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Émission du jeudi 22 octobre 1998 |
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Lauto-analyse :
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HORNEY, Karen. LAuto-analyse, Stock+Plus, 1942. |
Karen Horney Il est question ici danalyse psychologique, un sujet que la psychologue Karen Horney a développé dans son ouvrage LAuto-analyse. Elle est une personne très importante dans lhistoire de la psychologie. Elle a étudié avec Freud et a collaboré avec Anna Freud, Hélène Deustch, Melanie Klein. Son travail fait partie des classiques - des racines, devrais-je dire - du monde de la psychologie. Elle a cru quune forme dauto-analyse était possible chez les humains, ce qui lopposait aux tendances pessimistes de Freud, lequel était convaincu quon ne pouvait parvenir à une analyse quavec laide dun analyste. |
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Dans son approche, elle ne suggère pas que tout est possible par une auto-analyse, mais, du moins, nous en indique-t-elle le chemin. Lorsquelle avance cette idée que " plus grande est la transparence - à laquelle on parvient au cours dune analyse de soi - plus grande est la liberté que nous pouvons atteindre ", cette formule nimplique pas un esprit de résignation. Dailleurs, elle précise bien " quil nexiste pas danalyse complète. Et lidée dun produit humain fini nous semble non seulement présomptueuse, mais aussi dépourvue dattrait. La vie est lutte et effort, évolution et croissance et lanalyse est un des moyens qui peuvent favoriser ce processus. " Après une étude approfondie de certaines caractéristiques, certains tendances quelle qualifie de " besoins névrotiques " - que lon retrouve chez tous les êtres humains, elle a conçue une grille constituée des dix points suivants : " 1) Besoin daffection et dapprobation : besoin aveugle de plaire aux autres, et den recevoir amour et approbation; régulation automatique des actes en vue de répondre à lattente des autres; centre de gravité placé dans les autres et non en soi-même, les désirs et les opinions dautrui comptant seuls; terreur de saffirmer; terreur de susciter lagressivité des autres ou de la nourrir en soi-même. " Il sagit pour vous comme pour moi de faire leffort de voir, si, par exemple, vous identifiez chez vous que le besoin daffection et dapprobation est très fort, ou même trop fort au point que ça vous enlève de lautonomie. Identifier un problème cest déjà commencer à le résoudre. Vous me suivez? On continue : " 2) Besoin névrotique dun " partenaire " qui prendra en charge le sujet : centre de gravité entièrement placé dans ce partenaire, qui est sensé accomplir tout ce que le sujet attend de la vie et en prendre la responsabilité pour le meilleur et pour le pire, lart avec lequel on manie ce partenaire devenant loccupation primordiale - Attention! ne mettez pas de nom là-dessus, car on travaille sur soi, pas sur les autres Surestimation de lamour, qui est sensé résoudre tous les problèmes; terreur de labandon; terreur dêtre seul. 3) Besoin névrotique de restreindre sa vie par détroites limites : nécessité dêtre peu exigeant, de se contenter de peu et détouffer ambitions et désirs concernant les biens matériels; nécessité de se comporter modestement et de se contenter de la seconde place; minimisation de ses capacités et de ses possibilités, la modestie apparaissant comme la valeur suprême; besoin dépargner et crainte de la dépense; crainte de demander; crainte davoir ou dexprimer des désirs coûteux. " Revenons sur ces trois points qui forment un groupe : 1) Besoin névrotique daffection et dapprobation 2) Besoin névrotique dun " partenaire " qui prendra en charge le sujet, et 3) Besoin névrotique de restreindre sa vie par détroites limites. " Ces trois tendances, écrit Karen Horney dans un premier temps, sont souvent associées, parce quelles impliquent une attitude de faiblesse. [ ] Elles sopposent à la confiance en soi et à une attitude de responsabilité. Cependant, toutes trois ne constituent pas un même syndrome. La troisième peut exister alors que les deux autres sont présentes à un degré négligeable. " " 4) " Besoin névrotique de puissance : domination des autres recherchée pour elle-même; dévotion à une cause, à un devoir, à une charge, qui, bien que jouant un rôle nest pas le moteur; manque de respect total pour les autres, pour leur individualité, leurs sentiments, leur dignité, le seul intérêt étant de les dominer; grande importance des éléments destructeurs engagés; vénération aveugle de la force et mépris pour la faiblesse; terreur des situations incontrôlables; terreur de limpuissance. " 4 a) Besoin de contrôle de soi et des autres par la raison et la prévoyance : foi dans lomnipotence de lintelligence et de la raison; négation du pouvoir des forces émotionnelles et mépris pour elles; grande valeur donnée aux prévisions et à la prévoyance; sentiment de supériorité sur les autres basé sur cette faculté de prévoir; mépris pour tout ce qui, en soi-même, se cache derrière la façade dune supériorité intellectuelle; terreur de devoir admettre des limites objectives au pouvoir de la raison; terreur " dêtre bête " et de se tromper dans son jugement. " 4 b) Besoin de croire à lomnipotence - non plus de lintelligence mais - de la volonté : sentiment de courage obtenu par la croyance dans le pouvoir magique de la volonté (telle la possession dun anneau magique); réaction de désespoir à toute frustration dun désir; tendance à renoncer à ses désirs ou à les limiter et à se détacher en raison de la crainte de léchec; terreur de reconnaître une limite à la volonté pure. " 5) Besoin dexploiter les autres et de profiter deux à tout prix : appréciations des autres fondées principalement sur la possibilité ou non de les exploiter; divers foyers dexploitation - argent (marchander devient une passion), idées, sexualité, sentiments; fierté de son adresse à exploiter les autres; terreur dêtre exploité et par conséquent dêtre dupe. " " 6) Besoin destime sociale et de prestige : toutes choses - objets inanimés, argent, personnes, qualités personnelles - estimées uniquement en fonction de leur prestige; estime de soi entièrement dépendante de le nature de lapprobation des gens; différences dans la manière dexciter lenvie ou ladmiration, soit par la prétention, soit par le scandale; terreur de perdre son rang (humiliation), soit par le fait de circonstances extérieures, soit de facteurs internes. " 7) : Besoin dêtre admiré pour soi : infatuation de soi (narcissisme). " 8) Besoin de réussite personnelle - Entendons-nous bien : il y a des besoins de réussite personnelle qui sont tout à fait corrects mais quand cela devient névrotique, cest autre chose. Par exemple, un besoin de réussite personnelle où lon éprouverait un - besoin de surpasser les autres, non par ce quon offre ou ce quon est, mais par ses occupations - le poste; estime de soi dépendant de la possibilité de surpasser les autres - en amour, en sport, en talent littéraire, en travail - , plus spécialement à ses propres yeux, la reconnaissance de ses talents par les autres étant dune importance vitale et son absence, irritante - Ça je comprends ça Tendances destructrices - là on entre dans la névrose - " visant à la défaite des autres " dintensité variable; quoique empoisonné par langoisse, le sujet se contraint à des réalisations plus ambitieuses; terreur de léchec. " On signale que " les tendances 6, 7, 8 ont en commun un esprit de compétition plus ou moins apparent visant à une supériorité absolue sur les autres. " " 9) Besoin de se suffire à soi-même et dêtre indépendant : nécessité de navoir jamais besoin des autres, ou de ne se soumettre à aucune influence, ou de nêtre lié à rien, toute intimité comportant un danger desclavage; éloignement et isolement, seule certitude de sécurité; terreur davoir besoin des autres, des liens, de lintimité et de lamour. " 10) Besoin de perfection et dinvulnérabilité : effort infatigable vers la perfection; ressassement et reproche intérieur au sujet dun défaut possible; sentiment de supériorité sur les autres justifié par la certitude de sa propre perfection; terreur de découvrir en soi des défauts ou de se tromper. " Ouf! Jespère quil ny a personne qui souffre de tout cela à la fois. Parce quun tel individu serait à la fois un maelström douragan, de cyclone, de tremblement de terre, de pluie torrentielle et de tempête de verglas! [rires] Le but de cet exercice, finalement, cest de passer à travers tout ce matériel et quon puisse se dire : Tiens, là il y a quelque chose pour moi à comprendre. En relisant ces points, je me disais à un moment : Quel beau matériel de référence pour les romanciers! Plus loin dans son ouvrage, Karen Horney précise un point : Ce qui frappe en jetant un coup dil sur ces tendances, cest quaucun des efforts ou des attitudes quelles impliquent nest en lui-même " anormal " ou dénué de valeur humaine. La plupart dentre nous estiment laffection, le contrôle de soi, la modestie, le respect des autres. On considère que lespoir dêtre comblé par un autre être est, au moins pour une femme - tiens cest curieux - , tenu non seulement comme " normal ", mais comme une vertu. Parmi ces tendances il en est certaines que nous nhésitons pas à tenir en haute estime. On apprécie généralement comme des buts valables le désir dautonomie, lindépendance et une conduite fondée sur la raison. " Devant ces faits, une question ne peut manquer de revenir indéfiniment : pourquoi qualifier ces tendances de névrotiques? " Elle répond plus loin : " Il est utile de poser la question car il nest pas seulement dimportance théorique, mais aussi pratique de savoir ce qui distingue des tendances humaines aussi essentielles de leur contrepartie névrotique. Le but des deux types deffort est similaire, mais leur fondement et leur signification sont entièrement différents. " Pour éclairer son propos, elle donne lexemple suivant : " Au besoin daffection névrotique manque la valeur de réciprocité. Pour le névrosé, son propre sentiment daffection compte aussi peu que sil était entouré danimaux bizarres et dangereux. Pour être plus précis, il ne souhaite même pas véritablement laffection de lautre; ce qui lui importe, mais fortement, cest que lautre ne manifeste à son endroit aucune tentative agressive. " " Il importe de saccepter comme un être humain poussé par des besoins et des intérêts et de renoncer à lillusion que notre esprit fonctionne avec la perfection dune machine bien huilée. " Une pensée juste et joliment tournée. Évidemment, cest difficile de nuancer tout cela soi-même et cest la raison pour laquelle on doit parfois recourir à des spécialistes. Mais il est possible à travers une grille comme celle que nous fournit cette psychologue, malgré que lexercice soit difficile, de faire le tour un peu de son jardin. |
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Jean Charon
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CHARRON, Jean. Et le divin dans tout ça? - Testament spirituel dun grand physicien : Entretiens avec Erik Pigani,Éd. Albin Michel, 1998. |
Charon était lauteur, entre autres, de Théorie de la relativité complexe. Cétait un " philosophe en quête de la nature réelle de la conscience ", peut-on lire sur la quatrième couverture. En particulier, à un moment, il a fait plusieurs tournées avec notamment Louis Pauwels, Bergier, etc. Pendant 40 ans, il sest préoccupé de communiquer son idée fondamentale : matière et esprit sont les deux faces inséparables du réel. Il soutenait la théorie que pénétrer la matière permet, puisquon y trouve du vide, de penser que " les particules atomiques renfermeraient un espace-temps assimilable à lesprit. " Autrement dit, lesprit serait dans les particules atomiques, ce que lui appelait les éons. Il a défini cela dans un ouvrage qui sintitule justement Le monde éternel des éons (Stock, 1980). Selon lui, la matière serait soumise à des valeurs comme lentropie, le vieillissement et la mort, par exemple, pour simplifier le discours. Lesprit, au contraire, obéirait à la loi de néguentropie (négation de lentropie) qui conduirait à un enrichissement continu des structures et de la conscience - en fait, un élargissement de la conscience. Il est finalement lun des premiers scientifiques à avoir abordé ces questions avec autant daudace. Charon fut un auteur très prolifique : La Connaissance de lUnivers, paru aux éditions du Seuil, en 1961; Du Temps, de lEspace et des Hommes, éditions du Seuil, en 1962; LHomme et sa découverte, en 1963. Il a publié environ un ouvrage de vulgarisation de philosophie scientifique par année, jusquà ce quon arrive en 1977 où il a connu cet énorme succès de librairie avec Lesprit, cet inconnu; et aussi avec Mort, voici ta défaite et Jai vécu quinze milliards dannées, en 1983 dans lequel il parle au nom des particules qui le composent et qui sont en fait lêtre, lesprit, et le verbe... Sa démarche sinscrit dans le courant dun ouvrage dont on a beaucoup parlé également et qui est paru en 1975, Le Tao de la physique de Fritjof Capra. Mais plus tôt, en 1966, Charon avait écrit La Crise actuelle de la physique, qui traitait justement de ce domaine. Même en 1962, il avait dans certains passages de son ouvrage Éléments dune théorie unitaire dunivers, fourni des éléments qui donnaient à penser que sa réflexion tendait vers ce concept que la matière et lesprit sont les deux faces de la réalité. Suggérant quen perçant de plus en plus le mystère de la matière, on est en train de découvrir lexistence de lesprit. Sans entrer dans le détail de tout ça, Charon définit léon non pas comme la dénomination dune seule particule mais " la tête de toute particule insécable ". Cest-à-dire que toute particule insécable, finalement, aurait une tête. Le mot est employé entre guillemets ici et léon ne ferait donc que compléter le modèle général de la particule. " En résumé, dit Jean Charon, pour moi, toute la matière existante - On se place dun point de vue infinitésimal, bien sûr - a une " tête ". Dans lun de ses entretiens avec Pigani, le physicien rapporte une citation remarquable de Pierre Teilhard de Chardin :" Je suis logiquement amené à conjecturer, dans tout corpuscule, lexistence rudimentaire (à létat dinfiniment petit, cest-à-dire dinfiniment diffus), de quelque psyché. " Lâme, si vous voulez, ou la psyché, serait donc contenue dans certaines particules ou dans toutes les particules. Il faudrait creuser davantage la question. Teilhard de Chardin soutenait également quil y avait " un " dehors " des choses et, dès le niveau élémentaire, un " dedans ". Sur ce point, Jean Charon souligne : " Jexplique donc la même chose que lui, sauf que la physique me permet dexpliquer ce dedans par un formalisme rigoureux. " Sur cette définition de lesprit à lintérieur de la matière, il ajoute : " Cette partie de la particule serait en fait comparable à notre Moi : un observateur extérieur ne peut voir de nous quun corps physique, qui na dailleurs, quune existence ponctuelle dans sa propre vie et sur cette planète. Mais notre Moi est complètement invisible. Notre Moi profond autrement dit notre Soi en termes jungiens - est insécable, invisible et éternel! " Ailleurs, il mentionne dautres physiciens comme, par exemple, Louis de Broglie qui avait développé une théorie appelée " la fusion des particules à spin ". " Cette théorie qui navait jamais été utilisée, [et qui] évoquait la mémoire des particules, et des photons, etc. je vais vous avouer que dans cette partie scientifique des propos de Charon, je suis parfaitement noyé. Il poursuit : " Comme elle - cette théorie de de Broglie - était déjà prête, elle ma beaucoup servi. Je suis maintenant certain, et cest une conviction absolu, que la notion de particule étendue à la fois sur lobservable et linobservable va se développer dans les années à venir, et quelle va même influencer dautres disciplines, comme la médecine et la psychologie. " Jaurai loccasion dy revenir. Assez profond tout ça, mais il faut bien, de temps à autre, faire un peu de gymnastique mentale. Et puis, pensez-vous que je comprends tout ce dont je parle moi? Bien voyons! Cest évident que je ne comprends pas la moitié de ce que je transmets, mais je le dis avec une persistance telle que je vais bien finir par nous éclairer, vous et moi [rires] |
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