PAR...  

Émission du mardi 19 mai 1998

Je me souviens que l’un de mes gourous, mon préféré peut-être, disait parfois : " Ah, la Bêêêtise humaine! Elle fleurit partout, la bêêêtise humaine! "

Alimentation et poids

L’alimentation équilibrée et l’activité physique restent l’essentiel de la prévention et du traitement.
L’un des thèmes du jour : le régime alimentaire... Parlant de bêtise humaine. Il y a ce docteur Michael Rosenbaum qui, dans le New England Journal of Medicine, une publication reconnue comme sérieuse, a passé en revue la somme des connaissances actuelles sur la prise de poids et ses traitements. Génétique, hormones, médicaments, chirurgie, comportement, tout est mis dans la balance. La conclusion de toute cette étude : l’alimentation équilibrée et l’activité physique restent l’essentiel de la prévention et du traitement. On est au courant, se dit-on. Mais la récidive, nous préviennent les experts du domaine, est inévitable.

Vous remarquerez que déjà dans le monde de la médecine, un certain nombre de spécialistes, les cardiologues par exemple, sont un peu fatigués de préconiser le régime alimentaire pour maigrir, même s’ils savent que ce serait théoriquement souhaitable que leurs patients soient moins gros. Tout simplement, parce que la récidive, découvre-t-on, est inévitable et se limiter aux régimes ne suffit pas à long terme.

D’après :

" Génétique et médicaments n’offrent encore que des solutions partielles ", Ça m’intéresse, mai 1998.


" Une fois les kilos perdus,
lit-on dans " Génétique et médicaments n’offrent encore que des solutions partielles ", un article paru dans Ça m’intéresse, le corps tourne au ralenti pendant au moins 3 à 5 ans. Il brûle 15 % de calories de moins qu’un corps n’ayant jamais présenté de surpoids et stocke les graisses plus facilement. " Je peux vous donner mon exemple. Récemment, j’ai coupé le sucre, à peu près complètement : je n’entrerai pas dans les détails mais disons que je savais que c’était le facteur de l’obésité chez moi. Alors j’ai perdu du poids. À un moment, mon organisme s’est restabilisé. Maintenant, je continue à ne pas manger de sucre, mais mon corps a cessé de perdre du poids.

Conclusion : " Après l’amaigrissement, poursuit l’auteur, il faut, pour garder un poids ‘ normal ’, manger moins que quelqu’un qui n’a jamais été gros. Le problème est le même pour les minces ayant tendance à l’embonpoint – à l’envers, mais eux je m’en fous. Oui! [ rires] Ah, quel manque de charité... – Oui, nous sommes inégaux face aux kilos, car certains d’entre nous sont programmés pour les accumuler ", conclut l’auteur.

Autre vérité pas bonne à dire... l’amaigrissement est une aberration. Bien, il y a des exceptions à toutes les règles, mais pas à toutes les vérités.

le modernisme : 1ère cause d’obésité

Vous avez sûrement remarqué qu’au Sahel, par exemple, les gens souffrent beaucoup moins d’obésité que par ici. " Chaque gène pris individuellement a de faibles effets sur le poids, disent les spécialistes. – On a trouvé des gènes associés au poids, mais ce n’est pas la vision d’ensemble. – Et la contribution cumulée de tous les gènes impliqués dans l’obésité ne devient significative qu’en présence de facteurs de l’environnement favorisant, eux aussi, la prise de poids (excès de graisse, manque d’exercice, stress, etc.) "

Alors la question est la suivante : " Peut-être sommes-nous finalement programmés pour être gros? " Parce qu’il fallait passer à travers les disettes, à l’époque. Et c’était grave les disettes à l’époque Mais le problème, c’est qu’on n’a plus de disette! . " La capacité à stocker la graisse est un avantage dans l’évolution, dit-on ici. Grâce à ses capitons, notre ancêtre Cro-magnon a pu survivre entre deux récoltes, dormir dans des cavernes et chasser le mammouth – Drôle d’image... chasser le mammouth! [ rires]  – Hélas! le chasseur était inventif. Il a imaginé l’automobile, l’ascenseur, la télécommande et aussi le chocolat. Des nouveautés inadaptées à un métabolisme toujours préhistorique. "

" Le modernisme est bien la première cause de l’obésité. Les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), montrant son augmentation dans les pays en voie de développement, le prouvent. Avec la prospérité vient l’embonpoint, alors qu’en temps de disette, il n’y a pas d’obèse, pas même d’obèse héréditaire. [ …] Malgré des résultats expérimentaux prometteurs, le Docteur Rosenbaum encourage la communauté scientifique à plus de scepticisme vis-à-vis de ces traitements rapides et suggère plutôt de revoir les standards de minceur à la hausse. " Ah l’obsession de la minceur, un bien grave problème, lui aussi...

D’après :

" Après des siècles de liberté, le régime dictatorial s’est imposé ", Ça m’intéresse, mai 1998.


En tout cas, pour les filles, le problème a commencé à partir du moment où les femmes ont porté le maillot de bain à la plage. C’est à cette époque-là très exactement que ç’a commencé. " Là, les rondeurs si désirables dans l’alcôve, passent beaucoup moins bien. "

Moi, personnellement, c’est connu, je n’ai pas d’objection du tout aux rondeurs, loin de là. Je trouve que les femmes qui ont un peu des dispositions de violoncelle – vous savez ce que je veux dire? –, et bien, violoncelles, je les trouve belles. Je suis un homme de goût!

Il faut avouer que certains membres du corps médical ont un peu mis la pédale forte sur les cures miracles, et ils ne nous ont pas, de ce point de vue, rendu de grands services…

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La rupture pour vivre

C’est le titre d’un ouvrage de Simone Barbaras, " Directrice des relations extérieures d’un groupe français... aujourd’hui consultante indépendante pour des sociétés françaises et européennes ", écrit-on au sujet de l’auteure en quatrième couverture. En sous-titre de son ouvrage, Simone Barbaras écrit : " Comment des ruptures amoureuses, familiales, professionnelles peuvent être libératrices et devenir forces de renouvellement et de créativité. " Intéressant comme approche, non? Je considère que le sujet est très important.

D’après :

BARBARAS, Simone. La rupture pour vivre, Éd. Robert Laffont, Coll. " Réponses ", 1997.

BARBARAS, Simone. La rupture pour vivre, Éd. Robert Laffont, Coll. " Réponses ", 1997.


Si vous êtes en train de vivre quelque chose de semblable ou susceptible de vivre une interruption dans le cours des choses, c’est peut-être un ouvrage qui pourrait vous aider.

" Ruptures, cassures, fractures, coupures, brisures, autant de termes qui signifient une séparation dont la caractéristique essentielle est d’être brutale, souligne l’auteure au début de son ouvrage. Au sens propre, ils disent la séparation d’un objet en un ou plusieurs morceaux; au sens figuré, ils signifient l’interruption d’une relation, un arrêt dans le cours des choses. Mais la notion de rupture est singulière en cela qu’elle est le résultat d’une tension entre deux objets, tension si forte que le lien qui les unit se rompt. Cette tension peut mener à la rupture extrême : la mort, car toute rupture libère à la fois des forces de vie et des forces de mort.

" Mais dans ce livre, c’est de la vie dont il s’agit. Nous avons pris le parti de nous intéresser à la rupture comme force de renouvellement, de créativité, car les ruptures apportent, en même temps que les souffrances, une sorte de virginité, une possibilité de tout recommencer puisqu’on a tout perdu – ou beaucoup perdu, pourrait-on dire. – [ …] Edgar Morin, dans ses textes sur les crises, souligne : ‘ La crise met en œuvre, et nécessairement l’une par l’autre, désorganisation et réorganisation; toute désorganisation accrue porte effectivement en elle le risque de mort, mais aussi la chance d’une nouvelle réorganisation, d’une création, d’un dépassement. ’ "

Dans cet ouvrage, l’auteure se pose des questions et tente d’y apporter des éléments de réponses, comme en fait preuve la table des matières dont voici quelques titres :

Simone Barbaras, auteure de "La rupture pour vivre".


Première partie – Qu’est-ce qu’une rupture?

Chapitre I – Qu’est-ce qu’une rupture?
Chapitre II – Rupture et changement
    - Une rupture professionnelle
Chapitre III – Les étapes de la rupture

Deuxième partie – Pourquoi rompt-on?

Chapitre IV – Les raisons de rompre
    - La confusion des sentiments
    - C’est moi qui respire
    - Une rupture pour vivre

Troisième partie – Comment rompt-on?

Chapitre V – Les modalités de la rupture
Chapitre VI – L’étrange relation de celui qui rompt et du ‘ rompu ’
Chapitre VII – Jour de deuil

Quatrième partie – La rupture pour vivre

Chapitre VIII – À quoi sert la rupture?
    - Le rapport au passé
    - Rupture et révolte
    - La capacité de renouvellement

Voyez-vous l’idée?

" Pour certains, rompre avec les êtres et les choses est une fonction essentielle de leur réalisation. Les ruptures sont des mécanismes très forts, une véritable dynamique sur laquelle ils fondent leur vie et qu’ils renouvellent ainsi et approfondissent. [ ...] ‘ On ne découvre des mondes que par une longue suite brisée, écrit Deleuze. La ligne de fuite est une déterritorialisation. ’ "

Puis, l’auteur mentionne la littérature anglo-américaine en spécifiant qu’elle " ne cesse de présenter des ruptures, ces personnages qui créent leur ligne de fuite ". Elle cite Virginia Woolf, Thomas Wolfe, Laurence Fitzgerald, Miller, Kerouac, etc. Et, aussi, évidemment Rimbaud, qu’il faut mentionner, parce que c’est très important, pour lui.

À certains moments, on peut avoir l’impression que ça se perd un petit peu comme propos mais ça n’est pas exact. Je dirais plutôt que c’est un ouvrage qui s’enrichit d’un vécu ou de divers vécus.

" Détruire les solutions trouvées pour en découvrir d’autres plus exigeantes ", écrit l’auteure.

" Si vous abandonnez quelque chose, c’est que vous êtes sur le point de trouver autre chose ".


rupture et changement

Dans " Rupture et changement " elle note que " on les associe souvent [ rupture et changement] , car le changement est une séparation avec un ordre précédent, comme la rupture. Et pourtant, il s’agit de démarches de nature différente qu’il importe de ne pas confondre. Alors que la rupture atteint dans sa structure même une situation donnée et peut y mettre fin, le changement est une modification d’une situation, un aménagement qui permet de neutraliser des conflits potentiels ou de les équilibrer suffisamment pour éviter, à terme, une vraie rupture. – Un aménagement est un réaménagement, finalement. – Les différences entre rupture et changement ne sont pas des nuances. Ce sont deux processus distincts. " Et Simone Barbaras s’explique là-dessus.

Tiens, ici, une définition intéressante à propos de ce qu’est une rupture :

" La faille entre le passé et le futur qu’ouvre toute rupture est un formidable espace de réflexion : elle est un passage d’un état d’illusion à un état de lucidité. Cette transition est l’un des temps périlleux du processus de la rupture. On n’est plus dans le passé et pas encore dans l’avenir. C’est un étrange moment fait à la fois d’absence et de tension. On y découvre beaucoup de choses – parfois surprenantes – sur soi-même et autrui. "

La rupture peut aussi être une catastrophe, avec l’impression que c’est nous-même qui sommes en train de rompre quelque part à l’intérieur. Mais quand même c’est une sécurité perdue – pour ainsi dire – qui fait place à un espace dans la vie qui pourrait être comblé par la stimulation. Voilà l’idée.

" Toute rupture est une agression contre soi-même, contre ses habitudes, contre sa sécurité, et, quelle que soit la foi en celle qu’on accomplit et la jouissance qu’elle peut procurer, cette fracture retentit en soi sous des formes diverses ", écrit Simone Barbaras.

Plus loin, l’auteure élabore sur la somatisation et les effets que ça peut entraîner. " Il n’est pas rare que le corps résiste ", dit-elle. Des témoignages illustrent bien ce propos : " Redoutant le changement, s’ils remettent leur vie en question, ils le font une fois pour toutes, en profondeur, avec obstination, souvent avec violence. " Finalement, ceux qui le redoutent le plus sont souvent ceux qui aboutiront à le faire avec le plus de violence. Ne pas être troublé à l’idée qu’on doit changer, que tout change et qu’on doit changer avec ce qui change.

" On peut répondre à la question pourquoi décide-t-on de rompre à un moment donné? : parce qu’à ce moment-là, parmi les possibilités d’échapper à des tensions difficiles à supporter, la rupture apparaît comme la meilleure ou la moins mauvaise solution, mais c’est bien plus tard, quand les choses se sont décantées qu’on découvre la signification de la rupture et qu’apparaît la vraie raison d’avoir rompu. En effet, une rupture s’élabore longuement, passant par des voies inattendues, une rupture en appelant une autre ou en masquant une autre. Il y a des carambolages dans les ruptures, des arrêts, des reprises. C’est pourquoi la question ‘ pourquoi rompt-on? ’ n’est jamais tout à fait définitive.

" Ceux qui ont accompli des ruptures en connaissent les étapes qu’ils reconstituent longtemps après, lorsque les dernières ondes de choc sont apaisées. Avenir, présent, passé se catapultent dans une sorte de jeu inconscient avec le temps. [ ...] Parmi ces solutions, surgit un jour l’idée de la rupture, effrayante voire scandaleuse ou déjà apaisante – parmi toutes les solutions qui se présentent pour résoudre le problème des tensions.  – Au début furtive, elle apparaît de plus en plus fréquemment, s’apprivoise et cesse d’être un fantasme pour devenir désir. Alors s’amorce la dynamique d’une rupture à accomplir, d’un futur à conquérir. "

les raisons de rompre

À un moment, Barbaras étudie " Les raisons de rompre " : " Rompre c’est résister. Nous rompons pour mettre fin à une situation que nous ne supportons plus, la rupture est toujours un moyen de supprimer une entrave. C’est dire l’étroit rapport entre rupture et dépendance. Les formes de la dépendance sont innombrables. De la dépendance naturelle à une famille, aux dépendances ingénieuses que nous nous créons nous-mêmes et qui naissent du désir de communion avec autrui.

" Quand on prononce le mot rupture, on pense généralement à la rupture affective et singulièrement à la rupture amoureuse. Il est vrai qu’en ce domaine, les ruptures sont particulièrement spectaculaires, à la hauteur des dépendances qu’elles brisent. Certains d’entre nous s’accommodent d’une dépendance réciproque et raisonnable avec leur partenaire, d’autres ne peuvent vivre leur rapport à autrui que dans un extraordinaire assujettissement, une véritable subordination. "

" Il est utile de réfléchir à notre tendance non pas à la fusion – comportement extrême –, mais à la confusion, trait ordinaire dans les relations affectives où les femmes semblent plus exposées ", rappelle plus loin l’auteure. Je trouve ça bien que les femmes osent maintenant dire ce que les hommes taisent encore...

" Les ruptures familiales sont parmi celles qui provoquent le plus de dommages, car elles menacent la cohésion de la famille et, dans les cas graves, peuvent faire éclater des traditions, la pérennité d’une culture, souligne-t-elle plus loin. Si certaines cultures se font brutalement à la suite de dissensions inattendues telles une trahison affective, une succession considérée comme injuste, fréquemment la cause des ruptures est d’ordre idéologique. [ …] L’idéologie familiale comme toute idéologie ne supporte pas d’écart entre ses croyances et celles de son environnement. " C’est un peu plus ouvert maintenant la famille, peut-être; ouvert au point où il n’y a plus d’idéologie attachée particulièrement à la famille, je dirais.

les manières de rompre

" On ne peut traiter le thème de la rupture sans s’intéresser – quand il s’agit d’une rupture avec autrui – à la manière de rompre. " Ça peut aussi être une rupture avec une habitude, avec un groupe, une profession, etc. " Une rupture aboutie ne laisse pas place aux zones d’ombre, à l’ambiguïté, aux malentendus. [ …] Annoncer une rupture est une démarche complexe, un moment périlleux ", souligne ici l’auteure. Et elle insiste là-dessus parce qu’elle envisage la rupture comme " force de renouvellement ". Donc, " la manière dont on rompt n’est pas sans conséquences sur la réussite de la rupture ". Bon. Et paraît-il qu’on ne rompt pas chez les Chinois comme on rompt en Italie.

" Un Britannique m’a dit, raconte-t-elle plus loin : ‘ Vous connaissez notre devise : Never complain, never explain. ’ " Ne jamais se plaindre, ne jamais s’expliquer. Elle se dit d’accord avec l’idée : " Elle [ la devise] est particulièrement efficace pour mener à bien une rupture. Ne pas se plaindre, ne pas s’expliquer. En aucun cas, ne se laisser aller à expliquer quoi que ce soit, surtout si on est de mauvaise foi. Affective ou politique, la rupture doit être inflexible et économe. "

Puis, l’auteure mentionne, entre autres, les ruptures latines, lors desquelles les gens se lancent sur les murs, etc. : " Que mes amis me pardonnent, mais ce sont de bons moments pour un observateur bienveillant, singulièrement à l’instant où, dans leur élan, ils dépassent leur propre réalité et, ne pouvant revenir en arrière, entrent dans le monde de la représentation. En le sachant... " [rires] Du grand théâtre!

" Les hommes et les femmes rompent-ils de la même façon? – Poser la question c’est y répondre, j’aurais envie de dire, en parlant de cette expression. D’abord, les hommes et les femmes font-ils quoi que ce soit de la même façon? Mangent-ils de la même façon, pensent-ils de la même façon?  – Leurs comportements respectifs indiquent que non. Lorsqu’elles rompent, les femmes ont davantage recours à la parole. Elles expliquent, justifient, questionnent. Mais surtout à y regarder de près, ce sont elles qui rompent. – Là, elle parle surtout des séparations et des divorces. –

" Les statistiques sont sans ambiguïté : aujourd’hui, dans trois divorces sur quatre, c’est la femme qui a pris l’initiative de la rupture. [ ...] Si nous ne dépendons plus de l’argent ou du pouvoir des hommes, nous dépendons toujours de leurs sentiments à notre égard, aucun féminisme n’y peut rien, explique-t-elle. Il y a là matière à s’interroger. Les femmes sont censées avoir davantage besoin de protection, de sécurité, de tendresse que les hommes. Outre ce profond besoin affectif, elles ont maintes raison de ne pas rompre. [ …] Alors pourquoi rompent-elles davantage que les hommes? " Eh bien, parce que ça leur est plus insupportable que... mais c’est une explication qui nous entraînerait trop loin [rires] . Je n’ai pas lu ce bout-là... J’aurais peut-être dû le lire. En tout cas, je vais le lire à un moment, puis je verrai si je vais pas revenir là-dessus.

" Le premier mouvement de quiconque apprend une rupture est de blâmer celui qui rompt et de plaindre celui qui en est la victime. Les rôles sont distribués d’avance, preuve supplémentaire, s’il en était besoin, de la mauvaise réputation de la rupture dans notre société. "

On constate qu’elle est en train d’essayer de donner une meilleure réputation à la rupture et c’est ce qui m’intéresse dans cet ouvrage. Parce que je me dis : pourquoi faudrait-il nécessairement que la rupture ait nécessairement une mauvaise réputation? Si ça ne marche pas, rompez! Non? Il me semble. Je trouve ça logique en tout cas. Puis ce n’est pas nécessairement mauvais de rompre. Mais il est vrai également que la société a besoin d’être confortée si je puis dire, rassurée à propos de sa pérennité. Un peu comme si elle jugeait sévèrement tout ce qui peut la remettre en question.

l’utilité de la rupture

" Reconnaître l’utilité de la rupture ne signifie nullement la conseiller – la vie s’en charge – ni la célébrer, mais en éclairer les aspects bénéfiques. – Et là, je vous rappelle qu’on est souvent trop branchés sur l’idée qu’il s’agit nécessairement de ruptures amoureuses... – On envisage généralement la rupture dans la seule perspective du malheur, et il est difficile d’accepter l’idée qu’elle puisse être à la fois douloureuse et fructueuse. " Et c’est là le cœur de son propos.

Je termine le sujet sur une citation de George Bernard Shaw, qui lui-même a vécu pas mal de ruptures dans sa vie : " Si vous abandonnez quelque chose, c’est que vous êtes sur le point de trouver autre chose ".

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Mai 68...
trente ans plus tard!

On en parle beaucoup dans les journaux ces temps-ci. Ce qui m’a donné le goût de remonter un peu dans le temps. Commençons donc par le commencement… Berkeley en 1965, une espèce de révolte étudiante : c’était politique; c’était également culturel. Déjà, certains observateurs en parlaient comme de l’entrée dans une ère nouvelle, que d’autres ont appelée après la post-modernité.

 
D’après :

GUETTA, Bernard. " Mai-68 : La fausse révolution qui a tout changé ", Le Nouvel Observateur, avril 1998.

Quant à nous, c’était l’Expo 67 : espèce de bilan, de plaque tournante. Il me semble que Jacques Godbout me disait un jour qu’on a annoncé le début d’une époque, mais en illustrant plutôt la fin d’une époque. Puis est arrivé Mai 68. J’ai conservé plusieurs des articles qui ont paru en France sur cette question. À cette époque, le centre du monde, pour les Français, c’était Paris.

Dans certains de ces articles, je pense à celui de Bernard Guetta, par exemple, " Mai-68 : La fausse révolution qui a tout changé ", paru en avril dernier dans Le Nouvel Observateur, où il dit : " En quelques mois, de Mexico à Prague, de San Francisco à Varsovie, tout fut remis en question. Les camarades couraient. Derrière eux, le vieux monde craquait – il parle ici de Berkeley –. [ …] Nous étions tous convaincus, dans le monde entier, que la justice finissait toujours par triompher, qu’on avait donc raison de se révolter. C’est pour cela que le soixante-huitard n’est pas une spécialité française mais mondiale. " J’apprécie beaucoup ce propos…

L’auteur ajoute : " Mai 68, ce fut une fête, l’insurrection pacifique et insolente d’une génération qui a jeté ses premiers pavés en costume-cravate et cheveux courts avant d’inventer, en un mois, le retour à la nature, les cheveux longs, les concerts rock, la défense des parias, la libération des mœurs. " Eh bien, c’est le luxe que s’offraient finalement les Baby-boomers de la première vague... On fait la révolte! Un luxe extraordinaire...

D’après :

LIPOVETSKY, Gilles (Propos recueillis par WEILL, Claude). " Sous les pavés, l’an 2000 ", Le Nouvel Observateur, avril 1998.


Je reprends ici quelques propos de Gilles Lipovetsky, un philosophe français qu’a interrogé Claude Weill sur le Mai 68 français, mais étendu au Monde.

" Est-ce [ …] une révolution sociale qui a échoué? Ou la première révolution de la société postindustrielle, une révolution culturelle qui a réussi?, lui demande-t-on. ‘ Les deux, répond-il. D’un côté, Mai 68 a prolongé les mouvements révolutionnaires hyper-idéologiques hérités du 19e siècle. On voit défiler côte à côte le drapeau rouge et le drapeau noir. On proclame qu’il faut changer d’avis – vieux slogan rimbaldien et surréaliste –, qu’il faut détruire le système, subvertir le capitalisme, voire la démocratie parlementaire. [ ...] On rechante ‘ l’Internationale ’ dans les rues. On érige des barricades. Bref, tout le paradigme révolutionnaire contre le capitalisme et la démocratie parlementaire, au nom de la classe ouvrière. Et simultanément Mai 68 marque sinon le départ du moins l’amplification d’un processus presque antinomique : l’avènement de ce que j’appellerai un nouveau ‘ libéralisme culturel ’. Rappelez-vous les slogans, les graffitis qui fleurissaient alors : ‘ Prenez vos désirs pour des réalités ’, ‘ Soyez réalistes, demandez l’impossible ’, ‘ Vivez sans temps morts ’. "

Ça été également le triomphe du Moi, de l’individu. J’y reviendrai au prochain anniversaire en l’an 2008. [rires]

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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