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Émission du mardi 13 octobre 1998 |
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Lentreprise citoyenne |
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| " Tout
concourt aujourdhui à une démocratisation du pouvoir dans lentreprise.
Reste à surmonter les vieilles habitudes
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Une entreprise serait devenue un lieu de contradictions : dune part, des salariés qui veulent le salaire le plus élevé possible, la stabilité et une plus grande autonomie; dautre part, des clients qui demandent des produits pas chers, quelle qu'en soit lorigine. Quant aux élus, ils rêvent du plein emploi de firmes utiles non polluantes. Ça fait beaucoup! Et à travers ça, il y en a qui préconisent et cest bien nécessaire que lentreprise devienne de plus en plus une entreprise citoyenne. Ce qui importe pour les actionnaires, bien sûr, cest avant tout le rendement financier de leurs titres; jusquau point où, paraît-il, on serait tous un petit peu complices de plusieurs licenciements dans certaines entreprises Comment ça, nous, complices?, direz-vous. Mais oui, puisque beaucoup dentre nous possédons, à travers certaines institutions, un fond de pension dont les gérants, des firmes colossales, exigent une rentabilité à tout prix. |
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REA, Vincent. " Entreprises : Comment le pouvoir évolue-t-il? ", Ça m'intéresse, septembre 1998. |
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Big Brother es-tu là? |
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BOULET-GERCOURT, Philippe et COUVELAIRE, Anne-Louise. " Des nounous sous surveillance ", Nouvel Observateur, 1998. |
Jaime bien de temps à autre prendre des risques et aborder comme ça des questions qui ne sont pas tout à fait claires. Comme, par exemple, celle qui concerne un mouvement, ou une tendance devrais-je dire plus exactement, que lon peut observer présentement aux États-Unis. " Cest la dernière folie à Manhattan : les parents surveillent à distance leur gardienne denfant - la baby-sitter, si vous voulez - grâce à des caméras cachées. " Avec le résultat que, dans la plupart des cas, les parents finissent par licencier les " nannies ". Il y a un procédé appelé nannycam, du nom de la cachée. Aujourdhui, on vend ce type dappareils partout : " Le marché de la télévision de surveillance non seulement pour surveiller les " baby-sitters " - progresse de 20 % par an ", peut-on lire dans un article du Nouvel Observateur, " Des nounous sous surveillance ". Parmi les marques connues, il y a : Baby Watch, Eye on You et Nanny Check. Je me souviens quà un moment, il y a eu en Angleterre ce procès qui est encore présent, dans les esprits du moins, de Louise Woodward qui avait accidentellement ou par négligence tué un enfant dun an placé sous sa surveillance. La directrice des ventes de Eye on you a avoué que depuis cette affaire, leur chiffre daffaires a doublé et un peu plus. " Les trois quarts des parents qui utilisent la nannycam renvoient la nourrice ou la jeune fille au pair, explique la directrice des ventes de Eye on You. Pas forcément à cause de violences physiques, mais le plus souvent parce quils découvrent quelle ne soccupe pas de leur enfant comme ils le souhaiteraient. " Il paraît quaprès avoir vu les enregistrements, 7 parents sur 10 nont plus quune idée en tête : Comment la virer de la maison? [rires] Home video : lépouvante.Un exemple de témoignage : " Lune était une jeune fille au pair bardée de trois lettres de recommandation et apparemment irréprochable, racontait une mère. Jai visionné les bandes, cétait lhorreur! Elle nadressait pas la parole à ma fille et lui ordonnait de se taire dès quelle ouvrait la bouche. Une autre [ ] était franchement méchante [ ] : elle restait vautrée sur le canapé et ignorait complètement lenfant. " Évidemment, les vendeurs font beaucoup état de ces cas afin de déculpabiliser les parents. On hésite parce quil est évident que lon entre dans une société qui va recourir de plus en plus à ce genre de technologie. La question se pose : Est-ce quon a le droit de faire ça? Vous me direz : Si les filles ne sont pas correctes, on a eu bien raison de le faire... Je vous signale cependant quaux États-Unis, le fait de filmer quelquun chez soi est légal parce que la personne filmée se trouve dans le domicile de celle qui enregistre ses mouvements. Par contre, en France, il nen est pas question. Cest une atteinte au droit à lintimité. Il faut avouer tout de même que nous devenons une société surveillée à lextrême. Les caméras fleurissent, les cartes bancaires laissent des traces; quand vous allez sur Internet, vous pensez que vous êtes seul mais vous ne lêtes pas tant que ça parce quon peut sauf ceux qui ont pris des tas de précautions savoir quel a été votre cheminement sur les sites Internet. Il y en a qui sont en train de se dire : " Oh je vais arrêter de fréquenter les sites cochons! " [rires] Attention, Big Brother vous surveille |
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" Big Brother ", Science illustrée, no 5, mai 1998. |
Vous savez que Big Brother, imaginé par Orwell dans le roman 1984, incidemment cétait un ordinateur. Cest le numéro Un qui dirigeait tout. Les autres exécutifs, Deux, Trois, Quatre et Cinq, étaient des haut fonctionnaires qui savaient que le Un était un ordinateur. On revient à ça, je trouve. Téléphone cellulaire portable, cartes de crédit, caméra de surveillance... Le progrès technologique nous facilite lexistence? Très bien. Mais le prix à payer est que peu à peu un réseau aux mailles de plus en plus fines enserre les individus. Les lois nous protègent encore contre Big Brother relativement en tous les cas mais dès quon branche un téléphone portable, par exemple, qui nest pas de la catégorie de ceux qui justement ont été conçus pour éviter ce genre dindiscrétion, " la zone géographique du porteur est dévoilée. La compagnie enregistre ensuite le nom, le numéro appelé, la durée de la conversation et conserve toutes ces informations pour éviter toute contestation ultérieure sur le montant facturé ", expliquait le magazine Science illustrée. Le fait que la conversation elle-même ne soit pas conservée peut vous rassurer, peut-être, mais quand même, nous ne cessons de laisser des traces électroniques. Des " Petits Poucets " malgré nous Cest à ça que je voulais en venir. Parfois je lève la tête et je suis toujours étonné de constater que : tiens, en voilà deux! Tiens en voilà une autre! Je vous le dis tout de suite, cette habitude chez moi va me passer rapidement parce que les caméras sont tellement flexibles, tellement minuscules, quon peut les rendre invisibles. Il y en a même des petites comme le petit doigt! Alors 24 heures sur 24, à certains endroits, les images enregistrées sont archivées sur bande vidéo. On voit bien, par exemple, dans les dépanneurs où un vol a été commis, quen reculant la bande, on arrive parfois à reconnaître le voleur. Un marchand de vêtements affiche à Montréal : " Vous passez devant la caméra dix fois par jour. Êtes-vous bien habillé? " Cest tout dire Voilà pour les caméras mais il y a toutes les informations qui sont enregistrées dans les hôpitaux et même aujourdhui, par les pharmacies également, parce quon fait partie de tout ce système de lassurance-médicaments. Il ny a plus grand-chose quon puisse cacher. Les banques, par exemple, échangent beaucoup. Forcément, puisquelles doivent échanger entre elles plusieurs données sur les clients pour que les transactions puissent seffectuer. La tentation dans tout cela cest celle de lefficacité. Et je pense tout à coup au mot merveilleux de Bertrand Russel qui disait : " Si les généraux avaient tous été efficaces, où en serions-nous? " Dun autre côté, cette situation donne lieu à toutes sortes dabus. Par exemple, on a découvert récemment quil y avait plus de cartes dassurance sociale que dindividus pour en posséder! Donc, il y a quelque chose de sérieux à examiner. Jusquoù faut-il aller pour que lefficacité soit valable sans quon soit compromis? Ce qui mamène à parler de publicité, car on nous inonde de publicité. Il paraît que les adresses de personnes montrant des intérêts spécifiques sont particulièrement recherchées etc. Mais, bien sûr, il existe des avantages comme, par exemple, on peut, sur Internet, acheter directement de chez soi, régler ses achats au supermarché sans argent, effectuer certaines transactions bancaires, etc. Je lisais tout à lheure que sil est facile de retracer la navigation dun abonné sur le Net cest que le réseau multiplie les possibilités danalyse de nos habitudes. On se dit, par exemple, que selon nos goûts, nos besoins, etc., on va pouvoir nous envoyer très rapidement déjà expérimentalement ça existe et apparemment, ce nest pas si difficile à réaliser un journal électronique qui contiendra des informations qui seront choisies en fonction de nos intérêts. Ceux-ci ayant été, au fur et à mesure, identifiés et répertoriés. Dans certains sites, on fournit même une liste de tous les intérêts ou presque et vous navez quà cocher vos préférences. Cest ainsi que lordinateur va se souvenir que vous manifestez un intérêt marqué pour les magazines où lon présente une fille dans la page du milieu. Vous allez donc recevoir régulièrement des photos genre filles de la page du milieu. Qui sait peut-être que vous allez reconnaître votre gardienne denfant [rires] " En Suède, depuis 1947, chaque individu se voit attribuer un numéro personnel à dix chiffres, le personnummer, grâce auquel non seulement les administrations, mais aussi les sociétés privées peuvent se faire transmettre des renseignements confidentiels - montant des revenus annuels, montant de limposition, dossier médical, casier judiciaire - sur un simple coup de fil. " Cest grave ça! Se protéger, oui, mais comment, contre ce Big Brother qui devient de plus en plus présent dans notre société, qui met laccent sur la double fonction de surveiller et de punir? Surveiller une action qui a son importance dans une société parce quon ne peut pas vivre en groupe sans exercer, je devrais dire, les uns sur les autres, une certaine " surveillance ". On vit ensemble et dans certains cas, une curiosité peut être très utile. Cela peut créer une cohésion dans le groupe... Mais la situation peut tout à coup se tourner contre nous lorsque la technologie dépasse cet instinct de surveillance et lassocie à linstinct de punir. Parce que si on ne se comporte pas selon les critères dune société, on est susceptible dêtre puni. Certains groupes de la population sont dotés de " puces ". Les patients des maisons de retraite, par exemple. On dit que cela permet de les suivre dans leurs déplacements en dehors des bâtiments. En Suède, de plus en plus de condamnés se trouvent ainsi surveillés : on leur implante une " puce " et ainsi on sait où ils se trouvent à tout moment. Faudrait-il aller jusque là? " Dans les grandes métropoles, le souci de sécurité et la crainte des attentats ont poussé à installer des caméras par centaines. " Je disais plus haut que nous passions environ une dizaine de fois par jour devant les caméras. Cétait pour Montréal, je le spécifie, mais à New York, japprends ici quon est filmé en moyenne une vingtaine de fois par jour. " Dans le centre de Londres, la circulation est enregistrée en permanence. Les images sont transmises à une centrale qui reçoit également les informations enregistrées dans les stations de métro, dans les stationnements, les gares La centrale de King's Lynn - par exemple - reçoit à elle seule les images de 70 caméras "! Les gens qui font les montages de tout ça ne doivent pas sennuyer Face à ce phénomène, je suis, quant à moi, assez ambivalent. Dun côté, vous avez les partisans de la surveillance qui vont faire valoir le fait que cette technologie a permis de réduire considérablement le taux de criminalité dans les centres surveillés des villes. Mais dun autre côté, les opposants vont rappeler que cela a peut-être seulement déplacé le problème vers la périphérie des villes. Par exemple, ils diront que ce système permet surtout de pallier le sentiment dinsécurité que nous éprouvons. Car, en vérité, si nous y regardons de plus près, la criminalité nest pas à la hausse. Elle serait même plutôt à la baisse. Il faut faire attention à ne pas tomber dans la paranoïa. Ça donne à réfléchir parce quon se dit que la technologie cest très intéressant mais en même temps, on réalise que le principe du droit à lintimité, à la vie privée, est menacé. |
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Les droits humains : un bon bain dutopie |
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SACHS, Ignacy. " Se réapproprier les droits humains ", Manière de voir Nº 41, septembre-octobre 1998. |
Le sujet mamène à me tourner un peu vers la notion des droits humains; cest un détour plutôt quun objectif. Les droits humains représentent un apport considérable au développement de lhumanité. Je viens de prendre connaissance dun article dans lequel on sinterroge sur la perfectibilité de notre espèce : " Il faut parier sur la perfectibilité de notre espèce en dépit de tous les échecs et du désenchantement provoqué par leffondrement du socialisme réel, tout en se distanciant de la foi naïve des philosophes du Grand Siècle, dans le progrès linéaire, écrit Ignacy Sachs dans " Se réapproprier les droits humains ". Le développement constitue, lui aussi, une lame de fond dans lhistoire longue, jalonnée au cours de ce demi-siècle par lémancipation des pays colonisés, lémancipation des femmes, lémergence de la société civile organisée en tant quamorce dun tiers système auto-institué du pouvoir, à côté du pouvoir politique et du pouvoir économique. Enfin lessor (menace) des États-providence. " On parle souvent de problèmes, de difficultés, de crises, déchecs de notre civilisation ou de notre société puis, tout à coup, il est intéressant de prendre conscience du progrès que nous sommes parvenus à faire malgré tout, malgré notre folie particulière. " Le développement peut-être encore vu comme un apprentissage social faisant appel aux facultés de mémoire et dimagination ", continue Sachs, ce qui suppose quon ne va pas perdre de vue les leçons de lhistoire. Cest tant mieux puisquon a tendance à avoir généralement une mémoire très très courte. Alors "ce qui constitue un trait distinctif de notre espèce et explique son extraordinaire adaptabilité. Enfin, quand on parle du développement en termes de libération, il sagit plus que dune métaphore. Le développement passe en effet par la libération des êtres humains, de la gêne matérielle, ce qui suppose un partage équitable de lavoir et la suppression de toutes les entraves empêchant leur épanouissement dans la recherche dun mieux-être. " Cest un bon bain dutopie quon prend là " À vrai dire, développement et démocratisation se confondent en tant que mouvement historique. [ ] Il convient de procéder à une relecture de lhistoire sociale et danalyser les mécanismes de protection des droits humains, ainsi que les conditions institutionnelles des pratiques de leur appropriation. Chaque génération réécrit lhistoire en lui posant des questions nouvelles en fonctions de ses expériences et de ses sensibilités. En cette fin de 20e siècle, le social et lécologique apparaissent comme des préoccupations majeures au vue des ravages provoqués par lhégémonie incontrôlée de léconomique, et la primauté de la logique du marché sur la logique des besoins. " Ça sent un peu les orientations du Monde Diplomatique. Mais cest en plein ça! Cest un article paru dans Manière de voir, Nº 41, (Le Monde Diplomatique) : " Se réapproprier les droits humains ". " Une histoire du développement surgira de cette double relecture permettant de mieux comprendre dans quelles conditions la croissance saccompagne dun développement authentique. " On va se laisser là-dessus, même sil y a encore beaucoup à dire. Cest un sujet sur lequel on revient fréquemment. Et cest bien nécessaire pour la suite du monde |
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