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Émission du jeudi 17 février 2000 Rediffusée le dimanche 20 février 2000 | ||||
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Confucius à l’honneur | ||||
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" Si
le monde marchait droit, je ne chercherais pas à le changer ", " Rares sont ceux qui pèchent par discipline ", une autre observation de lui qui me plaît bien. Je trouve qu’il est un maître à penser extrêmement tripatif. Confucius est également l’auteur
de cette formule qui est devenue la devise de " Par 4 Chemins " :
Dans la deuxième partie de l’émission, nous allons parler un peu de philosophie chinoise, et de la différence qui existe entre la philosophie de l’au-delà et la philosophie de l’en-deçà.
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Edgar Morin et le défi de l’éducation au 21e siècle | ||||
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Les
cultures adolescentes: |
Nous allons maintenant parcourir un bout de chemin avec un autre Maître, qui est également un peu fou à ses heures et ça nous réjouit bien : il s’agit de Edgar Morin. Nous parlerons de lui mais aussi de plusieurs penseurs qui se sont interrogés sur le défi de l’éducation des jeunes, en particulier en France, au niveau du lycée. En 1997, le ministre français de l’Éducation, Claude Allègre, a demandé à Edgar Morin d’organiser des journées thématiques sur le thème du grand défi du 21e siècle : l’éducation. Le rapport de cette étude, qui est considérable, colossal même devrais-je dire, s’est retrouvé dans un ouvrage que je considère majeur pour les gens qui s’intéressent à l’éducation et qui n’ont pas encore perdu leur foi d’éducateurs. Il s’intitule Relier les connaissances – le défi du 21e siècle, et a paru en octobre 1999, aux Éditions du Seuil.
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Je ne peux pas vous dire que j’ai tout lu de ce rapport d’étude car il contient plus de 470 pages, mais comme je considère que la démarche est très importante, je vais essayer de vous en donner une petite idée, à propos de la thématique générale du moins, mais sans entrer dans le détail.
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Dans l’" Introduction aux journée thématiques ", Edgar Morin rappelle les quatre grandes finalités éducatives :
L’intérêt de cette rencontre était de regrouper les contenus de façon à créer un ensemble pour inspirer les programmes d’enseignement au niveau du Secondaire. Même si ça peut paraître un peu abstrait comme démarche, à travers l’exposé que je vous en fais maintenant, ces propos font partie d’une réflexion pour arriver à voir comment on pourrait repenser les programmes éducatifs de manière à répondre aux besoins d’aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire. " Nous nous retrouvons,
Ce sont les mêmes problèmes auxquels on fait face dans tous les systèmes d’enseignement, du reste, mais peut-être que le fait de se regrouper pour y réfléchir permettra d’arriver à une synthèse qui pourrait inspirer une attitude et une forme d’enseignement dont les éléments seraient plus intégrés qu’ils ne le sont maintenant – alors qu’ils sont communiqués d’une façon décousue et que les jeunes ne voient pas quel est le sens qui relie tous ces enseignements entre eux.
Lorsqu’on parle d’enseigner la condition humaine, ça peut avoir l’air curieux comme formule, mais cela suppose qu’on peut la diviser en sous-thèmes à l’intérieur du programme. " La condition humaine est totalement absente de notre enseignement, fait observer Edgar Morin (et ça vaut pour tout l’Occident) qui la désintègre en fragments disjoints. Or, les développements récents des sciences de la nature et la tradition majeure de la culture humaniste permettraient de dispenser un enseignement faisant converger toutes les disciplines pour faire prendre conscience à chaque jeune esprit ce que signifie être humain. " Ainsi la cosmologie contemporaine, qui a ressuscité et renouvelé la connaissance du monde, permet de reconnaître notre place minuscule de troisième planète dans un soleil de banlieue d’une galaxie périphérique d’un gigantesque Univers, et en même temps nous permet de savoir que chacun porte en soi les particules qui se sont formées dès la naissance de l’Univers, les atomes qu’ont forgés les soleils antérieurs au nôtre, les molécules qui se sont composées sur la Terre avant toute vie. " Les sciences de la Terre permettent de nous inscrire dans notre planète au sein de la biosphère. Les sciences biologiques permettent de nous situer dans l’évolution de la vie. La nouvelle préhistoire nous montre désormais la longue marche de l’hominisation qui fait émerger le langage humain et la culture sans que nous cessions d’être des animaux tout en étant humains. Enfin, l’ensemble des sciences humaines devrait nous permettre de discerner notre destin individuel, notre destin social, notre destin historique, notre destin économique, notre destin imaginaire, mythique ou religieux. | ||||
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" Il importe donc de reconnaître ce qu’est l’être humain, qui relève à la fois de la nature et de la culture " |
" Du côté de la culture humaniste, la littérature, le théâtre, le cinéma nous donnent à voir les individus dans leur singularité et leur subjectivité, leur inscription sociale et historique, leurs passions, amours, haines, ambitions, jalousies. […] Il importe donc de reconnaître ce qu’est l’être humain, qui relève à la fois de la nature et de la culture, qui subit la mort comme tout animal mais qui est le seul vivant à croire à une vie au-delà de la mort et dont l’aventure historique nous a conduit à l’ère planétaire. " Aussi peut-on obéir
à la finalité de l’enseignement On se retrouve toujours aux prises avec le même problème quand on soulève ce genre de questions. Tout cela est bien beau, mais est-ce que les enseignants sont préparés à enseigner ce genre de programme? Peut-être pas vraiment. Alors qui sont ceux qui vont former les enseignants? Voilà la difficulté.
Voilà un autre des grands thèmes soulevés pendant cette journée. " Apprendre à vivre, explique Morin, signifie préparer les esprits à affronter les incertitudes et les problèmes de l’existence humaine. L’enseignement de l’incertitude du monde doit partir des sciences : elles montrent le caractère aléatoire, accidenté, parfois cataclysmique de l’histoire du cosmos (tamponnement de galaxies, explosion d’étoiles), de l’histoire de la Terre, de l’histoire de la vie (marquée par deux grandes catastrophes ayant anéanti une grande partie des espèces), et de l’histoire humaine, succession de guerres et de destructions par lesquelles tous les empires de l’Antiquité ont disparu, et enfin, l’incertitude des temps présents. " Les problèmes de la vie apparaissent dans la littérature, la poésie, le cinéma où l’adolescent peut reconnaître ses propres vérités, y discerner les conflits et tragédie qu’il devra rencontrer. […] La philosophie, enfin, permettra de dégager les problèmes éthiques de l’existence humaine. " Il s’agit donc de relier les connaissances entre elles, de relier ces thématiques de manière à ce que chacun qui enseigne quelque chose qui n’est qu’une partie de ce savoir sache bien qu’il doit le relier à un ensemble, dans une perspective, si vous voulez, de participation consciente de l’Univers. | |||
![]() Edgar Morin |
Je considère cet ouvrage comme un livre-bibliothèque tellement il est riche de toutes les interventions qu’apportent ces intellectuels français, scientifiques, artistes, etc. J’ai fait un compte rapide : il y a une soixantaine d’essais dans cet ouvrage, certains sur des thèmes plus complexes comme, par exemple :
C’est vraiment très étonnant. Ce sont des interrogations à partir desquelles il sera possible peut-être de redéfinir l’attitude globale de l’enseignement. Edgar Morin, qui dirigeait
l’ensemble, est celui qui a introduit chacun des thèmes. Par exemple, pour
le thème du Monde, pour amorcer cette première journée, voici
ce qu’il dit. | |||
" Nous sommes des enfants du cosmos " |
" Je crois que toutes les civilisations, toutes les communautés, ont eu une conception du monde et le souci de situer, d’inscrire les humains dans le cosmos. Or, nous avons affaire, depuis une quarantaine d’années, à un monde singulièrement nouveau. Et nous devons nous situer dans ce monde, duquel nous ne sommes, évidemment, qu’une minuscule partie. Mais le paradoxe est que si cette partie se trouve dans un tout gigantesque, le tout se trouve en même temps à l’intérieur de ces infimes parties que nous sommes, car ce qui nous est le plus extérieur, c’est-à-dire les particules qui se sont constituées au début de l’Univers, ces atomes qui se sont forgés dans les étoiles, ces molécules qui se sont constituées sur la Terre ou ailleurs… tout cela est aussi à l’intérieur de nous. " De là provient notre situation paradoxale que nous devons de plus en plus assumer. Nous sommes des enfants du cosmos […]. Nous en sommes distants et distincts par notre culture, par notre esprit, par notre pensée, par notre conscience, et c’est cette distanciation qui nous permet d’essayer de le connaître et de l’interroger. Je pense que cette double relation qui nous inscrit dans le monde et qui nous distingue du monde doit demeurer présente à notre esprit. "
Le thème de la deuxième journée c’était la Terre " Parmi les objets globaux, les objets naturels que nous voulons étudier, la Terre est un objet tout à fait privilégié, souligne Edgar Morin. C’est notre planète. Qu’est-elle dans le monde, et qu’est-elle pour nous? […] Quatre importants groupes de sciences, chacune polydisciplinaire, sont mobilisés pour cette journée : les sciences de la Terre, la science de l’évolution, l’écologie et la géographie humaine. " À la fin de cette journée, Morin intervient avec la remarque suivante : " Tous ces exposés, en dépit de leur différences de forme, ont quelque chose de commun. Ils ont le mérite de saisir à la fois l’unité (géo-chimio-biologique), la multidimensionnalité et la complexité des problèmes terrestres, où tout phénomène est inséparable d’interactions, de rétroactions, d’interférences. […] Je crois que cela devrait entraîner une complexification de notre vision, ajoute-t-il plus loin, dans la mesure où plutôt que de dégager des lois, on essaye de comprendre des organisations complexes, où apparaissent des événements et des accidents qui ont un caractère perturbateur, parfois destructeur et parfois transformateur. "
À propos de l’écologie dont il était question ce jour-là ainsi que de la menace qui pèse sur l’environnement, il rappelle que le physicien Robert Rocchia " soulignait très justement les résistances à reconnaître les phénomènes catastrophiques qui étaient détectés déjà il y a vingt ans "…
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Les deux niveaux de la philosophie chinoise : l’au-delà et l’en-deçà | ||||
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J’ai toujours été très intéressé par la philosophie chinoise. Incidemment, au départ, il faut préciser qu’il n’y a pas, comme telle, de religion chinoise. Il y a le bouddhisme, le taoïsme, des philosophies qui se sont collées à des religions primitives et qui ont pu remplir les fonctions de la religion, les rites du jour, de l’année, etc. Mais retenons que ce sont davantage des philosophies que des religions. Il existe trois courants de la pensée philosophique chinoise : la taoïsme, le bouddhisme, qui nous est un peu plus familier, et le confucianisme dont il sera surtout question maintenant. Il y a dans la société asiatique un intérêt très grand pour une forme de communautarisme par opposition, si vous voulez, à l’individualisme qui marque profondément notre société d’aujourd’hui en Occident. En Orient, je ne sais pas où ils en sont maintenant, mais ils sont plus portés sur le fait qu’on s’inscrit à l’intérieur d’une société, qu’on doive la servir. En tout cas, c’est la position de Confucius qui enseignait qu’il faut mieux servir la société, mieux servir le monde, mieux servir les autres, et c’est ainsi qu’on parvient à sa propre réalisation. Le confucianisme est une philosophie qui insiste sur les donnés sociales, telles que les relations, les affaires humaines, et qui s’occupe directement et indirectement du gouvernement. On peut l’entendre au sens large de gestion, dans les institutions publiques ou privées, dans les entreprises, et aussi de l’éthique. La philosophie de l’en-deçà s’intéresse donc principalement à la qualité de l’individu dans la société plutôt qu’à sa relation à l’Univers. L’autre forme, celle de l’au-delà, s’intéresse davantage à cet aspect de la qualité de l’individu avec le cosmos, pourrait-on dire.
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Confucius et l’homme de qualité | ||||
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À propos de l’enseignement de Maître K’ong à un moment, je m’étais occupé de regrouper un certain nombre de ses réflexions par thèmes pour mon plaisir personnel. Je voulais aller beaucoup plus loin, faire de même avec tous les philosophes qui m’intéressaient, mais je me suis arrêté à Confucius. – Quand on doit préparer une émission tous les jours, on ne peut pas passer son temps enfermé dans un bureau à faire du triage. Confucius attache beaucoup d’importance à l’homme de qualité (en chinois, junzi). Le junzi est le modèle de l’homme de qualité qu’il propose : c’est le modèle du guerrier, peut-on dire aussi, dans certaines écoles de pensée, qui se réalise lui-même par son action dans le monde. Évidemment, il y a une recherche de perfection là-dedans. Je sais bien qu’on n’est pas tous prêts à appliquer ce que je suis en train de vous dire maintenant, mais travaillons là-dessus, ça va nous faire du bien! Quand je vais vous rencontrer, vous serez peut-être un peu moins poignés… [rires] et moi de même, bien sûr. [rires] Ah! s’inquiéter, se croire emporté par les événements, se sentir écrasé par le poids des choses… c’est justement ce que j’éprouvais ce matin quand je me suis levé, alors je me suis dit qu’il fallait que je me remette à Confucius, pour qu’il vienne m’aider à corriger un peu une orientation aussi lâche. | |||
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