| Émission du mardi 28 mars 2000 | ||||
| Les cyborgs sont là | ||||
| " Je
vois des ‘ hyperobjets' sur lesquels il m’est possible de cliquer. "
Steve Mann, chercheur au MIT. |
|
Voici un personnage qui porte en permanence de larges lunettes équipées de caméra et d’écran, ainsi que, cousus à ces vêtements, huit micro-ordinateurs connectés à Internet. Il s’agit de l’un des premiers cyborgs du troisième millénaire. | ||
J’apprends que ce premier cyborg, du nom de Steve Mann est l'inventeur des wearables computers ou wearcomps pour les initiés, c’est-à-dire des petits ordinateurs à porter sur soi. Dans un autoportrait qu'il publiait dans la revue Technology Review, Steve Mann rapporte : ‘ Chaque matin
je décide sous quelle forme je visualiserai le monde pendant la journée.
Parfois, je me rajoute deux yeux derrière la tête – ça
peut être utile, on ne sait jamais… – Ou alors, je m’octroie
un sixième sens, comme la capacité de sentir les objets à
distance grâce à la ‘ vibravest' que j’ai inventée.
C’est une veste équipée de radars qui détectent les objets
qui s’approchent et déclenchent alors des vibrateurs. Quand j’enfourche
mon vélo, j’apprécie de pressentir les voitures qui arrivent dans
mon dos. | ||||
|
Photo: J.Balog/contact Press images |
Je puise ces informations dans une revue scientifique de vulgarisation. On pourrait croire que cela provient d’un magazine à sensation, tellement c’est incroyable, mais il s'agit de Eurêka (mars 2000). Steve Mann est un chercheur du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui dirige les expériences menées par ses élèves : c'est donc un personnage qui a pignon sur rue. Il a commencé en amateur, en s’attachant des appareils sur le corps et nous parle aujourd'hui de l'entraînement nécessaire pour s’adapter aux nouvelles perceptions de la réalité. Par
exemple, il nous parle du cerveau qui s’est habitué à traiter les
difficultés puis à piocher l’information dans l’image unique bien
que composée qui se forme dans son esprit. Quand tu as une caméra
à la place d’un des yeux et que tu vois ce que cette caméra va aller
chercher autour de toi, alors que l’autre œil est libéré, ton cerveau
est obligé de faire une espèce de synthèse des deux. Il suffit,
par exemple, que tu puisses avancer ou reculer cette image-là (le zoom)
si à un moment une image t’intéresse particulièrement, ou
encore tu " gèles " cette image pendant que l’autre
œil va continuer de voir ce qu’il y a autour. Tout est enregistré et passe
par Internet. Ça a l’air très bizarre, tout ce matériel collé
sur eux, après leurs vêtements et sur leurs membres, avec des espèces
de sparadraps comme ceux qu’on utilise dans le cinéma. | |||
|
|
Pour répondre à la question : est-ce que ça peut servir à quelque chose?, je vous dirai qu’il y a une photographie, dans le magazine que j’ai consulté là-dessus, qui donne à comprendre comment ça peut être utile.
C’est l’un des usages qu’on va en faire de plus en plus rapidement, pour permettre à des gens qui n’ont pas tous les moyens mécaniques ou du système nerveux d’avoir une relation plus aisée avec la vie. Ça va très loin.
| |||
|
" Depuis plus d'un an, écrit Laurence Plévert, l'auteure de l'article, un Américain, Johnny Ray, vit avec une électrode plantée dans le cerveau qui, quand il se concentre, commande un ordinateur. Quand il pense : ‘ bouger le curseur', le curseur bouge! ‘ Ce n’est pas si surprenant. L’électricité est le langage de communication du corps humain' ", rappelle un spécialiste français. " Quand vous décidez de bouger un bras, poursuit la journaliste, votre cerveau génère des influx nerveux. La difficulté consiste à les capter et surtout à les décoder – pour ensuite les utiliser pour faire fonctionner une machine. "' Aujourd’hui, nous savons envoyer des signaux électriques dans un seul sens : ce sont des impulsions de commande vers le cerveau ou les muscles. Même s’ils sont de plus en plus sophistiqués, ils s’apparentent encore à de gros coups de massue comparés aux véritables influx nerveux très subtils', résume Olivier Rémy-Néris, médecin au centre spécialisé de ré-éducation Calvé à Berk. " On avance tranquillement mais sûrement. " Aujourd'hui, rapporte plus loin la journaliste, Johnny Ray parvient certes, à contrôler son ordinateur par l’esprit, mais sa commande est binaire : faire bouger le curseur ou non. Pourra-t-on un jour atteindre une gamme plus élevée de signaux de sortie? ", se demande-t-on. C’est un peu comme pour les frères Wright quand ils ont fait voler leurs premiers avions. Savez-vous à partir de quelle technologie ont été fabriqués les premiers appareils? À partir de la bicyclette. Alors c’est un peu ce qui arrive maintenant. | ||||
| On peut se poser la question : pendant que les machines s’humanisent, est-ce que l’être humain serait en train de se machiniser, si j’ose dire? |
" Personne ne peut prédire l’avenir du livre électronique, du téléphone portable à accès Internet ou des cyborg-lunettes ", souligne un spécialiste du domaine. Nous entrons dans un monde rempli de tripatifs mystères. Cette question du prolongement du corps par la cybernétique ou par la technologie ça existe déjà dans la vie de nombreuses personnes parmi nous. Par exemple, les lunettes prolongent la vue, ou plus exactement l’aptitude de mieux voir. Ce qui m’inquiète dans tout cela, c’est la tendance que l’homme a de finir par ressembler aux machines de son invention. On peut se poser la question : pendant que les machines s’humanisent, est-ce que l’être humain serait en train de se machiniser, si j’ose dire? | |||
|
| ||||
| Dix règles pour réussir sa vie | ||||
![]() CARTER-SCOTT, Chérie. Dix règles pour réussir sa vie : Si la vie est un jeu, en voici les règles, Éd. Flammarion Québec (J'ai lu, pour l'édition française), 2000. | Dans les premières années de l’émission Par 4 chemins, j’étais à l’antenne assez généreux en propos puisés dans certains ouvrages qui portaient sur la croissance personnelle, le développement, les réflexions et techniques pour améliorer son quotidien, pour développer des qualités, etc. À ce moment-là, c’était la première ou la seconde génération d’ouvrages de ce genre associés au Nouvel Âge. Tout cela pour favoriser la progression de la sagesse et de la sérénité, disait-on. Mais depuis, j’ai un peu mis de côté ce genre d’ouvrages (même si j’en reçois régulièrement des distributeurs, des éditeurs) parce que je trouve qu’il y a une répétition, que ça devient redondant, qu’il y a même une certaine forme d’infantilisation dans certains cas. Bref, j’ai tendance à ne pas m’engager sur cette voie. Sauf que parfois, il m’arrive de tomber sur des ouvrages où je me dis qu’il y a vraiment quelque chose là et qu’il faudrait en parler. Par exemple, j’ai trouvé ce livre qui est publié chez Flammarion Québec au Canada (paru en France aux éditions J’ai Lu) dont le titre est Dix règles pour réussir sa vie : Si la vie est un jeu, en voici les règles. L’auteure se nomme Chérie Carter-Scott. Les dix règles en question, qu’elle met en pratique et qu’elle enseigne dans des ateliers, m’ont semblé intéressantes. Je vais donc vous les communiquer.
Platon
disait : " Apprendre consiste à se souvenir. " | |||
Eleonore Roosevelt, une femme remarquable qui était l’épouse du président des États-Unis, disait : " Personne ne peut vous obliger à vous sentir inférieur sans votre consentement. " Chérie Carter-Scott
explique à propos de l'estime de soi que : " L’estime
de soi est une vertu éphémère, fragile, ne l'oubliez pas,
rappelle-t-elle plus loin. On la reçoit,
on la perd, on la cultive, on la nourrit. C’est une force que l’on doit reconstruire
chaque jour. Ce n’est pas un bien que l’on acquiert une fois pour toutes, mais
une petite flamme, l’estime de soi, qu’il faut entretenir avec soin. " | ||||
" Acceptons les leçons qui
se présentent ", suggère
l'auteure et elle explique que : | ||||
|
Rire c'est vivre |
" Le développement personnel est le résultat d’expériences multiples, d’une série d’essais manqués et, plus rarement, réussis ", écrit-on. C’est assez difficile la vie, au fond.
" Nos échecs
nous en apprennent autant que nos succès ", sinon
plus dans certains cas. Pour faciliter ce processus d’apprentissage, vous devez
maîtriser quelques points essentiels : la compassion, le
pardon, l’éthique et par-dessus
tout le sens de l’humour. À
quoi ça nous sert l’humour? " La leçon de l'humour
vous invite à prendre des distances face à des situations qui, autrement,
seraient insupportables, nous dit cette auteure.
Si vous considérez vos malheurs comme des leçons et vos erreurs
comme étant riches d’enseignement, cela vous servira car vous en aurez
besoin à tout moment. Si vous savez rire de vous-même, vous aurez
fait un grand pas pour dédramatiser n’importe quelle situation et pour
comprendre l’absurdité de certains comportements humains, à commencer
par les nôtres! " [rires]
| |||
N’avez-vous pas constaté que vous avez aimé ou épousé plusieurs fois la même personne, sous des apparences et des noms divers? Pourquoi commettez-vous toujours la même erreur? Si c’était une erreur… [rires] " Tout changement implique six étapes :
L'auteure parle aussi de la patience, à propos d’une leçon qui se répète tant qu’elle n’est pas apprise : " Changer
quelque chose à sa façon de vivre est difficile, vous le savez bien.
Vous devez apprendre à être patient, à ne pas vous brusquer.
Le développement personnel est un processus qui demande du temps et des
efforts et la patience vous sera d’un grand secours en chemin. Si vous détestez
vous trouver dans un embouteillage et si la patience n’est pas votre fort, les
épreuves vont se succéder. Il est même probable que vous cumulerez
plus d’embouteillages que d’autres – peut-être parce que le destin
a le sens de l’humour? " [rires] | ||||
Avant que ça ne nous échappe et que le temps nous entraîne trop loin, je vais répéter ces dix règles de vie :
| ||||
À la toute fin de son ouvrage, je trouve intéressant que l'auteure reprenne les thèmes mais d’une façon plus succincte :
Je suis conscient d’avoir défilé tout ça rapidement, mais je suis confiant que vous aurez retenu dans votre filet quelques réflexions, quelques leçons dont vous pourrez profiter dès maintenant. | ||||
| | ||||
|
Du temps libéré… pour une vie de qualité | ||||
|
La qualité de vie n’est pas une abstraction : elle passe par ce qu’on peut appeler, entre autres, des instants de qualité. Il n’y a pas de formule magique : la vie passe vite et on risque fort de s’être surtout occupé de choses urgentes, trop peu de choses importantes, et souvent pas du tout de choses essentielles. Comme, par exemple, de s’être ménagé des instants de qualité avec les siens : les intimes, les proches, les amis. Je parle aussi pour moi, bien sûr. Il ne s’agit pas pour autant de créer des occasions artificielles. Il ne faut pas que ça soit trop voulu, en particulier avec les enfants dans le style : " Bon, maintenant je m’occupe de toi. Dis-moi ce que tu vis. " Il faut plutôt être disponible, attentif, saisir l’occasion qui se présente. Et parfois même un peu négliger ce qui nous paraît urgent pour investir dans ce qui est important, voire dans ce qui est essentiel, et savoir profiter des instants de qualité. On a souvent l’impression de ne pas s’appartenir, de ne pas pouvoir se donner à ce qui importe le plus. Or, s’appartenir c’est d’abord, je dirais, s’appartenir dans le temps.
| ||||
Il y a ce qu’on appelle le temps contraint, c’est-à-dire le temps qui appartient à la collectivité, la fonction, le rôle, le personnage social. Puis, il y a le temps libéré, qui est en principe le temps qui appartient à l’individu et pendant lequel l’individu s’appartient. Au fond, il existe deux problèmes à propos du temps auxquels nous devons faire face : d’abord, le temps libéré nous occupant en grande partie à une multitude de tâches (je pense, en particulier, au transport, aux obligations comme de faire les courses) alors on se trouve à faire du temps libéré un temps contraint. Mais c’est surtout une question d’attitude. Par exemple, faire les courses peut être amusant. Si on n’a pas toujours l’impression
de vivre par devoir, si les gestes de tous les jours sont vidés de leur
magie, nous ne savons plus guère nous amuser. Nous faisons tout sous pression.
Ensuite, dès que nous avons libéré un peu de temps contraint,
nous nous demandons comment l’occuper. À un des grands experts de la question du temps, qui venait de consacrer plusieurs heures à démontrer comment gagner du temps, on a demandé : – " Et
d’après vous, que faut-il faire du temps qu’on a gagné? "
[rires] C’est un sage, on dirait bien… | ||||
|
| ||||