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Émission du jeudi 6 avril 2000 | ||||
| L’enseignement inconnu de Lao Tseu | ||||
LAO TSEU (Propos recueillis par WALKER, Brian). Hua Hu Ching : Les enseignements inconnus de la Lao Tseu, Éd. Darma, Coll. " Fenêtres du Dharma ", 1995. |
" Ne devenez pas déséquilibré à force d’adorer des idoles, des images, des idées. Ce serait comme de vous coller une nouvelle tête sur celle que vous avez déjà. " " L’ego
est un singe qui se catapulte dans la jungle : Laissez
ce singe aller. Et oubliez que vous êtes là. " Les propos que je viens de vous communiquer nous viennent de l’enseignement inconnu, apparemment, de Lao Tseu dont on fait grand cas ces temps-ci, en particulier à la suite de la parution d’un petit ouvrage qui s’intitule Hua Hu Ching : Les enseignements inconnus de la Lao Tseu, aux Éditions Dharma. C’est tripatif, et ça complète très bien les enseignements qu’on peut trouver dans l’ouvrage sur le Tao qui nous vient de Lao Tseu, le vieux Lao, parce que tseu veut dire " vieux ".
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Les méthodes d'alimentation et les dangers de l'intégrisme alimentaire | ||||
![]() KAPLAN, Marion (Propos recueillis par VAN EERSEL, Patrice). " La libertaire de nos assiettes ", Nouvelles clés, N° 25, printemps 2000. |
Ça m’a beaucoup intéressé de prendre connaissance de ce dossier de Nouvelles Clés sur l’alimentation, en commençant par cette entrevue avec une bio-diététicienne qui raconte avoir suivi fidèlement tous les courants dans l’alimentation. " Du végétalisme à la méthode Kousmine, aucun régime ne lui a échappé ", dit-on à propos de Marion Kaplan qui explore les paysages alimentaires depuis une trentaine d'années. " J’y ai chaque fois cru comme une intégriste ", dit Marion Kaplan en parlant des régimes. Et elle insiste aujourd'hui sur le fait qu’il est important de se méfier de toutes ces approches qui nous sont proposées. On se pose beaucoup de questions et il y a toutes sortes de raisons pour s’interroger : Doit-on manger cru ou cuit? À la vapeur? Comment? etc. Regardez les couvertures des magazines, le sujet est à la une quasiment partout. Toujours est-il que cette personne a fait le tour des solutions diététiques et Patrice Van Eersel lui demande si elle en a tiré quelques leçons. Elle répond : " Il est très important de se méfier des théories, des schémas, des régimes qui nous emprisonnent et nous momifient, dit-elle. Nous vivons à une époque où tout est fait pour étouffer nos instincts. […] Alors qu’au départ de toute guérison, on apprend qu’il faut surtout, d’abord, retrouver son instinct individuel et s'y fier. Ai-je vraiment faim? De quoi? Cru, ou cuit? Cuit de quelle façon? " | |||
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Elle rapporte plus loin que dès
qu’un nouveau régime sortait, elle l’essayait. Je
pense que vous me voyez venir avec mon propos. | ||||
| " Or, la plupart des méthodes ont du bon, mais le dogmatisme fait toujours tort " | " Or, la plupart des méthodes ont du bon, mais le dogmatisme fait toujours tort – j’ai plusieurs fois failli me retrouver à l’hôpital! poursuit-elle. Ce qui est essentiel, c’est de fonctionner dans une démarche d’ouverture. Certains vous diront que l’homme des origines se gorgeait de viande fraîche avant de s’écrouler dans un long sommeil – et qu’il faut donc faire un copieux dîner. D’autres, les Chinois par exemple, avanceront qu’il faut au contraire manger le matin et jeûner le soir. D’autres, la médecine ayurvédique de l’Inde préférera, elle, un solide repas ‘ à l’heure où la bile est abondante ’, c’est-à-dire à midi. | |||
" La dernière théorie qui m’a bien plu est celle des compatibilités par groupe sanguin : le groupe O serait le plus ancien et remonterait au paléolithique – des mangeurs de viande et de racines –; le groupe A serait venu après et correspondrait aux tout débuts de l’agriculture – donc plus des mangeurs de végétaux –; puis serait apparu le groupe B, avec les migrations asiatiques – un système immunitaire plus adaptable plutôt pastoral –; enfin aurait émergé le groupe AB, moderne, délicat et subtil. " Tiens, je ne connaissais pas cette théorie.
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Patrice Van Eersel interroge ensuite la spécialiste sur sa rencontre avec le docteur Kousmine, une femme médecin d'origine russe qui s'était rendu compte que l'alimentation pouvait influer sur le déclenchement ou la guérison de maladies. " Ensemble, vous avez écrit plusieurs livres… ", lui rappelle P. Van Eersel. " J’ai été très séduite par son approche, même si nous ne nous entendions pas sur tout. L’une de ses grandes idées concernait l’huile, dont elle disait à juste titre qu’elle devait être de première pression et pressée à froid. Mais elle croyait à l’huile de tournesol, alors que moi, je crois à l’huile d’olive. " M. Kaplan parle ensuite d’une découverte étonnante et je me demande si je ne vais pas m’y mettre davantage car j’y suis déjà un peu : la cuisine à la vapeur. Ce serait plus digeste, paraît-il. À ce propos, Mme Kaplan relate sa rencontre avec Marcel Cocard, un ingénieur chimiste qui avait découvert les avantages de la cuisine à la vapeur : " Intrigué, raconte-t-elle, il avait cherché à comprendre [les avantages de cette méthode de cuisson] et s'était lancé dans l'étude approfondie de l'histoire de la cuisine à la vapeur. Ça commence en Chine, il y a six mille ans, ça traverse l’histoire mésopotamienne, puis le bassin méditerranéen, etc. Tout un art que Cocard a retrouvé. Les plus sages des anciens cuisiniers avaient compris – et tout le secret est dans le processus… – qu’il fallait empêcher la vapeur de devenir trop chaude – au-delà de 100° C (c’est-à-dire au moment de l’ébullition), les éléments nutritifs sont dégradés et les sels minéraux sont précipités dans l’eau. Par contre, si vous ne mettez pas de couvercle, la chaleur ne peut se concentrer et s’échappe. L’idéal est une température de 80° C. " Je ne pensais jamais arriver un jour à vous donner des conseils culinaires… [rires] En tout modestie, il va sans dire. Moi-même j’apprends beaucoup à travers des articles comme celui-là. | ||||
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La Voie du Milieu dans l'alimentation | ||||
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Je vais maintenant vous entraîner sur la Voie du milieu. Il me semble que c’est hautement tripatif, mais c’est tout de même plus difficile à appliquer que de simplement se dire : telle chose est défendue, il ne faut pas faire ça, etc. L’idée est de considérer que dans tout il y a un peu de ceci et un peu de cela. Faire la part des choses, c’est cela la Voie du milieu. Dans ce dossier que j’ai consulté sur l’alimentation, une petite entrevue avec un lama bouddhiste m’a beaucoup intéressé. " Manger est-il forcément criminel? ", demande les journalistes au Lama Namgyan." Le bouddhisme ne se pose pas la question en ces termes, a fortiori lorsqu’il s’est développé, comme au Tibet, dans des régions où les choix alimentaires sont limités par le climat et les conditions de vie, répond le Lama. Bien sûr, du point de vue bouddhiste, tout ce qui a tendance à ôter la vie à d’autres êtres vivants est préjudiciable. Mais quand on est un peuple nomade dont les seules ressources sont l’orge et la viande, il serait fou de se priver d’un ou de l’autre. La réalité impose ses lois et il n’y a pas de dogmes. Les Bouddhistes seront donc végétariens quand ils le peuvent matériellement et quand leur développement intérieur personnel le leur commande. "
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| " La réalité impose ses lois et il n’y a pas dogmes " |
" Quel rapport établissez-vous entre nourriture et sacré? " | |||
| " L’esprit importe plus que la nourriture. " |
Puis on en vient à la fameuse
question qu’on pose dans ce dossier de Nouvelles Clésà
tous les intervenants, qu’ils soient sociologues, moines bouddhistes, diététistes,
cuisiniers, etc. : " L’engagement
bouddhiste est une démarche intérieure dont la corrélation
avec les événements ou les faits de société n’est
pas automatique, explique le Lama.
Il appartient à chacun de se prononcer, le bouddhisme n’ayant rien à
dire de spécifique sur le sujet sinon que, puisque la question se pose,
il faudra s’adapter. " | |||
| " L’important est d’accomplir toute action en pleine conscience " |
Alors ne rien faire? Pas du tout : | |||
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Il y a un bon moment de cela je vous ai parlé de L’Hommivore de Claude Fischler que je retrouve avec joie dans ce dossier. C’est un ouvrage qui a paru à l’époque aux éditions Odile Jacob, mais je me rends compte qu’il y a maintenant une réédition aux éditions du Seuil. C’est un ouvrage très important d’un sociologue qui s’intéresse aussi à la question de l'alimentation. Dans l'entrevue qui paraît dans Nouvelle clés, il entreprend d'expliquer la fonction des rituels alimentaires. | |||
| " Il devient difficile de continuer à élever, loin des regards, d’autres animaux dont l’unique fonction est d’être mangé. " |
" Manger est-il forcément criminel? ", lui demande-t-on. " Tant que nous établissons une distinction très claire entre l’animal et nous, en disant que l’homme, par exemple, est fait à l’image de Dieu, est radicalement différent, nous échappons à toute culpabilité, explique le sociologue. Dans la civilisation occidentale, où notre rapport à l’animalité a constitué pendant longtemps une question fondamentale; cette distinction est devenue de plus en plus problématique. Grâce à la science (et non pas, remarquons-le, à cause d’une évolution des religions et de la spiritualité), nous nous sommes rendu compte que l’animal était très proche de nous. Comme le montre l’étude des grands primates. Dans le même temps, nous sommes de plus en plus nombreux à vivre avec des animaux de compagnie, auxquels nous reconnaissons une sensibilité, une histoire, des liens affectifs, tout ce qui constitue un individu. Il devient difficile de continuer à élever, loin des regards, d’autres animaux dont l’unique fonction est d’être mangé. La solution la plus réaliste, à mon avis, consiste à assumer notre condition (C’est ce qu’il y a de mieux à faire tout le temps, de toute façon… [rires]), celle d’un rameau de l’évolution situé dans la continuité de la vie animale, et qui a terriblement bien réussi. […] " Cette idée selon laquelle manger un animal (ou une personne!) représente un sacrifice fait à des puissances supérieures et un partage avec elles, est assez universel. On retrouve là le cadre problématique de l’animalité. Dans l’inconscient, les hommes ont toujours su que se nourrir n’était pas neutre, qu’en prélevant, ils privaient la nature de quelque chose. Si manger du gibier était légitime (la ruse, l’intelligence, le courage du chasseur prouvent son humanité, de même que le partage qui généralement suit), un animal d’élevage pose problème différent. " | |||
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" La ritualisation offre un double avantage,
poursuit Fischler : | ||||
| " L’alimentation industrielle nous pose un problème d’identité radicale " | " Sommes-nous
dès lors ce que nous mangeons? ", demande-t-on
à Fischler, qui répond : " L’industrie pense répondre à l’inquiétude en multipliant les étiquettes, les labels, les descriptions détaillées du produit. Cette démarche présuppose que l’on consomme un aliment parce qu’on a confiance. Je crois que, pour les omnivores, le présupposé est faux, la confiance n’est jamais acquise. La ‘ traçabilité ’ (remonter jusqu’à la source) est sans doute une bonne chose, mais elle est très difficile à obtenir, et de toute façon rien ne vaut la connaissance directe du produit et du producteur. " | |||
MARTIN, Guy. " Tout repas en commun est une communion ", Nouvelles Clés, N° 25, printemps 2000. |
Dans ce dossier sur l'alimentation paru dans Nouvelles clés, on pose aussi la question à un cuisinier : Sommes-nous ce que nous mangeons? Voici
ce que répond Guy Martin, élu meilleur chef de l'année en
1999 grand patron du prestigieux restaurant
Le grand Véfour, à Paris. Comme j’aime bien rêver moi aussi,
j’ai beaucoup aimé la façon poétique qu’il utilise pour parler
de sa profession de cuisinier : | |||
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André Comte-Sponville : Le bonheur dans la vérité | ||||
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COMTE-SPONVILLE, André. Le bonheur désespérément, Éd. Pleins Feux, 2000. |
J’ai récemment passé un moment fort tripatif à potasser un autre ouvrage de André Comte-Sponville, mais qui a la particularité cette fois d’être oral, car il s’agit d’une conférence qu’il a prononcée. Cela s’intitule Le bonheur désespérément. J’ai trouvé le contenu très intéressant et je vais vous en communiquer quelques extraits. D’abord,
ce qui m’a frappé, c’est qu’il insiste beaucoup pour dire que le but de
la
philosophie est la sagesse, donc le bonheur :
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| " Si la sagesse est un bonheur, ce n’est pas n’importe quel bonheur! " |
Puis Comte-Sponville parle de la
pilule du bonheur :
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| " Le but d’une activité, c’est ce vers quoi elle tend " |
Ceci dit, notre philosophe s’interroge
sur la sagesse : " Quand je dis que le bonheur est le but de la philosophie mais qu’il n’en est pas sa norme, cela veut dire que ce n’est pas parce qu’une idée me rend heureux que je dois la penser – car bien des illusions confortables me rendraient plus facilement heureux que plusieurs vérités désagréables que je connais. Si je dois penser une idée, ce n’est pas parce qu’elle me rend heureux (sans quoi la philosophie ne serait qu’une version sophistiquée, et sophistique, de la méthode Coué : il s’agirait de penser ‘ positif ’, comme on dit, autrement dit de se raconter des histoires). Non, si je dois penser une idée c’est qu’elle me paraît vraie. | |||
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" Le bonheur
est le but de la philosophie mais il n’est pas sa norme, Intéressant, non? Ce qu’il en découvre des choses, Comte-Sponville! Pourquoi
cet adverbe désespérément dans le titre?
À
propos de l'espoir, Comte-Sponville rappelle : | ||||
| " Ce qu’il s’agit d’opérer, c’est donc une conversion du désir. " |
" On n'espère que ce qui ne dépend pas de nous; on ne veut que ce qui en dépend. [Là, on commence à reconnaître un peu Épictète de la première école des Stoïciens. On n'espère que ce qui n’est pas; on n'aime que ce qui est. Ce qu’il s’agit d’opérer, c’est donc une conversion du désir : là où spontanément, comme l’enfant avant Noël, nous ne savons désirer que ce qui nous manque, que ce qui ne dépend pas de nous, il s’agit au contraire d’apprendre à désirer ce qui dépend de nous (c’est-à-dire apprendre à vouloir et à agir) plutôt que désirer toujours ce qui n’est pas (espérer ou regretter). " Non qu’il faille vous interdire d’espérer! ajoute-t-il. Surtout pas! Vous ne pouvez pas vous amputer vivant de l’espérance. Pourquoi? Parce que dès qu’il y a désir et ignorance, désir et impuissance, désir et manque, il y a inévitablement espérance. Il ne s’agit pas de s’interdire d’espérer, ni d’espérer le désespoir. " Il
s’agit, dans l'ordre théorique, Wow! Il s’agit, je le répète, d’une conférence que André Comte-Sponville a prononcée le 18 octobre 1999, dans le cadre des Lundis Philo. J’imagine que des gens se rencontraient les lundis pour entendre parler des philosophes. L’ouvrage s’intitule Le bonheur désespérément, paru aux Éditions Pleins Feux. | |||
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