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Émission du
mardi 16 juin 1998
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D'après : |
RIGHINI Marielle.
" La croisade des enfants ",
Le nouvel Observateur,
juin, 1998,
p 44-46.
Pour
libérer les enfants
de l’esclavage :
l’histoire de Iqbal Masih
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Main d'oeuvre enfantine
L'exploitation des enfants dans le monde
On estime, dans le monde, à plus de 250 millions le nombre denfants
de 5 à 14 ans qui sont astreints au travail dans des conditions extrêmement
difficiles. Cest un très grave problème de notre époque, qui est
loin dêtre corrigé par la mondialisation. Qui, au contraire, favorise
lexploitation des enfants un peu partout : en Asie, en Afrique,
en Amérique, particulièrement en Amérique du Sud, parce que les enfants
représentent une main-duvre bon marché et que le capitalisme
sauvage ne sintéresse pas au bonheur des êtres humains mais seulement
à celui de ses actionnaires. Et encore !
Or, japprends que le 1er juin dernier, une croisade
pour ces enfants devait se rendre aux Nations Unies pour la cérémonie
douverture de la Conférence internationale du Travail. Cent sept
pays ont été traversés par des marcheurs, des enfants qui ont parcouru
80 000 km. Certains sont partis dAsie, dautres dAfrique,
dautres dAmérique dès le début de lannée. Des centaines
de petits marcheurs unis pour dire non à lesclavage des enfants.
Cest une initiative que lon doit à Kaylash Satvarthi, le
charismatique initiateur de ce quil a appelé le Global March.
Il est responsable de cette mobilisation planétaire soutenue par 1 360
organisations non gouvernementales, syndicales ou religieuses, avec
la participation de 11 000 personnes. Cet homme, parvenu à Genève,
prît le micro en disant quil voulait parler de Pao, une petite
marcheuse cambodgienne, prostituée à 12 ans. Quelques mois auparavant,
lorsquil lavait rencontrée, " Elle lavait
regardé dans les yeux en lui demandant : " Dis-moi, Kaylash,
suis-je encore une enfant ? " " Yes, my daughter,
lui avait-il répondu, tu es une enfant à part entière."
Elle avait pleuré deux heures durant et le lendemain, elle rejoignait
le groupe des petits marcheurs. "
Prostitués, surexploités, déshumanisés, achetés et vendus comme du bétail,
les petits tisserands, forgerons, vitriers, plongeurs, chiffonniers, maçons,
planteurs - filles et garçons à tout faire dans le plein sens du
terme - ont été reçus, au cours de leur périple, comme des visiteurs de
marque par des leaders politiques, des autorités religieuses, des diplomates
de lONU, des activistes des droits de lhomme, des responsables
syndicaux, des chefs dentreprises, des enseignants, des artistes,
des sportifs. Pas à pas, ce mini-Babel ambulant - parce quon y parlait
plusieurs langues - a suscité un échange vivant dans les langues
dorigine des marcheurs et celles des lieux visités, contribuant
à forger une communauté mondiale denfants qui ont leur mot à dire
au seuil du troisième millénaire.
Global March a remporté une très grande victoire sur ce que
ses organisateurs ont défini comme les démons de lexploitation.
Lun des grands patrons de lOrganisation internationale du
Travail résume sa pensée en ces termes : " De
plus en plus, sur un sujet comme celui du travail des enfants dans le
cadre de la mondialisation de léconomie, le respect universel
dun certain nombre de valeurs passe par la conjugaison entre le
travail juridique des responsables et la mobilisation des opinions publiques,
et cest là que nous en sommes. Ce quont réalisé ces enfants
est extraordinaire, ils ont essayé dans tous les pays déveiller
les consciences. Ils nont pas marché contre nous mais pour et
avec nous. " La Conférence internationale essaie de définir
dabord ce qui relève véritablement de lexploitation de lenfant :
manifestement, tout ce qui tourne autour de lesclavage, du travail
forcé de ces enfants pour diverses raisons, comme de devoir rembourser
les dettes contractées par leurs parents. " Tout ce qui
a trait à la prostitution, à lutilisation des enfants pour la
pornographie, etc. (...) les travaux trop lourds, trop insalubres qui
mettent les enfants dans des conditions dramatiques pour leur santé
et leur sécurité. "
Certains pays en voie de développement hésitent à signer la convention
internationale contre le travail des enfants parce quils sont placés
en face de lalternative douloureuse : mal vivre en travaillant...
ou mourir. La convention est donc jusquici assez peu ratifiée.
Par conséquent, le Bureau international du Travail, le BIT, a dû accepter
de baisser le seuil de ses exigences. " Nous essayons de
fixer une étape intermédiaire, explique son directeur général Michel
Hansen, lidée fondamentale étant que les situations de pauvreté
ne justifient pas lexploitation de lenfant. Plus nous sommes
interdépendants, plus la pression de lopinion publique est importante.
Il est évident quaujourdhui, et notamment à travers la marche
des enfants, une série dentreprises ne peuvent plus se permettre
de fermer les yeux sur des pratiques, ne fussent que de leurs sous-traitants,
sous peine de se voir sanctionner par des mouvements de consommateurs. "
À titre dexemple, la compagnie Nike, qui a été obligée de sengager
à offrir des conditions de travail meilleures que celles accordées en
général par les gens qui travaillent à létranger dans les pays
du tiers-monde.
La construction dune société internationale plus démocratique passe
par lutilisation de ces moyens-là mais on aura tout de même, un
peu tard, contribué à nous éveiller à cette question.
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D'après : |
ÉTHIER Chantal.
" Les pères
modèles 89 ",
Châtelaine,
juin 1989,
p.124 - 132.
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Paternité
Autres temps... Autres pères
Peut-être bien que la paternité nexistait pas... avant les baby-boomers !
Cest du moins limpression quon pourrait avoir car les
boomers ont
été tellement importants dans leur tranche dhistoire.
Quand ils étaient jeunes, il a fallu leur construire des écoles, ensuite
leur inventer dautres écoles, au fur et à mesure quils grandissaient.
Quand ils se sont mariés, cest un peu comme sils venaient
dinventer le mariage, tout comme ils ont popularisé lunion
libre. On a toujours un peu cette impression que le monde commence avec
les baby-boomers.
Et la paternité, comme tout le reste, a été une découverte extraordinaire
faite par les boomers, de même que la vie de couple, le féminisme, bien
entendu, puis la naissance des bébés ! À cette époque, on pouvait
assister deux ou trois fois par semaine à des accouchements à la télévision!
Cétait lépoque où les femmes boomers, la première grande génération,
mettaient des enfants au monde, il fallait donc que tout un chacun en
prenne connaissance. Que ça se sache !
Pour
moi, la paternité a été lune des grandes expériences de ma vie,
avec tout ce que cela comporte. Dabord, la découverte de ma responsabilité
en tant que pourvoyeur ; ce qui demeure un principe déterminant chez
moi. Pourtant, je dois dire que je nai pas été très présent dans
la tendre enfance de ma progéniture. Mais, lorsquils sont parvenus
à ladolescence, leur mère ma dit : " Je
ne me sens plus capable de men occuper ! Je suis dépassée par
ce phénomène ! " Or, cétait le moment de la vie
qui mintéressait le plus. Jai donc été plus proche de mes
enfants au cours de cette période, mais non sans failles, bien que jaie
eu, dans lensemble, une bonne communication avec eux, je dirais
même une certaine complicité, une forme dassociation.
Toute ma vie, jaurai considéré limportance dêtre père
à partir du moment où je le suis devenu, plutôt jeune, à 23 ans. Avec
la Fête des Pères qui sen vient, je ne peux mempêcher de penser
aux pères daujourdhui, de prendre conscience des crises quils
traversent. Cest ma façon à moi de saluer les pères, de leur dire :
oui, je sais que cest parfois difficile, mais cest aussi très
gratifiant; cest même un des moments forts de la vie dhomme
que dêtre père. Il faut savoir tirer le maximum de cette expérience.
En parcourant le dossier " paternité " que jai
mais qui date, jy ai trouvé des choses intéressantes, ce qui permet
de prendre conscience de lévolution des valeurs. En juin 1989 - il
y a neuf ans à peine - on pouvait lire dans Châtelaine : " Les
bons pères de famille apportaient leur salaire à la maison, astiquaient
la voiture, réparaient le grille-pain... Aujourdhui, les hommes
changent les couches, du moins dans les messages publicitaires. Dailleurs,
papa et maman forment un couple " in ", ils annoncent
ensemble des jeans et du savon ; mieux encore, le vrai séducteur
de cette fin de siècle ne roule plus en décapotable, il pousse une voiture
denfant dans un parc. "
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Ce qui témoigne de la recherche dune nouvelle paternité : redéfinir
la paternité, redéfinir la masculinité comme il a fallu redéfinir la féminité.
Cest à la fois stimulant et angoissant. Jusquoù ira-t-on sans
aller trop loin ? Au moment où on cherche à redéfinir le père, on constate...
quil est très absent dans notre société. Ce qui revient à dire quun
très grand nombre denfants grandissent en labsence du père.
Mais il est aussi absent par rapport à la collectivité. Le modèle paternel,
limage du père est quelque peu abîmée ces dernières années.
Je me suis tout à coup posé la question : à quel moment limage
traditionnelle du père a-t-elle éclaté? Pour moi, ça sest produit
autour des années 1960. Je me souviens. LUniversité McGill venait
de me proposer un poste de professeur en communication. À cette époque,
les étudiants faisaient des pressions pour que des gens du monde des communications
soient leurs guides. Jai donc abouti dans lenseignement grâce
à (ou à cause de !) la contestation des jeunes... Et précisément,
cest à cette même époque que la définition traditionnelle du père
a été remise en question : son rôle, sa fonction, tout était remis
en question dans les années soixante !
La première vague dentre eux étaient alors dans ladolescence.
Le comique de tout ça, cest quaujourdhui ce sont eux
qui sont devenus les pères dont les enfants arrivent à ladolescence.
Cest-à-dire que ces pères se retrouvent où je me trouvais quand
je suis arrivé à McGill. Et que ces jeunes gens de 17 à 22 ans à qui jenseignais,
ceux-là mêmes qui contestaient lautorité paternelle, sont maintenant
ceux que les nouveaux jeunes contestent à leur tour.
Parmi les jeunes qui sont devenus pères, plusieurs sont devenus démissionnaires
comme si ils avaient endossé la démission de leur père. Cest curieux...
certains psychologues spécialisés dans les questions de divorce reconnaissent
que, dans bien des cas, le mari a encore beaucoup daffection pour
sa femme et quen réalité, ce dont il divorce, cest de sa famille !
Il en a marre, il ne veut pas être à son tour contesté - pour
le peu qui reste de père en lui !
Dautres pères sont partis à la recherche dun nouveau modèle,
dune nouvelle façon dêtre père. Il y a toujours de ces êtres
que les circonstances rendent plus créateurs. Les jeunes adultes doivent
trouver leur place dans la société. Ce qui, de tout temps, a eu pour effet
dentretenir les conflits de générations. Un gros problème. Ces conflits
tiennent pour une part à la différence dâge, les priorités nétant
pas les mêmes, mais aussi à la société qui, en évoluant, définit pour
chaque génération des valeurs particulières. Cest peut-être la raison
pour laquelle on observe ces années-ci que la crise du milieu de la vie
qui se produisait vers la quarantaine, commence à se pointer un peu plus
tôt, dans bien des cas vers 35 ans.
On se trouve dans une société devenue complexe. Il devient difficile
de trouver des modèles. Il faut prendre conscience de cette difficulté
et se demander quel modèle on veut inventer pour soi. Et cest là
que jen suis, moi aussi, à mon âge. Parce que le modèle du vieillissement
que propose la société ne me convient pas, je suis obligé de men
inventer un. En ce sens, je suis peut-être un précurseur ! Et jai
de plus en plus limpression que lorsque les boomers arriveront vers
lâge que jai maintenant, ils devront encore une fois inventer
autre chose. On se trouve dans un monde différent de ce quil a été
jusquici : cest très sympathique de penser quon
devra, à chaque génération, réinventer la vie.
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D'après : |
FAURIAT, Muriel.
" Transsexuels.
La quadrature du sexe ", Marianne,
du 1er au 7 juin, 1998,
p.50 - 57.
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Il en va des transsexuels comme de tout le reste. Lopinion que
lon a de ce phénomène a beaucoup évolué. Je pense à cette Dana Internationale,
une superbe créature ondulante, chanteuse transsexuelle de 25 ans qui
a remporté... le premier prix au concours de lEurovision. Du coup,
tous les branchés du monde homosexuels, aussi bien que les adversaires
de lintégrisme religieux, se sont retrouvés dans les rues pour acclamer
leur championne. Il faut savoir que Dana, autrefois Yaron Cohen, a pour
pays dorigine Israël et quil règne là-bas un intégrisme religieux
particulièrement fort... Les intégristes nont pas aimé, cest
certain, être représentés par une transsexuelle. Surtout maintenant que
le personnage a une audience internationale !
Les gays, les trans, ont exulté. Ces deux communautés
sont souvent associées, bien que, et cela peut en surprendre plusieurs,
la majorité des transsexuels sont en fait hétérosexuels. Mais leur revendication
de vivre au grand jour leur différence est la même. En fait, je suppose
que cest pourquoi souvent on associe les transsexuels aux homosexuels.
Beaucoup de transsexuels ont trouvé refuge dans la communauté gaie. Il
ne sagit pas du tout du même parcours. Lhomosexualité se caractérise
par le désir dune personne de même sexe alors que la transsexualité
résulte dune inadéquation entre le sexe physique et le sexe psychologique - à
ne pas confondre avec les travestis qui sont des hommes qui aiment shabiller
en femmes, tout comme il y a des femmes qui aiment shabiller en
hommes dans certaines boîtes lesbiennes.
En définitive, un transsexuel-homme,
est-ce une femme avec une âme dhomme ou un homme dans un corps de
femme ? Ça devient difficile de se prononcer. En tout cas, cest
un curieux phénomène qui demeure intéressant, peut-être parce quil
tient de la crise didentité chronique.
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