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Émission du mercredi 18 novembre 1998

Les brèves

L’espoir est humain!

Je vous annonce qu’à l’aube du troisième millénaire, Keo, cet oiseau-satellite de la NASA, s’envolera avec des millions de messages du monde entier pour revenir sur Terre aux environs de l’an 50 000 dans le but de rapporter des témoignages de notre civilisation à nos descendants. Cela s’appelle l’Espoir!

Le Viagra japonais : du blé pour faire bander les neurones…

Au Vietnam, on vient de mettre sur le marché de fausses pilules de Viagra. Des laborantins qui se sont spécialisés dans le domaine ont fabriqué des ersatz frauduleux de ce médicament. Des enquêteurs ont établi que ces trafiquants avaient eu le temps d’écouler une grande partie de leur stock. Aucun client ne s’est plaint de la mauvaise qualité du produit, pourtant concocté à partir de farine de blé, tout ce qu’il y a d’ordinaire. Quand je vous disais que c’était dans la tête tout ça…

Les couilles humaines ratatinent…

Une autre information à propos de la virilité. Pauvres hommes décidément… " Toutes les études le confirment : depuis 20 ans, le poids moyen des testicules diminue dans les pays industrialisés. " J’imagine ce type travaillant dans un laboratoire à qui l’on demande : " Qu’est-ce que vous faites dans la vie? Je pèse des testicules. " [rires] Cette réduction [du poids des testicules] va de pair avec la baisse du volume de sperme émis, de la concentration et de la mobilité des spermatozoïdes, et du diamètre des tubes séminifères. - C’est tout de même curieux, il y a quelques années, je parlais d’un problème semblable que l’on remarquait chez les alligators. Maintenant on note que ça se produit également chez les humains… - Ce phénomène semble lié à la présence, dans la nourriture ou dans l’environnement, de substances appelées xéno-hormones, qui agissent comme des œstrogènes (les hormones féminines). - autrement dit, les parties mâles ont tendance à se féminiser - et, du coup, contrecarrent l’action des androgènes (hormones masculines). " On trouve les xéno-hormones naturelles dans le soya, les pois, les haricots, et les chimiques, dans les pesticides, dans certains plastiques pour l’emballage alimentaire.

Des ourses hermaphrodites!

Dans le même sens, on nous apprend que les ourses deviennent hermaphrodites. " Des chercheurs de l’Institut polaire norvégien ont repéré dans l’archipel de Svalbard (Norvège), sept ourses dotées d’un pénis embryonnaire. Une mission doit maintenant déterminer si ce phénomène est lié à la forte présence de BPC, un fluide isolant utilisé dans la fabrication des transformateurs électriques - comme tout le monde sait au Québec. Comment vont les hommes de Saint-Basile-le-Grand?, je me demande…. - Le taux de BPC relevé chez ces ourses s’avère six fois plus important que chez leurs cousines du Grand Nord canadien. " Pour une fois, on s’en tire bien.

L’obésité menace la planète

Le monde est trop gros "… et je pense que je dois contribuer aux statistiques, ce qui m’attriste beaucoup.

On dit ici que l’obésité " touche un américain sur trois et de 10 à 25 % des adultes européens. Le chiffre grimpe à 40 % chez les Noires américaines, chez les Européennes de l’Est et chez les Méditerranéennes. Personne n’échappe à cette épidémie de gras, qui se répand même dans les pays en voie de développement. Elle frappe de plus en plus d’enfants : en Chine, le nombre des obèses âgés de moins de sept ans augmente de 10 % par an. "

Tout le monde au régime! C’est le programme d’avenir. Tout cela est illustré par la photo d’une petite fille du Japon, bien mignonne mais fort grosse. Pour tout dire…

Les désirs se conjuguent dans les deux sexes

Quels sont vos désirs les plus forts? Mais non, pas nécessairement ceux-là, monsieur, madame… [rires] Deux psychologues américains ont posé cette question à 230 femmes et à 175 hommes, étudiants de l’université de Dallas, au Texas. Ils ont répondu à l’aide d’un questionnaire détaillé. " Les réponses ont révélé que les femmes souhaitaient plutôt le bonheur et la santé, et les hommes privilégiaient plutôt le pouvoir et le sexe. Ça vous étonne? Mais le souhait le plus souvent exprimé a été celui de réaliser quelque chose d’exceptionnel. " Comme, par exemple, de remporter une médaille d’or aux Jeux olympiques, si on est au départ un peu sportif.

Gates, toujours parmi les riches et célèbres

" Avec une fortune évaluée à 51 milliards de dollars américains, pouvait-on aussi lire dans L’Actualité (1er novembre 1998), Bill Gates, le président de Microsoft, est si riche qu’il pourrait :

sortir la Russie du marasme économique,
envoyer des hommes en mission sur Mars,
reconstruire toutes les écoles de Chicago.

Il lui resterait encore plus de 10 milliards de dollars en poche! Ce qui, conclut le magazine Money, le classerait parmi les sept personnes les plus riches des États-Unis. "

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La dépression pourrait être liée
à l’abus de la fréquentation de l’Internet


En remettant de l’ordre dans mes papiers, je me suis rendu compte qu’un même thème revenait dans plusieurs magazines, et à peu près dans la même période. Je parle de ce phénomène que l’on nomme " cyberdépendance " et des conséquences qu’il pourrait avoir sur les gens qui en souffrent.

Une première information sur le sujet avait retenu mon attention dans le magazine français Psychologies. On y mentionnait Jean-Pierre Rochon, un psychologue du Québec qui a créé un site pour aider les gens qui ont développé une dépendance à l’endroit d’Internet : Psynternaute. www.psynternaute.com Vous y trouvez des infos et des tests sur ce mal qui frappe, dit-on, de plus en plus d’individus.

D’après :

LAVINAS, Emmanuelle. " La Cyberdépendance ", Le Point, Nº 1353, 22 août 1998.


Dans Le Point, un article qui s’intitule " La Cyberdépendance " nous informe qu’aux États-Unis, " une mère a été condamnée à arrêter Internet sous peine de se voir retirer la garde de ses enfants, quelque peu négligés par la pratique maternelle du réseau. Ce fut une grande première au rayon des accros du Web, mais, à en croire les études récentes effectuées par de très sérieux médecins américains, le cas n’est pas isolé. " L’apparition de cette nouvelle pathologie a donné naissance à un néologisme, inventé par les Américains : le webaholism. " La compulsion caractérisée par un comportement répétitif, souvent irrationnel et illogique, générateur de souffrances. ", c’est la définition de Jean-Pierre Rochon que l’on trouve dans Le Point.
D’après :

" Un psy au secours des fous du Net ", L’Événement du Jeudi, du 25 juin au 1er juillet 1998.


Dans cet autre magazine français qu’est L’Événement du Jeudi, on retrouve une définition de l’internaute dépendant : " Un individu de sexe masculin, âgé de 25 à 35 ans, financièrement à l’aise, isolé, négligeant ses amis et développant un comportement compulsif. Les traitements, le psy du Québec les donne… sur Internet. " rajoute-t-on en faisant allusion à ce fameux Jean-Pierre Rochon de l’Ordre des psychologues du Québec.
D’après :

" La dépression est au bout de la Toile ", Marianne, du 7 au 13 septembre 1998.


J’ai trouvé aussi dans Marianne un petit articulet intitulé " La dépression est au bout de la Toile ". " Naïvement, dit-on à propose des internautes, ils pensaient que le bonheur se trouvait sur la toile - la traduction française du Web. - Les scientifiques ont démontré qu’au contraire elle était source de dépression. "

Pour les gens qui sont de langue anglaise ou pour ceux qui lisent l’anglais, il y avait, dans le numéro de septembre dernier du magazine MacLean’s (édition du 28 septembre 1998), un article paru sous le titre : " Sadness of Cyberspace ". D’autres informations sur le même thème se retrouvent dans le Times, du mois de septembre également : " Can spending time on the Internet really make you lonely and depressed? Who cares? ", disait ironiquement le chapeau de l’article, " Bummed Like Me ".

D’après :

LAPOINTE, Pascal. " La complainte de l’internaute ", Interface, novembre-décembre 1998.


À mon avis, c’est la revue Interface, de l’Association canadienne française pour l’avancement des sciences, qui apporte les explications les plus satisfaisantes sur cette question. Dans un article de Pascal Lapointe, " La complainte de l’internaute ", on présente une très belle étude faisant état du phénomène.

" Utilisez abondamment Internet et vous aurez bien des chances de devenir dépressif? " C’est ce qu’affirmait Homenet, l’étude dévoilée à la fin d’août par l’université Carnegie Mellon de Pittsburgh. " Même les défenseurs à tous crins du Net, écrit Pascal Lapointe, ceux qui montent aux barricades sitôt qu’on fait mine d’avancer la plus petite critique négative, ont été surpris. Mais il n’y a pas qu’eux : les auteurs de l’étude ne l’ont pas vu venir eux non plus, puisque leur projet de 1,5 millions de dollars, financé par des géants de l’informatique, devait en théorie servir à démontrer le contraire! " Il devait y avoir du Bill Gates là-dessous... Puis, le journaliste, qui dirige aussi l’Agence Science-Presse, cite les paroles du directeur de la recherche : " Nous avons été étonnés de découvrir que le Net, une technologie sociale, puisse avoir autant de conséquences antisociales ". Cette information a été reprise, comme on peut le voir, un peu par tout le monde.

L’université Carnegie Mellon avait publié une autre étude laquelle faisait du réseau informatique un repaire de pornographes, une étude qui s’est rapidement retrouvée biaisée. " En 1996 et 1997, des psychologues avaient tour à tour lié le Net au trouble déficitaire de l’attention, à l’accroissement du stress (le technostress). " On parlait alors de dépendance et des drogués du Net (Internet addiction), etc. Puis maintenant, on nous dit que la dépression serait un effet du Net. C’est un peu étonnant le résultat de ces études parce qu’on aurait cru, au contraire, qu’Internet serait un exutoire à la solitude. Avec les chats (groupes de discussion), par exemple, qui permettent d’échanger le jour, et surtout la nuit. Sans parler du compagnonnage sur Internet qui, paraît-il, aboutit parfois à des mariages. À un moment, Internet a aussi été considéré comme un outil efficace pour accroître la confiance en soi.

Tenez : en avril 1995, par exemple, le journaliste relate que dans " le très austère Computer-Mediated Communication Magazine " on pouvait lire que : " Les introvertis ont découvert qu’Internet peut les aider à communiquer de la façon qu’ils préfèrent : un dialogue écrit avec du temps et des pauses pour la pensée et l’analyse… Les ordinateurs sont les amis de l’introverti. " Intéressant comme formule.

Toujours est-il que l’université Carnegie Mellon a fait part au monde entier du résultat de cette étude, paru d’abord et avant tout dans The American Psychologist . Le magazine Wired a répondu - c’est le magazine des branchés, mais avec toutes les publicités qu’il contient, je n’ai plus autant envie de le lire : " Par l’intermédiaire de son service de nouvelles sur le Web, Wired [a publié] un reportage, analysant cette étude sur un ton un brin hautain - évidemment, car ça ne va pas dans le sens de leurs intérêts. […] Wired donnait aussi la parole à un spécialiste du Net, Gail Williams, qui, tout engagé qu’il fût, pointait du doigt un détail sur lequel plusieurs chercheurs allaient ensuite revenir : l’absence de groupe-contrôle dans cette étude. " Pourquoi - demande Williams - ces gens (qui ont été interrogés pour l’étude) n’ont-ils pas été comparés avec ceux qui n’avaient pas d’ordinateurs? Et qu’en est-il de ceux qui passent beaucoup de temps devant leur ordinateur mais n’utilisent pas Internet? " Qui peut dire, en effet, si les personnes qui se sont mises à passer plus d’heures que la moyenne dans Internet ne l’ont pas fait parce qu’elles été déjà, au préalable, plus déprimées que leurs voisins? ", demande le journaliste.

" Gail Williams est, depuis 1990, le grand manitou derrière l’une des plus belles réussites des communications informatiques : le WELL. " Ça vous dit peut-être quelque chose? Moi, j’apprends tellement de choses ces temps-ci, un nouveau monde s’ouvre à moi. Le WELL, c’est " un réseau d’échanges ouvert à tous, qui était au départ distinct du Net et qui a généré à lui seul des montagnes d’anecdotes sur les amitiés virtuelles. "

Bien avant qu’on entende parler de cette étude, Luc Granger, un psychologue de l’université de Montréal, s’intéressait à la question de l’influence psychologique du Net. Il insiste, lui aussi, sur cette absence de groupe-contrôle dans le déroulement de l’étude universitaire. " Qui nous dit que collectionner des timbres ne rend pas dépressif? questionne Luc Granger. Après tout, il n’y a jamais eu d’étude là-dessus. Peut-être même que celui qui assemble des modèles réduits tout seul chez lui devient de plus en plus dépressif, à mesure que le nombre d’heures passées avec ses modèles augmente. Il raconte, continue Pascal Lapointe, avoir eu l’occasion d’observer plusieurs patients inquiets à l’idée d’avoir développé une dépendance aux images pornographiques, qu’on peut trouver en quantité industrielle sur le Net. Des cas qui n’existaient évidemment pas encore, il y a trois ou quatre ans… "

Malgré tout ce qu’on a révélé dans les magazines, on retrouve à peu près toujours la même information, qu’elle soit rédigée sur un mode plus fantaisiste ou plus technique, ou plus froid ou plus chaud. Mais ce n’est parce que c’est imprimé dans plusieurs magazines en même temps que c’est pour autant vrai.

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Antoine de Saint-Exupéry :
des souvenirs bien vivants


Il y a quelques semaines, les médias ont relaté les faits suivants : " Un patron de chalutier marseillais, qui pêche entre la Ciota et Marseille, remonte comme d’habitude dans son chalut qui a raclé le fond de la mer, divers déchets et débris apparemment sans intérêt, mélangés aux poissons. Apparemment, car juste avant de rejeter à la mer ces objets indésirables, l’attention du pêcheur est attirée par quelque chose d’inhabituel. Ce quelque chose, gratté, se révéla être une gourmette d’argent accrochée à un morceau de métal. Sur la gourmette, le prénom et le nom d’Antoine de Saint-Exupéry, le prénom de sa jeune épouse, le nom et l’adresse de son éditeur new-yorkais. "

Analysé, le morceau de tôle d’aluminium aurait appartenu à un avion Ligthning P-38, et c’est à bord de ce type d’appareil qu’un jour, comme ça, Antoine de Saint-Exupéry est disparu. On n’a jamais vraiment su ce qui lui était arrivé, bien qu’un pilote de guerre allemand avait affirmé avoir abattu un appareil de ce type-là, dans la région de Ciota, autour de 1944.

D’après :

GARCIN, Jérôme. " Saint-Éxupéry retrouvé ", Le Nouvel Observateur, Nº 1775, du 12 au 18 novembre 1998.


Cet incident fait de nouveau parler de Saint-Exupéry dans le monde, et je dis bien " dans le monde "; parce qu’il est l’un des auteurs les plus lus de la planète. On apprend, dans Le Nouvel Observateur  que Le Petit Prince, publié en 1943, bat tous les records : " 50 millions d’exemplaires vendus à ce jour dont près de huit millions dans les pays francophones. Aujourd’hui encore, ce livre se vend au rythme d’un million d’exemplaires par année et il est traduit en 102 langues ou dialectes : en latin, en basque, en corse, en picard, en provençal, en sarde, en alur, de la République démocratique du Congo, en faerosk, des îles Féroé, en cebuano, des Philippines, sans oublier, bien sûr, l’espéranto. Plus qu’un best-seller, c’est un phénomène universel et intemporel. "

Il existe même depuis peu un Club du Petit Prince dans une ville japonaise. On a fait des films, des disques, des cassettes... Le reste de son œuvre est tout aussi connu, car Saint-Exupéry est encore parmi l’un des cinq auteurs les plus lus de chez Gallimard. Pour Vol de nuit, par exemple, on estime le tirage à 6 millions d’exemplaires dans le monde, dont 4 millions 200 mille en langue française, toutes éditions confondues. L’estimation est de trois millions pour Terre des Hommes.

La découverte de ce pêcheur aura ramené Saint-Exupéry à la surface des intérêts médiatiques et en même temps, toute ma jeunesse m’est revenue à la mémoire. Jeune adolescent, j’avais développé un réel intérêt pour ses livres. C’est que son œuvre parle de l’aventure de vivre, de la vie d’action, de l’histoire de l’aviation, de l’importance de relever des défis, de faire preuve de courage, du sens de la discipline et du devoir, toutes choses qui ont de l’importance pour les adolescents. Encore aujourd’hui, je ne saurais trop répéter à quel point les ouvrages de Saint-Exupéry sont très importants pour les adolescents. Peut-être même que de trouver un vrai sens à la vie pourrait empêcher ces tristes suicides dont on entend parler.

Je me suis remémoré aussi une autre époque de ma vie, celle de l’Expo 67, alors que j’étais tellement intrigué de savoir comment Saint-Exupéry était revenu dans notre monde avec ce thème inspiré d’un de ses ouvrages Terre des Hommes. J’en avais parlé à mon ami, le caricaturiste et peintre Robert LaPalme, quelques années avant son décès récent, en lui demandant s’il était possible que Claude Robillard soit celui qui aurait suggéré aux organisateurs de l’Expo 67 d’emprunter le nom Terre des Hommes. Je trouvais que le message véhiculé par Expo 67 rejoignait exactement la pensée de Saint-Exupéry dans Terre des Hommes : " Vous êtes habitants d’une même planète, passagers d’un même navire. " Ce qui me reporte à la formule de Buckminster Fuller, le père du dôme géodésique de l’Expo qui appelait notre planète " le vaisseau spatial Terre ", une formule qui s’apparente parfaitement à la pensée de Saint-Ex.

L’auteur de Terre des Hommes s’est fait connaître non seulement en France, où il a remporté le prix Goncourt, mais aussi aux États-Unis, où il a reçu un prix très important - un Book Award de l’année, je crois. Il était donc tout aussi connu dans le monde anglophone que dans le monde francophone. Pendant la guerre, il s’est retrouvé en Afrique du Nord, car la France était occupée et il s’est rendu ensuite aux États-Unis. Ce qui explique que son Petit Prince ait été édité chez Harcourt-Brace, en 1943, et ensuite chez Reynald Hitchcock en Grande-Bretagne.

Il faut savoir qu’il existait à ce moment-là une colonie française importante aux États-Unis, particulièrement sur la Côte Est, et plus précisément à New York. André Breton, par exemple, le père du Surréalisme, s’y trouvait autour des années 1941-1942 : il était même speaker à la radio. (Si vous aimez les détails, il travaillait pour " La Voix de l’Amérique ", en français, sur les ondes courtes.) On lui doit beaucoup d’ailleurs parce que c’est probablement lui qui a suscité un certain intérêt au Québec pour la Gaspésie, car il aimait beaucoup, l’été, se rendre dans cette région pour ses vacances; et il en disait le plus grand bien.

D’après :

DE LA BRUYÈRE, Stacy. Saint-Exupéry : Une vie à contre-courant, Albin Michel,1994.


Je me suis replongé dans une biographie d’Antoine de Saint-Exupéry, celle de Stacy de La Bruyère, paru chez Albin Michel. Le sous-titre c’est Une vie à contre-courant; peut-être bien parce que c’était un être marginal chez qui on retrouvait beaucoup de contradictions. L’auteur raconte que, étant à New York, Saint-Exupéry avait reçu une invitation de son éditeur canadien (qui avait réédité Terre des Hommes) à venir à Montréal. Il faut se rappeler que les éditions françaises étaient alors très paralysées par la guerre. Par conséquent, les auteurs prenaient leurs livres et les faisaient parvenir comme ils pouvaient en Angleterre, et d’Angleterre au Canada, au Québec plus précisément, et ainsi leurs œuvres étaient rééditées par des éditeurs canadiens qui répondaient à une demande du livre français dans le monde. C’est intéressant d’apprendre que, à cette époque en particulier, l’Amérique du Sud représentait un marché très important du livre français, beaucoup plus important que le Québec.

Le 29 avril donc, Saint-Ex prend une chambre à l’Hôtel Windsor et y tient une conférence de presse : on l’interviewe, puis il donne des conférences. Il fut très bien accueilli : Philippe Roy parle de lui, Pierre Baillargeon publie un reportage dans L’Amérique française, et l’article est même repris par Le Quartier Latin. En mars 1945, Marcel Raymond signe aussi un article dans Le Quartier Latin. Dans L’Action catholique, de Québec, un autre article est publié le 5 mai 1942. Dans L’Action universitaire, le 11 janvier 1944. Dans Le Devoir, paraît :" Écrits de guerre " le 2 mai 1942.

www.saint-exupery.org

Le livre de La Bruyère est bien documenté, si vous êtes intéressé à plus de détails sur cette période. De retrouver ainsi des traces de la présence de Saint-Exupéry dans l’arrière-plan de notre vie culturelle, me fait plaisir. Et je comprends bien pourquoi les intellectuels, nos professeurs en particulier, nous ont mis, à l’époque, sur sa piste, et que nous ayons trouvé chez lui un maître à penser.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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