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Vie
communautaire
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Les réflexions qui suivent ont été écrites
à l'occasion
d'une visite dans un centre de vie communautaire.
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Quelle
que soit l'opinion que nous ayons sur le phénomène de l'éclatement familial,
nous nous trouvons aujourd'hui devant la nécessité d'inventer un nouveau
type de société qui prenne appui sur une plus grande diversité de modèles
de relations humaines.
Certains
revendiquent le droit de vivre autrement. Mais comment pourrions-nous
ne pas vivre autrement ? A-t-on le choix de ne pas vivre autrement ?
Il y a, par exemple, qu'on l'ait souhaité ou non, de plus en plus de
familles monoparentales. Il y a aussi des célibataires qui adoptent
des enfants, des hommes presque aussi nombreux que les femmes. Il y
a des couples d'hommes ou de femmes qui forment une famille. Aussi bien
que des couples mariés qui vivent ensemble, à plusieurs, avec ou sans
enfants...
Il
y a aussi les communes et les centres de vie communautaire...
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Tâches communes
La vie communautaire a ses exigences. L'obligation, en particulier, de
partager la responsabilité des tâches domestiques : comme par exemple
une fois par mois, par groupe de trois personnes, les résidents participent
à la préparation des repas. À tour de rôle, on est de corvée de vaisselle;
ou chargé de l'entretien et du ménage d'une partie de la maison. Sans
compter les corvées de grand ménage à certains moments de l'année. C'est
le quotidien qu'il faut assumer, dans un centre communautaire comme ailleurs.
Activités de loisirs
La vie communautaire favorise certaines activités de loisirs. Des groupes
restreints se forment pour prendre, par exemple, des cours de danse ou
de yoga. ou pour pratiquer certains sports déquipe. Comme, un groupe
de personnes loue un chalet de ski pour lhiver ou pour les vacances
dété. On organise aussi des voyages, des excursions dans la nature,
aussi bien que des expériences gastronomiques. Un atelier commun est mis
à la disposition des résidents qui s'adonnent au bricolage -
ce qui permet, du même coup, d'assurer l'entretien de la maison. Il n'y
a pas de salle commune de télévision. Quelques résidents disposent d'un
appareil dans leur chambre. Mais la moyenne des heures passées devant
l'appareil, de trois à cinq heures par semaine, est très inférieure à
celle de l'ensemble de la population -
entre huit à dix fois moins.
Ce qui paraît démontrer que la vie communautaire favorise
plutôt les loisirs actifs... ou encore que ceux qui font partie de ces
groupes sont par définition plus actifs que l'ensemble de la population.
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- Comment en vient-on à voir la vraie famille,
plus ou moins nucléaire, à travers une expérience de vie communautaire ?
La famille d'origine apparaît vite
comme un milieu trop restreint. Auquel on reste malgré tout attaché.
Mais pas assez dynamique. Qui ne se renouvelle pas assez. Le plus
souvent on reste aussi prisonniers de patterns de comportements...
- Comment pourrait-on définir l'esprit
communautaire ?
Chacun vient chercher ici quelque
chose qu'il ne va trouver qu'on donnant, qu'en contribuant à la
cause commune, qui est la vie du groupe lui-même.
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Le centre où nous avons été reçus existe depuis plusieurs années.
Il est d'une grande stabilité. Il regroupe une soixantaine de personnes
de quatre à soixante-quatre ans, dont certaines sont mariées, d'autres
divorcées, d'autres célibataires.
La liste d'attente pour devenir
résident compte de quinze à vingt demandes; et le roulement est inférieur
à 20% par année. La plupart des résidents y sont depuis environ quatre
ans, mais il s'en trouve qui ont plus de dix ans d'expérience de vie
communautaire. Les résidents se recrutent dans divers métiers et professions :
électriciens, infirmières, avocats; comme aussi bien dans le monde des
affaires et de la danse... En revanche, on n'y trouve pas de ce qu'on
appelle des ''intellectuels'', ils ont ici la réputation d'être trop
théoriques. Travailler étant une des règles, on n'y trouve pas non plus
de chômeur, si ce n'est que provisoirement.
Dans le centre communautaire
qui nous a accueillis, une des règles de vie, qui découle de
la Pensée traditionnelle, consiste pour chacun des participants à entretenir
une attitude positive à l'égard de l'autre. Dans la pratique, cette
attitude est entretenue de la façon suivante : dès qu'on se trouve
devant une personne, on s'accorde un maximum de dix secondes pour lui
trouver deux qualités... J'ai fait l'expérience de cette pratique de
façon systématique plusieurs jours et je continue de le faire à l'occasion.
Le résultat est surprenant : cette pratique suffit à élever le
niveau de l'interaction entre les personnes.
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Respect de l'individu
La vie communautaire n'aurait pas de sens si elle ne respectait pas l'individualité.
Un être humain a besoin de s'appartenir. Et pour s'appartenir, il lui
faut du temps pour lui seul ou qu'il accepte de partager avec un ou des
êtres plus près de lui; il lui faut aussi de l'espace pour lui seul ou...
Dans tout groupe de caractère familial, que ce soit la famille nucléaire
ou la famille élargie, il faut parvenir à un équilibre entre les contraintes
imposées par le groupe pour sa propre survie en tant que groupe et la
liberté individuelle. Les deux sont nécessaires pour l'épanouissement
de l'être. Alors la règle pourrait être la suivante : plus les contraintes
du groupe sont fortes, plus il est nécessaire de réserver des espaces
et des périodes de temps pour la libre expression des individus.
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Les expériences de vie communautaire ne sont pas nouvelles. On
en trouve à toutes les époques : elles se définissent le plus souvent
autour d'une idéologie comme celle dont TOLSTOI a inspiré la création
autour de 1900. Ces communautés reposaient sur la mise en commun des
biens et la pratique d'une vie ascétique. Les serres, qui sont souvent
associées aux expériences de vie communautaire, étaient déjà présentes
dans les communes du début du siècle.
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Les communautés qui survivent
La vie communautaire n'est pas une idée nouvelle. Et je ne parle pas
ici des communautés religieuses. Mais, depuis les années '60, on a assisté
à la création d'un très grand nombre de centres de vie communautaire :
ceux de la vague dite "psychédélique", en milieu urbain ou rural
et, plus près de nous, ceux d'inspiration écologique, orientés vers une
forme ou une autre de retour à la terre et d'auto suffisance.
Très peu de ces expériences ont été réussies. La réussite ou l'échec
de ce genre d'expériences est une question complexe. Il semble que la
plupart aient échoué à cause des rapports de domination, souvent inconscients,
entre les résidents. Mais, en revanche, il paraît aussi nécessaire qu'il
y ait une orientation précise et des règles de vie.
De toutes ces expériences, il semble ressortir que les communautés qui
survivent sont :
- Ou bien celles qui ont un objectif matériel très bien défini
comme l'exploitation d'une ferme, d'une entreprise artisanale ou semi-industrielle;
- Ou bien celles qui vivent autour d'une personnalité très forte,
patriarcale ou matriarcale, généralement d'un âge avancé;
- Ou bien, enfin, celles où les résidents partagent des convictions
idéologiques ou philosophiques qui trouvent leur application dans l'expérience
même de la vie commune.
Ce dernier point peut paraître aller de soi, mais il se trouve que plusieurs
expériences de vie communautaire ont échoué de ce que les participants
n'eussent que le souci de leur seule survivance individuelle. Il
est certain qu'une telle expérience exige beaucoup de rigueur de la part
des participants : en particulier, de vouloir donner d'eux-mêmes
au profit du groupe.
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