Saison
1999-2000
Émission du jeudi 18 mai 2000
 

" L’amitié, c’est un sentiment amoureux avec une dimension éthique ",
dit le sociologue italien Francesco Alberoni.

 

Les mille et un visages de l’amitié

 

Il y a tellement de choses qui ont été dites à propos de l’amitié. Je ne me rendais pas compte que j’avais tant de livres qui portaient sur l’amitié et l’importance que ça avait.
Par exemple, cette citation :
" L’amitié exige une bonne dose d’humour, cette chose qui manque si souvent en amour ", dit Jean-Didier Vincent. Il est tellement tripatif! Il aime bien serrer la vis comme ça.
Des statistiques, il y en a beaucoup sur l’amitié également mais je vais m’en tenir à quelques-unes tirées d’un ouvrage de Claire Bidart, sociologue française, dont le titre est L’amitié, un lien social, aux Éditions La découverte.

Selon Claire Bidart :

  • 83 % des meilleures amies des femmes sont des femmes
  • 72 % des meilleurs amis des hommes sont des hommes
  • 55 %des relations de confidence sont établies avec des personnes de même niveau social.

Voilà pour les statistiques. Comme ça j’aurai satisfait aux exigences de la science, quoique la sociologie est une science molle… (Oups! peut-être y a-t-il des sociologues parmi nos auditeurs ou nos internautes? Ils vont m’attendre avec une brique et un fanal. [rires])

 

 
  • Cicéron et l'amitié

Ah si j’avais su, dans ma jeunesse, à quel point Cicéron était intéressant… et dire qu'on nous faisait traduire des versions de lui qui portaient sur la guerre! Nous, les petits garçons, on s’amusait à dire : " Cicéron… si c’est rond, c’est pas carré, ha! ha! " (Très fort.) Quand je pense qu’il y a de ces gens qui sont devenus des politiciens.

Cicéron était un homme d’action, un homme d’affaires, d’entreprise, et il était aussi un sage qui appartenait à la deuxième vague des philosophes stoïciens, avec Sénèque, etc. Je ne connais pas de formule qui aille aussi loin que celle qu’emploie, à un moment, Cicéron pour parler de l’amitié :

" Bannir du commerce de la vie l’amitié […],
c’est vouloir ôter au monde le soleil. "

Dans un dialogue sur l’amitié, il enseignait que " il ne faut pas écouter les philosophes qui veulent que la vertu soit de fer. Elle est au contraire tendre et traitable en beaucoup de choses, et surtout dans l’amitié où le cœur se resserre ou s’épanouit, suivant les bons et les mauvais succès de nos amis. "

D'après :
SARDE, Michèle
et BLIN, Arnaud.
Le Livre de l'amitié –
Parce que c’était lui
,
Éd. Seghers,
Paris, 1997.

" Cicéron, expliquent les auteurs du Livre de l'amitié, construit son dialogue à partir de l'élaboration théorique de l'amitié et l'oriente vers une pratique. […] La nécessité de mettre ses amis à l’épreuve et de cultiver la confiance réciproque, le dilemme posé par l’inégalité de condition entre les amis, ou encore le rapport entre amour d’autrui et amour de soi sont abordés avec une précision dont le détail n’a rien d’anachronique. "

" L’amitié n’excuse pas les crimes qu’elle fait commettre ", disait Cicéron.

" Ceux qui sentent le mieux leur force, ceux qui par leur sagesse et leur vertu sont parvenus à n’avoir besoin de personne, ont trouvé en eux-mêmes toutes les ressources excellant dans l’art de contracter des amitiés, et de les faire durer. Quel besoin avait de moi Scipion l’Africain? (celui qui l’accompagnait dans les guerres) Aucun sans doute. De mon côté, je pouvais me passer de lui. Mais j’avais pour lui de l’affection parce que j’admirais sa vertu, et lui, en retour, appréciait mon caractère et ma façon de vivre. Ensuite, l’habitude resserra ces nœuds. Tous les deux, nous y avons trouvé de grands avantages. Mais ils ne furent pas à l’origine de notre amitié. "

C’est un point très important. En effet, l’amitié est bien au-dessus des avantages qu’on peut trouver à entretenir une amitié. Les liens d’affaires, c’est tout autre chose.

" La bienfaisance et la générosité n’exercent point à charge de retour, car faire du bien n’est pas spéculer, c’est suivre le mouvement de la nature. De même, nous aimons sans espérance intéressée et nous trouvons le prix de l’amitié dans l’amitié même. "

 

 

Je trouve cette idée bien intéressante. Elle vient d’un autre ouvrage dont je voulais vous entretenir depuis fort longtemps. Il s’agit du livre de Michèle Sarde et de Arnaud Blin qui s’intitule Le Livre de l'amitié – Parce que c’était lui, paru chez Seghers.
Vous avez sans doute deviné que le titre fait référence à Montaigne qui était très ami avec La Boétie et à qui on avait demandé : " Pourquoi êtes-vous si amis l’un et l’autre? " Il avait répondu : " Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi. " C’est très sympathique.

Je vous préviens que ce livre est une véritable brique. Il commence avec Ésope, puis Cicéron, on va voir du côté des Grecs, du temps des cloîtres, etc. C’est vraiment Le livre de l’amitié : il fait le tour de la question en profondeur.

 Des poètes disent l'amitié

 

  • L'amitié, c'est créer des liens dit le renard

Il y a ce passage que j’aimerais vous communiquer car il fait partie des choses les plus touchantes ayant trait à l’amitié que je connaisse. Il s’agit d’un extrait du Petit Prince de Saint-Exupéry tiré de ce chapitre où l’enfant se lie d’amitié avec un renard.

 

 

 

Le Petit Prince est en visite sur la Terre et, à un moment, il rencontre un renard.

" C’est alors qu’apparut le renard.
 – Bonjour, dit le renard.
 – Bonjour, répondit poliment le Petit Prince, qui se retourna mais ne vit rien.
 – Je suis là dit la voix, sous le pommier…
 – Qui es-tu? dit le Petit Prince, tu es bien joli…

– Je suis un renard, dit le renard. (j’adore cette phrase)

 – Viens jouer avec moi, propose le Petit Prince. Je suis tellement triste...
 – Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.
 – Ah pardon, dit le Petit Prince.

Mais après réflexion, il ajouta :
 – Qu’est-ce que signifie ‘ apprivoiser ’?
 – Tu n’es pas d’ici, dit le renard. Que cherches-tu?
 – Je cherche les hommes, dit le Petit Prince. Qu’est-ce que signifie ‘ apprivoiser ’?
 – Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils, ils chassent. C'est bien gênant! Ils élèvent aussi des poules, c’est leur seul intérêt. Tu cherches des poules?
 – Non, dit le Petit Prince, je cherche des amis. Qu’est-ce que signifie ‘ apprivoiser ’?
 – C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie ‘ créer des liens ’...
 – Créer des liens?
 – Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…
 – Ah, je commence à comprendre, dit le Petit Prince. Il y a une fleur… je crois qu’elle m’a apprivoisé…
 – C’est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses…
 – Oh! ce n’est pas sur la Terre, dit le Petit Prince.

Le renard paru très intrigué :
 – Sur une autre planète?
 – Oui.
 – Il y a des chasseurs sur cette planète-là?
 – Non.
 – Ah ça c’est intéressant. Il y a des poules?
 – Non.
 – Rien n’est parfait, soupira le renard.

Mais le renard revint à son idée :
 – Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres me font entrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier comme une musique. Et puis regarde! Tu vois, là-bas, les champs de blé? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça c’est triste! Mais tu as des cheveux couleur d’or alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé! Le blé qui est doré me fera souvenir de toi et j’aimerai le bruit du vent dans le blé...

Le renard se tut et regarda longtemps le Petit Prince.
 – S’il te plaît… apprivoise-moi, dit-il!
 – Je veux bien, répondit le Petit Prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
 – On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître; ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe pas de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi!
 – Que faut-il faire? répondit le Petit Prince.
 – Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu plus loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près.

Le lendemain revint le Petit Prince.
 – Il eut mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à 4 heures de l’après-midi, dès 3 heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À 4 heures, déjà, je m’agiterai et je m’inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites.
 – Qu’est-ce qu’un rite?, dit le Petit Prince.
 – C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours. Une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez les chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est un jour merveilleux! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous et je n’aurais point de vacances.

Ainsi le Petit Prince apprivoisa le renard et quand l’heure du départ fut proche :
 – Ah! dit le renard… Je pleurerai.
 – C’est de ta faute, dit le Petit Prince. Je ne te souhaitais point de mal mais tu as voulu que je t’apprivoise…
 – Bien sûr, dit le renard.
 – Mais tu vas pleurer! dit le Petit Prince.
 – Bien sûr, dit le renard.
 – Alors tu n’y gagnes rien!

 – J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.

Puis il ajouta :
 – Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d’un secret.

Le Petit Prince s’en retourna voir ses roses. […] Et il revint vers le renard.
 – Adieu, dit-il…
 – Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.
 – L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le Petit Prince, afin de se souvenir.
 – C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.
 – C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose… fit le Petit Prince afin de se souvenir.
 – Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard, mais tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose.
Je suis responsable de ma rose… répéta le Petit Prince, afin de se souvenir. "

Je retiens de la lecture de cet extrait du Petit Prince, que je redécouvre avec plaisir chaque fois, que Saint-Exupéry souligne le fait que l’amitié suppose que l’on s’apprivoise l’un l’autre, que l’amitié comporte des rites, et que l’amitié engage la responsabilité. " Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose ", écrivait-il.

 

 
  • Alain : la joie de l'amitié

Parmi tous les auteurs que j’ai parcourus, il y a le philosophe Alain qui parle d’amitié à un moment. Dans les année 50, on présentait Alain comme le Socrate de son époque. Philosophe, pédagogue, éducateur, il a marqué le climat intellectuel de son temps.

" Son propos sur l’amitié est simple, disent les auteurs : l’amitié éveille la joie et la joie est contagieuse. ‘ Plus on sort de soi-même et plus on est soi-même ’ ", disait-il.

Et il est vrai que l'amitié c’est cette sorte d’intimité qui nous amène à sortir de nous-même, à s’intéresser à l’autre, à ce qu’il fait, aux bonheurs et aux malheurs de sa vie quotidienne, etc.

" Il y a de merveilleuses joies dans l’amitié, écrivait Alain. On le comprend sans peine si l’on remarque que la joie est contagieuse. Il suffit que ma présence procure à mon ami un peu de vraie joie pour que le spectacle de cette joie me fasse éprouver à mon tour une joie; ainsi, la joie que chacun donne lui est rendue; en même temps que des trésors de joie sont mis en liberté, et tous deux se disent : j’avais en moi du bonheur dont je ne faisais rien. "

Tripatif.

 

 
  • Marie-Françoise Hans : l'amitié au féminin

" Eh bien, l’amitié me passionne justement parce qu’elle ne présente pas un visage lisse, qu’elle est traversée d’ombres, qu’en elle coexistent amour et haine, grandeur et petitesse, bonté et malveillance, disait Marie-Françoise Hans. […] Peut-on employer ce beau mot d’‘ amitié ’ pour décrire une relation semée d’embûches, creusée de chausse-trappes, minée de petites trahisons? Chacun chacune tranchera selon son éthique. Moi, je n’hésite pas et je réponds par l’affirmative. " Que ça en vaut la peine, de toutes façons.

" Par sa mouvance, sa complexité, ce sujet – l’amitié entre femmes – se dérobe sitôt qu’on croit le saisir. Il propose tour à tour des figures qui, à peine esquissées, s’effacent devant d’autres. Ce qui ne doit pas surprendre. Si les femmes se complaisent tant dans les complications, si l’amitié – en général – frappe par son côté indéfinissable (elle se présente comme un sentiment si subtil qu’elle échappe dès qu’on veut la définir, la juger, l’expliquer, à toute définition, à tout jugement, à toute explication), n’est-il pas naturel que l’association de ces deux mots, ‘ femmes ’ et ‘ amitié ’, prennent des résonances incertaines? Et si familières! " Intéressante réflexion.

Marie-Françoise Hans classe les amies en trois catégories :

" Celles qui vous soutiennent quand vous sombrez, mais qui supportent mal vos succès; celles – moins nombreuses – qui, mal à l’aise devant le malheur, s’esquivent, mais vous adorent heureuse et triomphante; celles enfin qui marient les deux attitudes et qui sont de ‘ vraies ’ amies. Mais est-ce bien raisonnable de placer la barre aussi haut? Qui d’entre nous n’a jamais éprouvé un pincement devant le bonheur insolent d’une autre? Qui n’a pas eu envie de prendre ses jambes à son cou quand une copine vous annonce qu’elle est atteinte d’un mal incurable? L’important n’est-il pas de parvenir à ne pas se laisser submerger par l’un ou l’autre de ces élans d’envie ou de lâcheté? Plus facile à énoncer qu’à appliquer. Et pourtant… "

C’était une autre citation puisée dans cet ouvrage considérable de Michèle Sarde et Arnaud Blin sur l’amitié. On peut prendre toutes les orientations qui nous intéressent. Moi, j’ai choisi celle à laquelle m’invitait le renard dans Le Petit Prince.

 

 


   
 

Roger Walsh et la philosophie pérennelle

 

 

Je n’ai jamais rencontré le Dr. Roger Walsh mais, comme je me suis beaucoup intéressé à sa pensée, à sa réflexion, j’ai été l’éditeur-conseil pour les éditions De Mortagne, il y a quelques années, quand ils ont fait paraître son ouvrage Pour survivre à l’an 2000. Il y a un avant-propos du Dalaï-Lama, et c’est Lewis Pauling qui a rédigé la préface. On y trouvait également une entrevue de l’auteur par Paule Lebrun, parue dans le Guide Ressources. C’est par cet article d’ailleurs que j’avais fait la découverte de Roger Walsh. Son propos m’avait beaucoup intéressé parce que c’est un homme très brillant, très cultivé, très attentif aussi. Dans cet ouvrage, il parle du travail sur soi mais, en particulier, de la nécessité de l’engagement.

Je pense bien, qu’à une époque, Roger Walsh est arrivé à la même conclusion que moi, à savoir qu’il ne fallait pas que le travail sur soi ou l’interrogation que l’on pouvait avoir au plan psychologique – vous savez la dimension psychologique de l’être au sens spirituel, c’est encore plus ambitieux – nous entraîne dans une dérive qui nous éloigne des êtres; qu'il ne fallait pas que ce soit un système de défense qui s’installe pour ne pas qu’on prenne conscience de l’importance de s’engager. Pour survivre à l'an 2000 est donc un livre qui met justement l’accent sur la nécessité de l’engagement et que cet engagement soit une forme de travail sur soi, en même temps.

 

D'après :
WALSH, Roger.
Les chemins de l'éveil,
Éd. Le Jour, 1999.

Je découvre de lui maintenant un autre ouvrage plus complet : Les chemins de l'éveil. Le premier cernait plus précisément la question dont je viens de vous parler mais celui-ci représente, dit-il, l’aboutissement de près de 25 ans de recherches qu’il a faites et du cheminement de sa vie. Un cheminement qui est extrêmement intéressant, du reste. Je crois que c’est un ouvrage très important. Je vous en parlerai un peu aujourd’hui mais j’y reviendrai la semaine prochaine pour creuser davantage la réflexion de Walsh.

Walsh reprend, d’une certaine façon, la démarche qu’avait menée à un moment Aldous Huxley dans son ouvrage La philosophie pérennelle, où il démontrait qu’il existait une philosophie commune qui se dégageait de toutes les grandes religions, de tous les mouvements religieux et spirituels et que, sur les grandes questions importantes, au-delà des dogmes dirions-nous, que tous ces enseignements se recoupaient et constituaient ce que lui appelait la philosophie pérennelle. Il s’agit ici de cette philosophie de toujours qu’on retrouve dans la grande tradition de l’humanité, pour ainsi dire. " Pourquoi pérennelle? demande Walsh. Parce que les enseignements ont survécu au passage du temps et résisté aux grands bouleversements culturels grâce aux grands sages qui n’ont pas cessé de les alimenter à travers les âges. "

Selon Walsh, cette philosophie comporte quatre assertions principales, ou plutôt des observations, dit-il, puisqu’elles sont basées sur les visions directes des adeptes spirituels avancés sur la réalité et la nature humaine.

 

 

L’intérêt de son livre c’est qu’il n’est pas engagé dans un sens ou dans l’autre. C’est une synthèse admirable dans laquelle il nous dit :
" Voilà les principaux points de l’enseignement et voilà comment les mettre en pratique. Que ce soit l’enseignement du Tao, que ce soit celui du Bouddha, que ce soit l’enseignement chrétien, etc. "

 


  • Trois observations principales de la réalité et de la nature humaine

Selon Roger Walsh, il y a trois points qu’enseignent toutes les religions et tous les grands mouvements spirituels.

  1. Tout d’abord, qu’il existe deux domaines de la réalité :
    " Le premier des deux domaines est celui de la réalité quotidienne, familière à tous, la sphère des objets physiques et des êtres vivants. Il s’agit du domaine accessible par le biais des facultés sensorielles et qui fait l’objet d’études dans les milieux scientifiques. La physique et la biologie en sont des exemples.

    " Mais il y a un autre champ de réalité plus subtil et plus profond qui sous-tend celui des phénomènes conventionnels : une sphère de conscience, de l’Esprit, du mental ou du Tao. L’auteur emploie volontairement des synonymes qui proviennent de différentes écoles de pensée.) Les sens physiques ne peuvent mener à la connaissance de ce champ de réalité et les instruments scientifiques n’en percevront la nature que d’une manière indirecte, explique-t-il. En outre, cette réalité crée et imprègne le monde physique tout en en constituant la source. Ni l’espace, ni le temps, ni les lois de la physique ne limitent cette sphère puisqu’elle est à l’origine de ceux-ci. Elle est de ce fait illimitée et infinie, intemporelle et éternelle. – Donc, deux domaines de réalité : physique et psychique, pour simplifier.
  2. Deuxième point : " Les êtres humains participent des deux domaines. "
    Il précise : " Nous sommes des êtres spirituels autant que physiques. Au cœur de notre être réside un principe de conscience transcendante. On appelle ce centre Conscience, Esprit, Soi pur. On lui attribue diverses désignations : le judaïsme le nomme neshamah, le christianisme, âme ou étincelle divine, l’hindouisme emploie le terme atman, et on dit nature de bouddha chez les bouddhistes. L’étincelle divine est intimement liée – selon certaines traditions, inséparables et identiques – au sacré. En d’autres termes, nous ne sommes jamais dissociés du sacré.
  3. Troisième point commun à tous les enseignements :
    " Les êtres humains sont capables d’identifier l’étincelle divine qui les habite et la source sacrée d’où elle origine. Cet axiome implique qu’il n’est pas nécessaire d’épouser aveuglement les principes de la philosophie pérennelle. Il nous est, au contraire, possible d’en éprouver la validité par une expérience directe. Car bien que l’âme ou le Soi intérieur ne puisse être connue par l’entremise des facultés sensorielles ou mesurée par les instruments scientifiques, une introspection attentive peut nous permettre de les mettre en lumière.

    " Mais voilà qui n’est pas facile, de poursuivre Walsh. Chacun peut recevoir la grâce de vision furtive, mais une perception claire et stable des profondeurs sacrées exigera une pratique soutenue afin de clarifier suffisamment la conscience. C’est là le but de la pratique spirituelle. L’esprit paisible et clair est propice à l’expérience directe du Soi. Il n’est pas question ici d’une connaissance conceptuelle ni d’une théorie intellectuelle concernant le Soi. Il s’agit plutôt d’un savoir immédiat, d’une intuition où l’adepte perçoit l’étincelle divine et comprend qu’il est cette étincelle.

    " Cette vérité fait l’unanimité parmi les sages, du judaïsme au soufisme, de Platon à Bouddha, de Maître Eckart à Lao Tseu. "

Et c’est ce que je trouve admirable dans cet ouvrage du Docteur Walsh qui s’intitule Les chemins de l’éveil : explorer les valeurs essentielles de la vie, paru aux Éditions Le Jour.

 


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.