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Émission du lundi 1er mai 2000 |
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| On parle souvent de chercher
l’enfant intérieur en soi. À cela, je réplique
parfois que je m’emploie davantage à chercher l’ado intérieur.
J’ai une grande faiblesse pour l’adolescence et je m’émeus
devant le taux de suicide
chez nos adolescents,
qui est l’un des plus élevés au monde d’ailleurs. C’est
un symptôme de mésadaptation,
mais cela indique aussi que la société elle-même
est malade. Qu’est-ce qu’un tel phénomène nous dit de
notre société? De la famille dans cette société,
du système d’éducation dans cette société,
et de la société elle-même?
Je crois, quant à moi, qu’il est essentiel de ne pas oublier sa propre adolescence si on veut être en contact avec la jeunesse d’aujourd’hui et de se référer à sa propre jeunesse, si on étend le concept jusqu’à environ 25 ans. Pendant mon adolescence, j’étais très seul, j’avais un modèle en la personne de mon père, plus ou moins positif d’ailleurs, et l’école ne me réussissait pas du tout. J’ai commencé très jeune à travailler les fins de semaine; je portais déjà des commandes d’épicerie à 12 ans avec un tricycle à panier. Je me rappelle l’hiver, sur la glace, pour aller porter la commande de Madame Laframboise… Par la suite, je suis devenu délinquant : j’ai été expulsé deux fois des maisons d’enseignement. Plus tard, à 18 ans, j’ai fini par rompre avec ma famille et partir à l’étranger. Mais ça, c’est une autre histoire. Je dois mon salut – si vraiment j’ai été sauvé [rires] – à un adulte qui a su, sans me le dire, me donner un but et m’encadrer. C’est une expérience des plus positives qui m’a profondément marqué. Je vous raconte. C’était pendant les vacances scolaires, à la campagne, et je devais avoir 14 ou 15 ans ou même plus jeune (13 ans) : il me semble invraisemblable que je fusse si jeune – tiens, j’ai placé mon subjonctif du mois... Un jour, un jeune adulte est venu me voir et m’a dit, avec l’intention de m’engager avec lui dans une forme de service social (il était en train de créer un service des loisirs) : - " J’ai besoin de toi. " Et comme il était un
vrai leader, il a ajouté : J’ai alors, pour la première fois, vu le monde comme un lieu où j’avais ma place, où je pouvais investir dans une cause toute la capacité d’engagement dont je disposais. Je reviens au suicide
parce que ma réflexion commence là : |
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| L’adolescence : un des âges de la vie |
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| Je m’intéresse particulièrement à certaines caractéristiques qui sont le propre de l’adolescence et cela s’étend aussi à la jeunesse, en général. L’enfance a pour objet, au plan de l’identité de l’être dans la société, de lui apprendre à se conformer. D’ailleurs, l’enfant est naturellement disposé à savoir comment agir pour survivre. Parfois avec des écarts de jugement mais, en général, il observe le monde des adultes – en le critiquant peut-être, mais en se demandant comment agir pour être accepté dans ce monde. Donc, il apprend à se conformer jusqu’à un certain temps. Et ce certain temps correspond à l’arrivée de l’adolescence qui est, au contraire, une remise en question de ce conformisme appris. C’est un peu comme si l’enfant se disait à un moment : " Qu’est-ce que je pourrais bien démolir pour que ça change? J’ai dit oui jusqu’à un certain âge et maintenant, je dis non. " Donc, deux étapes : l’enfant se conforme, puis il se révolte. |
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| Les graffitis : des gestes de dénonciation |
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On peut être ou ne pas être d’accord avec tout ce que je raconte maintenant, mais ça donne, en tous les cas, matière à réfléchir à cette question du vandalisme. |
Au fond, la société
doit s’accommoder d’un certain degré de contestation. Je pense
à cette crise que l’on a passé dernièrement à
propos des graffitis. Justement, j’ai trouvé dans un très
ancien numéro de Autrement
(1979) une explication très intéressante. " [Les graffitis] sont porteurs de messages de dénonciation. Ils évoquent les signes d’une présence oubliée, méconnue, en quête de piste vers une socialité juvénile absente de l’univers technologique. […] Ils expriment plus le souhait d’une reconnaissance que d’une remise en question. Les murs et les palissades deviennent dans certains lieux d’entassement et de privation des espaces de vie, des surfaces organisées où s’accumulent les hiéroglyphes dérisoires, mais ritualisés, sur lesquels les petits citadins vont à la rencontre d’autres messages, à défaut de dialogue avec d’authentiques messagers. " Car au-delà des objets vandalisés, ce sont également des acteurs sociaux institutionnels qui sont directement interpellés. – Ils n’aiment pas ça d’ailleurs – : L’école, les cabines téléphoniques, les transports en commun, l’église, le temple… Or, ces lieux et ces véhicules ont tous un point commun : ils participent et contribuent à la vie de relation. Organes de communication agressés, ce sont tout à la fois les institutions et leurs usagers qui sont visés. " C’est pourquoi la violence […] ne doit pas être lue et interprétée comme spécifiquement destructrice, mais également comme incitatrice et constructive, dans la mesure où elle appelle des réponses, des ajustements, des changements. C’est en ce sens qu’elle participe de façon introductive à la négociation de nouvelles relations. "
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La cause des adolescents, |
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J’ai devant moi un tableau paru dans un ouvrage très intéressant de Françoise Dolto : La cause des adolescents, chez Robert Laffont. Le tableau montre la vision qu’on avait à telle ou telle époque. |
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Dans le tableau ci-dessous, on peut voir que : Au Moyen Âge, on
s’identifiait à la chevalerie. On est passé des chevaliers, aux savants, aux chefs de guerre, aux stars, puis au groupe substitut du père. Il y a quelque chose là. |
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À quoi correspondait ces différentes époques? Comme on peut le lire dans le tableau ci-dessus : Au Moyen Âge, c’était
les conquérants. L’impression qui se dégage de tout ça, c’est que quelque chose est en train de se détériorer, de se perdre. Mais peut-être est-ce en train de pourrir pour mieux se transformer en autre chose de mieux? |
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Madame Dolto, qui est psychanalyste, s’interroge sur ce qui représente la fin de l’adolescence : " Les neurologues se fixent au développement nerveux : 20 ans, l’âge où le tissu cérébral est entièrement constitué. Les spécialistes de la croissance dateront les dernières pointes de l’ossification. C’est la fin de l’ossification des clavicules, à 25 ans ", explique F. Dolto. Quant au législateur, la psychanalyste note qu’il se fixe sur la majorité pénale : 15 ou 16 ans, par là. Elle explique : " Un jeune individu sort de l’adolescence lorsque l’angoisse de ses parents ne produit plus sur lui aucun effet inhibiteur. Ce que je vous communique n’est pas très agréable pour les parents mais c’est une vérité qui peut les aider à être clairvoyants : leurs enfants ont atteint le stade adulte lorsqu’ils sont capables de se libérer de l’influence parentale en ayant ce niveau de jugement : ‘ Les parents sont comme ils sont, je ne les changerai pas et je ne chercherai pas à les changer. Ils ne me prennent pas comme je suis, tant pis pour eux, je les plaque. ’ " Et sans culpabilité de les plaquer, poursuit Dolto. À ce moment de leur rupture féconde, trop de parents voudraient rendre coupables leurs enfants parce qu’ils souffrent et qu’ils sont angoissés de ne plus avoir l’œil sur eux. " C’est cela, d’après Françoise Dolto, qui marque la naissance de l’autonomie chez l’être humain. Le chemin est souvent difficile et bien long. À suivre… |
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