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Émission du lundi 7 septembre 1998 |
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MANIGUET, Xavier. Les
énergies du Stress, |
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| " Lanxiété
permanente de se retrouver un jour sans emploi, ou lespoir intense
den retrouver incessamment un autre peuvent être aussi stressants
que le chômage lui-même. Beaucoup de cadres sont tellement inquiets à la
perspective de perdre leur travail quils font de la surenchère permanente
dans leur investissement physique et moral au sein de leur entreprise, au
point dy perdre la santé... et souvent leur emploi! Dautres,
qui sont " chômeurs longue durée ", ont tellement peur
de ne pas être à la hauteur des tests de sélection à subir en vue dun
nouvel emploi quils y perdent leurs moyens et restent chômeurs. Le
stress mal géré peut ainsi engendrer le chômage ou bien le pérenniser.
[...] Le stress du chômage est souvent intense, sous-tendu par des considérations
à la fois personnelles (doute de soi, impression dinutilité, vieillesse
prématurée...) ".
Entre deux contrats, moi, à une époque, jai eu un trou assez considérable dans ma vie et jai trouvé ça extrêmement difficile, avec le sentiment de rejet quon peut éprouver dans ces cas-là. Je ne sais pas pour vous, mais moi, jai le rejet facile. " Les doutes dans les considérations personnelles et familiales également (culpabilisation, mauvais exemple, perte du statut de modèle ou de chef de clan bien que le chef de clan a pris du plomb dans laile depuis quelques années) et sociales (perte du statut social, didentité, dhonorabilité, de respectabilité...) |
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| Dans
le même ordre didées, le sociologue Paul Bélanger, dans une entrevue
accordée à Céline Saint-Pierre lors de la rencontre des sociologues au cours
de lété dernier, affirme : " Il faudrait faire en
sorte quil ny ait plus dadéquation automatique entre linsertion
professionnelle et linsertion sociale. "
Et le docteur Xavier Maniguet, spécialiste de la question du stress ajoute : " Cest une situation qui devient facilement auto-entretenue par une perte de motivation et de confiance en soi, à mesure que le temps passe, que les occasions deviennent rares, que la communication sétiole, que la marginalisation sinstalle. " Je reviens aux propos du docteur Xavier Maniguet qui est un homme dune grande lucidité. Parachutiste, plongeur sous-marin, colonel de lArmée française, etc., il a vécu des situations dangereuses et a développé une expertise en matière de stress. Il continue donc avec cette question du stress à propos des chômeurs en disant que : " Létat de chômeur est un véritable stress au long cours, qui nécessite une adaptation à une situation hostile, dautant plus que les spécialistes saccordent pour considérer que le chômage va augmenter en nombre et en durée. [...] La perspective du chômage ne doit plus être considérée comme une " catastrophe épouvantable ", mais comme un paramètre possible, sinon probable, à prendre en compte dans le déroulement dune carrière normale. " Il y a, en fait, une polémique tant chez les économistes que chez les philosophes, les sociologues, etc. Les uns vont parler de la fin du travail, les autres vont parler de lutopie du temps libre, pour reprendre simplement deux titres douvrages qui paraissent en même temps et qui veulent dire exactement le contraire lun de lautre. Quoi quil en soit, le docteur Maniguet pense lui aussi que : " De telles perspectives obligent à ne plus envisager le chômage comme un accident regrettable et provisoire, apanage de quelques malchanceux, mais comme une probabilité qui touchera à lavenir toutes les catégories de travailleurs, pour des durées prolongées. À partir de ce constat, le chômage ne pourra plus être " le chômage ", mais deviendra un véritable " statut " au long cours, pour lequel il faudra bien inventer une rétribution acceptable. " |
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Économie socialeOn revient à la question de la rétribution, à la question revenu minimum. Plusieurs expressions pour ça : lallocation universelle, par exemple, dont je vous ai déjà parlé et qui est une expression employée par léconomiste Philippe Van Parijs. En termes de société, puisque le progrès technologique résulte de lintelligence humaine, donc de notre habileté, et puisque la technologie travaille de plus en plus à notre place, leffet de ce progrès ne saurait être pour le bénéfice seul de quelques-uns dentre nous. Et de ce point de vue-là, moi, je suis un grand défenseur de cette idée ce qui ne doit pas vous surprendre quil va falloir arriver à trouver une solution de ce genre-là. Dans la sphère politique, le discours à la mode demeure toujours celui qui porte sur la création demplois. À entendre nos politiciens, ce serait là le moteur de la relance économique. Quant à savoir comment on va sy prendre pour créer des centaines de milliers demplois cest une autre histoire Mais il y a une solution parmi dautres. Il ny a pas seulement la solution de lallocation universelle qui est préconisée mais il y a celle de mettre laccent sur léconomie sociale. Je ne sais pas si vous avez remarqué léconomie sociale, on en a beaucoup parlé à une époque, surtout pendant le Sommet économique. En avez-vous réentendu parler, vous? Presque pas. Léconomie sociale Il ny a pas une journée, ou presque, où il nest pas question, au contraire, de la suppression demplois par centaines, par milliers. De toute évidence, il y a entre le projet politique et la réalité socio-économique une distance considérable, voire labsence dune vision cohérente. Et puis, devant ce qui mapparaît de plus en plus clairement comme leffondrement du système, jéprouve un sentiment durgence. Je déplore en particulier que les médias ne fassent pas suffisamment état détudes ou de réflexions qui inviteraient à considérer la conjoncture actuelle dans une perspective différente. À force de simplement véhiculer les intentions des politiciens et de ne pas traiter de la question, on perd de vue, finalement, la nature profonde de la problématique. |
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SAINT-PIERRE, Céline.
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Je
métonne de constater que beaucoup de réflexions très sérieuses, venant
de ceux qui ont pris position à propos de lutopie
du plein emploi, prennent appui sur des analyses
bien étayées mais ne sont pas prises en compte, ou trop peu, par ceux qui
assument dune façon ou dune autre le leadership dans notre société.
Il y a un décalage très évident. On trouve donc des ouvrages déconomistes,
de sociologues, qui démontrent linanité des discours, qui risquent
aussi de faire perdre un temps précieux. À un moment, il faudrait plutôt
orienter la réflexion et les décisions dans une autre direction pour répondre
aux exigences de la situation, car il sagit dune situation qui
découle de facteurs qui ne vont pas sévanouir dans les années qui
viennent mais vont plutôt devenir plus déterminants dans lavenir.
Parmi ces facteurs, évidemment, les plus importants sont : linformatisation
dans lindustrie et dans les services cest-à-dire
la substitution de la robotique et de la télématique au travail humain -
et la mondialisation des marchés, qui fait quon trouve une main-duvre
à bon marché ailleurs, par exemple.
Est-ce que je vous ai parlé des trois grandes thèses qui saffrontent? Lune affirme que le travail va disparaître, lautre que le travail devrait disparaître et dautres disent que, dans un prochain avenir, le travail est en voie de recomposition. Lexplication quon donne à ça, cest que dans le passé, les travailleurs expulsés par la technologie se recyclaient dans un autre secteur de croissance. " Mais aujourdhui, même le dernier secteur refuge, le tertiaire, subit les effets de linformatique et de la réingénierie. Selon certaines estimations, 75 % de tous les emplois pourraient disparaître car il sagit de tâches standardisées ou standardisables, répétitives, que robots et ordinateurs pourraient facilement réaliser. " |
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TOFFLER, Alvin.
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On
repousse donc à un autre niveau les aspects dune tâche quil
ne serait pas possible de robotiser. Par exemple, dans un bureau davocat,
jai entendu parler de la disparition dun certain nombre de postes
de secrétaires, remplacées, pour ainsi dire, par linformatique. Également,
de situations qui ont permis de créer des postes plus exécutifs pour des
secrétaires, de même que des postes dinformaticiens. Mais, bien sûr,
moins de gens travaillent. Dans certains cas, on voit le recyclage possible
dans un autre secteur en croissance, ou la possibilité daccéder à
un autre niveau de responsabilité, pour ceux qui le peuvent, à condition
de se recycler soi-même. Mais nempêche que, dans lensemble,
75 % des emplois pourraient disparaître.
Alors, sajoutent quelques facteurs qui vont continuer à exercer sur nous une pression énorme pendant encore longtemps. Il y a la télématique, la robotique, la mondialisation des marchés, linformatisation. Il y a aussi la rationalisation on en parle un peu moins parce que cest moins populaire dans les entreprises publiques [rires] ou privées. Il sagit en fait dun grand virage. Cest le passage, daprès certains, dun type de société à un autre, ou encore et là je vais employer lexpression de Alvin Toffler, " dune vague à une autre ". |
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Je me demande encore si on naurait pas dû mettre laccent sur la fête finalement, plutôt que den profiter pour remuer toutes ces grandes questions auxquelles on na pas beaucoup de solutions à suggérer. Cest une invitation à prendre conscience de la nature de la crise dans laquelle nous sommes plongés, plutôt que de tenir le discours démagogique du plein emploi. Si on sinterrogeait vraiment, cela favoriserait lémergence dune nouvelle vision, peut-être dun nouveau projet de société. Cette nouvelle vision - sans quon renonce pour ça à la création demplois permettrait une exploration de nouvelles avenues. Par exemple, celle de faire une distinction entre le travail rémunéré et le travail économique, qui dailleurs na pas toujours été lactivité humaine dominante. Il y a le travail domestique, il y a lactivité autonome. Ça nous oblige à repenser à la place quoccupe dans nos vies le travail rémunéré. En pratique, ça devrait se traduire par des formules comme celles du travail partagé, du travail à mi-temps, etc., entraînant une libération du temps. Il y a des résistances et même des critiques de ces formules-là, bien. Ce que suggèrent certains économistes, ce sont des transformations au niveau des conditions de travail, mais sans que ces transformations soient accompagnées de la perte davantages sociaux acquis, précisent-ils, et à la condition quelles fassent lobjet dune véritable concertation. Tant de choses à dire là-dessus. Dans un second temps, ça nirait pas sans nous obliger à réfléchir à la question du travail domestique non rémunéré. Certains estiment que la femme au foyer ou lhomme dans certains cas devrait être rémunérée. Dautres, au contraire, soutiennent quil faut considérer non pas lutilité sociale mais la qualité de la vie des membres de la communauté. Ils suggèrent une réforme fiscale qui tienne compte de cette réalité. Ensuite, il se trouve des chercheurs pour affirmer que les prestations dassurance-chômage représentent en fait un moyen pour nous entraîner à reculons dans lère des loisirs. Pour ce qui en reste des prestations, vous me direz! Cest autre chose. [rires] Certains vont même jusquà soutenir que nous sommes arrivés à une étape où les sociétés modernes doivent envisager de partager autrement la plus-value cest-à-dire autrement quen répondant à des manques par diverses allocations ils parlent de revenu social garanti, inconditionnel à tout citoyen. Question vaste Ça pourrait nous consoler de tous les problèmes que soulève la clause orphelin, puis lémergence des conflits générationnels, comme on dit. On me demande : " Est-ce que vous pensez quil y aura des conflits de ci ou de ça? " Je ne pense pas : je suis sûr. Et ils sont déjà commencés. |
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ROBITAILLE, Antoine. |
Que dit, par exemple, cet économiste Philippe Van Parijs? Selon Antoine Robitaille, à qui il accordait une entrevue dans Le Devoir, Parijs " propose de refonder la solidarité dont les bases ont été érodées par vingt ans de néolibéralisme. [Cest] un plaidoyer pour que la gauche retrouve la force de limagination. " Des débats qui durent pendant des années. Larticle que jai devant les yeux a paru à la fin de décembre 1996. Ce nest pas si loin, mais quand même pour bouger. Pour Van Parijs " Lattribution dune allocation universelle aurait lavantage de freiner lérosion graduelle des systèmes de solidarité en Occident. Le changement dans la structure même de léconomie fait en sorte que nos systèmes perdent leur légitimité parce quils étaient conçus en prévision dun nombre relativement peu élevé de personnes inactives et pauvres. " Un peu plus loin, il précise que " ça implique un mode de taxation internationale. " Avant que ça se fasse! On ne sait jamais, ça peut prendre 50 ans! Si on est encore là, les humains " Il faut explorer plusieurs avenues comme celle dune taxe sur les transferts internationaux des capitaux, du Prix Nobel James Tobin. - On se demande quand ça va être pris au sérieux et faire partie de programmes politiques. - Focaliser sur lindemnisation des inactifs. Parmi les grandes réformes, faire la révision des modes de financement, de léducation, du financement des pensions. Il faudrait offrir à tous, sans exception, une base sur laquelle un citoyen pourrait fonder sa vie et assurer sa subsistance. " | |||
RIFKIN, Jeremy.
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Sil
est une question quon voudrait voir rebondir, quand on aborde cette
situation du travail dans notre société et en ce jour de Fête du travail,
cest la question de léconomie sociale
Qui pourrait être
la solution, cest-à-dire la solution du travail non marchand. En fait,
une solution parmi dautres. Moi, jai fini de penser quil
y a une seule solution aux problèmes. Il y a toujours des solutions, qui
sajoutent les unes aux autres, qui finissent par permettre darriver
à quelque chose.
Jeremy Rifkin, dans La Fin du travail, affirme que " Demain, dans le monde entier, un nombre croissant de gens consacreront moins de temps à leur travail et en auront une plus grande quantité à leur disposition personnelle. Cest lévolution des luttes politiques qui décidera si ce temps libre leur sera imposé à leur corps défendant. Si la substitution généralisée des machines au travail humain devait se traduire par un chômage massif, dune ampleur jusquici inconnue dans lhistoire, alors les chances dinstaurer une société plus humaine et plus compatissante, ainsi quune vision du monde fondée sur la transformation de lesprit humain, seraient bien faibles. Si nous choisissons la voie éclairée du partage des gains de productivité entre les travailleurs, sous la forme de réduction du temps de travail et de revenus décents, le temps libéré pourrait être utilisé à reconstruire le lien social, à revivifier notre héritage démocratique. Une nouvelle génération pourrait transcender les étroites limites du nationalisme et entreprendre de penser et dagir en tant que membres dune grande espèce humaine, conscients de leurs obligations envers leurs semblables, envers la communauté quils constituent et envers la biosphère toute entière. " |
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