PAR...   Émission du jeudi 23 avril 1998
   

L’au-delà : voyage dans les croyances sur l’après-vie

  J'ai été amené, ce matin, à me demander où j’en étais avec l'au-delà, l'après-vie…
D’après :
VERNETTE, Jean.
L’au-delà, Les Presses Universitaires de France, Coll. " Que-sais-je? ", N° 725, 1998.

 


l’éternel questionnement

À vrai dire, on ne peut pas éviter de s'interroger sur ces questions, quand on voit quelqu'un près de nous disparaître ou quand, soi-même, on ne se sent pas très bien. On se demande alors : " Mais, qu'est-ce qui m'attend de l'autre côté? " Et : " De l'autre côté de quoi? De l'autre côté de la vie? Dans l'après-vie? "

Y a-t-il un au-delà après la mort? Ou l'être humain disparaît-il définitivement en tant que tel, à l’instant où il meurt? J'ai été amené, tout à coup, à me poser toutes ces questions parce que j'ai découvert un petit bouquin dont je me dois de vous parler.

L’au-delà, de Jean Vernette : un petit ouvrage éclairant

Les Presses Universitaires de France font paraître régulièrement des ouvrages très surprenants dans leur collection " Que-sais-je? ", collection que tout le monde connaît et dont j'ai eu la grande surprise de recevoir un exemplaire intitulé L'au-delà, de Jean Vernette. Je vous ai certainement déjà parlé de cet auteur qui a écrit plusieurs ouvrages : Les sectes, Le New Age, L’athéisme, La réincarnation, etc.

En le parcourant, je me suis attardé, ici et là, à voir comment il s'en tirait dans certaines explications qui me paraissent, à moi, très difficiles. J’ai trouvé ce qu’il écrivait très intéressant et j’ai pensé que ce pourrait être un petit ouvrage peu coûteux que je pourrais avoir la joie de vous suggérer. Alors, si vous avez envie de vous interroger en prenant connaissance d'informations qui ne vous imposent pas de réponses, je vous le conseille.

le marché commun des croyances

Il commence ainsi : " L'humanité se pose depuis toujours cette question aussi ancienne que l'Homme. La représentation de l'au-delà est un lieu clé des questionnements religieux sur l'origine et sur la fin. [ ...] Mais aujourd'hui la sphère du ‘ religieux ’ a éclaté en expressions multiples, sous les effets conjoints de la sécularisation et des crises du sens, de l'affaissement en Occident des grandes religions établies, et du jaillissement de religions ‘ sauvages ’ – j'aime bien cette formule entre guillemets –, de l'universalisation des croyances en une sorte de marché commun où commence à prédominer les influences de l'Orient et de la Tradition parallèle. "

L'idée d'un " marché commun " est aussi intéressante, parce qu'il y a de plus en plus de gens qui ont une croyance " à la carte ". Ils ne prennent pas le " menu " d'une religion, même pas d'une secte, et ils se disent, en choisissant à la carte : " Moi, eh! bien... ça, je l’ai trouvé chez des bouddhistes, et ça m'intéresse. "; ou encore : " Ça, je ne sais pas ce que c'est : on me dit que ça serait plutôt soufi, mais je le garde : c'est une croyance que j'ai... " Même chose pour la vision chrétienne de la mort ou de l'après-vie : on fait une espèce de collage, une mosaïque pour son usage personnel : lui, il appelle ça le " marché commun ".

" Le tout se situe en contexte de nomadisme spirituel et d'individualisme – il applique ce que je viens de vous dire à l’au-delà – où l’on élabore souvent à compte propre sa conception de l'ici-bas et de l'au-delà en empruntant librement à toutes les propositions disponibles. " J'avais peut-être été influencé par la lecture que j'avais faite de l'ouvrage précédemment... peut-être avais-je l'impression de l'inventer pour vous! [rires]

de l’amortalité à l’immortalité

Dans son ouvrage, Jean Vernette parle de l'expérience de la mort, des représentations de l'au-delà, de la fusion dans le tout, de la résurrection de la personne, de la séparation de l'âme et du corps, de l’existence terrestre invisible, etc. Pour aboutir finalement à une opposition entre l'amortalité et l'immobilité.

" Peu de sociétés voient dans la mort la destruction totale de l'être. – Après en avoir fait le bilan, on arrive aux conclusions. – La croyance en la permanence dans l'au-delà de quelques éléments privilégiés de la personne – remarquable comme c'est bien défini, c'est clair, c'est net – est la plus répandue. " Et elle prendra deux formes : l'amortalité et l'immobilité.

L’amortalité, comme ‘ prolongation de la vie pour une période indéfinie mais pas nécessairement éternelle ’
[
...] . Elle prolonge la vie individuelle mais comme une métaphore de la vie, comme un mythe, explique
Edgar Morin. Ces habitants dans l’au-delà continuent à entretenir avec ce monde-ci des rapports multiples. Les abondants discours des actuels communiquants-avec-l’autre rive en sont témoins, dans la ligne d’une croyance universelle et fort ancienne : ‘ Ka des Égyptiens, âmes et doubles de l’Afrique noire, eidolon des Grecs, genius des Romains, rephaim des Hébreux, frevoli des anciens perses, corps astral des spirites modernes représentent des éléments qui échappent à la destruction. ’ "

L'immortalité – la mortalité, la non-mortalité autrement dit, mais aussi l'immortalité – : il y a plus de quatre millénaires elle était déjà reconnue à tous les Égyptiens, après l'avoir été au seul Pharaon. Les sources grecques de notre civilisation se nourrissent de la confiance illimitée en une vie immortelle des âmes, plus forte que la mort, dont sont témoins le Phédon et le Phèdre de Platon. […] De même en Orient le Bouddhisme enseigne que ‘ l'homme n'est pas comme la banane, un fruit sans noyau : son corps contient une âme immortelle ’. " Un noyau donc...

Autre concept : la résurrection des morts. " Vos morts vivront, leurs corps ressusciteront ", dit le prophète Isaïe dans la Bible.

En fait, l’auteur passe en revue toutes les formes de croyances. J'en ai choisi quelques-unes parce que je ne peux pas en faire une liste exhaustive... Le culte des ancêtres, notamment, m'a frappé.

Le culte des ancêtres. Cette croyance se fonde sur l'idée que l'homme est un élément du divin, soit qu'il représente comme une image de Dieu, soit qu'il recèle une étincelle divine ou une entité spirituelle de même nature, soit qu'il descende de la divinité par la chaîne de ses ancêtres. " On explique ensuite, qu'en Chine, c'est une croyance qui est très répandue, que les Shintoïstes au Japon la partagent également, et qu’on la retrouve encore dans d’autres cultures.

La fusion dans le Grand Tout. Cette approche de l'au-delà se retrouve en particulier dans le Brahmanisme et le Bouddhisme, qui refusent l'existence individuelle au profit de la grande vie cosmique. – Comme si, après la mort, la part de conscience que nous avons, fusionnait dans le Grand Tout : est-ce que cela signifie que l'on perd conscience de son individualité? Je n'en sais rien, je n'y ai pas été récemment... [ rires] Il faut être prudent avec tous ces concepts. L'idée de fusion : échanger un bout de conscience pour devenir la conscience du Tout, au profit de la grande vie cosmique. – Une telle perspective n'est pas sans rappeler ‘ la mort-maternelle ’, poursuit Vernette, c'est-à-dire l'amour de la Terre-Mère où l'on attend d'être inhumé quand la terre est maternisée en tant que siège des métamorphoses de mort-naissance. "

évolution et glissement des croyances

Il serait peut-être intéressant de savoir que les opinions – et ce ne sont pas forcément les vôtres –, ont beaucoup évolué depuis peu. On fait état de ce que, par exemple, en France, en 1947, 58 % des gens disaient croire en l'immortalité, alors qu’en 1968, ils n’étaient plus que 35 % à afficher cette croyance : il y a donc une baisse de la croyance en l'immortalité.

" Chose plus étonnante, écrit Vernette, si 52 % des personnes se déclarant catholiques croient en un au-delà (dont 35 % en France et 37 % en Belgique), 30 % seulement croient à l'enfer (‘ lieu théologique ’ classique pourtant du catholicisme), alors que 23 % croient à la réincarnation –qui n'est pas soutenue par l'enseignement chrétien – (et non plus à la résurrection). " Aujourd'hui donc, il y a un glissement des croyances.

" Le cas des croyants catholiques est le plus révélateur de ce glissement. C’est une rupture dans l'adhésion au Credo traditionnel où le bloc des croyances en une survie dans l'au-delà est le plus ébranlé. L'origine statistiquement chiffrée de la faille se situerait dès 1947. Un ensemble de vérités eschatologiques demeuré stable, depuis quatre siècles [ ...] autour de la notion de résurrection pour tous (l’âme étant immortelle et les corps trouvant vie après la fin des temps) et des ‘ fins dernières ’ (ciel, enfer, purgatoire, limbes des justes morts avant l’arrivée de Jésus-Christ, limbes des enfants morts sans baptême) s'est progressivement disloqué en moins d'un demi-siècle. – Il y a là un virage très serré, " en épingle à cheveux ".

" Cet éclatement se fera sentir même chez les catholiques pratiquants réguliers ", poursuit l’auteur. Puis, il fait ensuite état d’un sondage réalisé en Belgique en 1984 et qui démontre un échelonnement curieux : " 69 % de croyance en la vie éternelle, 58 % au jugement dernier, 19 % au trinôme paradis-purgatoire-enfer, 11% des sondés estimant pour leur part qu'‘ il n'y a rien du tout ’. " On voit tout de même qu'il y a un glissement important.

" Hier, la vie d'ici-bas était conçue comme au service de l'après-mort, en tant que lieu de mérite du salut éternel. Aujourd'hui l'après-mort serait davantage conçue comme au service de la vie d'ici-bas, par les perspectives nouvelles ou renouvelées de la réincarnation – [ ...] du spiritisme/channeling – occasion de maintenir un lien avec les défunts et de s'enrichir de leur contact, de l'attente d'un Nouvel Âge – qui inaugurerait l'Âge d'or dès cette terre. "

Si, dans l’ensemble, on constate un " glissement " des croyances dans l'au-delà, l'auteur, Jean Vernette, parle d'une récente " reprise des croyances ". Il n'en est pas absolument certain, mais il lui semble que si on tient compte d'enquêtes qui ont été faites récemment, on assisterait maintenant au retour d'une certaine croyance en l’au-delà qui avait, pour ainsi dire, glissé vers la négation.

de la récente négation de l’au-delà

" Cette négation de l'au-delà et de l'idée du caractère définitif de la mort sont apparues assez récemment dans l'histoire de l'humanité, fait remarquer J. Vernette, – ce dont on n'est pas conscient je pense –, sous l'influence en particulier du rationalisme pessimiste moderne. Un puissant désir d'éternité habite en effet les humains depuis l'origine. Ils savent certes qu'ils doivent mourir, mais ils ne se croient pas destinés au néant. Ils conçoivent plutôt la mort comme un mode différent d'existence. Aussi, dès que la conscience se manifeste chez les primates évolués, elle envisage sa survivance après le décès comme allant de soi. " II y a toujours eu des incroyants, bien sûr, mais particulièrement avec le rationalisme pessimiste moderne.

Ensuite, il y a le point de vue des philosophes et des théologiens qui, dans l’ensemble, voient dans cette croyance à la survie " le révélateur, voire la preuve que la nature même implique et exige de l'homme sa permanence ". Mais il y a aussi des gens qui vont dire que c'est une façon de refuser l'inévitable, de se leurrer en se rassurant au moment où on perdra la vie physique.

pour les philosophes Grecs

L’auteur fait à ce propos un détour très intéressant, en particulier par les anciens philosophes de l'Antiquité tels que Socrate et Platon. " ‘ Puisque Dieu existe, il ne peut arriver rien de mal à l'homme juste, ni pendant sa vie, ni après la mort ’ (Apologie de Socrate). L'acte de mourir ne doit pas engendrer de crainte ‘ car, ou bien la chose est de telle sorte que le mort n'a absolument plus d'existence et qu'il n'a non plus aucune conscience, ou bien – comme on le dit – c'est précisément un changement d'existence, et, pour l'âme une migration de celui-ci vers une autre. ’ Et les Stoïciens en font une règle de vie ", d’ajouter Vernette.

À ce propos, l’auteur nous précise que c'est un peu discutable de généraliser, parce qu'il y a quand même un certain scepticisme chez Épictète. Mais ce qu'on retient ici, c'est ce qu’écrit Sénèque (4 av. J.-C. – 66 apr. J.-C.) dans sa 102e lettre (en a-t-il écrit des lettres cet homme-là!) : " ‘ Comme le sein maternel qui nous porte neuf mois ne nous forme pas pour l'habiter toujours mais bien pour ce monde où il nous dépose assez fort déjà pour respirer l'air et souffrir les impressions du dehors, ainsi le temps qui s'écoule de l'enfance à la vieillesse nous mûrit pour une seconde naissance. Une autre origine, un monde nouveau nous attend. ’ Cette attitude personnaliste des stoïciens de la Rome impériale (1er et 2e siècle après J.-C.) qui se mêle d’ailleurs d'un certain scepticisme comme chez Épictète – justement – pour lequel l'immortalité de l'âme était impersonnelle. " On retrouve le thème qu'on a touché rapidement tout à l'heure au début de ces propos.

pour les philosophes modernes

Sa section sur les philosophes modernes m’a fait faire un cheminement intéressant. Je dois dire que je n'avais pas étudié la question à partir de leur vision. Leibniz, par exemple, affirme que la survie va de soi comme progrès infini; les âmes sont éternellement en train de cheminer.

Spinoza m'était bien connu et Jean Vernette résume ainsi la pensée : " La substance suprême et unique se manifeste et se développe spontanément. Le corps et l'âme en sont des modes particuliers, complémentaires comme les deux faces d'une pièce de monnaie. Il y a donc en nous une part d'éternel et de divin, non seulement après la mort mais dès cette vie. Cette part de divin est de nature intellectuelle : tout ce que nous avons acquis de connaissances par notre effort personnel pour nous comprendre comme pures expressions de la Pensée divine. Et c'est cela qui demeure dans l'au-delà de cette vie. "

Pour Kant, que je ne connais guère – je ne peux pas tout avoir tout lu! Tant mieux pour vous si vous le connaissez –, Vernette résume ainsi sa pensée : " Aux yeux de Kant, ce n'est pas par la raison que l'on peut espérer prouver l'existence ou non de l'au-delà. Mais par l'intuition morale. " Pour lui, la " Loi morale innée " est un concept très important.

Pour revenir à Leibniz, Vernette affirme qu’il " voyait dans la capacité de progresser, la loi fondamentale de tout être ". Il supposait donc que la mort ouvrait sur une nouvelle étape de la progression.

Et Jean Vernette continue ainsi, explorant l'idée d'immortalité impersonnelle et d'immortalité personnelle…

  

  
  Douglas Harding : " Regardez à l’intérieur :
Vous êtes bien tel que vous êtes "



D’après :
HARDING, Douglas. : " Vous êtes très bien tel que vous êtes ", 3e millénaire, N° 42.

 


J'ai d’abord été frappé par le titre de l’article de
Douglas Harding, cet écrivain dont je vous ai parlé à plusieurs reprises. Il anime également des séminaires même s’il est très âgé… En tout cas, c'est un être hautement tripatif. L'article qu’il signait dans le N° 42 du 3e millénaire s'intitule : " Vous êtes très bien tel que vous êtes ", et j'ai pensé que c'était un bon point de départ! N’est-ce pas que c’est un bon point de départ dans la vie?

de notre pessimisme

" ‘ Tout va mal, vous êtes complètement détraqué ’, voilà ce que la société nous dit de toutes sortes de façons plus ou moins subtiles. Et quel empressement nous mettons à le croire! Nous buvons les mauvaises nouvelles comme du petit lait! En fait, beaucoup d'entre nous sommes prêts à payer des sommes énormes à quiconque nous expliquera de façon convaincante dans quel pétrin nous sommes [rires] , et nous le suivrons dans le monde entier, pendant des années, rien que pour l'entendre disserter sur ce sujet.

" Loin de moi l'idée de perturber ceux qui prennent plaisir à s'inquiéter de leur mauvaise santé spirituelle! Mais mes remarques ici s’adressent à ceux qui ne s'en réjouissent guère, à ceux qui en ont plus qu'assez de se désoler. À ceux là, je dis : préparez-vous à recevoir une bonne nouvelle. Non pas à entendre une bonne nouvelle, mais à la voir réellement se passer. Ou plutôt, à la voir brusquement éclater au grand jour. Mais n’anticipons pas.

prendre action comme s’il s’agissait des affaires

" Pour commencer, examinons d'abord sérieusement et raisonnablement cette vision pessimiste de nous-mêmes qui est si répandue. Voyons ce qu'il y a de vrai dans tout cela et quelle action il faudrait entreprendre. Traitons cette histoire d'infortune spirituelle aussi intelligemment et aussi calmement que nous traiterions des problèmes moins personnels et plus matériels – en affaires, par exemple.

" Supposez que vous êtes le patron d'une grosse société : le bruit court que le désastre est éminent, que l'entreprise est presque certainement vouée à la faillite et son propriétaire à la misère et au déshonneur. Comment réagissez-vous? Il y a deux attitudes possibles et totalement différentes.

les 2 attitudes possibles

1. Agir à l’improviste

" La première, dit papa Harding –parce que c'est un vieux bonhomme très remarquable – serait de céder à la panique, c'est-à-dire lancer des ordres à droite et à gauche, licencier le chef d'exploitation et le directeur des ventes, fermer une filiale ou deux et licencier le personnel, abandonner les anciens modèles et en lancer de nouveaux. Agir vous semble la seule issue : ‘ Ne restez pas planté là! ’, criez-vous, ‘ Remuez-vous! N'importe quel changement vaut mieux que l'immobilisme. ’

" Le résultat est que les choses vont certainement empirer. Des remèdes improvisés administrés aveuglément à un malade que le médecin n'a pas le temps d'examiner risquent fort de le tuer. Il y a une chance sur mille qu'ils le guérissent.

2. Ne rien faire

" Mais si vous êtes un homme ou une femme d'affaires compétent(e), poursuit D. Harding, plutôt que de réagir de cette manière impulsive, excessive, vous choisissez de ne rien faire. –

N’est-ce pas extraordinaire? Cela me rappelle ce que m'a dit récemment une de mes amies à qui je demandais conseil, à propos, justement, d'une situation où je devais agir dans un sens ou dans l'autre; mais j'étais tellement partagé entre les deux décisions qu'elle m'a dit : " La réponse à ta question, c'est de ne rien faire. " Là- dessus, elle me raconte, elle me rappelle, devrais-je dire plutôt, ce que je savais déjà, à savoir que son père a été, durant toute sa vie professionnelle, pilote sur le Saint-Laurent, et qu’il lui disait : " Quand, tout à coup, tu ne sais plus quoi faire (est-ce que c'est cette bouée-là ou l'autre?, qu’est-ce que c’est? ,qu'est-ce qui a été dit à la radio? ou alors, c'est la température qui change, qu'est-ce qu'on annonce à la météo? etc.) À ce moment-là, quand tu ne sais plus quoi faire, tu arrêtes les moteurs, tu attends et tu ne fais rien pendant un certain moment... tu ne fais rien. "

J'ai trouvé cette attitude tellement sage, tellement étonnante cette idée de ne rien faire à certains moments, de ne prendre aucune mesure! Je reprends maintenant le discours de Harding qui nous dit de faire la même chose, d'une certaine façon.

" Vous choisissez de ne rien faire : aucune mesure de redressement tant que vous n'aurez pas vérifié les faits. – Ou que les faits ne se soient révélés à vous : est-ce que, vraiment, la brume va rester? Est-ce que la pluie? etc. Il suggère ici, pour revenir à sa métaphore de l'action en entreprise, de réunir le personnel calmement puis de faire faire à chacun un rapport sur les possibilités d'augmenter la production et de réduire les frais, d’étudier les prévisions de pertes, de profits, d'accroissement du découvert ou non etc.

" C’est alors, et alors seulement que vous prenez vos décisions. Cet ensemble d'informations bien enregistrées et bien réfléchies, dit-il, va vous permettre de faire des choix raisonnables. Il se peut qu'elles vous démontrent la nécessité de prendre des mesures drastiques à court et à long terme. Ou, au contraire, qu’il ne faut prendre aucune mesure précipitée avant que la situation ne soit plus claire. " Bref, ce n'est qu'après un examen approfondi, que vous allez prendre certaines décisions à moins que, suite à cette étude, vous ne découvriez que votre affaire se révèle tout à fait prospère! " Les faits d'abord, l'action ensuite! " résume-t-il plus loin.

des affaires à sa propre vie

" La plupart d'entre nous, hélas!, est loin d'être aussi raisonnable lorsque nous passons de la conduite de la périphérie de notre vie à celle de son cœur même! Lorsqu’il s'agit de simples objets – marchés, marchandises, argent – nous sommes relativement sensés. Mais lorsqu'il s'agit de nous-mêmes, du propriétaire de ces choses, nous sommes pris d'une douce folie. Sans preuve ou presque, sur de simples on-dit, et par peur (à moins que ce ne soit un désir secret?) [rires] , nous décidons que notre vie a mal tourné, que nous sommes sérieusement détraqués, malchanceux, voire maudits. Alors, nous courons dans tous les sens à la recherche de remèdes pour un mal dont nous ne savons rien, et dont nous ne voulons rien savoir [ ...] . "

Un peu plus loin, Harding revient évidemment sur l'idée qu'il faut ne rien faire car il nous faut à un moment découvrir que : " Vous êtes très bien tel que vous êtes ". Partez donc de là! [ Rires] Ne rien faire...

de l’hystérie à l’étude calme de la situation

" Si quelque chose pouvait nous enfoncer davantage dans notre marasme, c'est bien cet aveuglement hystérique par rapport à notre état actuel – qui nous tire à gauche, à droite –, cette manière irrésistible et pourtant calculée d'ignorer les faits les plus évidents qui nous concernent, cette façon délibérée de choisir de vivre à partir d'un paquet de malheureux mensonges sur notre nature, au lieu de vivre à partir de cette nature telle que manifestement elle est. Pas étonnant, alors, que nos pires craintes soient justifiées, et nous voilà livrés aux charlatans de tous bords et à leurs innombrables remèdes en réclame sur le marché. Des gogos incroyablement crédules, voilà ce que nous sommes!

" Mais maintenant, c'est en hommes et femmes d'affaires, pour changer, que nous allons vous et moi nous observer nous-mêmes, étudier notre véritable nature et notre véritable condition. – Dans ses ouvrages, Douglas Harding revient très souvent sur l’idée – formulée de différentes façons –, de prendre conscience de soi, pas de ses pensées, pas de ses émotions mais de soi, de l'observateur. – Nous allons ignorer les rumeurs et regarder les faits. Nous allons revenir à la raison et prêter attention à ce qui se présente clairement, à ce que nous sommes selon notre expérience de première main, en cet instant. Non pas prêter attention à ce que les autres disent que nous sommes, ou à ce que nous leur paraissons être, mais à ce que nous sommes pour nous-même, intrinsèquement, en dehors de toute idée préconçue, croyance ou imagination.

" Cela signifie avoir le courage de faire pivoter notre attention de 180° et regarder le lieu que nous occupons : simplement regarder, avec un esprit ouvert, prêt à accepter n'importe quelle découverte, quelque étrange qu'elle soit, avec l'humilité et l'honnêteté de nous laisser guider par ce que nous allons trouver là. "

" En d'autres termes, nous allons regarder non pas seulement ce que nous regardons [ ...] , mais aussi ce à partir de quoi nous regardons... "

tourner le regard vers l’intérieur, et regarder

Tourner le regard vers l'intérieur, finalement, c'est ce que suggère Harding. Ce n'est peut-être pas si simple mais ce n'est peut- être pas si compliqué non plus, finalement, de s'arrêter de courir à gauche à droite : de s'arrêter, point. Ne rien faire et se placer dans une position qui est celle de celui qui ne fait rien; et se regarder être, ou plutôt se voir être.

Ralentir implique la nécessité d'échapper, si je peux me permettre ce commentaire-là, à la surinformation, à toutes ces informations qui nous bombardent. En fait, il faut trouver une zone de tranquillité à l'intérieur. Je lisais justement récemment, dans un autre article, qu'au fond, on dit souhaiter être extrêmement informé et même surinformé mais, les moments où l’on est le plus heureux, c'est quand on arrête – qu'on s’arrête soi-même et qu'on arrête le monde autour de soi. C’était d’une telle évidence!

Prendre conscience de soi, tout simplement; que tout s'apaise, qu'on échappe à tout ce bombardement d'informations, etc. C'est un peu ce qu'il nous invite à faire en disant : " Vous êtes le Contenant parfaitement simple et immuable de tous les composants infiniment complexes et variables qui s'assemblent pour former votre monde. En tant que tel, en tant que cet Espace immuable, pur, immaculé, parfaitement limpide et vierge, Espace d'accueil pour les mondes qui vont et viennent, vous êtes la Perfection Éternelle elle-même. Il ne s'agit pas de croire cela, de le comprendre ou de le sentir un jour, mais de le voir tout simplement aujourd'hui, en faisant pivoter encore une fois la flèche de votre attention de 180°. Maintenant Voyez Ce Que vous voyez, restez avec la vision, et voyez ce qui arrive à votre monde. "

Et on revient au titre : " Vous êtes très bien tel que vous êtes ".

  

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