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Émission du mercredi 8 mars 2000 La Journée internationale de la Femme |
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| Une journée
pour les femmes : juste une par année… |
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À Voir
aussi: |
" Aujourd’hui, on discutera malgré tout de la situation des femmes. Juste une journée. Après, comme c’est devenu la mode, on recommencera à parler du désarroi des hommes. " C’est Richard, un ami de Québec, qui m’a fait parvenir cet article paru à la une du Soleil ce matin, sous la plume de Jean-Simon Gagné, dont je viens de vous donner un extrait. Eh oui, ce n’est que trop vrai, après le 8 mars, on reparlera de la détresse des hommes, de la terrible détresse du mâle de notre époque. En début d’émission, le mercredi, on fait état du courrier reçu par la poste ou par internet. Aujourd’hui, le courrier se résumera à une seule lettre, celle qui nous vient de cet ami de Québec. Il écrit : " Quand un congénère a les mots pour le dire, aussi bien s’incliner et ne rien ajouter ", dit-il à propos de cet article de Jean-Simon Gagné dont je vous communique d’autres passages.
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| L’égalité des sexes appartient encore à l’utopie | ||||
GAGNÉ, Jean-Simon. " Pauvre tit-gars! ", Le Soleil, 8 mars 2000. |
" Même certaines féministes s’en mêlent et s’emmêlent. Nombre d’anciennes militantes font amende honorable ou plaident carrément pour le retour aux valeurs traditionnelles masculines. " Le ton de l'article de Jean-Simon Gagné est ironique, je vous le signale, sans quoi vous ne comprendrez pas ce que je suis en train de vous raconter. " Voici donc la Journée internationale des femmes, poursuit plus loin l'auteur. L’occasion de rappeler, entre deux brassées de lavage, que l’égalité des sexes appartient encore à l'utopie. Car qui continue à être victime de la quasi totalité des agressions sexuelles? Qui se retrouve avec les enfants quand le bonhomme fout le camp? Qui continue à être payée moins cher qu’un homme pour un travail équivalent? Bon. Je vous connais. Vous voulez savoir ce qui se passe chez monsieur Tout-le-monde. " Alors voici : selon un sondage SOM-La Presse, publié il y a quelques jours, l’essentiel des tâches ménagères continue à être assumé par les femmes, qu’elles aient un emploi à l’extérieur ou non. Seule exception notable, tit-clin s’occuperait de sortir les ordures, ce qui prouve qu’on a le guerrier intérieur que l’on mérite… [rires] – Il faut bien ironiser un peu de temps en temps quand même! |
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| " Les femmes constituent les deux tiers des analphabètes de la planète " |
" J’allais conclure en évoquant la situation des femmes ailleurs dans le monde. Dans des pays où, justement, le 8 mars sera une journée absolument comme les autres. Mais par où commencer? Par les 100 millions de femmes et de fillettes qui ont subi l’ablation du clitoris? Par les 600 000 qui meurent chaque année des suites d’un accouchement ou d’un avortement clandestin? Par ces statistiques des Nations Unies qui révèlent que les femmes constituent les deux tiers des analphabètes de la planète, et près de 70 % du milliard d’êtres humains le plus pauvre? " La discrimination prend parfois des détours qui dépassent l’imagination. Ainsi, le dernier numéro de La Gazette des femmes rapporte l’initiative déconcertante de la province de Kelatan, en Malaisie, qui a décidé de ne plus embaucher de jolies femmes dans la Fonction publique. Commentaire du chef du gouvernement : ‘ Les jolies femmes trouvent généralement un époux. Nous préférons donner du travail à celles qui n’ont pas cette chance. ’ " Que voulez-vous.
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" Qu’importe le fait qu’ils aient tenu des discours enflammés sur la liberté, l’égalité et la fraternité, les principes universels ne s’appliquent pas toujours à leur douce moitié. " Il est courageux de faire état de certaines citations qui montrent qu’on vient d’une culture qui était particulièrement barbare, même si ce barbarisme était véhiculé par certains de nos plus brillants penseurs. |
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" Jean-Jacques Rousseau : " Saint Thomas d’Aquin : " Bossuet : " Voltaire : " Le mot de la fin appartient à Marcel Pagnol
qui disait le sourire aux lèvres : |
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| Le principe féminin : pour la féminisation des valeurs |
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" Notre civilisation est dominée par l’instinct de mort. Si nous voulons survivre, nous devrons désormais mettre l’accent sur les valeurs féminines. " Il y a plusieurs années, j’ai écrit ces phrases et je ne le regrette pas. Je dois cependant vous dire que ça n’a pas été très facile d’aboutir à cette conclusion. Parce que j’ai grandi dans les années quarante et cinquante alors que les valeurs étaient différentes de celles d’aujourd’hui. On ne se rend pas compte à quel point nous sommes imprégnés des valeurs que véhicule une société. Nous sommes les véhicules involontaires et inconscients de ces valeurs. À un moment, ceux de ma génération ont dû effectuer un virage ou choisir de ne pas l’effectuer. Je vous dirai qu’avec le temps c’est devenu très évident que, dans ma génération, certains hommes n’avaient pas effectué ce virage : on sentait un décalage entre ces hommes et ceux de la génération qui a suivi dont les représentants étaient tout de même plus éveillés à la question de la libération de la femme. Je me suis engagé sur cette voie parce que j’ai réalisé, un jour, que je ne peux pas vivre dans un monde où ma compagne n’est pas un être complet, telle qu’elle est perçue par le Code civil et les systèmes de valeurs sur notre planète, pour ainsi dire – ma compagne, ma fille, ma mère, vous comprenez ce que je veux dire. Il y a un moment où je l’ai pris personnellement. On ne peut pas, nous les
hommes, Il suffit d’une réflexion pour s’engager clairement sur cette voie, même si parfois nos interventions ou l’expression de nos convictions ont l’air un peu boiteuses et maladroites. Parce que ça va tellement contre les idées reçues, contre ce qu’on s’emploie à véhiculer de plus en plus, alors on est excusable peut-être d’être encore un peu maladroit en l’exprimant. Dans ce même texte dont je vous communiquais un extrait, j’avais écrit : " La femme participe profondément de l’instinct de vie. Elle est du côté des enfants, de la nature, des autres, des animaux, des plantes et des choses. Cette passion peut s’exprimer de diverses façons. Le plus souvent elle trouve à s’exprimer dans la famille. Mais ce n’est pas le seul canal possible. " J’ai écrit ces propos concernant la femme dans la perspective d’ouvrir le lecteur, l’auditeur et le téléspectateur à l’importance du principe féminin et aussi parce que je découvrais qu’en moi vivotaient encore de petites valeurs qui ne demandaient qu’à grandir. Et ces petites valeurs-là, auxquelles je tenais malgré tout, c’était des valeurs féminines de coopération, de communauté d’entraide également.
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Je disais plus loin : " Nous devons nous ouvrir au principe féminin, lui permettre de s’exprimer à tous les niveaux, de s’infiltrer comme l’eau dans le tissu social afin d’atteindre les individus en profondeur et de modifier les attitudes. Afin d’inventer une civilisation qui mette l’accent sur l’instinct de vie. Une société qui reconnaîtrait les valeurs féminines reposerait donc sur les principes de communauté d’entraide – qui se traduit entre autres par l’existence de réseaux d’obligations –, et non pas sur celui de la domination, de la compétition, de l’expansion, etc. " En préparant l’émission, je me demandais qu’est-ce que je pourrais bien dire… parce que cette Journée revient chaque année et que je ne voudrais pas qu’on fasse aux femmes le coup classique de la Fête des mères en les invitant à manger un poulet barbecue, ou en leur offrant un bouquet de fleurs tout en se disant : " Bon, à l’an prochain ". Je me suis donc replongé dans ce texte que j’ai commis il y a plusieurs années, Mater Materia, parce qu’il me paraissait parler de l’importance de changer quelque chose en profondeur dans notre société pour faire, à la femme, la place qu’elle mérite. |
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| La dure conquête des femmes :
plongée dans la " structure " du pouvoir |
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| " Les chercheurs voient poindre à l’horizon le siècle de la femme. " |
J’ai aussi découvert dans le Courrier International un article très intéressant qui va dans le sens de ma réflexion, paru dans Die Woche, un hebdo allemand. L’article est de Reinhard Kreissl, l’auteur de plusieurs ouvrages qui ont paru en allemand. Dans " Là où les femmes arrivent, le pouvoir s'en va ", M. Kreissl explique : " Certaines se sentent tellement le vent en poupe qu’elles veulent renoncer aux mesures d’encouragement à la parité. Des quotas pour les femmes, pour quoi faire? On y arrive toutes seules! Les chercheurs voient poindre à l’horizon le siècle de la femme. L’aube des femmes : fin du patriarcat ou changement de la structure des rapports de pouvoir et de domination. On compile les chiffres et les statistiques sur le sujet dans divers scénarios; les changements dans la structure et la culture des entreprises, des universités et des Parlements – qu'on interprète de façon subtile comme une féminisation – prennent un sens historique. Les femmes vont de l’avant, mais où? " L’attrait qu’offre l’image de la lutte des sexes comme lutte pour le pouvoir suscite des interprétations erronées et décrit une victoire précipitée. – Ce qui va dans le sens des propos de notre journaliste du Soleil de tout à l’heure. – Les hommes étaient jusqu’à présent installés à des postes de pouvoir et les femmes, à la maison. Qu’elles en sortent et conquièrent une part des positions occupées par les hommes, et la répartition du pouvoir au sein de la société se modifie à leur profit. Les choses sont pourtant plus complexes. On ne peut reporter les situations de pouvoir sur une carte d’état-major comme des citadelles occupées. L’image du mobile semble plus appropriée : si on bouge le pouvoir à un endroit, tous les autres se mettent en mouvement. On pourrait aussi parler de la nature fluide, amorphe du pouvoir. |
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" Prenons un exemple, propose le journaliste allemand. La part des femmes dans le système éducatif s’est accrue. Au fur et à mesure que l’instruction se développait, une certaine parité entre les sexes s’est installée dans les universités. Cependant, la valeur des diplômes universitaires a, dans le même temps, baissé. On peut recruter des douzaines de docteurs ès lettres des deux sexes à partir des fichiers de l’Agence nationale pour l’Emploi. Mais le nombre de postes intéressants, ou si on préfère de postes de pouvoir sur le marché du travail, n’a pratiquement pas changé. En revanche, les qualifications exigées ont augmenté et la concurrence s’est accrue. " Si, dans les années 50, le diplôme universitaire était réservé essentiellement aux hommes et constituait, pour ceux qui l’obtenaient, un tremplin sûr pour une réussite professionnelle, de nos jours, le nombre de femmes sortant de l’université a certes augmenté, mais la formation n’offre plus les avantages traditionnels nécessaires dans la concurrence pour les postes rares et désirés du marché du travail. " Pour M. Kreissl, l’affaiblissement de la valeur des diplômes ne vient pas de ce que les femmes en obtiennent, là n’est pas du tout la question, mais c’est curieux de voir que lorsque les femmes cherchent à se valoriser en obtenant des diplômes universitaires, les diplômes en question se trouvent dévalorisés… Alors c’est un pas devant et un pas derrière, d’une certaine façon.
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| " Les femmes entrent dans les Parlements, le pouvoir émigre. " |
Pour revenir à l'article, l’auteur fait observer que la même chose se passe en politique : " D’un côté, on annonce triomphalement que le nombre de députés femmes s’accroît, mais, de l'autre, l’espace dans lequel s’exerce la démocratie parlementaire se réduit, l'État-nation s'efface; les femmes entrent dans les Parlements, le pouvoir émigre. " Maintenant, il n’y a plus de pouvoir
en politique, le pouvoir est passé en économique! Les
femmes vont aller en économie, et je vous garantis que si les
femmes triomphent dans le milieu de l’économie, vous allez
voir que l’économie va émigrer. Il y aura des hommes
pour se dire : " Ah dans ce cas-là, ce n’est
pas si important… " " Même les rapports optimistes venant du monde de l’économie recèlent quelques ombres, poursuit l'auteur. Toutes les études sur le sujet font état d’un accroissement de la présence des femmes aux niveaux moyens du management. Or, ce sont justement ces niveaux qui perdent de leur importance. – Curieux non? – […] Reste à savoir si le nombre de femmes qui occupent des postes vraiment importants dans ce réseau est significatif. " On pourrait
allonger la liste des exemples. C’est très dur comme
observation. |
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" Les femmes accumulent des objectifs qui perdent leur valeur quand elles les ont atteints. Mais la vieille règle selon laquelle les hommes tiennent les femmes éloignées des postes importants et cherchent à conserveur leurs propres avantages grâce à leurs cartels est-elle pour autant toujours valable? s'interroge Kreissl. Cette façon de voir a longtemps imprégné la politique des mouvements féministes : les rapports entre les sexes étaient mis sur les même plans que les rapports de pouvoir. Cette équation, aussi inutile qu’elle ait été comme slogan politique pour mobiliser l’opinion publique, est une fausse piste. " Essayer d’être
comme les hommes, |
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" C’est la structure du pouvoir qu’il faut bouleverser, dit l'auteur. Les inégalités en matière de pouvoir ne se limitent pas aux différences de sexe; une, deux ou trois femmes qui réussissent ne sonnent pas le glas du patriarcat. Il est probablement exact d’indiquer que nous vivons une époque de changements sociaux rapides et que la globalisation, l’individualisation, la disparition des vieilles inégalités, l’apparition de nouvelles, caractérisent notre présent. Mais peut-on impliquer ces changements à la disparition progressive de l’inégalité entre hommes et femmes quant au pouvoir? N’est-ce pas plutôt le pouvoir qui change de visage et de forme? Le combat pour la parité ne se transporte-t-il pas sur des champs de bataille qui, dans le même temps, deviennent insignifiants? Que voyons-nous quand nous envisageons le monde dans une optique hommes contre femmes? |
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" Une critique
du pouvoir
qui se présente comme une critique contre l’homme finit par renforcer la répartition existante du pouvoir " d'affirmer Reihnard Kreissl. |
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| " Il ne suffit
pas de changer les comportements, c’est cette structure qu’on doit bouleverser si on veut s’attaquer au pouvoir. " |
" Que le supérieur hiérarchique qui s’assure que ses subordonnés font ce qu’on attend d’eux soit un homme féminisé, qui reconnaît la part féminine qui est en lui, ou une femme type tough girl (dure, efficace et qui ne fait pas de sentiment], ça ne change rien à la structure du pouvoir. Il ne suffit pas de changer les comportements, c’est cette structure qu’on doit bouleverser si on veut s’attaquer au pouvoir. " Il ne dit pas comment, mais au moins il accroche le grelot. " Sommes-nous en train de passer à une société dans laquelle l’évolution ferait du modèle féminin un avantage – comme le supposent ceux qui appellent à une ère de la femme –, sommes-nous en train de passer du conflit au consensus, de la concurrence à la coopération?, demande l'auteur. C’est probablement à ce niveau d’abstraction qu’on doit se poser des questions si l'on veut trouver des réponses solides. " " Selon le cadre dans lequel on inscrit la question de la femme, on obtient un tableau bien différent. Dans le premier cas, la suppression de l’inégalité entre les sexes apparaît comme l’expression d’un nouvel ordre où la notion de pouvoir est exclue, dans l’autre, la féminisation qu’on peut observer est le signe que le pouvoir s’exerce selon des formes nouvelles. " Dans les deux
cas, Et ce sont ces changements
qu’il faut viser sans lâcher la proie pour l’ombre, |
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Si vous me permettez de me citer encore une fois, à partir d’un ouvrage que j’ai écrit dans les années 70, je parle d’une société qui reconnaîtrait les valeurs féminines et qui reposerait davantage sur le principe de communauté d’entraide qui se traduit par les réseaux d’obligations et non pas sur celui de la domination et de la compétition de l’espace. Mon idée derrière tout ça c’est que ces réseaux, on les retrouve souvent organisés, entretenus, améliorés, enrichis par les femmes. Par les liens qu’elles créent entre elles, en particulier.
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Du rapport des femmes entre elles |
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AUDET, Élaine. Le cœur pensant – Courtepointe de l’amitié entre femmes, Éd. Le Loup de gouttière, 2000. |
On m’a remis un ouvrage de Élaine Audet intitulé Le cœur pensant, avec pour sous-titre : Courtepointe de l’amitié entre femmes, qui est un peu une sorte de mosaïque sur la question. Le livre a paru aux Éditions Le Loup de gouttière. (J’aime beaucoup ce nom-là pour une maison d’édition.) J’effectue un petit survol de cet ouvrage tout à fait remarquable dont je vous invite sérieusement à prendre connaissance si cette question vous intéresse. Au fond, elle ne peut pas vous laisser indifférent et indifférente. |
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" L'amitié prend souvent pour les femmes, écrit-elle, la forme d’une quête d’autonomie et d’harmonie marquée par la volonté de ne plus laisser la colère et la peine entraver leur volonté de changer leurs conditions de vie. On peut parler d’un système de valeurs et d’un mode féminin d’apprentissage de la connaissance fondée sur les émotions, l'expérience personnelle, la façon d’être à l’écoute des autres, de la nature et de la voie (la voix) singulière qu’emprunte la création pour les femmes. Cette connaissance mène à la solidarité, à l’autonomie, à l’intégrité. " |
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" La relation mère-fille devient
une catastrophe si la mère dresse sa fille pour le marché
masculin, si elle lui inculque dès le plus jeune âge la conscience
de la supériorité masculine en tout, si elle l’assure que
la séduction constitue son meilleur atout pour la vie, l’enjoignant
de se soumettre les hommes par le pouvoir sexuel qu’elle possède. "
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" On trouve dans toutes les cultures, et à l'échelle de la planète, un pendant psychologique à l'excision, soit une éducation qui ampute les petites filles de leur individualité, de leur différence, de leur autonomie, les contraignant à ne vivre qu’en fonction des hommes. On les rend ainsi à jamais dépendantes et dépossédées d’elles-mêmes. " |
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" Les recherches ne font que commencer sur l’amitié entre femmes et sur le rôle qu’elle joue dans la transformation de leur condition de vie. Quel est l’impact des récentes mutations sociales sur les relations qu’elles entretiennent entre elles? Est-ce que l’amitié féminine en tant que dimension personnelle de la vie comporte un potentiel suffisant pour comprendre et changer la société patriarcale? – C’est une bonne question… moi, je dirais que oui, si j’ose répondre. – […] " Certaines chercheuses, notamment Pat O’Connor, arrivent à la conclusion que l’amitié entre femmes est d’abord une réalité sociale qu’on doit analyser dans le contexte des structures de classes, responsables de la dépendance économique, politique, juridique et personnelle des femmes envers les hommes. Dans une telle optique, les confidences et conversations entre femmes refléteraient leur position dans la société et mériteraient de faire l’objet d’analyses plus poussées. " |
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L'auteure nous invite à nous libérer d’un préjugé concernant les célibataires : " Quant aux célibataires, la plupart des travaux qu’on leur a consacrés prennent pour acquis que leur célibat est involontaire et que la quête d’un compagnon de vie leur importe beaucoup plus que le développement d’amitiés profondes. On peut présumer que la connotation péjorative attachée au fait de n’être pas mariée et femme influence également la façon dont les célibataires envisagent leurs amitiés, note Élaine Audet. C'est surtout parmi les femmes âgées qu’il semble y avoir une volonté de créer des conditions idéales pour l’épanouissement de l’amitié. " J’ai été témoin de ça et j’ai vu que c’était très important. C’est très stimulant de prendre conscience de la dynamique de l’amitié entre les femmes. |
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Au début de son ouvrage, Élaine Audet parle des deux courants principaux du féminisme, celui de la différence et celui de l’égalité : " Les tenantes de la différence ne prennent pas l’homme comme mesure de toutes choses, mais luttent pour la reconnaissance de leur spécificité et des valeurs que leur exclusion du pouvoir leur a permis de développer au cours de l’Histoire. Elles ne revendiquent pas strictement leurs droits en fonction de l’égalité avec les hommes, mais plutôt en fonction de leurs propres choix, de leurs besoins d’autonomie, d’indépendance, de leur fierté d’être femmes, de leurs affinités et de leur solidarité. " " Dans le deuxième courant, il y a les filles du père. […] On trouve parmi elles, l'infime minorité de femmes alibis que toutes sociétés utilisent, comme les self-made men, pour montrer qu'il ne suffit pas aux femmes que de le vouloir pour accéder aux fonctions les plus élevées. " |
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Dans sa conclusion, l'auteur dit : " Aussi loin que l’on remonte dans toutes les cultures, philosophes, théologiens et penseurs ont affirmé que les femmes ne pouvaient vivre l’amitié parce qu’elles étaient :
" J’ai essayé de montrer ici à quel point cette analyse est réductrice, fausse et tendancieuse et ce, en m’appuyant sur la vie et l’œuvre de plusieurs femmes au cours de l’histoire ", explique É. Audet. |
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| Simonne Monet-Chartrand Biographie, réflexions, photos : http://www.onf.ca/F/1/ SM_JN_00.HTM |
" ‘ Simonne faisait tout passionnément. Elle aimait un homme passionnément, elle aimait les Québécois passionnément, elle aimait les femmes passionnément, elle aimait l’écriture passionnément, elle aimait discuter, convaincre, persuader passionnément. Elle aimait la vie… passionnément. " |
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| " Sa vie illustre éloquemment à quel point les liens d’amitié entre femmes peuvent devenir un puissant levier de transformation du monde. " |
L’auteure commente, en parlant de Simonne : " Elle veut avant tout être la voix de toutes les femmes qui n’en ont pas, communiquer avec les gens ordinaires, avec la lectrice singulière de son livre, déjà présente dans la conception même de ce projet d’écriture, si totalement voué à l’expérience vécue et à la volonté d’établir des liens de plus en plus authentiques entre les êtres. " On pourrait dire que Simonne Monet-Chartrand, parce que jamais elle ne sépare le privé du politique, a réussi à elle seule à jeter les bases d’une ‘ alternative politique ’ pour le Québec, tant par la qualité de ses relations personnelles que par sa contribution particulière dans les domaines de l’éducation, de la politique familiale, de la question nationale, de la justice sociale, de la cause des femmes, de la paix et du désarmement, des droits et libertés. Sa vie illustre éloquemment à quel point les liens d’amitié entre femmes peuvent devenir un puissant levier de transformation du monde. Pour celles qui l’ont connue, elle est toujours là, elle qui a choisi ce qui jamais ne meure. La fécondité infinie de l’amour." " |
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| Condorcet et l’égalité des sexes… en 1793 | ||||
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Je voudrais rapidement vous parler à nouveau de Condorcet, un des philosophes des Lumières qui a écrit son dernier ouvrage Esquisse d’un tableau historique et d’un progrès de l’esprit humain en 1793-1794. J’aimerais vous communiquer un extrait de son 10e chapitre qui porte sur la vision de ce que serait, selon lui, le progrès dans l’avenir. " Parmi les progrès de l’esprit humain les plus importants pour le bonheur général, nous devons compter l’entière destruction des préjugés qui ont établis entre les deux sexes une inégalité de droits funeste à celui même qu’elle favorise. – L’homme dans ce cas-là; ça va très loin ce texte. C’était vraiment une Lumière… [rires] |
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| " Cette inégalité n’a eu d’autre origine que l’abus de la force. " |
" On chercherait en vain les motifs de justifier [l’inégalité], par les différences de leur organisation physique, par celle qu’on voudrait trouver dans la force de leur intelligence, par leur sensibilité morale. Cette inégalité n’a eu d’autre origine que l’abus de la force. – Quand on pense que ça a été écrit en 1793… Mais qu’est-ce qu’on a foutu pendant les siècles qui ont suivi? De la merde! " Nous montrerons combien la destruction des usages autorisés par ce préjugé et des lois qu’elle a dictées peut contribuer à augmenter le bonheur des familles, à rendre communes les vertus domestiques, premier fondement de toutes les autres, à favoriser le progrès de l’instruction, et surtout à la rendre vraiment générale; soit parce qu’on l’étendrait aux deux sexes avec plus d’égalité, soit parce qu’elle ne peut que devenir générale, même pour les hommes, sans le concours des mères de famille. " Cet hommage trop tardif rendu enfin à l’équité et au bon sens ne tarirait-il pas une source trop féconde d’injustice, de cruautés et de crimes en faisant disparaître une opposition si dangereuse entre le penchant naturel le plus vif, le plus difficile à réprimer, et les devoirs de l’homme ou les intérêts de la société? " |
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" Ne produirait-il pas enfin ce qui n'a jamais été jusqu'ici qu'une chimère; des mœurs nationales douces et pures, formées non de privations orgueilleuses, d'apparences hypocrites, de réserves improvisées par la crainte de la honte ou les terreurs religieuses, mais d'habitudes librement contractées, inspirées par la nature, avouées par la raison? " Condorcet avait quelque chose à
dire. |
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