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Émission du mercredi 20 mai 1998 | |||
| Les brèves : |
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Les préservatifs : la vedette allemande du vol à l’étalage Saviez-vous que, en Allemagne, les préservatifs arrivent en tête des articles volés dans les magasins? Devant même les lotions antirides, les pralines et les bouteilles d’alcool! C’est peut-être que l’instinct sexuel des Allemands l’emporte sur la peur de vieillir, la gourmandise et l’ivrognerie… La Belgique autorise l’usage, la détention et la culture du cannabis Pendant qu’ici on continue d’appliquer une politique de prohibition, en Belgique, on vient d’adopter une position intermédiaire en autorisant l’usage, la détention et la culture du cannabis pour usage privé; ce qui ne fait plus l’objet de sanctions pénales. À ce propos, un officiel belge a déclaré : " Le prohibitionnisme et l’interdiction de l’offre ne sont pas des solutions satisfaisantes par elles-mêmes au défi des drogues. " C’est bien pour dire… | ||||
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La dignité des femmes ministres Pour continuer avec les brèves, saviez-vous que les limousines de Londres sont maintenant soumises au test de la jupe? Les conseillers en communication du gouvernement travailliste britannique se sont penchés sur le délicat problème rencontré par les 21 femmes ministres et secrétaires d’État de Tony Blair, qui se résume à la question suivante : " Comment s’extraire d’une voiture avec élégance lorsqu’on porte un tailleur jupe? " Je précise en passant que cette arrivée en force des femmes dans le gouvernement est une première dans l’histoire de la Grande-Bretagne. Pour régler ce problème délicat, avant tout achat, une voiture officielle doit passer le test terrifiant de la jupe, signale The Evening Standard qui précise : " Selon les contrôleurs d’image du gouvernement, tout le problème se situe dans l’angle d’ouverture de la portière arrière et dans la hauteur de la banquette par rapport au trottoir. À la lumière de ces conclusions, la flotte automobile du gouvernement est désormais soigneusement mesurée de manière à préserver la dignité de ses femmes ministres et autres secrétaires d’État, afin d’éviter la publication de photos peu flatteuses dans la presse. " | ||||
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La princesse Diana : un nouveau sujet d’étude universitaire Tiens, cela me fait penser à la princesse Diana : depuis qu’elle est décédée, huit mois je crois, elle est devenue le sujet favori des thèses et des études publiées par les sociologues, politicologues et philosophes britanniques. On trouve deux extrêmes : pour les uns, le deuil collectif qu’a provoqué sa disparition traduit la prise de conscience par toute une population de l’existence d’une communauté des opprimés dont Diana a eu le mérite de se faire le porte-parole. D’où la conclusion que la société britannique est en train d’opérer une sorte de mutation compassionnelle abandonnant peu à peu le culte de l’individualisme pour la pratique de l’altruisme. D’autres chercheurs ne voient dans ce déluge de fleurs et de pleurs que le grand bond en arrière d’une nation conservatrice foncièrement attachée à des valeurs surannées. Entre ces deux interprétations du phénomène, il y a une catégorie de Britanniques qui prend bien garde de prendre partie, et c’est la corporation des marchands de souvenirs à l’effigie de Diana... Pour eux, il faut bien dire qu’elle représente une bien meilleure affaire morte que vivante. | |||
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Santé publique : les Américains sont en retard On prend souvent les États-Unis pour modèle. Je viens pourtant de trouver une information intéressante qu’il me semble important de vous communiquer. Elle provient d’un rapport du Bureau international du travail dans lequel on apprend que " les États-Unis sont l’un des rares pays à ne pas accorder de congé de maternité rémunéré, ce qui place la première puissance économique mondiale sur le même plan que les pays en voie de développement comme le Swahisiland et l’Osoto. " " Les Américains sont en retard quasiment dans tous les domaines de santé publique. Une étude comparative portant sur six pays développés : France, Allemagne, USA, Canada, Québec – oui, oui, Québec! Cela va plaire à certains d’entre nous… – et Royaume-Uni montre que les États-Unis ont le plus fort taux de mortalité infantile : 8 pour 1000. C’est aux États-Unis aussi que la mortalité prématurée est la plus élevée, de même que pour le Sida et les maladies cardiovasculaires. La couverture des dépenses de santé par l’État y est la plus faible, 45 % seulement contre 84 % au Royaume-Uni, ce qui revient à dire que la maladie est un luxe, et la procréation, un privilège. En effet, les Américains aisés dédaignent, dit-on, de se reproduire. Ce sont les populations les plus pauvres qui ont le taux de natalité le plus élevé. " Étonnante planète! Allons-nous assister à une autre revanche des berceaux?
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| Corée
du Nord : l’apparition du cannibalisme révèle la situation
d’urgence Vous savez que la Corée du Nord est un pays d’atrocités. Si la Corée du Sud traverse aussi une période difficile, car elle se demande comment elle va survivre au krach, ses cousins du Nord continuent, eux, à mourir : un million de victimes et peut-être trois fois plus. " Ce qui rend la situation si urgente en Corée du Nord, c’est qu’après trois ans de famine, les gens ont physiquement épuisé leurs réserves, affirme la directrice du Programme alimentaire mondial. D’où l’apparition de cas de cannibalisme. Les familles conservent même les corps de leurs proches chez eux jusqu’à ce qu’ils se décomposent afin de ne pas enterrer un cadavre qui pourrait tenter les voisins. " De toute façon, précisent les visiteurs dans ce pays, les gens sont trop faibles pour enterrer leurs morts. Nous ne sommes pas aussi avancés qu’on le croyait… J’apprends également que l’ex-ministre de l’agriculture a été passé par les armes devant 30 000 personnes pour avoir mis en œuvre une politique agricole erronée. Seul le leader conserve un moral à toute épreuve : " Si 70 % de la population disparaissait, annonçait-il récemment, les 30 % restants suffiraient à assurer le triomphe du communisme. " Quand on tient à une idée… Soucieux de réduire son train de vie, son fils a vendu son yacht, qui est devenu un restaurant flottant. | ||||
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| Comment hommes et femmes gravissent les échelons dans l’entreprise | ||||
Les propos qui suivent devraient être versés au chapitre qui nous est familier : les hommes et les femmes, c’est bien différent, Dieu merci! J’ai pris connaissance d’un rapport paru dans Business où il est question des différentes méthodes utilisées par les femmes et par les hommes pour parvenir au sommet de la hiérarchie dans les entreprises. On y apprend beaucoup de choses. Entre autres, ce rapport nous donne un aperçu de la manière dont une femme peut accéder à un poste cadre dans un milieu qui est essentiellement dominé par les hommes. Je tiens à préciser que ce que je vais vous communiquer ne comporte aucune connotation sexuelle ou associée de quelque façon aux rapports affectifs entre les individus. Il s’agit d’une étude qui porte sur la façon dont les hommes et les femmes se qualifient pour occuper des postes importants dans les entreprises. " Est-ce que les femmes qui sont parvenues à des postes cadres – soit dit en passant, elles sont peu nombreuses : en 1996, aux États-Unis, on établissait que 5 % seulement des postes cadres supérieurs étaient occupés par des femmes. Peut-être est-ce un peu plus élevé au Canada? – ont singé les méthodes des hommes pour atteindre cet objectif? " La réponse est non. Cela me rassure parce que cela montre bien que les femmes peuvent demeurer ce qu’elles sont dans l’entreprise et y apporter une dimension différente de celle de leurs collègues masculins. les mentors d’entreprises " Comment ces femmes réussissent-elles en dépit des obstacles? " Par leur attitude, leurs propres ressources et compétences, bien sûr. Mais on découvre aussi l’importance des mentors d’entreprises. En général, ces mentors sont des personnes parvenues à un certain niveau dans la hiérarchie des entreprises qui jouent un rôle très important dans le succès de ceux qui les suivent : un peu comme des parrains, ils peuvent appuyer la candidature de leur parrainé à un poste, etc. On met en lumière combien le mentor soutient l’évolution de son protégé dans sa carrière et également sur le plan psychosocial : le protégé est, à cette occasion, parrainé, conseillé dans son évolution. Le mentor lui fournit également un feedback. Ce rapport fait état de l’omniprésence du mentor et de l’importance que cela prend, tant pour les hommes que pour les femmes. Mais l’on découvre que le mentor est beaucoup plus important chez les femmes que chez les hommes. Les statistiques à ce sujet parlent d’elles-mêmes. | ||||
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les hommes : 50 %.
chez les hommes : 1. chez les hommes : 2 ans.
chez les hommes : 100 %. Les hommes n’ont pour mentors que des hommes. Ils ont peut-être tort d’ailleurs, mais cela c’est autre chose…
chez les femmes : le mentor appartient à un très haut niveau dans l’entreprise, parfois même au niveau le plus élevé de la hiérarchie
chez les hommes : le mentor est le plus souvent son supérieur direct. chez les femmes : elles sont nombreuses; les plus fréquemment relevées : conseiller, formateur, soutien dans l’orientation et guide dans la carrière. chez les hommes : les hommes vont plutôt définir le mentor comme un père spirituel, au sens très large du terme. Ils considèrent qu’il est préférable que le mentor soit du même sexe que son protégé. Évidemment, les hommes sont avantagés d’emblée, car ils font partie du groupe dominant en nombre. On peut arguer que les hommes n’ont pas autant besoin d’être soutenus dans la mesure où il leur est plus aisé de se couler dans le moule du groupe dominant, d’où une absence de besoin de levier supplémentaire que constitue un parrain très haut placé dans la hiérarchie. | |||
| On distingue par ailleurs deux types de parrainage : le généraliste, qui soutient et encourage, puis le conseiller, spécialiste de l’évolution de carrière, qui ouvre la voie à son protégé. Les femmes ont tendance à considérer leur mentor comme un formateur et non pas simplement comme quelqu’un qui les soutient et les encourage, comme c’est plutôt le cas des hommes. Un formateur qui leur enseigne des compétences manageuriales et stratégiques. L’une d’elles explique : " C’était un fin politique, hors pair. Il m’a enseigné des tas de choses : repérer des cadavres dans les placards, quel mémo rédiger ou, au contraire, ne surtout pas envoyer, etc. " | ||||
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Il est aussi question des réseaux, que l’on dit très importants, mais pour des raisons différentes chez les femmes et chez les hommes. On spécifie d’ailleurs qu’il le serait davantage pour les femmes. Les hommes comme les femmes considèrent l’appartenance à des réseaux informels comme capital dans leur évolution de carrière, mais il y a cependant des nuances : chez les femmes, l’accès est difficile lorsqu’il s’agit de pénétrer des réseaux existants, alors qu’il est aisé de le faire chez les hommes. On apprend que les femmes vont chercher à se définir à l’intérieur d’un réseau alors qu’elles sont à l’intérieur de l’entreprise, tandis que les hommes vont le faire en nouant des rapports à l’extérieur de l’entreprise. Étant donné que, pour la plupart, les femmes ont à jouer un rôle important au plan familial, elles ne disposent pas autant de liberté pour participer aux activités extérieures d’un réseau qu’en ont les hommes. Autre point intéressant : la solidarité des membres dans ces réseaux. On note que les efforts fournis sont importants de la part des femmes, minimaux de la part des hommes. Cela va un peu de soi, parce que chez l’homme, il y a toujours une certaine idée de club. Dans un ouvrage intitulé Men’s Group, l’auteur parle justement de cet instinct grégaire particulier chez les hommes, comme s’ils avaient hérité cela des chasseurs ou des marins qui formaient des clans serrés, parce qu’ils devaient se protéger entre eux. Ce trait existerait encore dans notre évolution; il se serait, en quelque sorte, transmis jusqu’à nous. | ||||
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pour les hommes : en dehors du temps de travail. chez les hommes : peu variés; ils se réunissent plutôt entre gens du même niveau. pour les hommes : contacts pour évoluer dans la carrière. On peut voir que c’est plus direct, plus précis, " moins enrobé " je dirais, chez les hommes que chez les femmes. | |||
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Le sujet est très actuel, car on voit de plus en plus fréquemment des femmes occuper des postes supérieurs dans les entreprises publiques ou privées. Il est important de découvrir si leur style de gestion et leurs attitudes sont différents de ceux des hommes. Peut-on dire qu’il existe une façon féminine et une façon masculine d’accéder au rang des cadres de direction? Cette étude tend à prouver que oui, parce que les femmes doivent davantage rechercher le soutien de mentors, de collègues et aussi de leur conjoint. Alors que les hommes n’hésiteront pas à affirmer qu’ils sont soutenus par leur épouse, les femmes ne diront pas autant que leur mari les encourage, les conseille, les motive, etc. On voit bien qu’il y a là une différence entre les attitudes. Les femmes cadres dépensent davantage d’énergie que les hommes à activer des relations professionnelles plus riches et plus variées. Elles s’impliquent profondément dans la construction de relations diverses conformes à la variété de leurs besoins en termes d’évolution de carrière. Les hommes y consacrent moins d’efforts. Selon les psychologues, les différences entre les relations dans lesquelles s’investissent les hommes et les femmes cadres dans l’entreprise suivent le même schéma de développement que les hommes et les femmes, en général, dans la société. Pour les hommes, ce qui compte c’est l’autonomie, la construction de l’identité. Pour les femmes, le développement passe par l’interaction avec autrui. Ce point va demeurer la clé de cette recherche. Si on se reporte à la conclusion, l’auteur nous dit : " Il est clair que les places au sommet de la hiérarchie sont chères, que ce soit pour les hommes ou les femmes. Cette évidence nous rappelle que de nombreux individus des deux sexes auront beau faire tout ce qu’il faut pour atteindre le haut de la pyramide, ils n’y parviendront pas par manque de chance ou parce que les circonstances ne leur ont pas permis. Les hommes de mon enquête, dit l’auteure qui est une femme, avaient entre autres choses bâti des relations de type masculin, mais ce qui m’a fascinée c’est que toutes les femmes que j’ai rencontrées sont parvenues au sommet, elles, en cultivant des relations à la manière ‘ féminine ’. On peut peut-être en conclure que les femmes peuvent monter dans la hiérarchie quand elles cultivent, en fait, leur compétence la plus précieuse : créer des liens étroits et plus durables avec les autres qui le leur rendront bien. " | ||||
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| Hans Selye : le " Père du stress " | ||||
Hans Selye, Éd. Nouvelle Optique, Québec, 1981. |
Hans Selye, surnommé le " Père du stress " (il en était plutôt le spécialiste…), était un physiologiste dont l’œuvre a dévoilé les principaux mécanismes des organismes animaux face aux agressions de toutes natures. C’était aussi un endocrinologue qui a montré, dans son ouvrage fondamental intitulé Stress, comment les hormones corticosurrénales sont mises en circulation à l’occasion d’agressions violentes de l’organisme. Dans cet ouvrage, il décrit un syndrome réactionnel endocrinien comportant trois phases consécutives : la phase d’alarme, la phase de réaction, la phase d’épuisement. C’est ce qu’il appelle " le Syndrome général d’adaptation ", en d’autre mots : le stress. Sans ce mécanisme d’adaptation, nous serions tous morts, car lorsqu’il n’y a plus de stress, il n’y a plus de vie non plus. À un moment de sa vie, Selye a volontiers philosophé – et d’une façon très intéressante et significative – à partir de ses notions de biologie. Il a, par exemple, défini un code de comportement. Dans une entrevue qu’il accordait à Georgette Goupil, il en faisait la synthèse : " Ce code peut se rattacher à la psychologie et à la philosophie. Je l’appelle le code de l’altruisme égoïste. Je crois que c’est la chose dont l’humanité a le plus besoin. Elle n’a pas tellement besoin de bombes, de machines d’attaque ou de défense, elle en a déjà trop. Une seule erreur, un seul bouton peut déclencher la guerre atomique! – À l’époque, on était encore très inquiet à propos de l’utilisation de la bombe atomique. Ensuite, cette préoccupation s’est un peu endormie pour se réveiller, comme on le sait, à l’occasion des récents essais nucléaires de l’Inde […] " Il faut donc créer au plus tôt un code de comportement qui soit adapté à notre biologie et à notre société. Ce code, auquel j’attache la plus grande importance, j’en ai déjà décrit les principes généraux dans mon livre Stress sans détresse. En gros, il faudrait qu’il repose sur trois règles de conduite. les trois règles de conduite pour définir un nouveau code de comportement
" La première, c’est que chacun doit trouver son propre niveau de stress. Il ne faut surtout pas croire qu’il faille à tout prix éviter le stress, car il est absolument inévitable. Éviter le stress, cela voudrait dire éviter la vie! Ne plus faire aucune demande à son organisme. Mais ce qui est important, c’est qu’en matière de stress, et donc en matière de vie, chacun soit son propre médecin. Qu’il soit conscient de ses propres résistances, de ses propres limites. Et dès lors, qu’il puisse choisir librement, consciemment, la vitesse à laquelle il veut se diriger vers son propre but. " Toute la difficulté, c’est d’être certain que ce niveau de stress choisi et le but à atteindre soient bien les nôtres et non pas ceux qui sont imposés par la société. On peut alors imaginer un ensemble d’instruments qui puissent aider quelqu’un à compléter cet auto-diagnostic de ses besoins et de ses limites. Mais il faut aussi que chacun apprenne à se connaître, à s’écouter, à se prendre en charge. Et au niveau social, il faudrait imaginer des structures qui permettent à chacun de fonctionner à son propre rythme. Il n’y a aucune raison de forcer une tortue à courir plus vite qu’un cheval de course, ou d’empêcher ce cheval de dépasser la tortue, à cause de quelque obligation majeure! […] " Il faut aussi de la lucidité face aux obstacles rencontrés : lutter énergiquement pour un but qu’on s’est fixé, tant qu’on le croit souhaitable et possible, mais abandonner tout effort dès que la lutte n’en vaut plus la peine. Je le dis toujours : ça ne donne rien de rager contre ce qu’on ne peut pas changer! " On revient à l’idée d’accepter ce qui est. Hans Selye explique qu’il existe deux mécanismes biologiques : l’un va avec ce qui nous envahit, ce qui agresse l’organisme : c’est le syntoxique; l’autre qui va contre la situation, c’est le katatoxique. Il y a un moment où il faut cesser d’être contre et aller avec. Trouver l’équilibre entre les deux, au fond. " La seconde règle de conduite, c’est ce que j’ai appelé le comportement altruiste-égoïste. Je ne crois pas à l’altruisme pur, dit-il. C’est un instinct naturel chez tous les êtres vivants que de s’occuper d’eux-mêmes. Et tous les principes moraux n’y changeront jamais rien. Mais le désir d’être utile, de faire du bien aux autres, fait aussi partie de cet égoïsme naturel, car nous sommes des êtres sociaux qui avons besoin de ce respect, de cette gratitude. C’est une condition essentielle de notre sécurité en société : personne ne voudra détruire quelqu’un qui lui est utile, ni même lui nuire. " Sur le strict plan biologique, il n’y a donc aucune opposition entre l’égoïsme et l’altruisme. Mais nous sommes trop influencés par les valeurs classiques que tout le monde accepte : travailler pour de l’argent, et non pour le respect de la société; avoir de l’influence politique et non un raisonnement social. Ce sont pourtant des valeurs fragiles : qu’il survienne un changement de régime ou un accident grave, qu’est-ce qui vous reste? Vous perdez votre argent, votre situation; il ne reste que ce qu’il y a en vous. " Pour ma part, je crois qu’il y a, pour régir les rapports sociaux, des valeurs plus naturelles, plus conformes aux lois de la biologie. Et l’entraide en est une. On la retrouve à tous les niveaux de l’organisation biologique. Les cellules de l’organisme doivent travailler en coordination. Lorsque quelques cellules deviennent égoïstes, qu’elles ne vivent plus que pour elles, c’est le cancer. Cela tue l’organisme, mais cela tue les cellules cancéreuses du même coup. Je crois qu’au niveau social il en va de même. Il faut se fixer des buts qui soient à la fois valorisants sur un plan purement égoïste, et utiles à la société dans son ensemble.
" La troisième règle de conduite est un peu plus philosophique, plus biblique. Mais je ne regrette pas cette sagesse biblique. Bien des principes très valables ont été ressentis de manière instinctive, sans base scientifique. […] Ainsi, le troisième principe, vous le retrouverez dans tous les codes moraux sous cette formule : ‘ Aime ton prochain comme toi-même ’. Mais il y aura toujours des ‘ prochains ’ plus aimables que d’autres, et de toute façon, aimer sur commande, c’est impossible. Alors il faut reformuler ce principe à la lumière de l’altruisme-égoïsme, en se disant que le but à rechercher, c’est de ‘ mériter l’amour de son prochain ’. " Aimer son prochain, c’est une chose; mais mériter l’amour de son prochain… cela passe nécessairement par l’échange, le partage, le dialogue avec l’autre. Nous allons nous laisser sur cette magnifique pensée de Selye : " Le but à rechercher, c’est de mériter l’amour de son prochain. "
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