Saison
1999-2000
Émission du lundi 20 mars 2000
 

Francophonie d'Amérique :
l'importance de maîtriser sa langue

D'après :
THÉRIAULT, Normand.
" Rêve planétaire :
luttes et nouveaux
défis ",

Le Devoir,
11-12 mars 2000.

Si je comprends bien, nous sommes en pleine Semaine internationale de la francophonie. " Yes, Sir! ", dit là-dessus une de nos collaboratrices, Christiane Corbeil, qui est un peu coquine…

Il y a deux francophonies, apprend-on dans le dossier du Devoir paru à l’occasion de la Semaine de la francophonie : celle des gens de pouvoir politique et celle des gens qui parlent français :

" La première francophonie – celle qui nous tient à cœur –, mène un combat pour la conservation d’un héritage reçu et la transmission d’une façon de dire, écrit Normand Trériault. La deuxième est un réseau d’alliances où des valeurs de nature économiques et démocratique sont avancés et débattues. "

 

De la qualité du français dans les médias…
Sans perdre de vue mon propos sur la francophonie, j’aimerais faire un petit détour pour vous dire à quel point je trouve admirable la position prise récemment par Daniel Pinard. Beaucoup de gens en parlent, et je voudrais m’y mettre moi aussi pour dire oh! combien je suis fatigué, tout comme lui, de voir jusqu’à quel point les médias – on va généraliser, si vous me le permettez – ont une tendance à baisser le dénominateur commun à quasiment zéro en tombant dans la niaiserie... De plus, j’estime que Daniel Pinard s’exprime dans un français que nous devrions adopter, c’est-à-dire une langue articulée, juste, faite de mots bien choisis, de phrases bien construites, etc. Cette question de la qualité de notre français me tient à cœur et m’inquiète beaucoup, je vous dirai. Raison pour laquelle mon propos n’ira pas dans le sens officiel de francophonie politique, économique et tout ça.

 

Je vais m’en tenir, en passant, à cet article de Georges Dor, dont je vous ai parlé à plusieurs reprises – en particulier à l’occasion de la publication de son premier livre Anna brailléène shot et son second Ta mère est-tu là?, parus tous deux chez Lanctôt Éditeur. C’est drôle et ce n’est pas drôle. On rit mais en même temps on sait bien que c’est tragique.

D'après :
DOR, Georges.
" Chu ben
comme chu ",

Le Devoir,
11-12 mars 2000.

Il a écrit un article dans Le Devoir dans lequel il cite Fernand Dumont :

" ‘ On doute du langage quand on n’est plus chez soi. ’ À cette phrase de Fernand Dumont, dit Georges Dor, j'ajoute la mienne : ‘ On doute de soi quand on est mal dans son langage ’.

" La pratique de la langue parlée tout au long du cours primaire serait la seule façon d’abolir – ou tout au moins de réduire – les inégalités dont restent victimes les enfants nés dans les familles où le langage n’est que bredouillage. Apprendre à parler, à prononcer des mots, à faire des phrases simples mais cohérentes ne saurait qu’être salutaire pour les enfants dont une grande partie ne savent que balbutier en arrivant à l’école ", dit-il.

En exergue de l'article, il y a cette phrase de Albert Jacquard qui donne à réfléchir :
" Exprimer une idée est une activité difficile à laquelle il faut s’exercer. "
C’est tellement vrai! Quand je lis des phrases comme celle-là, je suis étonné de voir jusqu’à quel point, en effet, c’est difficile d’exprimer une idée comme il faut, de faire appel à des mots justes. Parfois, il n’existe pas vraiment de synonymes pour certains mots, en ce sens que le sens des mots peut se rapprocher mais, à vrai dire, il y a toujours une nuance dont il faut tenir compte.
La richesse du vocabulaire permet de s’exprimer, mais aussi de penser. Car on ne pense pas sans un outil, et l’outil, c’est la langue. Quand on bredouille dans sa langue, on bredouille dans sa tête.

 

J’en reviens à cet article de Georges Dor qui dit :

" J’ai été on ne peut plus étonné des protestations de certains linguistes après la parution, il y a quelques années, de mon petit livre Anna braillé ène shot, chez Lanctôt Éditeur. J’avais oublié que nous étions un peuple de conquis contents et d’incurables complexés, et qu’il nous a toujours été douloureux de nous regarder en face et d’admettre nos faiblesses. Il est donc indifférent à ces linguistes, chantres du moindre effort, de savoir que, selon le mot de Fernand Dumont, ‘ le massacre de la parole est partout répandu ’. Ils n’ont que faire non plus de l'affirmation de ce dernier voulant qu’‘ une société qui balbutie révèle son anémie dans tous les secteurs de son existence ’. Ça donne à réfléchir…

Comment veut-on que, dans ce cirque culturel, se dégage une langue vigoureuse susceptible de mobiliser un savoir authentique? 

 

Plus loin, je trouve une autre des réflexions de Fernand Dumont citées dans l’article de Georges Dor :
" Comment la jeunesse peut-elle retrouver une identité de soi et du monde dans ce savant brouillage? Comment veut-on que, dans ce cirque culturel, se dégage une langue vigoureuse susceptible de mobiliser un savoir authentique? – La formule " cirque culturel " peut aussi s’appliquer aux remarques que je faisais à propos du combat que mène, ces jours-ci, Daniel Pinard dont je parlais au tout début de l’émission. – Certes, il est aujourd’hui comme hier des esprits jeunes capables d’y parvenir. Ils y arrivent sans le secours de l’école : par des aptitudes exceptionnelles ou par le privilège de leur milieu d’origine ", écrit Fernand Dumont.

Georges Dor de commenter : " Je ne suis pas sans savoir que l’apprentissage de la langue parlée à l'école n’abolira pas ce privilège de la naissance. Mais, tout au moins, permettrait-elle à tous les enfants d’accéder à une langue universelle. Il a fallu à nos ancêtres des trésors d’imagination, d’intelligence et de courage pour survivre à la Conquête. "

Bref, Georges Dor nous invite en somme à faire appel aux mêmes trésors d’imagination, d’intelligence et de courage pour durer.

 


  
  Sur les traces du plaisir médicalisé

D'après :
CHAUVARD, Sandrine.
" Amour sur
ordonnance ",

Science et Vie,
février 2000.


Rien qu’à voir ce petit losange bleu, ça m’excite. J’ai le genre qui passe par les symboles [rires]

Après la naissance médicalisée, la mort médicalisée, on s’oriente maintenant vers le sexe médicalisé. Nous prendrons bientôt sans doute une pilule pour avoir envie de faire l’amour, une pilule pour avoir une érection, une autre pour atteindre l’orgasme. Et ce que je suis en train de vous raconter là n’est pas si futuriste qu’on le pourrait le croire…

" Face au succès sans précédent du Viagra, l’industrie pharmaceutique compte bien révolutionner notre sexualité. Car, pour concurrencer le petit losange bleu, il ne suffit pas de provoquer l’érection, il faut agir là où le Viagra est impuissant, nous dit-on dans une édition récente de Science et Vie. La cible visée n’est plus sous la ceinture, c’est, figurez-vous, comme toujours, notre matière grise qui intéresse les chercheurs. Le but est de stimuler le désir chez les hommes et surtout chez les femmes. "

Ce qui m’a intéressé dans cet article de Sandrine Chauvard intitulé " Amour sur ordonnance ", c’est de découvrir qu’au-delà du Viagra, il y a toute une interrogation qui, non seulement se préoccupe du pénis de ces messieurs, de l’outil pour ainsi dire, mais du fait que les femmes ont elles aussi des soucis de ce côté et que leurs principales doléances concernent le manque de désir et les difficultés à atteindre l’orgasme. " Or, sans désir, pas d’acte sexuel. Alors bon nombre de recherches portent donc sur des médicaments destinés à susciter le désir, plutôt que de s’occuper seulement de la mécanique, qui est celle de l’érection. Cela demeure quand même une question très importante.

D'après :
CHAUVARD, Sandrine.
" Viagra :
un bilan mesuré ",

Science et Vie,
février 2000.
  • Le bilan du Viagra

J’ai trouvé les éléments suivants dans un bilan qu’on a effectué à propos du Viagra.

" Si l’âge moyen des hommes traités est de 57 ans, la fourchette s’étend de 19 à 98 ans – extraordinaire… 98 ans! – Les études menées sur l’efficacité du médicament et la satisfaction des patients aboutissent parfois à des résultats discordants ", explique Sandrine Chauvard.

Ainsi, certains travaux, d’une part, " montrent que l’efficacité du Viagra est d’environ 70 % avec un indice de satisfaction des utilisateurs allant de 48 % à 78 % ". Ça marche mais… chez 70% des gens. Où ça marche très fort, c’est chez les actionnaires des compagnies pharmaceutiques telles que Pfizer, par exemple. Là, c’est du 100 %, sinon même plus…

D’autres recherches ont été faites, notamment par un neurologue français qui a mis au point les injections intracaverneuses pour pallier les troubles de l’érection. (Aie Aie Aie! Il faut avoir terriblement envie de bander pour se retrouver avec une aiguille et la seringue… C’est un dur labeur… [rires]) " L'étude […] indique que si 32 % des patients suivis sont restés fidèles au Viagra, 25 % ont choisi d’alterner le médicament oral et l’injectable, et 34 % sont passés aux injections.  "

" Bien entendu, le succès et l’acceptation d'un tel traitement
ne dépend pas seulement de la réponse physiologique qu’il provoque,
précise-t-on ici.
Même efficace – il faut retenir ça : même efficace… –,
il ne suffit pas à restaurer des rapports sexuels satisfaisants :
ce serait oublier que l’amour se fait à deux ", au moins.

 

Puis l'auteure de l'article cite un andrologue :

" Tout est conditionné par la femme – on va encore culpabiliser les femmes… – Si elles gardent un intérêt pour la sexualité, le Viagra est très bien accueilli, certains couples affirmant qu'il change leur vie. En revanche, dans les cas où la femme n’a pas envie de reprendre de relations sexuelles, elle ne trouvera que des inconvénients au produit et empêchera son mari de l’utiliser ", explique le Dr Pierre Desveaux.

 

Réminiscence du drapeau britannique
Vous souvenez-vous, je vous avais raconté l’histoire de cette femme qui était désespérée quand elle voyait son mari en train de s’examiner fièrement devant le miroir avec une érection. Alors là, elle levait les yeux en disant : " Oh, la la! Je vais encore y passer et devoir penser au drapeau britannique… "
[rires]L’idée, c’est qu’il fallait, pendant l’acte, penser au drapeau britannique, à une époque. Mais c’est bien loin tout ça.

 

En conclusion de ce bilan :
" L’industrie pharmaceutique n’a pas encore trouvé
la pilule qui réconciliera les couples. "

  • L'arrivée des aphrodisiaques artificiels

J’ai devant moi un tableau des aphrodisiaques médicinaux à venir, on en mentionne six. On donne le nom de la molécule, le nom commercial, le mode d’action, le délai d’action, le mode d’administration, les effets indésirables, la phase de développement et le fabricant.

Parmi les modes d'action, on trouve :
Les vasodilatateurs tels que le Viagra.

    • Le Melanotane, agit pour sa part au niveau cérébral en stimulant les comportements sexuels et l’érection.
    • Enfin, on n'a pas encore trouvé celui qui augmente la libido.

Parmi les modes d'administration, on trouve :
Le comprimé oral (Sildénafil, le Viagra autrement dit) ou le comprimé sublingual.

  • Le vaporisateur nasal pour l'administration du Viagra est à l'étude. (On va sniffer ça aussi! Certains vont avoir le nez occupé…)
  • La patch est envisagée.

Je découvre dans l'article intitulé " Amour sur ordonnance " que je mentionnais tout à l'heure que :
Le laboratoire Eli-Lilly serait sur le point de commercialiser un médicament dont la durée d’action devrait être très longue. Les hommes pourraient prendre un comprimé le matin et faire l’amour au moment où ils le désirent, durant la journée ou la nuit qui suit la prise du médicament. Cette molécule fut initialement développée par la firme Icos qui, selon la rumeur, aurait pour premiers actionnaires Bill Gates et Steven Spielberg! " Regarde donc ça! Ils sont partout dans le divertissement!

 

On aura jamais autant parlé de ces produits-là qu’à notre époque!

" Le laboratoire Zonagen qui possède également un produit […] développé sous le nom de Vasomax pour les hommes et Vasofem pour les femmes. Comme le Viagra, c’est un vasodilatateur à action locale, mais son mode d’action est différent – alors que le premier inhibe une enzyme, le Vasomax provoque la relaxation des fibres musculaires lisses du pénis, et donc l'érection, en activant les récepteurs de l’adrénaline situés à leur surface. Ce médicament agit en 15 à 30 minutes. – Fais ça vite chérie, c’est pressé! [rires] – Cependant, il peut entraîner une importante hypotension ", ce qui n’est pas très bon. On dit par ailleurs que le vaporisateur nasal dont je parlais plus haut réduirait considérablement le délai d’action.

" En pratique, écrit plus loin Sandrine Chauvard, le Viagra fait déjà office d’outil diagnostique. – C’est peut-être là qu’il rend le plus service, techniquement, je dirais. – Dès qu’un homme se plaint d’un trouble les médecins ont tendance à prescrire ce médicament. S’il ne marche pas, la cause est probablement psychologique; ils envisagent alors un bilan plus approfondi. " Ce n’est pas sans risques et même un spécialiste des dysfonctions érectiles fait remarquer que cette attitude est néfaste : " L’échec d’un traitement est durement ressenti, et entraîne une véritable anxiété de performance ", dit-il.

" Reste que la course aux médicaments du plaisir
ne fait que commencer,
de noter l'auteure.
Étant donné les sommes en jeu,
certaines firmes préfèrent ne rien dévoiler de leurs travaux. "

 

" Ainsi, on murmure que les laboratoires Bayer seraient de la partie, mais personne n’en sait plus. D’autres, au contraire, communiquent des résultats dans le but de faire grimper leurs actions à la Bourse. – L’érection des actions, donc. C’est peut-être sur ce plan-là que ça agit le plus d’ailleurs. – […] Dans ce domaine où l’enjeu financier est énorme, les manipulations sont monnaies courantes. " Toute notre époque est représentée là : on prend un plaisir naturel et il devient un enjeu financier. Comme on aime le dire parfois, tout ce beau monde que nous sommes a tendance peut-être à connaître le prix des choses, mais pas leur valeur.

Dans ce dossier de Science et Vie, on fait aussi état de recherches effectuées sur la sexualité chez les femmes. On admet que la sexualité féminine n’intéressait guère les sciences médicales jusqu’ici ou presque, peut-être parce que la sexualité féminine est plus diffuse que la sexualité mâle. En fouillant à travers tout ce que j’ai amassé sur la question, je suis en train de me demander si je n’en ai pas marre de parler de sexe… [rires]

D'après :
CHAUVARD,
Sandrine.
" Le cerveau
du plaisir ",
Science et Vie
,

N° 989,
février 2000.
  • L'alchimie du plaisir

" Tous les aspects de notre sexualité, qu'ils renvoient tantôt à notre animalité, à notre affectivité ou à notre culture, sont sous le contrôle étroit du cerveau. L’alchimie du plaisir est complexe. " C'est ce qu'on écrit en introduction d'un autre article de Sandrine Chauvard, " Le cerveau du plaisir ", paru dans le Science et Vie de février 2000..

Vous savez, on travaille sur le cerveau et ça va très loin. On essaie de voir comment on peut contrôler la libido et nos pulsions sexuelles en agissant directement sur le cerveau, au niveau de l’encéphale, puisque différentes structures de l’encéphale sont impliquées dans notre fonctionnement sexuel.

Je vous l’ai dit souvent : tout est dans la tête.

" En premier lieu, écrit l'auteure, l’hypothalamus est le centre de régulation des motivations et des émotions. Il contrôle notre libido, nos pulsions sexuelles… À proximité se trouve un minuscule noyau de matière grise appelé septum, qui héberge le centre de l’orgasme. Des expériences ont été menées sur des rats. "

 

Quand va-t-on élever un monument aux rats pour leur rendre hommage pour toutes les recherches qu’on a pu faire en leur crevant les yeux, en leur donnant des cancers, etc.?

 

Cette fois, cependant, c'est au niveau de leurs centres cérébraux du plaisir que les chercheurs ont implanté des micro-électrodes. (Cela ressemble beaucoup à ce qui s’en vient sur Internet puisqu’on annonce l’arrivée de machines à plaisir. Le cybersexe, quoi.) Pour une fois, on ne va pas trop s’apitoyer sur le sort des rats parce qu’en actionnant un levier, les micro-électrodes stimulaient leur encéphale, si bien qu'ils préféraient cela à manger ou à boire. Un rat a même actionné le levier jusqu’à 5 000 fois en une heure! Imaginez ce que ça va faire quand cette belle recherche-là va être transposée chez les hommes… [rires] Ils vont être pas mal essoufflés.

Je trouve qu’il y a une limite à parler de sexe sur le plan technique. Ça peut même devenir agaçant. Sur le coup, ça m’a paru très intéressant, et j’espère que ça ne vous a pas ennuyé. Mais si je continue, ça va vous emmerder au plus haut point. Car parler du sexe de l’être humain comme s’il était une machine…

Comme disait Marshall McLuhan, à force de vivre entouré de machines, on devient peu à peu nous-mêmes semblables à nos machines.
Nous transformons notre environnement culturel, et particulièrement notre environnement technologique, et c’est lui qui va ensuite nous transformer.

 


  
 

Printemps 2000
Du cycle annuel, du temps et de la lumière


Voir:
Le printemps

Au fond, plus ancien que le Viagra et le sexe médicalisé, on trouve la fièvre du printemps. La principale cause de la fièvre du printemps serait la présence accrue de la lumière solaire, parce que les jours allongent, tout simplement.

On revient à l’idée que les Anciens se faisaient du cycle annuel : les deux pôles de l’années sont les deux solstices, celui de l’hiver, le 22 décembre qui est le jour le plus court de l’année, et celui de l’été, le 22 juin le plus long de l’année. Entre ces deux pôles, il y a les deux équinoxes : celui de l’automne, le 22 septembre et celui du printemps autour de maintenant, le 22 mars. On dit équinoxe (equi signifie " égal ") parce que le jour et la nuit sont de durée égale.

Le progrès nous entraîne vers un aplanissement des saisons.

Ce cycle annuel nous est familier. Pourtant on est à une époque de déracinement dans le temps aussi bien que dans l’espace. Et peut-être qu’on ne se rend pas compte de l’influence déterminante de ce cycle sur notre comportement; parce que, avec les appareils modernes, l’été continue dans les maisons pendant l’hiver, et l’hiver continue dans les maisons pendant l’été. Le progrès nous entraîne vers un aplanissement des saisons, en quelque sorte.

Il ne s’agit pas de renoncer au progrès, mais il est évident que nous ne savons pas encore comment profiter des avantages que nous offre la technologie sans encourir le risque de vivre déraciné par rapport au temps.

 

Pour vivre en harmonie avec le cycle annuel des saisons, on devrait passer chaque jour au moins quelques heures à l’extérieur. Ou deux jours par semaine, pour trouver un équilibre entre la vie naturelle et la vie artificielle.

Le fait d’être graduellement exposé un peu plus chaque jour à la lumière solaire finirait par stimuler chez nous un niveau de sécrétion hormonale qui crée cet effet de ce qu’on appelle la fièvre du printemps. Et c’est tant mieux. Profitons-en.

Les êtres déracinés dans le temps, qui ne vivent pas ou pas assez en harmonie avec les saisons parce qu’ils passent une bonne partie de leur existence enfermés dans des blockhaus de béton où la lumière ne pénètre pas, ou qui ne profitent pas de leur temps de loisir pour batifoler au soleil, ne reçoivent sans doute pas toute la lumière solaire dont ils auraient besoin pour que se manifeste au maximum la poussée d’énergie du printemps.

Au fond, il y va de cette fièvre comme de tout le reste. On finit par avoir la fièvre du printemps qu’on mérite. De là à penser qu’on devrait réapprendre à vivre en harmonie avec les saisons et revenir, d’une certaine façon, au culte solaire. Je pense au culte solaire à chaque fois que je vois ces gens allongés à se faire dorer sur les plages. Je le fais parfois mais je ne suis pas du genre à m’allonger beaucoup sur les plages : j’aime mieux marcher.

 
  • Le culte solaire et l'énergie tellurique

Autrefois, en Occident, et dans la culture européenne en particulier au cours des siècles qui nous ont précédé, on avait très peur du soleil. Les gens qui avaient le teint basané étaient considérés comme des paysans. Il y avait même un certain mépris associé au teint cuivré. Aujourd’hui, c’est la grande affaire et non sans risque comme chacun sait. Mais peut-être revient-on à une forme de culte solaire, pour ainsi dire.

Je me souviens d’avoir tripatouillé un peu la question du culte solaire
pour me rendre compte que les gens des civilisations anciennes
ne méritent peut-être pas la réputation d’adorateurs du soleil qu’on leur a faite.

 

L’enseignement philosophico-religieux comportait deux niveaux :

  1. On enseignait, au niveau de tous les jours, qu’il fallait vivre en harmonie avec le soleil qui représentait le Père, celui qui fécondait la Terre-Mère.
  2. Aux initiés, ceux qui voulaient en apprendre davantage, on enseignait que l’énergie cosmique était véhiculée au plan matériel par l’air et par la lumière, de même que l’énergie tellurique.

On pourrait dire que l’air et le feu sont deux éléments masculins et que la terre et l’eau sont deux éléments féminins. L’énergie tellurique, celle qui vient de la terre, est transmise par les éléments féminins, l’eau et la terre, et la Terre elle-même à travers l’énergie magnétique.

Quand je tiens des propos comme ceux-là, je me dis que les Anciens verraient sans doute le mal de notre époque, la pollution, comme le plus terrible des fléaux. Ils diraient que l’homme est en train de se couper de l’énergie tellurique, aussi bien que cosmique. De l’Énergie même, telle qu’elle se manifeste au plan matériel.

 
  • Absorber la lumière

Les particules de lumière, en général, sont absorbées par l’ensemble de l’organisme. Il y a des gens qui, malheureusement, souffrent de cécité. Absorbent-ils la lumière? Oui, par l’ensemble du corps; mais comme la vue est l’organe privilégié pour recevoir la lumière, si on perd la vue, l’ensemble du corps va devoir compenser.

Des expériences ont démontré, par exemple,
que la stimulation du nerf optique avait pour effet de stimuler la sexualité.
(Ça y est, nous y revoilà!
On va peut-être pouvoir remplacer la dose de Viagra quotidienne
par une bonne douche de lumière.)

 

Le nerf optique se rend dans le cerveau jusqu’à l’épiphyse et cette glande a un effet sur la sexualité. Et non seulement sur la sexualité, mais aussi sur tout ce qui procède de la créativité parce qu’il y a un lien entre les deux. Cette stimulation peut s’exprimer de différentes façons, non seulement par l’acte sexuel, car c’est une force, une énergie qui nous habite et qui peut s’exprimer très bien dans la créativité. Les grands prêtres de Mithra en connaissaient des choses mystérieuses sur les vertus de la lumière, en particulier de la lumière solaire.

Il y a des chercheurs qui sont pour le port des lunettes de soleil, mais d’autres sont contre parce qu’ils considèrent que ça nous coupe de la stimulation que la lumière peut nous procurer au niveau du cerveau.

C’est une façon de vous dire que c’est une belle lumière que nous avons à cette période de l’année et qu’on ne doit pas s’en priver. C’est peut-être la plus belle lumière de l’année, on la voit tellement bien à cette époque où les arbres n’ont pas encore déployé leurs feuilles.

 


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.