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Émission
du mardi 28 avril 1998
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Le cyborg et l'apparition progressive de l'homme bionique |
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VANDEGINSTE,
Pierre. |
Il faut se faire à l'idée qu'on ne vit plus dans un monde néolithique. Avec
ce projet de contrôler la nature - auquel on est parvenu d'ailleurs,
sauf pour ce qui est des séismes qui nous échappent -, on entre dans
un nouveau monde en hybridant le vivant en des constructions artificielles
très sophistiquées, électroniques et informatiques. On entend parler de
la culture du cartilage et de la valve cardiaque de porc.
Que veut maintenant dire " être humain "? Un collage de pièces détachées! Selon le professeur Hervé Kempf, auteur de La révolution biolithique (Albin Michel) on va de plus en plus vers le cyborg Dans une entrevue parue dans L'Événement du jeudi (2 au 8 avril 1998), il nous rappelle que la greffe d'organes d'animaux a commencé en 1902. On apprend également que 400 000 stimulateurs cardiaques sont implantés dans le monde chaque année. Étonnant! l'homme du 21e siècle en pièces détachées Dans un encadré qui accompagne l'entrevue, " Pièces détachées pour femme du 21e siècle ", on fait état de toutes les transplantations possibles, avec d'un côté les " bio ", de l'autre les " techno ". En voici un aperçu : côté bio : Pour le cur : Xénogreffe de valve (1964) et Hétérogreffe (1967) Pour l'il : Greffe de cornée (1961) Pour la peau : Culture d'épiderme (1988) et Derme en culture sur silicone (1995). côté techno : Pour le cur : le pacemaker (1958) Pour les os : Prothèse de hanche (1963) Pour la main : Commande par électrostimulation (1986) Pour le cerveau :
Stimulateur du thalamus contre la maladie de Parkinson (1986) Pour l'oreille : Implant cochléare (1988). Et ça continue puisqu'on parle déjà de la xénogreffe pour le foie mais d'un foie provenant d'une autre espèce, peut-être pour l'an 2000 ou 2010. La rétine électronique pour 2020... " Nous nous sommes déjà habitués à l'idée que nous pouvons à tout instant croiser dans la rue une personne qui a été conçu dans une éprouvette, qui a une hanche en titane, une valve en plastique, un rein ayant appartenu à autrui, nous dit le professeur Kempf. On va aussi s'habituer à voir des gens dotés d'une valve cardiaque de cochon, d'un stimulateur implanté à demeure dans le cerveau pour inhiber les tremblements de la maladie de Parkinson, ou encore de contrôleurs de l'incontinence... Mais des surprises bien plus grandes nous attendent, qui susciteront de nouvelles questions éthiques. Lorsque nous verrons des utérus artificiels, comme celui sur lequel travaille Yoshinori Kuwabara au Japon, nous serons alors obligés de réfléchir d'urgence à de nouvelles définitions de l'humain et de la vie. " |
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| Le syndrome du berger, ou comment les leaders arrivent à rassembler des adeptes | ||||||
ROY,
Jean-Yves. |
" Comment certaines personnes en viennent à consacrer leur vie à la quête obsédante d'un berger susceptible de leur apprendre la vérité absolue? Comment ces deux univers se rencontrent et interagissent? " Psychiatre et psychanalyste, adjoint à l'Université de Montréal, attaché à l'Hôpital Louis-Hyppolite Lafontaine et au Centre Dollard-Cormier, le docteur Jean-Yves Roy, s'est vivement intéressé à cette interaction souvent complexe dans Le syndrome du berger : Essai sur les dogmatismes contemporains, le titre de son livre paru aux Éditions Boréal. le berger prédateur " Au premier plan de cette représentation du berger prédateur , explique Jean-Yves Roy, on retrouve, c'était prévisible, le portrait de l'escroc financier. Les empires financiers que dirigent des bergers tels que Moon ou Maharashi Mahesh Yogi sont considérables. Celui de l'Eglise de scientologie - de Ron Hubard - est tout aussi impressionnant. [ ] Au deuxième rang, jamais très loin derrière l'interprétation financière, on retrouve l'interprétation sexuelle du mouvement dogmatique. La secte est un bordel où toutes les perversions sont tolérées sinon encouragées. La vie de la secte est une fête perpétuelle. Le berger est un séducteur. [ ] " Une autre variante de la théorie de la prédation insiste sur le volet délirant de l'entreprise dogmatique. Cette fois, le berger psychotique dont on s'étonne qu'il ne soit pas interné. La déraison des arguments qu'il propose nous étonne. " On met souvent l'accent sur le berger, mais il y a tout de même ses adeptes et le sujet est tout aussi intéressant. Voyons ce que le docteur Roy en dit. l'adepte " Le syndrôme du berger ne peut toutefois pas se développer ni se maintenir sans la contribution d'un personnage particulier, un adepte potentiel dont les caractéristiques nous intéressent tout autant. Sans la complicité de cet adepte, il est difficile d'expliquer comment des gens en apparence tout à fait ordinaires en viennent à s'engager dans une pareille aventure. Comment ils arrivent à y croire, à y participer, voire à y consacrer souvent une énergie considérable. " Un peu plus loin, J.- Y. Roy affirme que le berger " évite de déresponsabiliser l'adepte ". " Au sortir de cette mésaventure, très peu d'anciens adeptes se plaignent d'y avoir été entraînés contre leur gré. Dans plusieurs cas, ils ont même sollicité activement la participation à une organisation dogmatique en réponse à leur questionnement. Si nous voulons parler avec lucidité de ce contrat de conviction, il nous faut donc également rendre compte de ce consentement initial, voire de cette quête active de certitudes parfois sectaires. Comprendre, en d'autres termes, la signification de cette soif d'adhérer à une conviction, d'y croire à la folie. Une soif symétrique à la soif du berger de recruter des adhérents ", souligne l'auteur. l'hypothèse de la régression culturelle " Il importe de remarquer qu'au point de départ de toute adhésion dogmatique, qu'elle soit ou non provisoire, existe un état de crise ", remarque plus loin l'auteur et il développe cette idée-là. Sur ce point, il fait allusion à l'hypothèse d'une régression culturelle, une réalité que certains historiens décrivent quelquefois comme une période de décadence dans un certain contexte. Donc, la crise d'un individu dans une société qui, elle-même, favorise une régression au plan culturel aussi. " Cette idée de régression culturelle est importante, dit-il. D'une part, en effet, elle nous dit que les grandes sociétés peuvent régresser. Mais surtout, elle nous indique qu'à l'intérieur de ces sociétés, certaines sous-cultures peuvent se manifester sous une forme régressive; ou alors que des sujets appartenant à une culture peuvent ressentir le besoin d'une forme de régression. [ ] Pour qui recherche une vérité simplifiée, la gestion démocratique des rapports sociaux constitue une complication fort embarrassante. À l'intérieur de la démocratie, tout leadership est sujet à contestation. " Puis, l'auteur mentionne un autre facteur important qu'il appelle " la recherche d'un état second ". " Ce constat ne devrait pas nous surprendre outre mesure : la recherche des états seconds accompagne depuis fort longtemps les manifestations humaines de solidarité, tant marginales que culturelles. " Il faut donc que tout cela se passe dans un cadre sociétal simplifié, " essentiellement théocratique " : " tout autre type d'organisation serait jugé trop complexe ou trop gênant pour assurer le triomphe de l'idée vénérée. Le Dieu dans cette théocratie est - bien sûr -, le berger. " le " Nous " " L'organisation du groupe autour de l'éprouvé de conviction encourage la naissance d'une dualité suspecte. D'un côté, il y a désormais ceux qui comprennent, qui ont reçu la lumière - le Nous. - Ceux-là qui appartiennent au groupe, ce sont des initiés, les élus. De l'autre côté, se trouvent les non-initiés, les laïques, les païens. À l'égard des non-initiés, il arrivera souvent que l'adepte en pleine ferveur ressente une sorte de mépris, une arrogance altière. " scénario universel et marché de la conviction Jean-Yves Roy présente tout cela comme un scénario universel et il parle aussi d'un marché de la conviction. " Que notre pensée préfère les convictions aux évaluations rigoureuses n'est pas une révélation. Les anthropologues ont décrit depuis quelques années comment toute société repose sur un ordre symbolique fondamental. [ ] Mais si l'on pense que le dogmatisme s'infiltre dans les vides de la culture, il faudrait peut-être songer à combler ceux-ci - car la société a aussi sa responsabilité, en favorisant, en créant le climat, le milieu dans lequel cette interaction entre le berger prédateur et la brebis, l'adepte devenu brebis, sont en interaction. différents types de bergers Dans Le syndrome du berger, Roy explique que " le berger le plus facilement repérable est sans doute le leader charismatique d'une secte religieuse. Mais ce peut aussi bien être le chef d'entreprise qui exige de ses employés une adhésion sans faille à son système de valeur; le réalisateur qui entend que l'on endosse sans discussion sa vision du théâtre; le sous-ministre qui réclame de ses troupes une adhésion inconditionnelle aux dernières politiques du cabinet. [ ] " Un grand nombre de situations se prêtent mieux que d'autres à l'établissement du syndrome du berger. Ce sont en fait toutes les situations à haute densité transférentielle - c'est-à-dire lorsqu'une figure parentale apparaît dans le décor. - [ ] Le sergent dans un régiment, le rédacteur en chef dans un journal, le directeur clinique dans un hôpital. Il n'est pas de situation qui, à vrai dire, soit spécialement propices à la mise en place d'un syndrome du berger. Ce qui caractérise ce syndrome, dans l'industrie aussi bien qu'au temple, c'est le rapport de force qu'il établit entre un berger qui se déclare porteur de vérité et un adepte qui se soumet à cette prétention. le piège des dépendances " Il est une autre prétention de nos cultures démocratiques que nous devons nuancer. Officiellement, en effet, nos cultures préconisent l'autonomie des concitoyens, écrit J.-Y. Roy vers la fin de son ouvrage. Les statistiques démontrent pourtant que nous avons encore, à ce sujet, une longue route à parcourir. " " Dans le syndrome du berger, le berger est convaincu du caractère immuable de sa vérité. En travaillant à l'encontre de ce syndrome, nous sommes invités à décaper, chacun pour soi, cette partie bergère qui voudrait bien que notre vérité soit également tenue pour indiscutable. Succomber à cette tentation équivaut à fonder une nouvelle bergerie. Cette tentation est probablement le piège le plus subtil qui nous guette, au retour de l'enfant prodige - au moment où l'adepte sort de l'environnement d'une secte. " Au moment où la rumeur s'en prenait au seul berger imposteur, il me semblait qu'on oubliait trop aisément le sort de ces adeptes. Il me semblait surtout que le débat état plus vaste que ce que l'on soupçonnait. J'ai voulu en témoigner. "
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| Sur les traces d'Adam : nous aurions retrouvé nos ancêtres | ||||||
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" Ce chasseur bushman serait un descendant direct de l' Adam génétique ', l'ancêtre de tous les hommes actuels. Il possède en effet dans ses gènes une ' séquence ancestrale ' inchangée depuis l'apparation de l'Homo sapiens sapiens. " Science et Vie, N° 967, avril 1998. |
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" On a retrouvé Adam! ", le père de l'humanité, l'Homo sapiens sapiens, notre ancêtre. Je m'explique. Un article de Science et Vie nous apprend que des chercheurs ont étudié les infimes variations du patrimoine génétique qui existent entre les différents groupes humains. Pour ce faire, ils ont sillonné la planète afin de récolter le matériel nécessaire à l'analyse génétique. Puis, ils sont remontés toujours plus loin, plus loin. Il fallait bien trouver une continuité à l'origine, quelque part, dans une race quelconque ou dans un coin du monde, une constance qu'on trouve partout. Or, le matériel génétique c'est un mélange des deux parents, des quatre grands-parents, des huit arrière-grands-parents et en remontant dans cet arbre généalogique, on peut retracer notre origine. Ils ont donc retrouvé une partie du patrimoine génétique de l'homme dispersé sur toute la planète en suivant le chromosome sexuel Y. " Les chromosomes de chaque paire formée lors de la fécondation échangent de l'ADN entre eux, et, une fois les chromosomes mélangés, impossible de distinguer l'héritage génétique de la mère et celui du père, explique Géraldine Magnan. Une exception : le chromosome sexuel Y, trop différent du chromosome X pour se recombiner avec lui. ' Le chromosome Y est donc transmis intact du père au fils ', explique Estella Polonni, du Laboratoire de génétique et de biométrie de l'Université de Genève (Suisse). ' S'il y a une différence entre le chromosome Y du père et celui du fils, cela signifie qu'il y a eu une mutation dans les cellules sexuelles du père. ' [ ] " Pour dater l'apparition de l'Homo sapiens sapiens à partir de l'ADN d'hommes actuels, les scientifiques se servent de l'' horloge moléculaire ' : au cours du temps, des mutations aléatoires apparaissent régulièrement modifiant de 2 à 4 % du génome par million d'années. Cette hypothèse permet d'estimer l'âge de l'ancêtre commun de deux hommes. Il suffit de compter les différences (traces des mutations) entre leurs deux séquences génétiques [ ]. En multipliant ce nombre par le taux de mutation (le rythme de l'horloge moléculaire), on sait combien de temps sépare ces hommes de leur ancêtre commun. " En conclusion, cette étude a prouvé que notre espèce est née il y a environ 150 000 ans, dans le sud du continent africain. Ce territoire où habitait l'Homo sapiens sapiens est aujourd'hui occupé par ses descendants directs : les bushmein. Je trouve ça extrêmement sympathique de penser que les bushmein sont nos ancêtres, surtout lorsque je me rappelle cette petite tribu rendue célèbre par le film " Les dieux sont tombés sur la tête "... |
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