'encens et de mari, on entendit les paroles de contestation d'une jeunesse à la recherche de nouvelles formes de civilisation...

À une époque où la technologie permettait à l'homme de marcher sur la Lune, une grande partie de la jeunesse était davantage intéressée par les espaces intérieurs.

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les années '70

''Depuis un moment, nous sommes en train d'apprendre à force d'expériences douloureuses et amères, que l'organisme qui détruit son environnement se détruit lui-même.

''Je le répète : ce qui pense, c'est le système entier, engagé dans un processus d'essai-et-erreur, et qui est composé de l'homme plus son environnement.''

Gregory BATESON, Vers une écologie de l'esprit, Seuil.

Du psychédélisme et de la contestation paraît avoir surgi un courant - qui, en fait, les précédait - l'écologie.

On dirait que toute la volonté de changement se trouva tout à coup investie dans la nécessité de vivre en harmonie avec la nature : ce fut, pour plusieurs, la découverte d'une alimentation moins industrialisée; pour certains, le retour à la terre... Nous venions d'entrer dans l'ère des technologies douces. Les technologies douces supposent des êtres conscients de leurs responsabilités dans les relations qu'ils entretiennent avec l'environnement naturel et social.

Ces technologies se caractérisent par deux traits : elles sont respectueuses des équilibres écologiques des milieux où elles opèrent; et, dans leurs dimensions et dans leurs usages, elles sont à l'échelle des structures communautaires.

Nous sommes aujourd'hui au stade des premières applications de la technologie solaire. Mais les résultats sont positifs. Ce qui empêche cette technologie de s'imposer plus rapidement - pas pour longtemps sans doute - c'est surtout la force d'inertie : l'habitude que nous avons de vivre autrement.   C'est une technologie qui suppose, en particulier, un nouveau concept d'habitation. Qui suppose aussi une nouvelle attitude.

Le solaire, c'est un mode vie. Autrement dit, tu ne peux pas vivre comme maintenant avec le solaire en plus.  Le solaire exige de vivre autrement. Une nouvelle façon d'être et de se comporter. Et avec l'éolienne, peut-être encore davantage. Parmi les technologies douces, l'éolienne - la récupération de l'énergie du vent - est sans doute la source d'énergie la plus archaïque. L'éolienne sera une des sources d'énergie de demain. Renouvelable et non polluante - qui répond donc aux exigences d'une vie harmonieuse avec, ou plutôt dans la nature.

   

le ''networking''

''Faire du New Age Networking, c'est rassembler l'information-énergie de ce qu'ont été, au cours de la décennie 1968-1978, les expériences individuelles et collectives d'une contre-culture radicale et ésotérique, et mettre ces éléments en relation interactive et symbolique menant à une conscience planétaire et cosmique capable de créer sur Terre une nouvelle naissance humaine.''

J.M. SHIFF, L'âge cosmique aux U.S.A., Albin Michel.

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Cette démarche repose sur le mariage
conscience intérieure / action extérieure,
comme le décrit l'hexagramme ''fong'' du Yi-King,
le Livre de la Sagesse chinoise.

 


''Nous, les activistes des années '60, avions perdu le contact avec nous-mêmes. Les êtres qui ne sont plus en contact avec leur corps et leur âme ne peuvent pas apporter de changement positif.''

Jerry RUBIN, qui fut un des leaders de la contestation, Growing (up) at 37.

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Il s'agit d'un mouvement du Nouvel Age, sans structure, auquel participent tous ceux qui, intéressés d'abord à leur propre croissance, contribuent par leur action à transformer la société. Le Nouvel Age passe par la prise en charge d'une responsabilité de synthèse pour soi-même et, au-delà, pour les autres.

Voici, par exemple, les orientations que propose le New Age Caucus, jeune parti politique californien :

1) Promotion de toutes les conditions publiques et personnelles favorisant une élévation du niveau de conscience et une harmonie avec l'évolution cosmique.

2) Mise en place de structures socio-économiques transnationales créant une conscience planétaire et aidant au ''développement approprié''.

3) Intégration des lois de l'écologie dans la vie personnelle et sociale.

4) Encouragement de toutes les pratiques de croissance personnelle dans l'éducation, la médecine, la culture, la nutrition...

5) Développement du fermage organique et de l'économie des petites entreprises.

6) Adoption des principes du ''style de vie juste'', de la ''simplicité volontaire'' et de la technologie appropriée. Véto total à l'énergie nucléaire.

7) Développement de communautés basées sur une écologie économique et psychique.

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l'Utopie passe par l'intérieur

Avec le recul, il paraît y avoir progrès au plan de l'évolution, vers plus de conscience. La réalisation de l'Utopie, au sens d'une société plus harmonieuse et juste, ne viendra pas du design de l'espace, bien que l'environnement puisse y contribuer.

Arnold TOYNBEE, l'éminent historien, faisait remarquer que dix-neuf des empires qui se sont écroulés au cours de l'Histoire devaient leur chute à la corruption intérieure et non à l'assaut de forces extérieures. La réalisation de la société dont nous rêvons devra passer par l'intérieur : il faut d'abord se transformer soi-même. Il faut d'abord que se dessine une nouvelle attitude.

L'idée se répand depuis quelque temps qu'un surcroît notable de prospérité n'apporte pas nécessairement un surcroît de bonheur.

Parallèlement, on a pris conscience des répercussions désastreuses sur l'environnement d'une production et d'une consommation accélérées.

Deux futurologues suédois, Göran BACKSTRAND et Lars INGELSTAM faisaient remarquer que d'ici la fin du siècle, la Suède produirait et consommerait trois fois plus de papier, six fois plus de produits chimiques, quatre fois plus de produits manufacturés et deux fois plus de nourriture...

Comme la population du pays doit demeurer stable, on se demande à quoi serviront toutes ces augmentations.

C'est une question qui trouve à s'appliquer à peu près partout en Occident.

Le mythe de l'American Dream a fait son temps. Nous devons maintenant renforcer le mythe d'un Âge Nouveau. C'est à nous que revient de donner un sens à la crise que nous traversons; et d'inventer une nouvelle civilisation. Car la réalisation de l'Utopie doit nécessairement passer par l'individu.

 

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