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Émission du lundi 12 octobre 1998

L’Action de Grâces... À la grâce de la Déesse!

L’Action de Grâces est pour moi une fête féminine. Plus exactement, je dirais que c’est LA grande fête de la Déesse-Mère.

L’automne, comme le printemps, est une saison féminine; par rapport aux deux saisons masculines: l’hiver et l’été. Donner naissance et nourrir, deux principes qui correspondent évidemment aux deux saisons féminines. Et puis, c’est une fête pour tout dire qui remonte à une époque où les gens avaient assez de bon sens pour savoir que la Divinité était féminine! Ah! que dire de mieux pour un nouveau marié? [rires]

Bachofen et le matriarcat vus par Érich Fromm

Une des découvertes que j’ai faites m’a mis sur une piste un peu surprenante qui m’amène à vous parler de la Déesse-Mère et du matriarcat. C’est la lecture d’un ouvrage d’Érich Fromm qui s’intitule Aimer la vie et dans lequel il fait part des propos de Johann-Jakob Bachofen, celui qui a découvert la société matriarcale. " Un auteur qui de manière générale n’est malheureusement plus guère connu, souligne-t-il. Il a écrit son œuvre maîtresse il y a environ 110 ans. " Elle n’a été publiée qu’en 1950 - ça vous donne une idée…, et elle n'a été traduite en anglais il y a peu de temps. Et encore, seulement partiellement.

D'après :

FROMM, Érich. Aimer la vie, Éd. Épi, 1988.

" Bachofen, a découvert qu’avant le monde patriarcal existait un monde matriarcal. Il ne s’est pas contenté de l’affirmer en termes généraux, il a montré en quoi consistait la différence entre les positions matriarcales et patriarcales, nous apprend Érich Fromm. Pour le dire brièvement, la position matriarcale représente le principe de l’amour humain inconditionnel. La Mère - bien sûr, La Mère - aime ses enfants sans considération de leur mérite. Elle les aime parce qu’ils sont ses enfants. Et, de fait, si une Mère n’aimait son bébé que parce qu’il sourit et qu’il est sage, la plupart des enfants seraient condamnés à mourir de faim. Le père - pour le dire en un mot - aime les enfants parce qu’ils lui obéissent, parce qu’ils lui ressemblent. -

" Naturellement, je ne veux pas dire : chaque mère et chaque père, commente Érich Fromm. Je parle ici d’une catégorie typique idéale. C’est-à-dire du type classique de l’amour maternel et de l’amour paternel tel qu’on le rencontre à travers l’histoire. Pris individuellement, les hommes sont tellement mêlés qu’il existe beaucoup de pères maternels et de mères paternelles. La différence concerne le système de société, à savoir la différence entre les systèmes sociaux patriarcal et matriarcal. Ce qu’on peut lire de plus beau à ce sujet est Antigone; elle représente le principe matriarcal : je ne suis pas là pour haïr, je suis là pour aimer - si Bachofen mentionne Antigone; c'est qu'il l'a étudié et il a par ailleurs analysé tous les grands mythes à partir de l'hypothèse qu’il y avait eu précédemment une civilisation matriarcale -, tandis que Créon, continue-t-il, représente le principe patriarcal (fasciste, dirions-nous même aujourd’hui) de l’évidente supériorité des lois de l’État sur toutes les valeurs humaines ". Les lois par rapport aux valeurs humaines. Voilà comment Bachofen nous expose cette opposition entre le principe patriarcal et le principe matriarcal.

Fromm dit plus loin " La découverte de Bachofen fut pour moi une clé, non seulement pour comprendre l’histoire et tous les aspects de notre société patriarcale avec son principe d’un amour conditionné par les réalisations, mais aussi pour comprendre ce qui, pour moi, est devenu de plus en plus le problème central de l’évolution individuelle : quelle signification a la nostalgie de la Mère dans le cœur humain - de la femme aussi bien que de l’homme? Et qu’est-ce que le lien avec la Mère? Que signifie-t-il? Quelle est la nature du complexe d’Œdipe? S’agit-il d’un lien sexuel? Je ne le crois pas. Ce qui est en cause, c’est le lien le plus profond qui existe pour un être humain, la nostalgie d’une figure extraordinaire, d’une déesse, qui décharge l'humain de la responsabilité du risque de la vie, oui même de la peur de la mort, et qui le met à l’abri dans une sorte de paradis; une nostalgie que l’être humain paie toutefois par sa dépendance à l’égard de sa mère, par l’impossibilité de devenir pleinement lui-même. Voici beaucoup de problèmes importants, et c'est ainsi qu'au début de mes vingt ans, Bachofen a pris une importance décisive. "


L’Action de Grâces, donc…

Ces propos ont amorcé ma réflexion et je me suis mis à creuser la question. Ce qui m’a entre autres amené à soutenir que l’origine d’une fête comme l’Action de grâces ne commence pas avec la Thanksgiving américaine et les nouveaux immigrants, accompagnés des Indiens qui les ont accueillis, qui bringuent pendant trois jours en mangeant de la dinde... Pourtant officiellement, c’est l’origine de l’Action de grâces mais elle est bien antérieure à cela.

Soit dit en passant, saviez-vous que la dinde, ce volatile américain, s’appelle ainsi parce que Christophe Colomb, ou l’un des premiers à fouler le sol américain, s’imaginait être en présence d’un paon ou de quelque autre oiseau exotique, convaincu d’être arrivé en Indes? (d'Inde) En anglais, c’est plus compliqué, cela vient d’un mot indien tikka qui veut dire dinde en indien. Donc, c’est la fête de l’abondance et de la prise de conscience de notre position exceptionnelle sur cette planète, pour un temps du moins. Que nous devons peut-être à notre habileté mais aussi à notre égoïsme, il faut bien le dire. Car la pauvreté sur cette planète est le fait surtout d’une mauvaise distribution des richesses que nous devons à la Déesse-Mère.

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Hubert Reeves : le dialogue du ciel et de la vie

 

REEVES, Hubert. Oiseaux, merveilleux oiseaux, Éditions du Seuil, 1998.

Tout ça c’est la vie, c’est aussi l’évolution, et c’est la nature, comment elle évolue etc. Dans le même ordre d’idées, je viens de parcourir le plus récent ouvrage de Hubert Reeves qui s’intitule : Oiseaux, merveilleux oiseaux. C’est une métaphore car ce n’est pas un traité d’ornithologie, je le précise. Ce qui est important pour Reeves c’est le dialogue du ciel et de la vie. Sa vision du monde prend appui sur une connaissance de cosmologiste, ce qu’il est. Astrophysicien également, il enseigne la cosmologie à Montréal et à Paris. Il a publié plusieurs ouvrages dont : Patience dans l’azur, L’Heure de s’enivrer, Ma licorne, Poussière d’étoiles, etc. Un homme très respecté autant des scientifiques que des autres personnes à l’écoute de ses propos. Et c’est cela, selon moi, qui fait sa force, car c’est un homme qui a la capacité, à mon sens très exceptionnelle, de pouvoir nous parler de l’Univers et de l’évolution en termes scientifiques qui s’imposent dans le monde scientifique. C’est-à-dire qui ne le mettent pas dans une mauvaise position par rapport à ses confrères et ses consœurs du monde de la recherche et, en même temps, il le fait avec une capacité de prendre une distance par rapport à tout cela et de nous entraîner dans la poésie, dans ses convictions personnelles, dans l’histoire de l’évolution qui, bien sûr, est au cœur de la démarche astrophysique.

Dans ce dernier livre, la grande question qu’il se pose est : " Comment le vol gracieux des hirondelles a-t-il pu émerger de la chaotique matière primordiale? Les oiseaux, leurs prouesses, leurs migrations, offrent l’un des plus émouvants témoignages de la prodigieuse richesse de notre univers. Les oiseaux sont comme des guides dans la recherche des ferments du levain cosmique. " Il se représente l’évolution mue par ce qu’il appelle " le levain cosmique ". Il ne faudrait pas trop le définir, car si lui en parle comme du levain cosmique, il tient à ce qu’on soit attaché à une image en particulier. Mais je serais tenté de demander : Y a-t-il une tendance, un projet qui va vers la complexité, une intention dans l’évolution? Tous ces mots sont de moi car c’est la façon dont j’interprète la formule " levain cosmique ". C’est la forme qu’il adopte pour dire plus loin : " Dans son évolution créatrice, la nature met en jeu toutes ses forces, elle fait feu de tout bois. Lève la pâte du cosmos : dans les débris d’étoiles éclatées, les atomes d’hydrogène et d’oxygène s’associent pour donner l’eau vitale et les cellules se fédèrent en organismes au sein de l’océan primitif de la Terre. " Reeves arrive à parler les deux langages à la fois : l’hémisphère gauche qui est celui du domaine scientifique et l’hémisphère droit qui est celui du langage de l’imaginaire et de la poésie. Pour un peu simplifier l’opposition des deux hémisphères du cerveau.

" Il y a soixante-cinq millions d’années, la chute d’un météorite au Mexique fait disparaître les dinosaures, et les mammifères se développent - en gros, c’est un peu ainsi que ça s’est passé, pour une grande majorité des dinosaures, en tout cas : comme les gros méchants dinosaures étaient presque tous disparus, les petits mammifères ont pu se développer… Alors : " Dans cette lignée évolutive à succès apparaissent l’Homme et la pensée. Ce levain cosmique nous le portons en nous. C’est lui qui nous incite à poursuivre, à notre modeste échelle et pendant notre brève existence, la fabuleuse odyssée de la complexité cosmique. "

Ce matin, je lisais un article dans lequel on fait état de nouvelles découvertes qui auraient été effectuées par le téléscope Hubble. Il a l’avantage d’être déjà dans l’espace, donc loin des inconvénients que représentent l’atmosphère et les bruits, au sens informatique du terme, de notre planète. Cet article parle entre autres de la découverte d’une nouvelle galaxie. Et justement, l’ouvrage très bien illustré de Hubert Reeves, nous offre de belles photos en couleurs dont l’une en particulier donne l’impression qu’on recule dans l’espace. Et plus on avance dans l’espace, comme vous le savez, plus en fait on recule dans le passé. Le bas de vignette de cette photo dit : " Chaque tache lumineuse est une galaxie comme notre Voie lactée - il y en a une trentaine -, composée de milliards d’étoiles comme notre Soleil – ça c’est pour nous entraîner à penser un peu moins petit. - Les minuscules galaxies bleutées sont situées à près de dix milliards d’années-lumière, pratiquement aux confins de l’Univers observable. Nous les voyons telles qu’elles étaient il y a dix milliards d’années – le temps que ça prend à la lumière pour nous parvenir. Notre univers est très grand et très vieux ", nous dit Hubert Reeves.

Dans ses recherches scientifiques mais également philosophiques, il parle de ce qu’il a repris contact avec les différentes visions du monde : de Thalès de Milet jusqu’à Karl Jaspers, en passant par Platon, Descartes, Kant, etc. " J’ai été surtout frappé par la pertinence et la modernité d’Aristote ", dit-il. C’est ainsi que j’ai pris connaissance de cette citation d’Aristote, que je trouve absolument étonnante : " Dans la nature, une sorte d’art est à l’œuvre, une sorte de capacité technique orientée qui travaille la matière du dedans. La forme s’empare de la matière, elle refoule l’indétermination. " Reeves commente : " Si nous associons au mot " matière " l’état indifférencié du début du cosmos et au mot " forme " l’organisation de l’univers contemporain, nous retrouvons en quelques mots le thème de ce livre – il parle du sien. - Pour décrire cette instauration de la " forme " dans la " matière indéterminée ", Aristote introduit les concepts de " potentialités " inscrites dans la matière et leurs " actualisations " progressives au cours du temps. " Et c’est à peu près ce qu’il nous raconte lui-même dans son ouvrage, en somme.

" Notre parcours dans la vie humaine n’est pas sans analogie avec l’ascension du montagnard, rappelle-t-il. Tout l’insolite de notre existence s’estompe rapidement à nos yeux. Les épaisses couches de l’accoutumance recouvrent l’extravagance où nos vies s’inscrivent. Pour trouver leur bonheur, les amateurs de vertige, alpinistes, parachutistes, funambules, se livrent volontiers à des prouesses souvent coûteuses, parfois périlleuses. Nous y arriverons à beaucoup moins de frais. Des interrogations simples à la limite de la naïveté peuvent nous procurer des sensations vertigineuses. " Il s’explique plus loin : " Un cœur bat environ un milliard de fois en 25 ans - Ça doit être pour ça que de temps en temps j’ai une impression de fatigue. Dans mon cas, je dois avoir dépassé les deux milliards et demi -, trois milliards de battements dans une vie moyenne; un nombre typiquement " astronomique ". Au rythme d’un coup par an, il correspondrait à peu près à la durée de la vie sur Terre, depuis l’apparition des cellules primitives dans les nappes aquatiques. " Il parle aussi " d’orgasmes stellaires ". Il suggère d'oublier " le rythme des pulsions cardiaques " et de porter son attention sur " le tissu de la peau " : " À l’échelle microscopique, sa texture est faite d’atomes de carbone, d’azote, d’oxygène et d’hydrogène. Reliés en une maille souple, ces atomes provoquent les sensations tièdes et agréables du " toucher ". Les cœurs d’étoiles sont les usines où ces atomes furent fabriqués. "

" De l’amibe au mammifère pour le biologiste, poursuit Hubert Reeves, du quark au cerveau humain pour l’astrophysicien, qui niera la progression du simple au plus élaboré? Croissance de la complexité, certes disent certains auteurs, et alors! Pour eux, ce phénomène ne mériterait aucune interrogation métaphysique. Pour employer une expression populaire au Québec : " il n’y a rien là. " Sans nier que les créatures les plus complexes tendent à le devenir de plus en plus avec le temps, il faut y voir, selon Gould, une expansion à partir de l’inévitable simplicité des débuts plutôt qu’une poussée nécessaire et prévisible vers des états d’organisation de plus en plus élevés. […] Bref, selon lui, cette transformation était inévitable. Puisque la vie, au départ, est caractérisée par une faible complexité, elle ne peut aller que dans la direction d’une complexité plus grande. Cela tient à de l’évidence, à la limite de la banalité! "

Ensuite, tout à coup, il se change en poète pour nous décrire " Un vol d’oies sauvages au-dessus des Laurentides, " dans un climat très automnal. " J’ai le vif souvenir d’un jour ensoleillé d’octobre dans les Laurentides, au nord de Montréal. L’automne avancé donne au feuillage des teintes douces à l’œil. Les collines arrondies multicolores s’étendent à perte de vue. Le soleil descend vers l’horizon. Je respire voluptueusement l’air sec et froid. "

À la fin de son ouvrage, Hubert Reeves fait une place à des idées qui ne vont pas dans le sens de ses propres convictions intimes. Ce qui est très loyal de la part d’un scientifique, mais on voit mieux où il se situe par rapport aux autres, finalement. Il parle de Murray Gell-Mann, un des grands noms de la physique moderne, qui a participé à plusieurs découvertes marquantes dont l’existence des quarks : " Depuis des années, il s’intéresse aux phénomènes de la croissance, de la complexité : il est l’un des fondateurs de l’Institute for Complexity à Santa Fe, au Nouveau-Mexique. Admettant la réalité d’une croissance de la complexité au cours des ères, il pose une question : " Cette observation implique-t-elle une poussée vers une plus grande complexité? " "

Il va donc parler avec prudence de ses intimes convictions parce que souvent des convictions intimes ne cachent rien d’autres que des préjugés. elles servent surtout à nous rassurer. " J’aime voir dans la poussière aveugle de la pierre en fusion une image du comportement de la nature tout au long de l’histoire du cosmos. Poussé par ce qu’on pourrait appeler (faute d’un meilleur terme) un puissant levain cosmique, la matière tend à atteindre des états de plus en plus structurés. Nous retrouvons ici notre vieil ami Aristote. Ses mots, selon Reeves, prennent maintenant des résonances nouvelles. Relisons-le dans ce contexte : " Dans la Nature, une sorte d’art est à l’œuvre, une sorte de capacité technique orientée qui travaille la matière du dedans. La forme s’empare de la matière, elle refoule l’indétermination. " - L’auteur demande : " Qui dit mieux? " Et plus loin, il explique : " Que les propriétés des forces qui structurent l’Univers soient exactement spécifiées par une hypothétique théorie ultime, ou qu'elles aient été établies historiquement dans la contingence des transitions de phases primordiales, il reste un fait indéniable : la matière des premiers temps possédait la " capacité technique " de refouler l’indétermination. La preuve, c’est qu’elle l’a fait. "

C’est ici que l’on va s’arrêter pour ce qui est du " levain cosmique " mais je tiens à vous dire que toute l’œuvre de Hubert Reeves témoigne justement de l’existence de ce levain cosmique, qui est en chacun de nous. Oiseaux, merveilleux oiseaux, aux Éditions du Seuil, Hubert Reeves. Un ouvrage important.

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Le Boom de la générosité

 

MAILLARD, Cécile, ROUVRE Denis et LAVIGNE Blaise. " Le Boom de la générosité ", L'Événement du jeudi, 8 au 14 octobre 1998.


Un journaliste a consacré un dossier dans un magazine français à un phénomène qui paraît s’étendre maintenant à l’Occident : Le Boom de la générosité. Il fait état d’activités généreuses aux États-Unis, un peu partout en Europe, etc.

On prétend qu’à la fin des années 90, donc au moment où nous sommes maintenant, à la veille, pour nous les Occidentaux, du troisième millénaire - je tiens toujours à rappeler que le troisième millénaire, en principe, ça n’intéresse que les gens qui sont fidèles à ce calendrier, mais il y en a d’autres - les valeurs matérialistes des années 80 seraient dépassées : " L’égoïsme des années 80, c’est fini ", peut-on lire en présentation de l'article, et on serait en train de s’ouvrir les uns aux autres. " La soif du bien! ", figurez-vous.


On cite d'entrée de jeu le sociologue français Gérard Mermet qui affirme, en parlant de ses concitoyens : " Ils n’ont plus confiance les gens dans les institutions et ont compris qu’ils devaient prendre en main leur propre destin. Cela leur donne plus de dynamisme personnel, mais aussi l’envie de s’investir auprès des autres. C’est ce que j’appelle l’égologie, attitude en pleine expansion : s’occuper de sa propre vie sans se désintéresser de celle des autres. Ce n’est pas forcément par altruisme, mais parce que tout le monde y a intérêt. Nous sommes en train de vivre une période de transformation, un véritable changement de civilisation, le mot n’est pas trop fort. " J’en ai déjà vécu quelques-unes de ces transitions jusqu’ici, qui s’annonçaient bien, mais qui ont échoué en chemin… Alors je ne m’exciterai pas trop le poil des jambes. Mais tout de même je souhaite vivement que Mermet ait raison, ainsi que tous ceux qui ont témoigné de l’existence d’un mouvement comme celui-là, tout ceux-là dont on parle récemment dans un numéro de Utne Readers, une publication qui constitue un collage d’articles parus dans d’autres publications et qui ont tous été choisis en fonction de leur dimension alternative; c’est-à-dire celle de proposer un autre modèle de fonctionnement autre que celui purement matérialiste.

Alors, on nous dit ici : " Les valeurs des Français changent. Depuis 1990, la Sofres mesure la charge affective de certains mots. La dernière étude en date montrait un recul des mots " argent ", " richesse ", " confort " " propriété ". " Il y a, [dit un directeur de recherche], un indéniable effondrement des valeurs matérialistes. " Indéniable " et " effondrement " ne sont pas des mots si bien choisis, mais je les cite parce que ça me paraît aller loin. En tous les cas, parmi les mots en hausse, il y a " humble ", " pardon ", " faute ", " protéger ". Apparemment, " la notion du bien gagne du terrain ". Pour témoigner de cela, du moins pour ce qui est du contexte français, on fait état du succès que fait le livre d’André Comte-Sponville, son Petit traité des grandes vertus : " 18 vertus, écrit-on, de la politesse à l’amour en passant par la générosité, la tolérance, la pureté. " Puis : " Au-delà du regain de la philosophie, ce succès montre [disent les observateurs] une réhabilitation des notions qui passaient pour désuètes." Moi, je ne demande qu’à croire, car c’est bien là que se trouverait la solution.

Je vois ici une autre étude qui nous informe que : " Pour vivre heureux, mieux vaut " s’engager au service des autres " (57 %), que " gagner beaucoup d’argent " (41 %). "


Et
l’engagement au service des autres, n’est-ce pas l’une des principales activités de la Déesse-Mère, que l’on célèbre aujourd’hui?

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.
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