Saison
1999-2000
Émission du mardi 11 avril 2000
  Le retour de l'uniforme à l'école
Dans ce district scolaire, la violence a diminué de 91 %

 

Vous ferez ce que vous voudrez de l’information que je vais vous communiquer, mais apparemment, pour réduire la violence scolaire, une bonne recette : l’uniforme.

C’est ce qu’ont découvert par accident les parents d’élèves d’une école de la Californie. Évidemment, je me suis dit : " On va penser à l’armée "; parce que quand l’armée arrive, ça calme les gens dans les écoles; la police également, tout ce qui est en uniforme, mais ce n’est pas dans ce sens-là du tout. Les gens de cette école de Californie ont décidé d’imposer le port d’un uniforme. Pourquoi? Pour que leurs enfants se soucient un peu moins d’avoir les chaussures à la mode, et un peu plus de travailler en classe. Des propos qui peuvent certainement vous intéresser…

Le Centre de Recherche sur la violence de l’université de Syracuse a constaté que depuis 5 ans, dans ce district scolaire, la violence a diminué de 91 %. On pense que l’uniforme donne aux élèves le sentiment d’appartenir à une même communauté, ce que les plus perturbés d’entre eux ressentent comme un soutien. Voilà l’idée. C’est tout ce que j’avais à dire là-dessus, quoique j’aurais pu ajouter cette petite anecdote…

Dans une école, à un moment donné, les jeunes manifestaient au contraire pour ne plus porter l’uniforme, pancartes et tout le truc, comme les grandes personnes… " On veut plus! À bas les uniformes! À bas les uniformes! " Et il y avait d’écrit sur un des panneaux : " Tout le monde en jeans! "… C’est pas extraordinaire, ça?

 

 


   
 

Le vieillissement cognitif

 

Je vais vous raconter quelque chose à propos du vieillissement, et je voudrais que vous compreniez que dans la situation où je me trouve, de rajeunir de jour en jour bien entendu, ce n’est pas… sans m’imposer un effort. Voilà. Car ces temps-ci, vous savez, dans les laboratoires de psychologie cognitive, on croise très souvent des personnes d’un certain âge, pour ne pas dire d’un âge certain, car on fait beaucoup, beaucoup de recherches sur le vieillissement. Et souvent il y a des gens qui acceptent de servir de cobayes.

 

D'après :
CHAPELLE, Gaëtane.
" Les effets du
vieillissement ",

Sciences Humaines,
N° 102, février 2000.

  • Les recherches sur le vieillissement

" Le vieillissement cognitif est un champ de recherche à la mode ", lit-on dans un article de Sciences Humaines : " Les effets du vieillissement ", par Gaëtane Chapelle. Bon budget, apparemment, dans nos sociétés occidentales vieillissantes, qui ont décidé justement de s’intéresser à la question. Dans cet article, on apprend que l’American Psychological Association publie même une revue uniquement consacrée au vieillissement : Psychology and Aging.

Psychology and Aging  http://www.apa.org./journals

" Les personnes âgées (c’est-à-dire de plus de 65 ans [pleurs…]) ont ainsi plus de difficultés que les jeunes à manipuler les images mentales, et elles présentent plus souvent ce phénomène un peu particulier du ‘ mot sur le bout de la langue ’ – C’est là qu’une bonne partie de mon vocabulaire se retrouve, juste ici sur le bout de la langue… – Elle se souviennent plus difficilement du contexte précis dans lequel elles ont appris une nouvelle information, ou reconnaissent plus difficilement un mot qu’elles ont dû mémoriser lorsqu’il est mêlé à d’autres ", explique l'auteure.

" On peut s’interroger sur la portée réelle de telles observations, poursuit-elle, tant elles concernent des tâches très précises et relativement éloignées de la vie quotidienne. Pour en comprendre l'intérêt, il est bon de faire un bilan de l’ensemble des travaux sur le vieillissement ", ce que proposait Patrick Lemaire dans son ouvrage intitulé : Le vieillissement cognitif, paru aux Presses Universitaires de France (PUF) en 1999.

 
  • La mémoire qui flanche

" Est-il vrai, oui ou non, que l’âge diminue nos capacités mentales? demande l'auteure de cet article. Malheureusement, oui. Les études psychométriques montrent en effet que l’intelligence (telle qu’elle peut être mesurée par les tests – attention…) diminue sensiblement au fur et à mesure de la vie. Même si ce déclin n’est pas le même pour toutes les capacités : celles qui dépendent le moins des apprentissages scolaires sont celles qui résistent le mieux. On perd également la mémoire avec l’âge. " Dans le fond, c’est peut-être pas une mauvaise chose; ça dépend des souvenirs qu’on a à traîner…

Réfléchissez à cela : il y a des souvenirs auxquels vous tenez vraiment, mais il y en a d’autres auxquels vous ne tenez pas, avouez franchement. Vous pourriez en laisser à quelqu’un d’autre, par exemple, qui va vous les ramasser en chemin, et qui va les dorloter pour vous, les nourrir, jour après jour, hein?…

" Les difficultés de mémoire des personnes âgées dépendent fortement des efforts qu’il faut fournir pour retenir l’information "

" Dans la plupart des épreuves de mémoire, poursuit l'auteure, les personnes âgées sont moins performantes que les jeunes. Mais, là encore, les résultats sont plus complexes qu’il n’y paraît. En fait, les difficultés de mémoire des personnes âgées dépendent fortement des efforts qu’il faut fournir pour retenir l’information. – On dirait qu’en prenant de l’âge on est moins porté sur les efforts… –Elles sont ainsi très sensibles aux tâches interférentes, à la rareté des mots à mémoriser, au manque d’aide pour retrouver les informations.

" Ces variations de l’effet de l’âge sur les capacités mentales ont permis aux chercheurs de formuler des hypothèses sur les causes du vieillissement cognitif. "
Les causes génétiques, je dirais.

 
  • Trois hypothèses

" Les uns avancent l’idée que la diminution des capacités cognitives est due à une moins grande capacité d’attention. – Cela se pourrait bien, parce qu’en vieillissant, je me rends compte qu’il y a pas mal de questions dont on se fout complètement, et de plus en plus. Merci mon Dieu. Des fois, j’écoute une émission, des informations, toutes sortes d’affaires comme ça, et ça alors là, je m’en fous complètement, complètement, complètement. Et je vois que la quantité d’informations dont je me fous complètement est de plus en plus grande. – L’âge diminue la capacité à maintenir un niveau de vigilance élevé, augmente la tendance à se laisser distraire par des informations non pertinentes – vous avez beau : ne les écoutez pas! –, et altère la capacité à réaliser deux tâches simultanément ".

Ah! la mémoire de travail qui fout le camp…

" D’autres chercheurs affirment que la mémoire de travail (qui permet de garder en tête les étapes d’un calcul pour arriver au résultat, ou les mots d’une phrase pour comprendre la suivante) est la grande responsable des effets négatifs : ses capacités diminuent avec l’âge, ce qui a des conséquences fâcheuses pour toutes les fonctions cognitives où elle intervient : langage, résolution de problèmes, raisonnement, prise de décisions, etc. [soupir]

" La dernière hypothèse est à la fois la plus simple, et la plus riche, prévient l'auteure – et je tenais à vous raconter ça, parce que ça résume pas mal de choses, toutes sortes de choses qu’on ne voulait pas savoir – : c’est celle d’un ralentissement cognitif général. Avec l’âge, tout processus mental prend plus de temps. Dès lors, puisque le monde, lui, ne ralentit pas, les personnes âgées ont de plus grandes difficultés à intégrer et à coordonner les informations. "

 

Pour résumer :

" Ces trois hypothèses comportent en tout cas un point commun essentiel : elles expliquent pourquoi les effets du vieillissement se font surtout sentir dans les tâches cognitives les plus complexes. "

" Mais – il y a un mais –, que l’on se rassure – ah oui que l’on se rassure [rires], tendez l’oreille, messieurs-dames, tendez l’oreille : " les personnes âgées développent souvent de nouvelles stratégies afin de pouvoir s’adapter à ce manque de ressources. Et elles réussissent ainsi à contrecarrer l’effet du temps. " En tout cas c’est ce qu’ils disent. Je me sentais quand même obligé de vous communiquer ça, même si c’est pas très réjouissant.

Enfin, plus vous aurez exercé tout ce qui en vous participe du cognitif avant de prendre de l’âge, plus ce ralentissement sera lent, et superficiel. C’est ça qu’il faut se dire aussi par rapport à d’autres recherches qui ont été faites, qui font supposer qu’il y a des exceptions à cette règle, si vous faites travailler la tête un peu, tel que le démontre la fameuse recherche qui a été faite avec les religieuses qui ont vécu jusqu’à 85, 90 ans. C’est ça le problème. Faites-vous travailler la tête. Regardez La Petite Vie, par exemple. Ne faites rien le soir, regardez la télévision.

 


   
  La démocratie participative
 

J’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup trippé dans cet article qui résume la théorie de Benjamin Barber, qui est un politicologue américain, qui défend l’idée d’une démocratie participative, dans laquelle les citoyens seraient fortement impliqués, tant à l’échelle locale qu’internationale. Tout ce que je peux vous dire, je crois, est très intéressant là-dessus; mais j’ai peur, en passant d’une chose à l’autre, qu’on perde de vue quel est l’objet exact du propos, et j’ai envie de commencer par la conclusion.

 
  • Les trois composantes de la démocratie

Qu’est-ce que vous êtes, vous? Êtes-vous un électeur, êtes-vous un consommateur, ou êtes-vous un citoyen? Et qu’est-ce que l’un ou l’autre de ces termes peut signifier pour vous? Ce que suggère Benjamin Barber, c'est de se représenter les trois composantes de la démocratie – parce qu’il s’agit vraiment de trois composantes de la démocratie dont je viens de vous parler.

Intéressant, ça, de voir cette grille et d’en prendre conscience
 
Société civile /
citoyen
 
 
 
Secteur privé /
consommateur
 
Pouvoir public /
 électeur
 

Au sommet du triangle,
Barber met SOCIÉTÉ CIVILE / CITOYEN
parce qu'il trouve que c’est peut-être ce qu’il y a de plus important.

En tant qu’électeur, ce sont vos rapports avec l’État dont il s’agit : cela concerne les pouvoirs publics à l’intérieur de la démocratie. En tant que consommateur, vous vous inscrivez forcément dans le marché : vous êtes à ce moment-là dans le secteur privé. Et en tant que citoyen, vous vous engagez, vous vous impliquez dans ce qu’on appelle la société civile.

 
  • De l'importance de la citoyenneté

Ce qui me paraît à moi très important, c’est de bien comprendre ici que le citoyen ne se définit pas au niveau des pouvoirs publics par rapport à l’État : c’est l’électeur qui fait ça. Être un citoyen véritable suppose nécessairement une forme d’implication dans ce qu’on appelle la société civile. Barber en est là.

C’est un homme de démocratie participative, et ça suppose qu’un nombre de plus en plus grand de citoyens vont s’impliquer, s’engager dans la société civile, et que cette société civile aura de plus en plus de poids, tant au plan du marché que de l’État. Ça se fait déjà, ce que je suis en train de vous raconter : vous n’avez qu’à regarder les protestations, les articles, les éditoriaux, pour sentir cette espèce de tension qui existe entre le marché et le citoyen.

Quand vous voyez qu’on essaie d’introduire le commerce à l’intérieur des écoles ou des universités, par exemple, ce à quoi personnellement je suis ABSOLUMENT OPPOSÉ, parce qu'on transforme le système d’éducation en le définissant en fonction du marché. À ce moment-là, forcément, on s’adresse à des étudiants qui sont des consommateurs. Qu’on le veuille ou non. Tout ce qu’on peut vendre dans des écoles, c’est des crayons, puis ce qui va avec.

D'après :
ALLEMAND, Sylvain.
" L'électeur,
le consommateur,
le citoyen ",

Sciences Humaines
,
N° 102, février 2000.

" Avec la démocratie participative (ou forte) et la citoyenneté, la société civile est l’un des maîtres mots qui reviennent le plus régulièrement sous la plume de Benjamin Barber ", écrit Sylvain Allemand dans un articulet qui accompagne un entretien avec Barber. " Rencontrer ses voisins pour débattre de la surveillance d’un carrefour, organiser une kermesse pour l’école, prendre la parole dans un débat… telles sont, avec les sondages – et là, on peut discuter un peu là-dessus – quelques-unes des mille et une manières par lesquelles la société civile s’exprime.

" Avec l’État et le secteur privé,
la société civile est une des principales composantes de la vie sociale.
Mais tandis que l’État appréhende les individus d’abord comme électeurs
et le secteur privé comme des consommateurs,
la société civile les sollicite au titre de citoyens. "

 
  • De la participation civile

" Pour être pleinement participative, la démocratie suppose un apprentissage de la citoyenneté qui passe par une expérience dans la participation aux affaires locales. La démocratie s’enracine dans les espaces publics, quels qu’ils soient : forums, association de quartiers...  " Très, très tripatif.

Sylvain Allemand explique que Benjamin Barber poursuit, depuis les années 70 en particulier, une réflexion personnelle autour de la démocratie participative, fondée sur la société civile plutôt que sur les communautés.

" Théoricien, il se veut aussi un praticien de la démocratie : dans le cadre du Walt Whitman Center qu'il dirige, il mène plusieurs projets permettant l’expression de la société civile aussi bien dans l’espace des grandes surfaces commerciales qu’à l’échelle de la planète ", peut-on lire en introduction d'un entretien paru dans Sciences Humaines sur le devenir de la démocratie et de la citoyenneté à l’heure de la mondialisation et de la montée des particularismes.

Oui, Benjamin Barber rêve d’une société civile globale, qui existe déjà, mais qu’il faut veiller à enrichir : on pense aux mobilisations suscitées entre autres par les négociations de l’Organisation Mondiale du Commerce à Seattle, en décembre dernier.

C’est un très bon exemple de l’intervention de citoyens au niveau de la société civile pour empêcher, si vous voulez, que le secteur privé (marché / consommateurs) ne s’impose, et rappeler au pouvoir public (État / électeurs) de bien remplir sa fonction à l’égard la société civile, de tenir compte de l’existence de la société civile, et non pas simplement du secteur privé. Ce troisième point est celui qui manque toujours, auquel on fait peu de place. Ça nous donnerait, comme disait Karl Popper, une société ouverte.

Karl Popper, un des maîtres de Barber qui a écrit un ouvrage qui s’intitule The Open Society And Its Enemies, désignait par " société ouverte ", les sociétés ouvertes par opposition aux régimes socialistes qui avait été instauré en Europe de l’Est. " Selon lui, dit Barber, seules les sociétés libérales anglaise et américaine incarnaient la société ouverte et donc la démocratie. " Et c’est dans ce sens-là qu’il faudrait l’entendre.

 

 

 

 

 

" Il s’agit non pas tant de jeter les bases d’une démocratie directe que de renforcer la participation des citoyens aux processus de décisions publiques "

  • McWorld, Djihad et vidéologie

Barber parle de McWorld : " Il désigne bien plus que les multinationales : les forces d’intégration à l’œuvre à l’échelle de la planète et qui concourent à renouveler le capitalisme. On passe en effet d’un capitalisme fondé sur l’industrialisation et la production en masse de biens durables (automobiles, réfrigérateurs, télévision), à un capitalisme fondé sur l’information et le développement d’une industrie de loisirs. Le capitalisme change fondamentalement de nature sous l’effet de la globalisation. " C’est une façon qui me paraît très intéressante de définir notre époque.

Il parle de vidéologie également (comme vous voyez, je passe d’une chose à l’autre, mais c’est parce que c’est très riche, alors j’ai choisi des secteurs précis de son propos).

" Même si les inégalités demeurent, la société de consommation a très largement contribué à l’homogénéisation des classes sociales. De quelque classe que vous soyez, vous êtes soumis aux mêmes images et aux mêmes sons. C’est ce que j’appelle la vidéologie. Elle est étroitement liée à l’univers de la publicité et au monde des médias, à la production musicale, etc., explique Barber. Elle est plus floue et moins dogmatique que les idéologies politiques traditionnelles, mais elle concourt à créer une sensibilité commune à travers le monde, qui prédispose à la diffusion des nouvelles valeurs dont les marchés ont besoin. Alors que les idéologies inspirent des mots d’ordre mobilisateurs, la vidéologie influence les esprits en avançant sur la pointe des pieds… ", dit-il.

Pour explique de quoi il s’agit lorsqu'on parle de " démocratie forte ", Barbert dit :

" Il s’agit non pas tant de jeter les bases d’une démocratie directe que de renforcer la participation des citoyens aux processus de décisions publiques, aussi bien au niveau local, national, qu’international. Sur le plan local ou national, la démocratie forte passe par des assemblées de quartier, les forums. Sur le plan international, les stratégies sont simples et connues : elles consistent à renforcer la coopération entre les États, les organisations internationales existantes et insuffisamment utilisées (je pense à l’ONU., au Bureau International du Travail…), et last but not least, à renforcer les organisations non gouvernementales comme contrepoids à l’Organisation Mondiale du Commerce et au Fonds Monétaire International ", entre autres choses... Barber, qu’il s’appelle, en plus.

Il est certain que bon, on se retrouve normalement au niveau des pouvoirs publics, en qualité d’électeur, ou du secteur privé, forcément en qualité de consommateur. Et ce que déplore le politicologue, ce n’est pas l’existence de ces deux dimensions, mais le fait que la troisième est souvent négligée. Il raconte quelque chose, je trouve ça absolument étonnant :

" Je me souviens en particulier d’une photo prise lors de la guerre civile qui a agité l’Afrique du Sud. Elle montrait un noir blessé à mort par un autre noir. L’un arborait un tee-shirt où l’on pouvait lire ‘ New York Yankees ’, et l’autre un tee-shirt des Chicago Bulls. Ainsi, tout en s’affrontant sur des critères ethniques, ces deux hommes affichaient une commune appartenance au McWorld ", souligne Barber.

Car il y a une opposition dans la double image qu’il emploie dans le titre de son récent ouvrage paru en France : Djihad versus McWorld. Djihad, vous savez ce que c’est, c’est l’Islamisme. Dans ce cas-là, on voit très bien par exemple qu’il s’agit des pouvoirs publics, même si c’est sous couvert religieux, et puis McWorld c’est le secteur privé : l’un État, si vous voulez, l’autre marché. Donc sont impliqués l’électeur et le consommateur. À ce sujet, Barber estime que :

" Il faut fournir une vision synthétique qui rende compte du rapport qu’entretiennent ces deux logiques. En d’autres termes je ne m’intéresse pas tant à la mondialisation et aux particularismes qu’aux relations qu’entretiennent ces deux tendances à l’œuvre un peu partout dans le monde et à leurs conséquences pour la démocratie. "

 

Benjamin Barber

Benjamin Barber est politicologue américain et se consacre à la théorie et la pratique de la démocratie. Il est entre autres l'auteur de :

  • Démocratie forte, paru en 1997 en français chez Desclée de Brouwer.
  • Djihad versus McWorld, paru aussi chez Desclée de Brouwer, 1997, et dont je viens de vous parler.

Il y en a d’autres aussi, mais je pense que c’est de ceux-là dont je peux vous parler pour alimenter notre réflexion sur cette dimension très importante de la société civile par rapport au pouvoir public et au secteur privé.


D'après :
POPPER, Karl.
la connaissance
objective
, Éd. Flammarion,
Coll. " Champs ",
1979.

  • La société ouverte de Karl Popper

La lecture de cet entretien avec Benjamin Barber, que j’ai trouvé dans l'édition de février 2000 de Sciences Humaines m’a incité à rechercher une définition de la société ouverte selon Karl Popper, qui fut l'un des maîtres à penser de B. Barber.

Normalement je devrais avoir La société ouverte de K. Popper dans la bibliothèque… Mais vous savez, comme il y a 6 500 à la maison, il arrive qu’on ne trouve pas tout de suite un ouvrage... Je n'ai pas trouvé La société ouverte, mais j’ai trouvé un autre ouvrage de Karl Popper, La connaissance objective, dans lequel il donne une très brève définition de la société ouverte.

" L'auteur que je suis d'un livre sur La société ouverte refuserait de reconnaître dans la société moucheronne une société ouverte, écrit Popper. Car une des caractéristiques, à mes yeux, d’une société ouverte, c'est qu’elle favorise, outre une forme démocratique de gouvernement, la liberté d’association, et qu’elle protège et même encourage la formation de sous-sociétés libres qui défendent chacune des opinions et des croyances différentes. "

Il m'a paru intéressant de vous signaler cela.

 


   
  ¡Holy olé!
Du melting pot linguistique

Il est paraît-il assez à la mode en Californie de dire Merci buckets, au lieu de Thank you

No problemo : connaissez-vous ça? Ça s’appelle une espagnolade, au cas où vous ne le sauriez pas. Et on en retrouve beaucoup ces temps-ci aux États-Unis où l’espagnol et la culture hispanique deviennent de plus en plus importants.

Apparemment il y a une réaction des habitants anglophones cultivés du sud-ouest des États-Unis face à leurs concitoyens qui pratiquent de plus en plus cette sorte de salade linguistique consistant par exemple à remplacer le traditionnel Good Bye par des expressions telles que : ¡Hasty banana! ou ¡Hasty lumbago! Mais ce sont des déformations de l’espagnol : c’est ¡Hasta manana! et ¡Hasta luego! qui est remplacé par ¡Hasty lumbago!, pour signifier à demain, à plus tard.

On a fait des recherches sur le sujet pour découvrir que beaucoup d'Américains ne s’encombrent pas de dire jusqu’à quel point on a tort de parler français en Amérique du Nord, puisqu'ils sont envahis par l’espagnol, et que ça leur crée de réels problèmes. Ils ont donc conçu ces espagnolades pour exprimer leur mépris.

On retrouve donc dans l'anglais américain des emprunts tels que adios amigo, pour good bye, nada pour nothing, el presidente pour le Président. D’autres expressions sont des traductions mot pour mot de l'espagnol : par exemple, caca de toro remplace l’expression bullshit. [rires] On retrouve aussi des expressions mixtes, anglo-espagnoles, telles que : no problemo, mucho trouble, ou encore des impropriétés volontaires comme mucho caliente, beaucoup chaud, chaleur. D’autres relèvent de l’anglicisation abusive de mots espagnols : gracias, pour gracias, muchao, pour mucho.

 

Une étude menée à l’université de l’Arizona a passé en revue un très grand nombre de ces espagnolades : c’est le signe que l’espagnol s’impose de plus en plus aux États-Unis. Et ce côté un peu méprisant est justement une marque de faiblesse devant cet envahissement.

" C’est un espagnol de cuisine ", disent-ils clairement dans l’ouvrage de l’université de l’Arizona, " une manifestation non ambiguë du racisme anglo-saxon envers des immigrants mexicains et portoricains ".

" Dans un contexte où l’expression d’opinion raciste est mal vue,
ces usages permettraient aux anglo-saxons bien élevés
d’exprimer la piètre estime dans laquelle ils tiennent les latino-américains
en ne retenant que les significations négatives
rattachées aux mots de la langue espagnole. "

 

Et puis l’espagnol n’est d’ailleurs pas une cible exclusive : il est paraît-il assez à la mode en Californie de dire merci buckets, au lieu de thank you, merci beaucoup. Le monde est comme ça, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise? Moi je peux pas refaire le monde à ce point-là!

Et sachez bien que pour ralentir le vieillissement cognitif, il suffit d’écouter l’émission Par 4 che… Ça a failli m’échapper… Si vous sentez que vous êtes menacés par un ralentissement du vieillissement cognitif, revenez-nous…

 


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.