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Émission du mardi 2 mai 2000
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| L'ère des interminables adolescences... | ||||
ANATELLA, Tony. Interminables adolescences, Éd. Cerf-Cujas, 1988. |
Si je parle d'adolescence, à quel âge la situez-vous? À 12 ans? À 16 ans? Ou à 17 ans peut-être? Eh bien, ce n'est pas tout à fait ça, car de plus en plus nous connaissons l'univers des 12-30 ans. Parler de la jeunesse aujourd'hui, curieusement, c'est parler de l'adolescence comme d'un entre-deux entre l'enfance et l'adulte qui se prolonge de plus en plus. Le concept de la jeunesse est récent et c'est une réalité sociale à part entière avec son cortège de mythes, et également de troubles psychiques (dépression, boulimie, anorexie, tendance suicidaire, etc.). L'influence de la jeunesse est considérable sur la société parce qu'on est obsédé par la jeunesse, d'une part, mais aussi parce qu'elle dispose de la possibilité financière d'avoir un certain pouvoir sur notre société marchande de production-consommation, et ainsi elle finit par avoir une influence considérable sur tous les âges de la vie. Ce qui fait de l'adolescence un âge privilégié au 20e siècle.
Donc : " les conduites juvéniles sont précoces, avant même les transformations de la puberté, et elles se maintiennent longtemps dans la vie psychique de nombreux adultes, également. Le désir de vivre et de penser comme des adolescents donne le prestige de la vitalité, du mouvement, de la spontanéité stimulé par les dernières idées à la mode. " Plusieurs courants viennent des adolescents, du reste. Cette réflexion de Toni Anatella est tirée de l'un de ses ouvrages paru, il y a déjà quelques années, qui s'intitule : Interminables adolescences. Il y parle de l'adolescence et, plus particulièrement, du désir de penser et de vivre comme des adolescents que l'on retrouve dans notre société présentement. |
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Les jeunes représentent maintenant une réalité à l'intérieur de notre société alors qu'autrefois, l'adolescence était une période plutôt floue qui n'était pas beaucoup prise au sérieux, dirions-nous. Dans son ouvrage, Anatella nous suggère de nous interroger sur la signification du besoin de nombreuses personnes de s'aligner sur les conduites juvéniles. Cette invitation m'amuse d'autant plus qu'il me semble que certaines personnes envisagent la retraite ou surtout la préretraite comme la possibilité de retourner à l'adolescence. " Déjà, écrit-il, les adolescents s'étonnent de voir leur jeunesse mimée par leurs parents, par leurs aînés qui veulent ressembler aux jeunes et rester adolescents. En voulant réduire la différence entre les générations dans l'espoir d'une meilleure communication, la relation entre jeunes et adultes est faussée parce que personne ne reste à sa place. " Anatella s'interroge beaucoup sur les relations de copinage entre parents et enfants qui ajoutent à la confusion : " ‘ Si les adultes sont comme nous, disait récemment un jeune de 17 ans, alors je ne sais pas comment je vais pouvoir grandir. ’ Si les adultes ne savent plus tenir leur place, courent après leur jeunesse à travers celle de leurs enfants et s'installent dans l'adolescence, l'avenir est bouché ", remarque l'auteur. Ça donne à penser, sinon à pincer... " Le développement des idées et des attitudes lors des années 60 a favorisé une juvénilisation de la société. " " De nombreux adolescents des années 70, devenus ‘ adultes ’ socialement et parents dans les années 80, continuent de vivre en utilisant les mêmes mécanismes psychologiques de l'adolescence. Il ne s'agit pas ici de réaliser ce qu'ils n'ont pas pu vivre quand ils étaient plus jeunes, selon le schéma classique, mais de poursuivre une adolescence sans fin. Pour justifier ce comportement, on emploie des formules magiques comme : ‘ il faut rester jeunes ’, ou ‘ il faut être encore enfant pour s'occuper des enfants ’, ou encore ‘ il ne faut pas faire de différence ’. " Nous ne sommes
pas dans l'ordre de la coopération entre les générations,
Ça va loin... " Cette pseudo-fraternité pervertit la relation, affaiblit les personnalités, suscite une vie émotionnelle plus qu'affective et désocialise les individus, affirme Anatella. La société y perd en efficacité et en devenir. Si l'avenir de l'homme c'est l'enfant, l'adolescence n'est pas son destin, mais un passage fondateur dont il faudra bien faire le deuil pour vivre psychologiquement et socialement. " |
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| La
violence : contre soi, contre les autres |
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On attribue la violence aux autres de préférence, car la plupart d'entre nous rêvent d'égalité et de fraternité… |
Pour ne rien vous cacher, c'est mon intérêt pour la question troublante du suicide chez les jeunes qui m'a amené, plus précisément il y a un an, à me poser des questions et à chercher des réponses un peu partout. Peut-être vais-je vous suggérer quelques pistes de réflexion, mais c'est à vous de les explorer, parce que je ne crois pas qu'on puisse en venir à dire : voici en quatre points ce qu'il faut faire pour régler le problème. Toutefois, un premier point serait de changer les valeurs dans notre société, ce qui n'est pas banal. Je voudrais plus particulièrement dans le cadre de l'émission d'aujourd'hui parler de la violence, contre les autres et contre soi, car ce qu'on oublie c'est que le suicide est une forme de violence, une violence que le jeune va retourner contre lui-même. Pour me plonger dans
ce labyrinthe, j'ai choisi de le faire en compagnie de Christiane Olivier
qui est surtout connue pour son livre Les enfants de Jocaste :
il a été traduit en cinq ou six langues déjà.
Mais Christiane Olivier est aussi l'auteure d'un autre ouvrage qui s'intitule
L'Ogre intérieur ,
paru chez Fayard.
Christiane Olivier est une psychanalyste de formation qui sait, comme tous ceux qui s'intéressent à la psychologie, qu'il existe à l'intérieur de nous une madame ou un monsieur Hyde qui reste caché. Alors si on constate que la violence est partout et qu'on se demande pourquoi, la réponse c'est : " Parce qu'elle est en chacun de nous ", rappelle cette auteure. " Originellement force de vie, elle peut se retourner en pulsion de destruction ou de mort. " " Christiane Olivier, écrit-on sur la quatrième couverture de son ouvrage, trace remarquablement le portrait de l ’‘ ogre intérieur ’ qui est à l'origine de toutes les violences personnelles : boulimie, anorexie, alcoolisme, dépression; ainsi que de toutes violences ayant pour but de prendre le pouvoir sur l'Autre : incestes, viols et violences familiales, sectes, médias. – Médias… parmi les violences, figurez-vous! – Exprimées, refoulées, retournées contre soi, ces différentes violences manifestent notre rapport à nous-même et à l'Autre. " Les autres, les voisins, la relation d'intimité qu'on essaie d'entretenir avec le compagnon et la compagne, etc. Ce que raconte la psychanalyste, finalement, c'est notre propre histoire, à partir des comportements, des émotions et des sentiments des êtres humains. Dans le propos de Christiane Olivier, il est question de la montée de la violence à notre époque. " La violence n'est-elle pas de tous les temps? ", demande-elle. Oui, mais on la voit différemment maintenant. " On parle dans les médias de l'amour et de la haine pour les étudier, les attribuer, les justifier dans l'immédiat sans se rendre compte qu'ils sont sous-tendus par la violence de la première alternative existentielle enfants-parents. [ …] On attribue la violence aux autres de préférence, car la plupart d'entre nous rêvent d'égalité et de fraternité… Que faire de la rivalité, du viol, du meurtre, dans une société qui tend de plus en plus vers un ‘ univers ’ capitaliste, mais ferme les yeux sur les génocides, les infanticides, les crimes sexuels, le suicide, la drogue, l'alcoolisme et le sadisme… " ‘ Ça a toujours existé. ’ [ …] Je désire rouvrir le livre de la violence. Celle de Yahvé, le Créateur si cruel avec sa création, si chiche de ses alliances et perdu dans d'incessantes guerres et calamités… Celle des catholiques envers les huguenots, lors des guerres de Religions… Celles des dictateurs au cœur de pierre, durant les génocides de tous les temps. Celle des hommes envers les femmes… La violence des adultes envers les enfants qui n'a jamais cessé et, depuis peu, celle des enfants envers la société toute entière. " |
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| Je ne sais pas si ça
va devenir clair à un moment que le développement du sentiment social pourrait bien être justement une façon de diminuer le suicide chez les jeunes. |
" On parle des devoirs des parents, des désirs de l'enfant, en oubliant toujours que dès sa naissance l'enfant n'échappe pas à la suite de contradictions, d'amour et de violence. [ …] Toute l'éducation est là pour apprendre à l'enfant qu'il fait partie d'une société et doit tenir compte de l'existence de l'Autre [ …] . " C. Olivier revient souvent sur ce point, qu'on retrouve aussi dans l'œuvre de Freud, mais en particulier dans l'œuvre de Adler dont je vous ai parlé très souvent, à propos de l'importance de développer le sentiment social. Je ne sais pas si ça va devenir clair à un moment que le développement du sentiment social pourrait bien être justement une façon de diminuer le suicide chez les jeunes : c'est par une longue chaîne de déductions qu'on arrive à cette conclusion. Après tout, le sentiment social, c'est le respect de l'autre. Il suppose le plus souvent que le père est intervenu dans l'éducation, car si la mère met au monde l'enfant biologiquement, c'est très souvent le père qui va donner naissance à l'être social par l'éducation. On peut supposer que si le sentiment social est développé, le père est intervenu à un moment et si c'est le cas, l'enfant aura moins tendance plus tard à s'engager dans des actions violentes ou même à retourner la violence contre lui. Christiane Olivier n'y va pas par quatre chemins, et c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de vous entretenir de sa réflexion. Par exemple, à un moment, elle dénonce " la démission éducative parentale ", et ce n'est pas très gentil ce qu'elle a à dire…
" Sans y prendre vraiment garde, nous avons laissé saper les références familiales nécessaires à l'établissement de l'identité de l'enfant, en remettant en cause, continuellement ou publiquement, via les médias et surtout la télé, la place et l'autorité des parents : ils ont lâché leur rôle d'adultes autoritaires pour passer à celui de parents copains et compréhensifs. Il n'y a plus de repères, et souvent plus de pères! (Elle revient souvent sur cette absence du père.) Il reste la plupart du temps une mère aimante et compatissante qui craint de heurter des enfants déjà bousculés par la vie de leurs parents. " Il y a, depuis des années, des campagnes de publicité autour des droits des enfants et des devoirs des parents, si bien que dans certaines familles l'équilibre s'est inversé, le droit passant du côté de l'enfant qui régente tout à coups de chantage, et les parents se décrivent souvent eux-mêmes dépassés par un mouvement sociologique inévitable, où ils ne veulent pas faire figure de parents rétros. |
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| " Si la violence
de l'enfant est spontanée et naïve, celle du parent est bien remisée dans les oubliettes d'un Surmoi. " |
" Le principe fondamental de la dissymétrie des places entre les parents et les enfants est aujourd’hui trop souvent remise en cause par les parents eux-mêmes, et si la violence de l'enfant est spontanée et naïve [...], celle du parent est bien remisée dans les oubliettes d'un Surmoi qui condamne toute épreuve de force physique comme un ‘ mauvais traitement ’ de la part d'un parent fort vis-à-vis d'un enfant faible… – Christiane Olivier n'est pas d'accord avec le concept de l'enfant faible. " On croit rêver quand, s'asseyant tranquillement un après-midi dans un jardin public, à côté d'un bac à sable, on ne tarde pas à remarquer la brutalité des enfants entre eux et avec leurs parents et l'incapacité de ces derniers à intervenir ou à se défendre de l'agressivité naturelle de leur enfant : celui-ci refuse de quitter le bac à sable comme on le lui demande, et ne videra les lieux que triomphant pour avoir prouvé à tous que c'est lui qui commande et non l'adulte. " Pourquoi est-il devenu strictement impossible de donner une gifle ou une fessée à son enfant, sans se sentir l'objet de tous les regards et assimilé à un ‘ mauvais ’ parent? Si ce n'est que parce que des années de doltomania et autres interprétations de la situation parent-enfant nous ont forgé un Surmoi de parents coupables d'utiliser autre chose que les mots pour redresser le comportement de notre enfant qui, lui, se sert de ses mains, de ses pieds, de sa bouche, voire de ses dents contre ses petits copains et nous-mêmes..." [rires] J'aime beaucoup cette femme,
parce qu'elle dérange. |
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" Qu’ont donc fait les |
Christiane Olivier fait observer que les médias ont contribué à imposer cette idée que les enfants seraient nécessairement innocents, alors que les parents seraient naturellement sadiques et autoritaires. " Le propre de certaines campagnes médiatiques a été de monter en épingle les cas les plus monstrueux de quelques enfants battus, explique-t-elle. Aujourd’hui, on aurait tendance à nous faire prendre pour multitude ce qui n’est que minorité. [ …] À voir vivre les familles, la question pourrait être : qu’ont donc fait les parents de leur violence ‘ fondamentale ’, eux qui s’évertuent à supporter celle de leurs enfants? Et ces derniers vont-ils à leur tour refouler la force énorme qui les dresse contre le pouvoir parental ou vont-ils profiter de cette incapacité à se défendre pour les transformer en ‘ parents matyrs ’, esclaves des désirs souverains de leur progéniture? " Souvenons-nous ici que l'identité
ne s'établit que face et grâce à un autre individu
et grâce à un conflit né de deux désirs différents :
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" Les enfants et les |
Puis, C. Olivier revient sur l'adolescence pour expliquer que, à ce moment-là de la vie, " les enfants et les parents ont toujours entre eux un amour empreint d'ambivalence et si l'adolescent a besoin, comme le bébé, que la permanence de l'amour lui soit assuré, il a aussi besoin que les interdictions propres à son âge lui soient formulées et qu'une autonomie progressive lui soit accordée. – Elle dit bien " progressive "... Les parents ont toujours " le devoir de fixer des limites à leurs enfants, sous peine de les voir aller les chercher ailleurs et porter la querelle de pouvoirs dans des lieux beaucoup plus dangereux que la famille ". Dans une secte, par exemple. |
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S'il n'y a pas d'opposition, il n'y a pas de lumière. |
Comment se fait-il que l'enfant qui n'obéissait pas se retrouve plus tard dans une secte où il obéit à la lettre à un imbécile qui porte un drôle de chapeau sur la tête? Au fond, il avait peut-être besoin d'admirer et d'obéir. Il y a tout de même le fait que tout naît du conflit, finalement. S'il n'y a pas d'opposition, il n'y a pas de lumière. Si l'enfant est toujours d'accord avec ses parents, l'enfant est de trop d'une certaine façon, et le contraire est également vrai. La psychanalyste estime que " l'agressivité naturelle contre l'autorité se voit donc refoulée et tenue au silence là où il n'y a pas de père, pour redoubler la mère : dans la situation de parent seul, la mère se trouve à être le seul lieu identificatoire de ses enfants, elle est leur ‘ remère ’ faute d'être leur ‘ repère ’... Si le statut des filles ne s'en trouve que peu modifié, puisque de toute façon et dans n'importe quelle famille, l'éducation des filles repose sur la mère, il n'en va pas de même pour le garçon qui doit devenir un homme, ni comme sa mère puisqu'elle est une femme, et ni comme un père puisqu'il a été écarté comme homme inadéquat. "
Elle parle ensuite du complexe d'Œdipe, expliquant que le père doit s'affirmer de manière à ce que l'enfant saisisse bien que la mère n'est pas à lui seul, etc. " L'amour œdipien de la mère qui gêne en temps normal l'adolescent se révèle ici encore plus encombrant et peut donner lieu à de brutales volte-face contre celle qui interdit d'être comme le père. Ce qui est difficile entre mère et fils lorsque le père est dans la famille devient ici impossible – quand la mère a remis l'enfant mâle à sa place, il va s'identifier au père au lieu d'être en conflit avec lui pour l'amour de la mère – et l'identification au père cède la place à la contre-identification à la mère : pour être un homme, il suffit de ne pas être une femme. Étrange conclusion qui délimite de façon définitive et négative le rapport de beaucoup d'hommes à leur femme, donnant raison au psychanalyse américain Stoller : ‘ Le premier devoir pour un homme est : ne pas être une femme. ’ [ …] " Que dire alors de la recrudescence des viols et d'autres violences faites aux femmes qui prennent indûment dans la tête de l'homme la place de la mère œdipienne, que le petit garçon n'a jamais osé agresser. ‘ Tout le monde ne peut pas jouer les Oreste! Et tuer celle qui a écarté le père du chemin de l’enfant! – Ça va loin… – La plupart des enfants de ces familles désunies, tenteront d'éviter de toucher à la mère en laissant éclater leur rage à l'extérieur, dans un tout autre lieu et vis-à-vis d'une toute autre loi : ils abandonnent la famille pour le groupe… " Il faut peut-être avoir lu les 74 pages qui précèdent pour bien comprendre toute la portée de ce dont il s'agit maintenant, mais il faut parfois être confronté à des choses difficiles à saisir ou à accepter, parce qu'on sent bien qu'il y a quelque chose là.
" C'est pourquoi aujourd'hui devant ces grands adolescents sourds à toute Loi, les enseignants déclarent forfaits et les parents jugent les enseignants incapables (ils voudraient les voir défaire logiquement ce qu'ils ont fait et établi illogiquement et inconscient, rien de moins!) – Elle est fâchée! " Si l'adolescent se comporte violemment à l'extérieur de chez lui, c'est bien parce que dans sa famille il ne peut pas agir ainsi sans risquer de faire craquer son père ou pleurer sa mère, et ce n'est pas ce qu'il veut; ce qu'il veut, c'est trouver devant lui enfin un pouvoir plus fort que le sien et qui lui résiste, un être humain plus aimant que lui et qui n'éprouve pas la peur de l'être moins, quelqu'un enfin qui ait le courage de ses opinions. |
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" Ce que recherche l'adolescent, c'est un interlocuteur capable de dialoguer avec lui… " |
" Ce que recherche l'adolescent, c'est un interlocuteur capable de dialoguer avec lui et de lui montrer qu'un adulte n'est pas toujours obnubilé par le désir d'être ‘ bon parent ’, mais peut aussi choisir tout simplement d'être ce qu'il est : celui qui a une génération de plus que lui et qui se pose quelques questions sur l'avenir technologique et sociologique de la planète, autrement dit, qui a d'autres préoccupations que la satisfaction de ses désirs immédiats ", comme c'est le cas chez l'adolescent, mais plutôt une vue d'ensemble que seuls les parents peuvent avoir. Il y a dans les propos de Christiane Olivier la critique d'une permissivité excessive dans l'éducation qui vise à éviter ce qui est inévitable, c'est-à-dire l'affrontement : l'enfant veut quelque chose et le parent ne veut pas ou vice-versa. Dans la vie, ça, c'est inévitable. Elle rappelle, à un moment, l'influence de Freud au siècle dernier qui a ouvert les portes sur la naissance des névroses causées par de mauvais parents, contraignants, obsessionnels, autoritaires, etc. dont les désirs (et les souhaits) pouvaient briser l'enfant dès le berceau. " Nous avons voulu faire ‘ autrement ’, dit-elle. Nous avons voulu échapper à la malédiction freudienne et nous n'avons plus voulu que des enfants souhaités et réussis; là ont commencé les problèmes, car comment assurer juste ce qu'il faut d'amour (trop d'amour retient l'enfant et le maintient dans la régression), juste ce qu'il faut de frustration (s'il y en a trop, l'enfant renonce à son désir et devient indifférent) et juste ce qu'il faut de sévérité (trop de sévérité lui fait croire qu'il n'a pas sa place et trop peu lui fait croire qu'il habite un monde sans bornes ni sécurité)? " Si vous êtes aux prises avec ce problème
d'avoir à éduquer des enfants, Plus loin, Christiane Olivier rappelle d'ailleurs que " Freud savait que l'éducation était une profession impossible, et nous, pour ne pas être taxés de parents incompétents, nous préférons différer l'éducation et nous en remettre aux enseignants, aux juges et aux policiers dont aucun ne pourra redresser ce qui est déjà tellement établi chez nos enfants dès l'âge de quatre ans : ‘ Je suis un enfant, vous n'avez pas le droit de me dire non! ’ " |
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Pour terminer, je reviens à cette formule de Christiane Olivier qui me semble bien résumer le discours : " Ce que recherche l'adolescent, c'est un interlocuteur capable de dialoguer avec lui et de lui montrer qu'un adulte n'est pas toujours obnubilé par le désir d'être ‘ bon parent ’, mais peut aussi choisir tout simplement d'être ce qu'il est : celui qui a une génération de plus que lui et qui se pose quelques questions sur l'avenir technologique et sociologique de la planète. " |
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