Saison 1999-2000
 


Émission du mercredi 8 avril 1998
Rediffusée le mercredi 5 janvier 2000

SEMAINE THÉMATIQUE
La voie, c'est les autres :

Émission N° 3

Si vous pensez que je me suis lancé dans ce thème pour vous endormir, eh bien pas du tout.
C’est pour donner un sens à ma vie et aussi peut-être pour vous aider à donner un sens à la vôtre.
L’idée est de voir dans quelle mesure le rapport aux autres peut être susceptible de nous rendre plus joyeux, plus heureux et faire en sorte que l’existence soit plus tripative. Et tant mieux s’il y a dans tout cela des informations que vous pouvez utiliser pour vous-même. Tout comme moi, vous êtes un cas…




   

L’altruisme : une drogue plus que douce

 

 


  • Se donner à l’Autre, c’est se donner à Soi

Ceux qui militent dans des mouvements associatifs, communautaires, ou dans des groupements écologistes peuvent se réjouir, car on découvre maintenant que ces mouvements finissent par avoir de l’influence. Voyez, par exemple, certaines décisions qui ont été prises récemment à propos des mines antipersonnelles.

Contribuer à réorganiser plus justement la société ou à faire le ménage de la planète, tout cela revient à travailler sur soi. C’est une observation qui ne diminue en rien l’impact du geste, non plus que le mérite même de l’engagement, mais de plus, il souligne la dimension auto-thérapeutique – regarde donc ça si c’est fin! – de l’activisme social. Mais oui! que l’on en soit conscient ou non, tout engagement de cette nature a un effet de retour positif.

 

Peu connu, Adler est surtout associé, en psychologie, à l’identification d’un état psychique qui comporterait deux aspects :
le complexe de supériorité et le complexe d’infériorité.

 
  • L’incidence du sentiment social :
    ni inférieur ni supérieur, l’équilibre

À propos de Alfred Adler

Je vous en ai déjà parlé, de Adler et de cet ouvrage, mais j’y reviens parce que je trouve que c’est intéressant de renouer avec ce grand psychologue qui fut l’un des pères de la psychologie moderne. À ma connaissance, Adler est celui qui a introduit le concept de sentiment social : alors ce n’est pas surprenant que l’engagement soit auto-thérapeutique puisqu’il permet d’exprimer justement le sentiment social, sentiment que Adler considérait comme un facteur d’équilibre psychique.

Il n’est pas très connu, Adler : son nom est surtout associé, en psychologie, à l’identification d’un état psychique qui comporterait deux aspects : le complexe de supériorité et le complexe d’infériorité. Il a, du reste, depuis longtemps insisté sur le fait que " être homme, c’est se sentir inférieur ". Être homme au sens d’humain, bien sûr. (Mais peut-être que les hommes sont plus inférieurs, finalement… [rires]) Bref, c’est Adler qui a défini le syndrome d’infériorité qui se définit par le complexe de supériorité.

Adler estime que
le sentiment d’infériorité n’est jamais absent du tableau humain.

Son propos n’est pas rassurant.
Mais il affirme que " la vie psychique de l’être humain est dominé par son sentiment d’infériorité qui, selon lui, s’exprime clairement dans
le sentiment d’insuffisance et d’imperfection, et dans les efforts ininterrompus fournis par les êtres humains et l’humanité pour se sortir de l’impression qu’on est inférieur ".
" Plus ou moins envahissant, ce sentiment entretient un état qui, selon le cas, va du malaise à la névrose ", explique-t-il.

Je ne veux pas trop m’éloigner de notre point de vue qui est celui de l’altruisme, du rapport aux autres, mais il y a un rapport évident avec le sentiment social et c’est ce qu’on va éclairer maintenant.

 

D'après : ADLER, Alfred.
Le sens de la vie
,
Éd. Petite
Bibliothèque Payot,
1950, 1991.

 

D’après A. Adler, une compensation réussie suppose que l’individu a su exprimer son sentiment social et s’ajuster à la collectivité. D’après lui, cet ajustement est un facteur d’équilibre psychique qui nous permet d’atténuer un certain sentiment d’infériorité. Dans le cas où le sentiment prend les proportions d’une névrose, cela devient un complexe d’infériorité et l’état exige une surcompensation qui est le complexe de supériorité.

" Ce complexe, écrit-il à propos du complexe de supériorité, apparaît le plus souvent nettement dessiné dans l’attitude, les traits de caractère et l’opinion de l’individu persuadé de ses propres dons ou capacités, supérieures à la moyenne de l’humanité. – C’est ce qu’on appelle ‘ se prendre pour un autre ’… – Il peut aussi se révéler par les exigences exagérées envers soi-même ou envers les autres. "

" La cause de cet état névrotique
est toujours le fait d’une tendance asociale
qui correspond à une fuite devant la responsabilité sociale ",
précise Adler.

Si vous avez 20 ans, vous avez probablement des doutes à propos de ce que je vous raconte là; si vous en avez 30, vous en avez un peu moins; si vous en avez 40, vous en avez beaucoup moins, et si vous vous approchez de la soixantaine, il y a de fortes chances que vous n’en ayez pas du tout. [rires]

" Toute analyse d’une aberration psychique
dévoile un défaut du sentiment social ",
soutient le psychologue.

 

D'après :
ECCLES, John C.
Évolution du cerveau et
création de la conscience
,
Éd. Fayard.

 
  • L’intention altruiste : faire le bien

John C. Eccles, dans un de ses ouvrages importants qui a été traduit en français sous le titre Évolution du cerveau et création de la conscience, traite du développement de l’altruisme.

Prix Nobel de médecine, Eccles est un neurologue qui s’est beaucoup intéressé à cette question de l’altruisme à propos du développement du cerveau. Il rappelle que le terme " altruisme " a été introduit au 19e siècle par Auguste Comte pour désigner un type particulier d’attitude morale : l’altruisme c’est quand une personne cherche à faire le bien d’autrui sans escompter de son attitude le moindre avantage personnel. Une définition intéressante.

" Le véritable altruisme se caractérise par deux traits essentiels, explique Eccles,

  1. En premier lieu, il est indispensable qu’il y ait intention, c'est-à-dire que l’acte soit prévu, bien qu’il puisse devenir en grande partie automatique. – Par habitude, en quelque sorte.
  2. Ensuite, l’acte prévu doit être réalisé dans le but de satisfaire les intérêts de l’autre (ou des autres) personne(s).

" L’intention ne concerne que les relations interpersonnelles. " Au fond, il n’y a pas d’autre intérêt que la qualité des relations interpersonnelles.

   

Si on est attentif à tout ce qui s’est dit au cours de cette semaine thématique, on sait à quel point tout cela est extrêmement important pour notre propre bien-être.

   


" Il est ainsi manifeste qu’une existence humaine normale est un tissu d’actes altruistes, poursuit Eccles. –
C’est vrai, on fait des tas de choses pour les autres : on tient la porte, on retient l’ascenseur, on cède sa place, etc. Ce sont de petites choses mais quand même, et parfois ça va plus loin : " Prenez mon parapluie ", " Je vais vous reconduire ", " Venez avec moi, je vais vous indiquer où ça se trouve ", etc. – Cela posé, nous pouvons formuler la question suivante : à quel moment de l’évolution des hominidés apparaît la première manifestation de l’altruisme dans l’attitude morale des individus?

C’est ici que Eccles se lance dans l’observation du comportement des animaux. (Nous en avons déjà parlé ces derniers jours, mais quand on se met à fouiller dans ces ouvrages, les informations se recoupent, bien sûr. Par exemple, il y a toujours un chapitre consacré à démontrer que les animaux ont un sens de l’altruisme.)

" Notre démarche pour tenter de déterminer les premières manifestations d’altruisme nous amènent maintenant à nous tourner vers les hominidés, poursuit Eccles. Je proposerai tout d’abord de considérer le partage de nourriture, sur un lieu de vie communautaire comme la première manifestation d’un comportement altruiste. – On y trouve son intérêt c’est évident, parce que si on vit seul, on ne reçoit pas la nourriture que les autres sont disposés à nous offrir et on risque d’être attaqué par des vilains ou des vilaines. – Vient ensuite la conception d’une famille nucléaire – une sorte de noyau à l’intérieur de la communauté –, premier stade d’une organisation sociale altruiste avec, comme première trace observable, laissée il y a plus de 3,6 millions d'années le déplacement en groupe. "

 

 
  • Les origines connues de l’altruisme

Curieusement, lorsqu’on creuse cette question-là, on en arrive aux rites funéraires. Eh bien, il n’y en a pas chez les animaux, figurez-vous. Ça se rencontrait cependant chez l’homme de Neandertal. On a appris récemment que l’homme de Neandertal n’a pas de descendant : c’est une branche qui s’est arrêtée à un moment de l’évolution. Il y a des gens pour dire que l’homme du Neandertal était plus gentil que celui qui est notre ancêtre, alors c’est peut-être de là que vient le mythe de Caïn et Abel. Abel ayant été tué par Caïn, nous serions donc tous les fils de Caïn, n’est-ce pas?

" Les rites funéraires de l'homme de Neandertal constituent déjà une manifestation de comportement altruiste. On peut supposer qu’il existait alors une reconnaissance de soi et une reconnaissance des autres comme individus ", dit Eccles. On imagine mal des rites funéraires sans qu’il y ait cette conscience d’être. Il a bien fallu qu’un individu se dise à un moment : " Lui ce n’est pas moi, c’est l’autre, je suis conscient de ça. Il vient de mourir et je l’enterre, et j’ai une croyance qui est associée à ce geste-là. "

On a exhumé à un moment (et ça revient souvent dans plusieurs ouvrages), le squelette d’un homme adulte du Neandertal qui, semble-t-il, souffrait d’un handicap physique dès sa naissance et qui aurait été aggravé par des blessures ultérieures. Cela prouve que malgré son état physique, il s’est maintenu en vie jusqu’à l’âge de 40 ans et on comprend qu’il aurait été impossible pour lui de se rendre à cet âge si les autres ne l’avaient pas pris en charge. C’est intéressant comme information.

" Ce n’est pas là une valeur dont parlent volontiers les médias : l’altruisme ne se vend pas bien! " dit Eccles

 


" L’histoire de notre espèce offre d'innombrables exemples de comportement altruiste, rappelle Eccles, et la première trace littéraire à ce sujet en est l'épopée de Gilgamesh –
un écrit important –, écrite à Sumer environ 2 200 ans avant J.-C. […] L'avènement des grandes religions monothéistes a correspondu à l'enseignement d'un comportement altruiste et, en dépit de nombreuses atteinte et agressions dont il pâtit, c'est encore sur ce comportement qu’est fondée notre société moderne. Malheureusement, ce n’est pas là une valeur dont parlent volontiers les médias : l’altruisme ne se vend pas bien! " Je suis tout à fait de son avis.

   

Je vous l’ai déjà dit et c’est la dernière fois que je le répète : il y a quelques années, j’ai fait paraître un livre qui s’intitule La voie c’est les autres, et dans lequel il y avait le début de cette recherche que j’ai faite. Il ne contenait pas ce passage sur Eccles cependant.
Le titre m’a été un peu inspiré par Sartre qui disait : " L’enfer, c’est les autres ". J’étais certain que tout le monde verrait le clin d’œil, mais j’ai réalisé que bien peu de gens savent que Sartre a écrit ça, et plusieurs ne savent même pas qu’il a existé, alors mon jeu de mots n’a pas eu beaucoup d’impact, disons.
À cette même époque, on a mis sur le marché un parfum qui s’appelait Égoïste, et je puis vous dire qu’il s’est vendu beaucoup mieux que mon livre. Question de marketing.

   
  • Les origines altruiste de la morale

L’altruisme, ça ne va pas nécessairement de soi : lorsqu’on étudie la question, on se rend compte que très souvent ce sont des comportements agressifs contrôlés qui ont amené des gestes altruistes. Sherrington, un grand scientifique qui a beaucoup influencé Eccles, évoque de manière saisissante les mystérieuses origines de la moralité par voie de conséquence de l’altruisme.

" L’évolution biologique
n’est pas le seul fruit du hasard et de la nécessité ",

dit Eccles.

   

Je vous l’ai déjà dit et c’est la dernière fois que je le répète : il y a quelques années, j’ai fait paraître un livre qui s’intitule La voie c’est les autres, et dans lequel il y avait le début de cette recherche que j’ai faite. Il ne contenait pas ce passage sur Eccles cependant.
Le titre m’a été un peu inspiré par Sartre qui disait : " L’enfer, c’est les autres ". J’étais certain que tout le monde verrait le clin d’œil, mais j’ai réalisé que bien peu de gens savent que Sartre a écrit ça, et plusieurs ne savent même pas qu’il a existé, alors mon jeu de mots n’a pas eu beaucoup d’impact, disons.
À cette même époque, on a mis sur le marché un parfum qui s’appelait Égoïste, et je puis vous dire qu’il s’est vendu beaucoup mieux que mon livre. Question de marketing.

   


" Ni le hasard pur, ni la seule nécessité n’auraient suffi pour créer l’homme et ses valeurs, poursuit Eccles. Je pense qu’il se peut que l’évolution soit l’instrument d’une Finalité qui l’élève bien au-dessus du hasard et de la nécessité, du moins en ce qui concerne cette transcendance qui est à l’origine de l’avènement de l’espèce humaine dotée de conscience.

" L’évolution culturelle prend le relais de l’évolution biologique
et devient à son tour essentielle pour la sélection naturelle,
non pas seulement par la valeur que représente les innovations technologiques, mais aussi par la création et le développement de nouvelles valeurs.
L’altruisme, par exemple, est l’un de ces éléments fondamentaux
qui donne ses bases morales à une société toute entière
vouée au bien-être de ses membres. "
Ce qui donne à penser que la survie, pour une part, dépend de la coopération et de l’entraide, autant sinon plus que de la compétition.

   


  • Le high de l’entraide : l’endorphine se produit maison

J’ai retrouvé des notes que j’ai rédigées il y a très longtemps, au point que j’ai du mal à les déchiffrer ou défricher… [rires]. C’était à propos d’une étude intitulée en anglais Helpers High (le sentiment de bien-être chez ceux qui rendent service aux autres).

On dit ici qu’après avoir fait de l’exercice, on éprouve un certain sentiment de bien-être – qu’on appelle un high en langue anglaise – que l’on peut définir comme un état de calme, marqué par une diminution du stress physique et émotif; c’est l’un des bénéfices de l’exercice. Or, des études ont montré qu’on éprouve le même état de bien-être, de calme, de diminution du stress, etc. lorsqu’on aide les autres, dans la période qui suit toute intervention altruiste.

 

88 % des personnes rapportent qu’elles ressentent une sensation physique de stimulation pendant la relation d’aide

 


On fait état de deux études récentes dont une publiée par Better Homes and Gardens
(tiens, une bien curieuse référence) dont les résultats ont été communiqués par l’Institut pour l’Avancement de la Santé sur les effets physiologiques et psychologiques de l’altruisme. Quatre-ving-huit pour cent (88 %) des personnes, surtout des femmes, rapportent qu’elles ressentent une sensation physique identifiable de stimulation pendant la relation d’aide – peut-être plus de chaleur, une plus grande énergie –, ce qui serait dû à une sécrétion d’ endorphines.

Dans cette étude, on parle également des travaux de deux chercheurs du Bowling Green State University sur les effets de l’altruisme sur les émotions, altruisme au sens de relation de qualité aux autres. Il est pour ainsi dire démontré que c’est la sensation d’endorphines qui suscite cette sensation de bien-être découlant de la relation sociale avec les autres. Pourquoi? À cause de l’estime de soi, la satisfaction de soi ressenti, comme après l’exercice.

On nous reporte à une étude qui a été faite par le docteur Irving Benson. Je me rends compte que ça remonte au tout début de l’émission Par 4 chemins : je parlais alors de ce médecin, car il avait écrit un ouvrage très important à l’époque, Relaxation Response, sur la méditation, les états de repos profond. C’est un cardiologue qui a fait l’apologie de la méditation au moment où tout le monde se foutait de la gueule de tous ceux qui en parlaient, et encore bien plus de ceux qui la pratiquaient.

Le Dr Benson explique que l’altruisme bien compris permet d’obtenir les mêmes états que les techniques de relaxation et de méditation.

 

" Pendant des millénaires, on a mis au point des techniques permettant de s’oublier, de s’apaiser, écrit Benson, de parvenir à une certaine forme de vide mental et de susciter un ralentissement du métabolisme, une diminution de la pression sanguine. Ralentissement également du rythme cardiaque et autres effets bénéfiques pour la santé. "

Dans son essai, le docteur Benson explique que l’altruisme bien compris (le service aux autres, le devoir aux autres lorsqu’il est assumé correctement) permet d’obtenir les mêmes états que les techniques de relaxation et de méditation. N’est-ce pas étonnant? Tout comme le yoga, la méditation et la spiritualité, au sens large du terme – toujours à cause de l’estime de soi, à cause de la satisfaction du sens que l’on donne à sa vie, etc.

C’est la qualité et pas nécessairement la constance du rapport aux autres, de l’attention au bien-être des autres, qui est un facteur de santé.

 

" L’état de bien-être (de calme, de plénitude...) éprouvé est à l’opposé de l’agitation physique de l’individu soumis à un trop grand stress : respiration agitée, pulsations cardiaques accélérées, etc. " Aussi, le stress émotif suscite la sécrétion de corticostéroïdes, dit-on : associées au stress, ces substances chimiques produites par le système endocrinien ont des effets sur le système cardiovasculaire, en augmentant le taux de cholestérol.

   


  • Le facteur qualité dans la relation

C’est la qualité – et pas nécessairement la constance – du rapport aux autres et l’attention au bien-être des autres, qui est un facteur de santé, dit-on. Cela permet sans doute de comprendre pourquoi les gens qui s’investissent dans les organismes communautaires, par exemple, sont moins sujets à la maladie et vivent plus vieux que les autres, comme le démontrent certaines statistiques. On dit d’ailleurs que le calme de ces intervenants est en rapport avec la réduction du stress et on donne cet exemple : Pourquoi ceux qui soignent les autres dans les épidémies ne sont eux-mêmes que rarement touchés par la maladie? C’est la même explication. Mais on précise que l’effet est moins évident dans la relation d’aide auprès des gens âgés. Curieux…

" L’altruisme, par rapport à l’exercice, a un avantage, dit-on aussi :
il est possible de renouveler le bien-être en se remémorant l’activité altruiste. "

D’après :
WALSH, Roger N. &
VAUGHAN, Francis E.
Au-delà de l’ego,
Éd. de La Table Ronde.
 


Je suis conscient, donc je participe :
pour une nouvelle éthique humanitaire

" Avec le développement de la conscience émerge une nouvelle attitude envers la vie. Un aspect en est le désir conscient de travailler, de servir, de participer au processus de l’évolution, au drame cosmique, à l’accomplissement de l’humanité. " Cela suppose évidemment un certain développement de la conscience au départ.

L’idée, c’est que l’émergence de la conscience est liée à la découverte de l’altruisme, de la coopération ou de l’entraide, mais sous une forme beaucoup plus engagée.
 


" L’apparition de la conscience se traduit par l’émergence d’une nouvelle attitude envers la vie, envers les autres ", estiment les auteurs. L’idée, c’est que l’émergence de la conscience est liée à la découverte de l’altruisme, de la coopération ou de l’entraide, mais sous une forme beaucoup plus engagée.

Et d’avoir le sentiment qu’on participe au drame cosmique, à l’accomplissement de l’humanité, cela suppose la contrepartie : l’acceptation, le choix conscient de ce qui est, une façon d’être impersonnelle, non attachée à des résultats spécifiques; un sentiment d’amour impersonnel également. Cette formule revient souvent dans leur discours : un niveau de conscience plus développé.

Walsh et Vaughan parlent aussi d’une nouvelle éthique qui devra remplacer " l’éthique fragmentaire qui repose sur le matérialisme du type croissance et consommation qui, à l’heure actuelle, domine le système économique et par conséquent l’ensemble de la société. L’établissement de cette nouvelle éthique nécessite la promotion de ces deux volets complémentaires :

  1. le premier, d’ordre écologique, vise à encourager le sentiment d’une communauté globale de l’homme et de sa responsabilité dans le destin de la planète;
  2. le second est fondé sur l’idée de la réalisation de soi-même. "

" Il ne peut y avoir de sagesse sans compassion. "

 

 

À un moment, ils citent Fridjof Capra : " La plus forte influence de la pensée bouddhique sur ma pensée a été l’insistance sur le rôle central de la compassion dans l’obtention de la connaissance et de l’évolution de la conscience. Il ne peut y avoir de sagesse sans compassion. Ce qui veut dire pour moi que la science n’a aucune valeur si elle n’est pas accompagnée d’un intérêt social ", affirme ce philosophe.

On a commencé avec Adler, on va finir avec Adler, qui insiste sur l’importance du sentiment social et du sens de nos responsabilités vis-à-vis nos semblables. Il définit, du reste, le sentiment social comme une coopération à l’avantage des autres : " Un élargissement du sentiment social protège de la névrose et/ou représente la condition de sa guérison. L’activisme social représente une compensation réussie du sentiment d’infériorité. C’est en quoi l’engagement serait auto-thérapeutique. "

" Tous les problèmes de la vie humaine exigent une aptitude,
une préparation à la collaboration,
témoignage le plus net du sentiment social.
Le courage et le bonheur sont inclus dans cette disposition
et il est impossible de les trouver ailleurs ",
dit aussi Adler.

 

À un moment, il a écrit cette formule étonnante : " L’homme fait partie d’un Tout. " Il se référait à l’homme en tant qu’animal social, mais appartenant aussi au cosmos.

   


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.