| Émission du jeudi 18 mai 2000 | ||||
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" L’amitié,
c’est un sentiment amoureux avec une dimension éthique ", |
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Les mille et un visages de l’amitié |
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Il y a tellement de choses qui ont été
dites à propos de l’amitié. Je ne me rendais pas compte
que j’avais tant de livres qui portaient sur l’amitié et l’importance
que ça avait. Selon Claire Bidart :
Voilà pour les statistiques. Comme ça j’aurai satisfait aux exigences de la science, quoique la sociologie est une science molle… (Oups! peut-être y a-t-il des sociologues parmi nos auditeurs ou nos internautes? Ils vont m’attendre avec une brique et un fanal. [rires])
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Ah si j’avais su, dans ma jeunesse, à quel point Cicéron était intéressant… et dire qu'on nous faisait traduire des versions de lui qui portaient sur la guerre! Nous, les petits garçons, on s’amusait à dire : " Cicéron… si c’est rond, c’est pas carré, ha! ha! " (Très fort.) Quand je pense qu’il y a de ces gens qui sont devenus des politiciens. Cicéron était un homme d’action, un homme d’affaires, d’entreprise, et il était aussi un sage qui appartenait à la deuxième vague des philosophes stoïciens, avec Sénèque, etc. Je ne connais pas de formule qui aille aussi loin que celle qu’emploie, à un moment, Cicéron pour parler de l’amitié : " Bannir du commerce de la vie l’amitié […],
Dans un dialogue sur l’amitié, il enseignait que " il ne faut pas écouter les philosophes qui veulent que la vertu soit de fer. Elle est au contraire tendre et traitable en beaucoup de choses, et surtout dans l’amitié où le cœur se resserre ou s’épanouit, suivant les bons et les mauvais succès de nos amis. " |
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" Cicéron, expliquent les auteurs du Livre de l'amitié, construit son dialogue à partir de l'élaboration théorique de l'amitié et l'oriente vers une pratique. […] La nécessité de mettre ses amis à l’épreuve et de cultiver la confiance réciproque, le dilemme posé par l’inégalité de condition entre les amis, ou encore le rapport entre amour d’autrui et amour de soi sont abordés avec une précision dont le détail n’a rien d’anachronique. " " L’amitié n’excuse pas les crimes qu’elle fait commettre ", disait Cicéron. " Ceux qui sentent le mieux leur force, ceux qui par leur sagesse et leur vertu sont parvenus à n’avoir besoin de personne, ont trouvé en eux-mêmes toutes les ressources excellant dans l’art de contracter des amitiés, et de les faire durer. Quel besoin avait de moi Scipion l’Africain? (celui qui l’accompagnait dans les guerres) Aucun sans doute. De mon côté, je pouvais me passer de lui. Mais j’avais pour lui de l’affection parce que j’admirais sa vertu, et lui, en retour, appréciait mon caractère et ma façon de vivre. Ensuite, l’habitude resserra ces nœuds. Tous les deux, nous y avons trouvé de grands avantages. Mais ils ne furent pas à l’origine de notre amitié. " C’est un point très important. En effet, l’amitié est bien au-dessus des avantages qu’on peut trouver à entretenir une amitié. Les liens d’affaires, c’est tout autre chose. " La bienfaisance et la générosité n’exercent point à charge de retour, car faire du bien n’est pas spéculer, c’est suivre le mouvement de la nature. De même, nous aimons sans espérance intéressée et nous trouvons le prix de l’amitié dans l’amitié même. "
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Il y a ce passage que j’aimerais vous communiquer car il fait partie des choses les plus touchantes ayant trait à l’amitié que je connaisse. Il s’agit d’un extrait du Petit Prince de Saint-Exupéry tiré de ce chapitre où l’enfant se lie d’amitié avec un renard.
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Le Petit Prince est en visite sur la Terre et, à un moment, il rencontre un renard. " C’est alors qu’apparut le renard. – Viens jouer avec moi, propose le Petit Prince. Je suis tellement
triste... Mais après réflexion, il ajouta : Le renard paru très intrigué : Mais le renard revint à son idée : Le renard se tut et regarda longtemps le Petit Prince. Le lendemain revint le Petit Prince. Ainsi le Petit Prince apprivoisa le renard et quand l’heure du départ
fut proche : – J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. Puis il ajouta : Le Petit Prince s’en retourna voir ses roses. […] Et il revint vers le
renard. Je retiens de la lecture de cet extrait du Petit Prince, que je redécouvre avec plaisir chaque fois, que Saint-Exupéry souligne le fait que l’amitié suppose que l’on s’apprivoise l’un l’autre, que l’amitié comporte des rites, et que l’amitié engage la responsabilité. " Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose ", écrivait-il.
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Parmi tous les auteurs que j’ai parcourus, il y a le philosophe Alain qui parle d’amitié à un moment. Dans les année 50, on présentait Alain comme le Socrate de son époque. Philosophe, pédagogue, éducateur, il a marqué le climat intellectuel de son temps. " Son propos sur l’amitié est simple, disent les auteurs : l’amitié éveille la joie et la joie est contagieuse. ‘ Plus on sort de soi-même et plus on est soi-même ’ ", disait-il. Et il est vrai que l'amitié c’est cette sorte d’intimité qui nous amène à sortir de nous-même, à s’intéresser à l’autre, à ce qu’il fait, aux bonheurs et aux malheurs de sa vie quotidienne, etc. " Il y a de merveilleuses joies dans l’amitié, écrivait Alain. On le comprend sans peine si l’on remarque que la joie est contagieuse. Il suffit que ma présence procure à mon ami un peu de vraie joie pour que le spectacle de cette joie me fasse éprouver à mon tour une joie; ainsi, la joie que chacun donne lui est rendue; en même temps que des trésors de joie sont mis en liberté, et tous deux se disent : j’avais en moi du bonheur dont je ne faisais rien. " Tripatif.
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" Eh bien, l’amitié me passionne justement parce qu’elle ne présente pas un visage lisse, qu’elle est traversée d’ombres, qu’en elle coexistent amour et haine, grandeur et petitesse, bonté et malveillance, disait Marie-Françoise Hans. […] Peut-on employer ce beau mot d’‘ amitié ’ pour décrire une relation semée d’embûches, creusée de chausse-trappes, minée de petites trahisons? Chacun chacune tranchera selon son éthique. Moi, je n’hésite pas et je réponds par l’affirmative. " Que ça en vaut la peine, de toutes façons. " Par sa mouvance, sa complexité, ce sujet – l’amitié entre femmes – se dérobe sitôt qu’on croit le saisir. Il propose tour à tour des figures qui, à peine esquissées, s’effacent devant d’autres. Ce qui ne doit pas surprendre. Si les femmes se complaisent tant dans les complications, si l’amitié – en général – frappe par son côté indéfinissable (elle se présente comme un sentiment si subtil qu’elle échappe dès qu’on veut la définir, la juger, l’expliquer, à toute définition, à tout jugement, à toute explication), n’est-il pas naturel que l’association de ces deux mots, ‘ femmes ’ et ‘ amitié ’, prennent des résonances incertaines? Et si familières! " Intéressante réflexion. Marie-Françoise Hans classe les amies en trois catégories : " Celles qui vous soutiennent quand vous sombrez, mais qui supportent mal vos succès; celles – moins nombreuses – qui, mal à l’aise devant le malheur, s’esquivent, mais vous adorent heureuse et triomphante; celles enfin qui marient les deux attitudes et qui sont de ‘ vraies ’ amies. Mais est-ce bien raisonnable de placer la barre aussi haut? Qui d’entre nous n’a jamais éprouvé un pincement devant le bonheur insolent d’une autre? Qui n’a pas eu envie de prendre ses jambes à son cou quand une copine vous annonce qu’elle est atteinte d’un mal incurable? L’important n’est-il pas de parvenir à ne pas se laisser submerger par l’un ou l’autre de ces élans d’envie ou de lâcheté? Plus facile à énoncer qu’à appliquer. Et pourtant… " C’était une autre citation puisée dans cet ouvrage considérable de Michèle Sarde et Arnaud Blin sur l’amitié. On peut prendre toutes les orientations qui nous intéressent. Moi, j’ai choisi celle à laquelle m’invitait le renard dans Le Petit Prince.
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Roger Walsh et la philosophie pérennelle |
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Je n’ai jamais rencontré le Dr. Roger Walsh mais, comme je me suis beaucoup intéressé à sa pensée, à sa réflexion, j’ai été l’éditeur-conseil pour les éditions De Mortagne, il y a quelques années, quand ils ont fait paraître son ouvrage Pour survivre à l’an 2000. Il y a un avant-propos du Dalaï-Lama, et c’est Lewis Pauling qui a rédigé la préface. On y trouvait également une entrevue de l’auteur par Paule Lebrun, parue dans le Guide Ressources. C’est par cet article d’ailleurs que j’avais fait la découverte de Roger Walsh. Son propos m’avait beaucoup intéressé parce que c’est un homme très brillant, très cultivé, très attentif aussi. Dans cet ouvrage, il parle du travail sur soi mais, en particulier, de la nécessité de l’engagement. Je pense bien, qu’à une époque, Roger Walsh est arrivé à la même conclusion que moi, à savoir qu’il ne fallait pas que le travail sur soi ou l’interrogation que l’on pouvait avoir au plan psychologique – vous savez la dimension psychologique de l’être au sens spirituel, c’est encore plus ambitieux – nous entraîne dans une dérive qui nous éloigne des êtres; qu'il ne fallait pas que ce soit un système de défense qui s’installe pour ne pas qu’on prenne conscience de l’importance de s’engager. Pour survivre à l'an 2000 est donc un livre qui met justement l’accent sur la nécessité de l’engagement et que cet engagement soit une forme de travail sur soi, en même temps.
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Je découvre de lui maintenant un autre ouvrage plus complet : Les chemins de l'éveil. Le premier cernait plus précisément la question dont je viens de vous parler mais celui-ci représente, dit-il, l’aboutissement de près de 25 ans de recherches qu’il a faites et du cheminement de sa vie. Un cheminement qui est extrêmement intéressant, du reste. Je crois que c’est un ouvrage très important. Je vous en parlerai un peu aujourd’hui mais j’y reviendrai la semaine prochaine pour creuser davantage la réflexion de Walsh. Walsh reprend, d’une certaine façon, la démarche qu’avait menée à un moment Aldous Huxley dans son ouvrage La philosophie pérennelle, où il démontrait qu’il existait une philosophie commune qui se dégageait de toutes les grandes religions, de tous les mouvements religieux et spirituels et que, sur les grandes questions importantes, au-delà des dogmes dirions-nous, que tous ces enseignements se recoupaient et constituaient ce que lui appelait la philosophie pérennelle. Il s’agit ici de cette philosophie de toujours qu’on retrouve dans la grande tradition de l’humanité, pour ainsi dire. " Pourquoi pérennelle? demande Walsh. Parce que les enseignements ont survécu au passage du temps et résisté aux grands bouleversements culturels grâce aux grands sages qui n’ont pas cessé de les alimenter à travers les âges. " Selon Walsh, cette philosophie comporte quatre assertions principales, ou plutôt des observations, dit-il, puisqu’elles sont basées sur les visions directes des adeptes spirituels avancés sur la réalité et la nature humaine.
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Selon Roger Walsh, il y a trois points qu’enseignent toutes les religions et tous les grands mouvements spirituels.
Et c’est ce que je trouve admirable dans cet ouvrage du Docteur Walsh qui s’intitule Les chemins de l’éveil : explorer les valeurs essentielles de la vie, paru aux Éditions Le Jour. |
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