Saison
1999-2000
Émission du mardi 16 mai 2000
 

Les néologismes qui feront partie du 21e siècle

D'après :
JULIENNE, Marina,
OLIVIER, Cécile et
SERGENT, Denis.
" Parlez le langage du
21e siècle! ",

Eurêka, N° 51,
janvier 2000.

Voici l’énigme de la journée, mesdames et messieurs. Essayez de la déchiffrer : " Ta grosse concierge follement amoureuse ose quémander tes caresses divines. " Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire?

Seuls les géologues pourraient déchiffrer cette formule car elle cache l’échelle de dureté des roches : le Talc, (se raye à l’ongle), le Gypse, le Calcite, la Fluorine, l’Apatite, l'Orthose, le Quartz, le Topaze, le Corindon, le Diamant (rien ne peut le rayer). Pour s’en souvenir, on ne retient que la première lettre de chaque mot de cette curieuse phrase : Ta Grosse Concierge Follement Amoureuse Ose Quémander Tes Caresses Divines. Ainsi, chacun peut se souvenir des éléments de l’échelle de dureté des roches au lieu de se souvenir de la formule : TGCFAOQUTCD…

J’ai trouvé ce truc dans un article qui veut nous initier aux néologismes du 21e siècle : " Parlez le langage du 21e siècle! ", paru dans Eurêka en janvier 2000. Et vraiment, j’en ai découvert des mûres et des pas mûres.

Par exemple, un alicament : savez-vous ce que ça veut dire? C’est un néologisme, un nouveau mot donc, qui est à mi-chemin entre aliment et médicament.

  • Alicament, n. m. " Néologisme entre aliment et médicament. Aliment naturel généralement, ou partie d’aliment naturel possédant des propriétés thérapeutiques pouvant freiner ou éviter le développement de pathologies […] ".

Ensuite, vous avez l'adjectif biolithique : Est-ce que ça vous dit quelque chose? Hervé Kempf, auteur de La révolution biolithique, semble être l'inventeur de ce néologisme :

  • Biolithique, adj. " L’humanité, après la révolution néolithique (néo veut dire nouveau, donc nouvel âge de pierre), s’engagerait dans une entreprise de maîtrise des organismes biologiques au niveau individuel et de transfert des propriétés biologiques à la matière inerte. C’est la révolution biolithique. " Il s'agit donc d'une révolution du vivant, comparable à la révolution néolithique.

Voici un mot qui va avoir beaucoup de succès dans les années qui viennent :

  • Cryptozoologie, n. f. " Spécialisation de la zoologie ayant pour objet l’étude d’animaux disparus, rares voire fantasmagoriques […]. "

Un mot que vous avez souvent entendu à l’émission : le Cyborg

  • Cyborg, n. m. " Être humain incorporant des composants pour devenir un hybride biologique/mécanique. "

Je trouve ici un mot étonnant : la décohérence. Déjà, la cohérence…

  • Décohérence, n.f. " Théorie tentant d’expliquer pourquoi les objets macroscopiques (donc immenses, très grands, comme la cosmologie) ont un comportement classique (à tout instant (t), on peut connaître la position et la vitesse de cet objet (v), tandis que les objets microscopiques, atomes et particules, ont un comportement quantique (position et vitesse sont imprécisables en raison du principe d'indétermination d'Heisenberg). […] "
 

Savez-vous ce qu’est un déchéticien?

  • Déchéticien, n. m. " Ingénieur ou économiste spécialiste en traitement des déchets. […] "
  • Grandparentalité (tiens je ne savais pas que ce mot-là existait), n. f. " Ensemble de responsabilités assurées par la personne ayant la fonction et le rôle de grand-parent dans une famille. " Je pense que je commence à comprendre très bien le sens de ce mot-là…
  • Homoparentalité, n. f. " Chez les homosexuels, possibilité d’assurer le rôle de parents au sein d’un ‘ homocouple ’. "
  • Humanitude, (mot proposé par Albert Jacquard, généticien des populations.) n. f. " Ensemble des caractères, des manières de penser, de sentir propres à l’espèce humaine. Le fait de prendre conscience d'appartenir à une communauté : l'humanité. "

Vous allez vous demander : Est-ce qu'ils vont se retrouver dans le dictionnaire tous ces mots-là? Peut-être pas tous, mais certainement plusieurs d’entre eux puisqu’on trouve déjà dans Le Robert les mots octet, biolithique, webmatique, hypertexte. Vous savez ce que c’est l’hypertexte?

  • Hypertexte, adj. " Mode d’affichage et de navigation sur le Web. Un mot permet l’accès à une page. "
  • Mania, n. f. " Modes auxquelles, comme toute activité humaine, la science n’échappe pas. " On parle ici de la microbiomania [microbio : vie microbienne, mania : manie], des découvertes de Pasteur à la cybermania [manie du virtuel], en passant par la dinosauromania, entretenue surtout depuis le film Parc Jurassique, ou encore de l’Internetomania, usage obsessionnel de l’Internet. Ça va loin, c’est grave pas mal.

 

 

Autre mot étonnant :

  • Orditévé, n. m. " Fusion de l’ordinateur, du téléphone et de la télévision en un même objet doté d’un clavier sans fil et d’un écran plat. […] "
  • Principe de précaution, n. m. " Principe selon lequel les scientifiques, les politiques et la société (ou ses représentants), et non plus les seuls experts [détail important car il y va de sujets comme l’écologie], prennent, en connaissance de cause, la décision d’engager telle recherche scientifique ou telle application technique. Selon certains, le principe de précaution cache souvent un principe d’incertitude voire d’ignorance. " C’est-à-dire que c’est parce qu’on n’est pas trop certain de l’effet des choses, comme par exemple les organismes génétiquement modifiés, que certains suggèrent d’adopter le principe de précaution jusqu’à ce qu’on en sache davantage, ou encore de travailler avec beaucoup de prudence.
  • Réalité virtualisée, n. f. " Procédé transformant une scène du monde réel en représentation virtuelle permettant alors d’interagir librement et de naviguer virtuellement dans cette représentation. […] "

Il y a le mot xénogreffe aussi, on commence à savoir de quoi il s’agit…

  • Xénogreffe, n. f. " Greffe sur un organisme humain de cellules, de tissus ou d’organes d’origine animale. Cette pratique, qui pourrait pallier la pénurie d'organes humains à transplanter, est souvent soumise à un moratoire, le risque de transmission des maladies n'étant pas écarté. "

Ce serait là, apparemment, des mots qui vont de plus en plus s’imposer dans ce 21e siècle. Mais il y a aussi les mots à supprimer.

 

 

Des mots à supprimer

Parmi les mots à supprimer, il y a le mot digital, par exemple :

  • Digital, e, adj. " Le terme ‘ son digital ’ est un modèle de contresens, souligne un expert en la matière. Il signifie littéralement ‘ ce qu’on entend quand on se met les doigts dans les oreilles ’. – [rires] On va s’en souvenir. – Mieux vaut parler de son numérique et préférer le terme numérisation à celui de digitalisation. " J’ai fait, moi aussi, une découverte car j’emploie encore à l’occasion le mot digital en me demandant s’il faut dire digital ou numérique. Sachons donc une fois pour toutes que c’est numérique. Son numérique et numérisation et non pas digitalisation.
  • Mél, c'est le mot utilisé en France pour dire courriel. Un linguiste s’insurge :
    " Aucun mot français ne se termine par la syllabe ‘ mél ’ sans e. On a voulu bêtement franciser le mail. – Puis il ajoute ceci qui est très flatteur pour nous : – alors qu’il suffit d’utiliser la très simple expression québécoise ‘ courriel ’. "

 

 


  
 

L'empathie

D'après :
CIARAMICOLI, Arthur
et KETCHAM,
Katherine.
Le pouvoir de
l’empathie – un
antidote à la
solitude
,
Éd. de l’Homme,
2000.

 

Empathie, voici un mot que nous allons creuser un peu car il est source de fraternité dans les rapports avec les autres et d’estime de soi.

  • Quelques définitions

Voyons d’abord les définitions que l’on peut trouver pour le mot empathie :

" La capacité de comprendre un être vivant avec justesse et de réagir à ce qu’il vit avec sensibilité. " Mais n’est-ce pas cela, la sympathie? Non, pas du tout. La sympathie, c’est autre chose. Ah ah! Vous pensiez bien que j’étais armé de quelques définitions à vous fournir, non?[rires]

" L’empathie est cette disposition innée qui nous incite à poser des gestes de compassion et d’altruisme. La sympathie, elle, est une émotion, c'est l’expérience passive de la peur, du chagrin, de la colère ou de la joie d’autrui. – On est avec autrui, on souffre où on ressent avec autrui. – Sympathie signifie ‘ souffrir ou ressentir avec ’; empathie signifie ‘ souffrir ou ressentir dans ’ "

" L’écoute empathique est toujours centrée sur l’autre, et elle a pour objectif que cet autre se sente compris dans sa spécificité. […] L’écoute empathique se veut sensible à l’aspect particulier, exceptionnel, neuf et personnel de l’expérience de l’autre. Elle s’attache au moment présent, à ce qui se passe dans l'‘ ici et maintenant ’ de l’autre. Par opposition, la sympathie qui cherche, à partir de sa propre banque d’expérience, à avoir une compréhension globale de la situation d’autrui. "

C’est très important l’empathie parce que, comme je le disais tout à l’heure, elle favorise la fraternité dans nos rapports avec les autres. Mais il peut s’agir également d’une fraternité très étendue puisqu’on peut avoir de l’empathie pour un animal, également. Il y a toutefois un paradoxe dans tout ça.

" D’abord vient la conscience : nous sommes éveillés, nous nous percevons comme des êtres pensants et sensibles. Puis vient ‘ la deuxième plus extraordinaire réalisation dont l’esprit humain est capable ’, l’empathie : c’est-à-dire la profonde compréhension que nous sommes capables d’avoir les uns pour les autres, la capacité de ressentir les émotions et de pénétrer les pensées, les idées, les intentions et les jugements d’autrui également. L’empathie est ce qui nous relie; elle nous aide à réfléchir avant d’agir. […]

" En aiguisant notre sensibilité aux pensées et aux émotions des autres, l’empathie nous montre à vivre pleinement, à vivre à cœur ouvert. L’empathie est intimement liée à ce processus du devenir, de l’élargissement, de l’expansion de l’être, car elle repousse nos frontières, elle nous rapproche d’autrui, elle nous fait tendre l’oreille aux chuchotements pressants de son âme. Qui es-tu? Que ressens-tu? Que penses-tu? Qu’est-ce qui compte le plus pour toi? Voilà les questions qu'explore l'empathie. "

 

" L'empathie est ce pont jeté au-dessus du gouffre qui nous sépare les uns des autres. "

  • La face cachée de l'empathie : la manipulation

Il y a un chercheur, un psychologue américain du nom de William Ickes, qui a définit l’inférence empathique :

" L'inférence empathique, c'est ce qu'on fait quotidiennement en lisant dans la pensée d’autrui. "

Mais ce n’est pas simple car l’empathie a une face cachée qui, dans certains cas, va s’imposer. Quand, par exemple, on a une tendance à la manipulation d’autrui, ou que l’on exerce son empathie dans le but d’y trouver des avantages. Notre auteur nous dit ici :

" Je trouve les manœuvres de ma fille plutôt touchantes, bien que je sois conscient de me faire manipuler. Et c'est ce qui compte, en définitive : en étant conscient de ce qui est en train de se produire, on a le choix d’y participer ou non. […] J’ai maintenant l’intime conviction que l’empathie, plus que toute autre faculté humaine, constitue l’élément clé d’une relation aimante ainsi que l’antidote à la solitude, à la peur, à l’angoisse et au désespoir qui en affectent tant parmi nous. L'empathie est ce pont jeté au-dessus du gouffre qui nous sépare les uns des autres. "

Je suppose qu’on a dû développer l'empathie au moment où l’on avait des expériences tribales, où il y avait une obligation de solidarité pour assurer la survie ou une vie commune agréable. Ce n’est pas toujours aussi intéressé, car autrement la vie n’a pas de sens!

" L’empathie, c’est la capacité de comprendre les expériences d’autrui en reconnaissant leur caractère unique. Le paradoxe de l'empathie, c'est que cette faculté innée peut servir autant des fins constructives que destructrices ", nous expliquent les auteurs.

 
  • L'empathie : un potentiel inné

On dit ici que l’empathie est un potentiel inné. Je vous dirai que ça ne m’a pas autrement surpris parce que c’est une forme d’altruisme, au fond. Certains d’entre vous s’en souviendront peut-être, j’ai fait à une époque des recherches sur l’altruisme qui se sont étendues sur plusieurs années pour découvrir que la coopération et l’entraide sont des mécanismes innés. C’est un peu cette théorie qui est reprise par Arthur Ciaramicoli et Katherine Ketcham dans un ouvrage intitulé : Le pouvoir de l’empathie – un antidote à la solitude, paru aux Éditions de l’Homme.

" L’empathie fait partie du bagage génétique; c’est un cadeau de la nature destiné à assurer la survie de tout organisme vivant. – Je dirais plutôt que c’est un cadeau destiné à " contribuer à assurer la survie "… Sans interrelation, il n’y a pas de survie possible, telle est la loi biologique sous-jacente à l’empathie. C’est ce qui explique qu’elle soit non seulement encodée dans notre propre ADN, mais également inscrite dans le programme génétique des éléphants, des chimpanzés, des chenilles, des fourmis –

 

 

Je n’ai jamais été saisi d’émotion devant l’empathie des fourmis mais il paraît que la trilogie de Bernard Werber est très significatif à ce sujet. Site officiel de Bernard Werber : http://www.werber.imaginet.fr/sommaire/index.htm 

 

– et, aussi incroyable que cela puisse paraître, l’empathie se retrouve même chez les organismes unicellulaires. " Mais cela prend une très bonne lunette pour voir comment ça se passe chez eux...

" Plus les animaux évoluent, plus se développent leurs facultés mentales ", remarque notre auteur. Autrement dit, plus on s’élève dans l’échelle de la conscience et plus on remarque que le potentiel empathique, positif ou négatif, augmente : positif quand il s’agit d’empathie authentique alors que l’autre empathie, c’est l’empathie fonctionnelle qui nous permet de survivre. " La capacité de communiquer avec un autre être vivant s’accroît avec la capacité de ‘ lire ’ ses émotions et pensées. " N’est-ce pas extraordinaire de voir que ces mécanismes sont innés et qu’on puisse intervenir pour les développer davantage?

Si on définit l’empathie comme la capacité de comprendre un être vivant avec justesse et de réagir à ce qu’il vit avec sensibilité, peut-on douter qu’un animal puisse avoir un rapport empathique avec un autre animal, ce qui est interspécifique dans ce cas-là, ou même avec les humains?

On explique dans ce livre toute la question de l’empathie encodée dans notre cerveau en précisant qu’on la situe entre l'amygdale et le néocortex, au niveau du système limbique. C’est très instructif mais ce n’est pas ça qui nous intéresse maintenant. Retenons tout simplement que :

" La connexion neuronale dont dépend l’empathie peut, assez tôt dans la vie, se trouver renforcée par l’amour et l’attention dont l’enfant fait l’objet. De fréquentes interactions négatives avec des adultes coléreux, violents ou indifférents, au contraire, risquent de perturber les ‘ circuits ’ responsables de la transmission et de la réception de l’empathie. L’enfant qui, de façon répétée, constate que le monde le maltraite et ne se soucie pas de ses émotions, finit par perdre espoir et se replie sur lui-même. " On peut donc intervenir à un moment, mais aussi à n’importe quel moment de la vie, également.

" L’empathie authentique est mue par l’intérêt véritable qu’on porte aux autres et par le désir sincère de les aider. L’empathie fonctionnelle s’intéresse principalement à ce qu’on peut obtenir des autres (ou à ce qu’on peut habilement leur soutirer). " C’est comme ça. Si ce n’était pas complexe, on n’aurait pas de mérite n’est-ce pas?

 
  • L'exercice de l'empathie

- La transparence

L’empathie suppose, on l’imagine sans peine, une certaine transparence. Être capable de voir l’autre au-delà de l’apparence immédiate, de lire une situation, de lire les états d’âme de l’autre. Cela suppose une certaine transparence par rapport à soi pour favoriser cet échange avec les autres, d’où l’importance, comme nous le dit l’auteur, de faire en sorte d’augmenter cette faculté empathique en développant l’honnêteté face à soi d’abord.

Notre auteur cite Dostoïevski, l’écrivain russe que vous connaissez : " L’habitude de se mentir à soi-même est plus profondément ancrée en nous que l’habitude de mentir aux autres ". t c’est peut-être ça, justement, qu’il faut corriger. Être très honnête avec soi-même, se dire à soi ses vérités, pour augmenter la transparence et favoriser la communication avec l’autre, donc favoriser le lien empathique entre les deux.

 

 

- L'honnêteté

Soyez d'abord honnête avec vous-mêmes. Ce que nous prenons pour de l’honnêteté, n'est parfois qu'une forme déguisée de désapprobation et de censure, poursuit notre auteur. Si vous passez votre temps à critiquer les autres, cela signifie qu’il est temps de vous faire un examen de conscience. Demandez-vous, par exemple : Pourquoi telle personne ou tel groupe de personnes m’irritent-ils? Quelles insécurités éveillent-ils chez moi? Au lieu de me concentrer sur les défauts et les travers d’autrui, comment identifier et régler ce que je n’aime pas chez moi? " Oui, parce que c’est curieux, ce qu’on n’aime pas chez les autres c’est souvent ce qu’on n’aime pas, sans le savoir, chez soi. Ou qu’on ne voit pas chez soi.

" Chaque jour, sans faute, demandez-vous ce que vous cachez. Faire preuve d’honnêteté implique la volonté de mettre au jour ce qu’on préfère habituellement dissimuler. Partez à la découverte de ce qui est enfoui ou méconnu, d’abord en vous, et seulement après chez les autres. Que vous retenez-vous d’exprimer? Qu’arrivera-t-il si vous dévoilez vos pensées et vos émotions? Que craignez-vous? Pouvez-vous accepter les conséquences de votre honnêteté? " Il s’agit de développer une sorte de climat de conscience et de confiance.

 

 

- L’humilité

Alors ça… On rapporte une belle citation de Bouddha ici :

" Considérez que chaque personne en ce monde abrite un sage : chacune est alors votre maître. Chacun et chacune fait exactement ce qui est nécessaire pour que vous appreniez la patience, le discernement, et la compassion. "
Je vous préviens tout de suite que ce que je viens de vous dire là est extrêmement difficile à mettre en application. C’est l’une des entreprises les plus difficiles que je connaisse : considérer que chaque personne en ce monde abrite un sage… Je crois bien que ma chienne Cybèle est aussi un maître de ce point de vue-là : elle m’apprend la patience, le discernement, la compassion. Elle ne s’en rend pas compte mais je vous assure qu’elle fait bien son travail. Parfois, elle va se rouler dans les excréments, alors il faut la laver, l’essuyer, la brosser et tout ce qu’il faut. C’est une bonne façon d’apprendre la patience, je vous assure.

 

 

- L'acceptation et le lâcher-prise…

Plus loin, il est question de l’acceptation, du lâcher-prise. On cite William James, l’un des chefs de la psychologie américaine, qui a écrit, il y a plus d’un siècle, qu’il faut " cesser d’agir " à certains moments et " cesser de vouloir ".

Pas très facile ça non plus…

 

 


  
 

La nouvelle économie :
une prospérité fragile pense Ignacio Ramonet

D'après :
RAMONET, Ignacio.
" Nouvelle économie ",
Le Monde
diplomatique
,
N° 553, avril 2000.

 

Puisque nous donnons dans la nouveauté, parlons de la nouvelle économie. J’ai trouvé un article remarquable de Ignacio Ramonet, qui est directeur du Monde diplomatique, dans lequel il est question justement du rapport existant entre la nouvelle civilisation et la technologie qui l’a créée. Finalement, l’homme invente de nouvelles technologies qui créent de nouvelles civilisations, puis ces civilisations, à leur tour, inventent l’homme nouveau, adapté à ces technologies.

" On connaît le mot de Karl Marx, dit Ignacio Ramonet : ‘ Donnez-moi le moulin à vent, je vous donnerai le Moyen Âge. ’ Nous pourrions ajouter, en le paraphrasant : ‘ Donnez-moi la machine à vapeur, je vous donnerai l’ère industrielle. ’ Ou en l’appliquant à l’époque contemporaine : ‘ Donnez-moi l’ordinateur, je vous donnerai la mondialisation. ’ "

" À des moments charnières de l’histoire, une invention capitale – qui ne résulte jamais du hasard –, bouleverse l’ordre des choses, infléchit la trajectoire d’une société et enclenche un nouveau moment de longue durée, explique notre auteur. Imperceptiblement depuis une bonne décennie, nous sommes entrés dans un mouvement de ce type. "

Ceci étant dit, M. Ramonet donne pour exemple ce qui s’est passé au 19e siècle avec la machine à vapeur : ce fut le début du capitalisme, du travail à la chaîne, etc. Mais la machine à vapeur ne relayait que le muscle. Ce qui n'est pas le cas de l'ordinateur….

 

 

" Ayant vocation de remplacer le cerveau, l’ordinateur est en train de provoquer, sous nos yeux, des mutations encore plus formidables et inédites. Chacun constate, en effet, que déjà tout change autour de soi : le contexte économique, les données politiques, les paramètres écologiques, les valeurs sociales, les critères culturels, les attitudes individuelles.

" Les technologies de l’information et de la communication ainsi que la révolution numérique nous font entrer, nolens volens [qu’on le veuille ou non], dans une nouvelle ère. Dont la caractéristique centrale est le transport instantané de données immatérielles. Et la prolifération des liaisons et des réseaux électroniques. Internet constitue le cœur, le carrefour et la synthèse de la grande mutation en cours. Les autoroutes de la communication sont à l'ère actuelle ce que les chemins de fer furent à l'ère industrielle : de vigoureux facteurs d'impulsion et d'intensification des échanges. […]

M. Ramonet rappelle que le nombre d’utilisateurs d’Internet, qui était estimé à 142 millions en 1998, devrait atteindre, d’ici 2003, les 500 millions d’utilisateurs.
" Les néocapitalistes parient donc sur la croissance exponentielle, en cette phase de décollage, de toutes les activités liées aux autoroutes virtuelles, aux technologies des réseaux, à Internet. Et on appelle cela ‘ la nouvelle économie ’. "

" Mais s'enrichir vite, sans effort et sans travail tient du mirage. Aux États-Unis, malgré l'enrichissement global, les inégalités continuent paradoxalement de se creuser. Elles atteignent des niveaux jamais vus depuis la Grande dépression. La prospérité de la nouvelle économie semble si fragile qu'elle fait penser au boom économique des années 20. […]

" À peine 25 % des entreprises de la Net-économie devraient, à moyen terme, survivre. De hautes autorités financières n’hésitent plus à mettre en garde les épargnants. ‘ Soyons prudents à l’égard des titres des entreprises Internet. ’ […]

" On dit des révolutions politiques qu’elles dévorent leurs enfants. Les révolutions économiques font de même ", conclut Ignacio Ramonet.

 

 

 À Lire :
Les trois révolutions industrielles et les leçons de l'histoire

Émission du 24 MAI 2000 (à venir)

 


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