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Émission du mercredi 25 novembre 1998

Les brèves

Grosse crise, petite quéquette!...

Décidément, la conjoncture économique nous aura coûté bien cher… En effet, messieurs, car je viens d’apprendre que la crise économique et le chômage ont contribué à réduire la taille du pénis de 2 cm.

Cela paraît assez incroyable mais un article révèle que " selon un neurologue brésilien, grand spécialiste de la question, paraît-il, crise économique et menaces de chômage ont contribué, au Brésil, à réduire la taille du pénis de 2 cm. - Il ne doit pas avoir beaucoup de loisirs ce monsieur-là… En un an, selon l’éminent expert qui se penche sur le sujet depuis plusieurs années, 32 % des individus confrontés aux aléas de la crise économique ont vu la taille moyenne de leur quéquette au repos passer de 7 à 5 centimètres. " Peut-être finalement que la quéquette des mâles évolue en fonction de la fluctuation du Dow Jones?


... et petite retraite…

" Menacé par le vieillissement des baby-boomers, le système de protection sociale, américain entre autres, est à bout de souffle. Des réformes s’imposent au plus vite ", pouvait-on lire dernièrement dans Le Devoir (" Au travail l’âge d’or ", de Antoine Char). On envisage d’élever l’âge de la retraite, ce qui est bien ironique quand on pense à tout le bruit qu’on a fait autour de la nécessité d’abaisser l’âge de la retraite pendant des années. Comme quoi on ne fait que du court terme et que là aussi, tout fluctue beaucoup…

Ce qui nous amène à penser que monsieur John Glenn, après avoir séjourné un peu plus de huit jours dans l’espace, aurait peut-être décidé " d’accrocher le grelot ". Mais, au contraire, il disait récemment aux 35 millions d’Américains qui ont, comme lui, dépassé l’âge de la retraite : " Ne restez pas allongés sur le sofa. " C’est tout dire.


La télé américaine : une histoire de jeunes

D’autre part, aux États-Unis, on dit que " les scénaristes de plus de 50 ans sont quasiment exclus des meilleures séries et émissions de télévision. Raison de cette disgrâce : ils sont considérés trop vieux et complètement hors du coup par les responsables de chaînes et les producteurs qui n’ont souvent pas plus d’une trentaine d’années ". C’est du moins ce qu’affirme un article paru dans le dernier numéro du Writers’ Guild of America (9 novembre 1998).Ainsi, aucune des 77 séries produites l’an dernier n’a été écrite par un scénariste quinquagénaire. " On a beau dire… la vie est plus difficile qu’on ne le croit pour les gens qui prennent de l’âge, croyez-moi.


Le Viagra inquiète les cocues en puissance

" Le Viagra ne contribue pas à la paix des ménages. " C’est le titre d’un articulet paru dans Marianne, édition du 2 au 8 novembre 1998. Des tas de femmes sont en train de faire une mauvaise réputation au Viagra, qui, selon elles, rendrait les hommes infidèles. En effet, 55 % d’entre elles disent que le Viagra rend les hommes plus exigeants sur la fréquence de leurs rapports sexuels. " Plus les femmes sont âgées, plus leurs craintes sont fortement exprimées. - Pas plus grandes, mais exprimées : vers 85 ans, elles protestent ouvertement… - Conséquences : 70 % estiment que la décision d’avoir recours à la pilule bleue est du ressort du couple, contre 20 % qui pensent que cela ne regarde que les hommes. Elles sont cependant 85 % à penser que le Viagra ne sera pas (ou probablement pas) utile à leur vie sexuelle! " Mais cette idée que le recours à la pilule bleue est du ressort du couple est intéressante : 77 % contre 20 % qui disent que c’est du ressort de l’homme. Qu’en pensez-vous?


La monotonie fait le gras

C’est le titre d’une brève paru dans Science & Vie (octobre 1998), qui suggère que les français consomment en moyenne 30 aliments différents par semaine comparativement à 5 seulement aux États-Unis. Or, on constate que les gens qui consomment peu d’aliments différents sont en général plus gros et souffrent d’obésité. Il y aurait une sorte de monotonie alimentaire qui expliquerait en partie l’obésité dont sont atteintes plusieurs personnes en Amérique du Nord. En d’autres mots, la variété c’est la santé.


La fierté a aussi du poids

Toujours à propos des obèses, mais plus particulièrement ceux qui sont fiers de l’être : " Nous sommes gros! Nous existons! Il faut que vous vous y fassiez! " C’était le cri de ralliement des participants de la Marche du million de kilos, une manifestation qui a récemment eu lieu en Californie, remarquable par le fait que, pour des raisons qui ne vont pas vous échapper, personne n’a défilé nulle part.

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Mourir heureux et… ruiné

Il y a quelques années, alors que je me déplaçais à travers l’Amérique en camper motorisé, j’avais remarqué que plus on se dirigeait vers le Sud, plus c’était fréquent de voir cette affichette sur les pare-chocs d’autres motorisés : " We are spending our children’s inheritance " (On dépense l’héritage de nos enfants). Et sur le coup, ça m’a amené à réfléchir… Et j’y repensais récemment quand j’ai constaté à quel point la thèse de Stephen Pollan, cet économiste américain qui publiait il y a quelques années un ouvrage intitulé Die broke (Mourir ruiné), est intéressante.

D’après :

DUBOIS, Jean-Paul. " Mourez ruiné! ", Le Nouvel Observateur,
27 août au 2 septembre 1998.


Je me souviens que la thèse de Pollan avait eu l’honneur de bénéficier de ce qu’on appelle dans notre métier " la porte tournante " : c’est-à-dire qu’on en avait parlé à toutes les émissions, dans les journaux, etc. Or, j’y reviens et je m’interroge – eu égard à mon âge et aux circonstances de ma vie – sur cette idée de mourir ruiné, qui semble avoir beaucoup de sens. Je le dis sérieusement. Le problème c’est qu’il faudrait savoir au mieux combien de temps on va encore vivre afin de doser notre vie économique, d’une certaine façon. Mourir ruiné soit, mais pas humilié.

Cette réflexion m’a amené à réaliser à quel point nous sommes naïfs par rapport à nos économies - qu’elles soient d’épargne-retraite ou autres - , lorsque nous accumulons comme si nous n’allions pas avoir d’impôt à payer. Pour ceux qui ne le savent pas déjà, je vous signale que la plupart des gens qui touchent des RÉER ont la joie de recevoir un "T-quelque chose" à la fin de l’année, et que ça va chercher dans les 25 à 40 % d’impôt.

À ma mort, sauf pour ce qui est des assurances-vie et de ce qui ressort du patrimoine, mes héritiers de leur côté seront susceptibles de payer jusqu’à 60 % d’impôt, d’après ce que je comprends dans certains cas. Alors quand je pense avoir sauvé entre 25 et 35 % pour avoir pris des RÉER…

Est-ce que vous n’avez pas cette impression comme moi que, quelle que soit la position qu’on prenne, on se fait rouler tout le temps? Tiens, cela me rappelle les fameuses débentures de Tante Rosalie…

Rosalie était une institutrice de campagne qui enseignait dans les petites écoles de rang. Je la revois encore à l’automne partant avec ses provisions pour l’hiver - une poche de patates, une demi-poche de carottes, une demi-poche de chou, de la farine, et tout le bazar - car elle ne revenait qu’en juin. Pour autant que je me souvienne, vers la fin des années trente, elle devait toucher environ 400 à 450 $ par année : c’étaient les émoluments de l’époque. Les années ont passé, elle est devenue très âgée, et comme les petites économies qu’elle avait amassées nuisaient à l’obtention des avantages auxquels on a droit lorsqu’on n’a pas du tout d’argent, elle avait décidé de me faire cadeau des quelques débentures qui lui restaient.

J’avais fait le calcul : cela représentait l’équivalent de quatre à cinq années de travail, en supposant qu’elle n’ait pas fait autre chose que d’amasser de l’argent pendant ces années-là. Une somme d’à peu près 2 000 $, par débentures de 500 $.

Une était assez particulière : celle de la Montreal Tramways qui n’existait plus depuis 40 ans. Comme Tante Rosalie avait gardé cette débenture, j’avais quand même pu toucher les 500 $, mais il avait fallu payer une commission pour les frais encourus. Pour résultat que le 500 $ était devenu 430 $. Bien sûr, il n’y avait pas d’indexation au coût de la vie, vous vous en doutez.

Personnellement et dans mon entourage, nous avions alors des revenus d’à peu près 500 $ par semaine. Ce qui veut dire que notre 500 $ avait 52 fois plus de valeur que celui de Tante Rosalie, qui m’avait offert généreusement la somme de toutes ses économies - l’équivalent de quatre années de salaire - des économies qui s’étendaient peut-être sur sept ou huit ans. J’en avais les larmes aux yeux. C’est alors que ma réflexion s’est portée sur le phénomène de l’inflation.


On a beau dire qu’il n’y a pas d’inflation, mais l’argent qu’on met de côté maintenant va tout de même subir une certaine perte. Il n’y a pas autant d’inflation qu’à un moment donné, je le reconnais, mais quand vous faites un placement de 3 ou 4 %, en réalité, vous effectuez un placement de 1 ou 2 % : parce que ces 2 000 $ que vous avez placés ne vaudront plus 2 000 $ quand vous allez les retirer. C’est désolant mais le système en est là. D’où l’intérêt de réfléchir de nouveau à la thèse de Monsieur Pollan.

Die Broke est vite devenu un best-seller dans le milieu des affaires : il a été consacré comme tel par le Wall Street Journal, d’ailleurs. Il faut dire que Stephen M. Pollan est l’un des conseillers financiers parmi les plus sages et les plus reconnus de New York.

Dans son ouvrage, il propose en somme cette révolution culturelle articulée en quatre points :

  1. Démissionnez réellement ou au moins mentalement de votre emploi;
  2. Évitez absolument de payer à crédit (pour ne pas payer des intérêts quand vous vivez à crédit);
  3. Ne partez pas à la retraite;
  4. Et surtout, quand votre vie touchera à sa fin, mourez ruiné. "

Ce qui m’a le plus frappé, c’est le quatrième point, bien sûr. Mais encore une fois, c’est difficile à concevoir parce qu’on a toujours peur de manquer de ressources ou de devenir dépendant des autres...

Pollan parle ainsi de notre époque, qui est une époque folle du point de vue économique, il n’y a pas l’ombre d’un doute là-dessus : " Les entreprises annoncent des profits records et continuent de dégraisser. Plus rien ne garantit votre emploi. Alors démissionnez. Au moins mentalement. Abandonnez toute idée de loyauté envers votre employeur qui, depuis longtemps, n’en fait plus preuve envers vous.

- Il y a du vrai là-dedans. [rires]

Soyez sans cesse sur le départ - si vous l’êtes, vous n’avez plus peur d’être licencié. Ne vous installez pas dans un plan de carrière. Adoptez l’état d’esprit d’un immigrant. - C’est intéressant parce que dans Le Dictionnaire du 20e siècle, Jacques Attali parle justement de l’être du troisième millénaire qui sera un " migrant ", c’est-à-dire quelqu’un qui n’aura de racine plantée nulle part. - L’argent n’est pas une fin, continue Pollan. Il doit simplement vous permettre d’atteindre vos buts personnels. Voyez votre emploi comme une machine à vous acheter du temps et du bonheur. "

Second précepte : N’utilisez plus votre carte de crédit. " Cela avait un sens au temps de l’inflation, explique Jean-Paul Dubois dans Le Nouvel Observateur, mais aujourd’hui avec un taux ramené au plus bas, un marché immobilier plutôt à la baisse, des revenus peu reluisants et souvent stagnants, mieux vaut éviter d’avoir recours à l’endettement. " Si vous utilisez votre carte de crédit, mais que vous payez très régulièrement, vous êtes un mauvais consommateur du point de vue de l’économie. Mais ne croyez pas que l’économie repose seulement sur vos épaules : vous n’êtes pas obligé de vous endetter pour aider l’économie à survivre. Il y a des gens qui sont d’une grande bonté de cœur et qui se disent : " Je paie 18 % d’intérêt sur ces cartes-là, mais ça fait vivre du monde : plus ils font de l’argent, plus ils créent des emplois. " Ce n’est pas vrai. Actuellement, plus ils en font messieurs, dames, plus ils mettent de monde à la porte. Ce qu’on pensait autrefois c’est fini. Il faut accepter parfois de prendre un coup de vieux, vous comprenez. Même quand on est jeune…

Pollan rappelle d’ailleurs la question de la retraite. " Oubliez la retraite ", conseille-t-il. Ça fait longtemps personnellement que je le dis. Oubliez ça, c’est un appauvrissement pour ce qui est de l’expérience humaine à l’intérieur des entreprises, d’une part. Ça peut être agréable pour certains, qui jouissent beaucoup de leur retraite, mais il y en a d’autres qui ont toujours l’impression d’être en train de mourir d’ennui. C’est d’ailleurs ce qui finit par leur arriver au bout du compte. Pollan souligne qu’on a institué l’âge de la retraite à 65 ans parce que l’espérance de vie était de 63 ans à l’époque : on ne prenait donc pas beaucoup de risques. Mais aujourd’hui, l’espérance de vie tourne autour de 75 et même 78 ans. " Désormais, votre travail le plus éreintant sera de pousser des boutons de téléphone ou de taper sur un clavier. Alors quel que soit votre âge, vous serez toujours productif. Votre activité vous stimulera intellectuellement et les revenus qu’elle vous rapportera compenseront la faillite des caisses de retraite. [rires] Puis quand le moment sera venu, quand un à un tous vos écrans s’éteindront, quand vous toucherez au but de votre vie, il ne vous restera plus qu’à vous vanter de mourir ruiné ", dit-il.

" Ambitionner d’être l’homme le plus riche du cimetière fait enrager Pollan, écrit le journaliste. ' Plutôt que d’accumuler des biens en quête de je ne sais quelle immortalité, dit Pollan, profitez de vos avoirs de votre vivant, jouissez de vos biens, offrez-vous des plaisirs, et aidez vos proches très tôt."

Ce qui est sympathique dans sa démarche, c’est qu’elle n’est pas égoïste.

"Donner 10 000 $ à votre fils quand il a 25 ans, peut l’aider à s’acheter un petit appartement. Si vous lui léguez la même somme à votre mort, il aura 50 ans et il s’en servira pour s’offrir un simple voyage en Europe. Ce n’est pas la même chose. Si vous gérez intelligemment votre patrimoine pour mourir ruiné, croyez-moi votre vie sera belle. " [rires]

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Frédéric Myers

Le mercredi, j’aime bien réserver un espace pour recycler quelques penseurs qui risquent de sombrer dans l’oubli, même s’ils ont encore beaucoup à nous apporter. Aujourd’hui, il en est un dont j’aimerais vous parler et qui n’est pas très connu : Frédéric Myers, que j’ai découvert accidentellement à travers certaines recherches en psilogie - les phénomènes d’ordre psilogique, c’est-à-dire télépathie, télékinésie, les perceptions extrasensorielles, prémonition, etc.


Déjà, à la fin du 19e siècle, il y plus de 100 ans maintenant, des chercheurs se sont regroupés pour mettre sur pied les premières sociétés de recherche psychique. Il y en a une qui s’est créée en France et qui existe peut-être encore - je n’en sais rien - , composée de scientifiques à la recherche de phénomènes psychiques. Certaines se sont formées aux États-Unis et également en Angleterre. Les plus importantes sont celles d’Angleterre, je pense. Camille Flammarion, qui était un célèbre astronome, a aussi écrit un livre sur la vie après la mort, dans lequel il a fait état des recherches qu’il a poursuivies tout au long de sa vie. À cette même époque, certains chercheurs ont mis au point des instruments de mesure pour tâcher de capter la présence d’esprits, entre autres : ça n’a pas brillamment marché, mais parmi eux, on compte Marie et Pierre Curie, des étoiles de l’histoire de la science. Chez les Américains, William James est probablement l’un des penseurs américains les plus cités sur la question.

Pour revenir à Myers, j’ai voulu en apprendre un peu plus sur lui. Voici ce que j’ai trouvé dans le Quillet : Myers (Frédéric William Henry) (1843, 1901), né à Keswick (Cumberland), littérateur anglais connu surtout pour ses études psychiques.  Entre autres, on parle d’une étude qu’il aurait faite sur les hallucinations télépathiques.

Pour vous situer, on est à la fin du siècle dernier : c’est donc aussi l’époque de Freud. On raconte qu’il y avait opposition entre la vision de l’inconscient telle que proposée par Freud et celle de Myers. Et c’est précisément l’intérêt qui m’amène à parler de lui aujourd’hui. Pour simplifier, je vous dirai que Sigmund Freud parlait de l’inconscient comme d’un réservoir refoulé depuis l’enfance, un dépotoir disaient certains. Alors que Frédéric Myers proposait de l’inconscient une vision beaucoup plus positive : il le considérait comme une véritable mine d’or.

D’après :

HARMAN, Willis et RHEINGOLD, Howard. Créativité transcendante, Éd. De Mortagne, 1992.


Deux auteurs se sont intéressés à ces concepts opposés de l’inconscient. On trouve le résultat de cette étude dans leur ouvrage intitulé Créativité transcendante, dont j’ai eu la joie d’être l’éditeur-conseil. Il s’agit de Willis Harman, qui était le président de l’Institut des sciences noétiques créé par Edgar Mitchell, et de Howard Rheingold, aujourd’hui très connu chez les internautes de grand abattage, parce qu’il est l’un des pères du virtuel, du Net, etc. Je vous communique quelques extraits de cet ouvrage.

" Dans le domaine des sciences psychologiques, peu de théories sont aussi bien établies que la découverte, ou plus exactement la redécouverte que seule une infime partie de l’activité mentale totale se déroule dans la partie consciente de l’esprit, alors qu’une vaste portion s’effectue quelque part dans l’inconscient. […] Une partie de cette activité hors du conscient se trouve, pourrait-on dire, dans l’inconscient profond et nous n’en prenons conscience que par déduction. Une autre partie, par contre, est partiellement accessible à la perception consciente dans certaines conditions et cet accès peut être facilité par l’attention portée aux sentiments et aux émotions, par l’imagerie visuelle, ou encore par le rêve, la méditation, l’entraînement au biofeedback, etc. […]

" Il semble y avoir quelque chose de presque inconscient dans la façon qu’ont la plupart des gens d’ignorer l’existence de leur inconscient. Pour la majorité d’entre eux, le mot inconscient, lorsqu’il est utilisé en tant que nom, suggère une région où sont cachés toutes sortes de souvenirs et de désirs qu’ils ont rejetés ou qu’ils refusent d’admettre. Notre culture ne nous a jamais encouragé à penser au côté créatif de notre inconscient, et ce parti pris se trouve reflété par la pensée scientifique.

" L’un des premiers et des plus importants conflits à survenir dans l’histoire de la recherche humaine a opposé deux concepts de l’inconscient, soutenus par deux personnages que nous pouvons identifier, au risque de trop simplifier, à Sigmund Freud et à son contemporain beaucoup moins connu Frédéric W. H. Myers.

" Freud a fondé ses théories de l’inconscient sur ses années d’observation du processus psychanalytique. Les gens qui lui fournissaient la substance de ses théories étaient ou bien névrosés ou bien psychotiques - Une information à retenir, c’est très important. - Par conséquent, le concept freudien fut très fortement influencé par ses origines, issu qu’il était de l’étude de la psychopathologie. Ce point de vue mettait en évidence le rôle négatif de l’inconscient, son rôle inhibiteur quant au plein épanouissement du potentiel individuel. Selon Freud, l’inconscient était rempli d’horribles souvenirs et de pensées refoulées qu’une espèce de censeur intérieur dissimulait à la perception consciente.

" Myers, pour sa part, avait fait ses Humanités à Cambridge. Le concept qu’il avait de l’inconscient insistait plutôt sur le rôle de celui-ci comme source de l’intuition et de la créativité. Ainsi qu’il le disait lui-même, on peut considérer l’inconscient soit ' comme une mine d’or, soit comme un dépotoir '. Selon Myers, la source de tous les trésors culturels les plus prisés par notre civilisation - l’art, la religion, l’invention - s’y trouvent aussi.

" Dans un livre écrit en 1903 intitulé Human Personnality and Its Survival of Bodily Death - cela pourrait se traduire par La personnalité humaine et sa survie après la mort du corps –, Myers dressait une carte audacieuse d’une vaste région que la science n’avait encore que très peu explorée. Elle englobait des phénomènes comme l’étude des processus inconscients, le sommeil et les rêves, l’hypnose, la créativité et l’inspiration, les phénomènes psychiques et les témoignages de survie de la personnalité après la mort physique. "

Puis, les auteurs mentionnent William James, le père de la psychologie aux États-Unis. "  Il tenait le travail de Myers en très haute estime, écrivent-ils, et il était ' enclin à penser que Frédéric Myers serait toujours considéré, en psychologie, comme le pionnier qui aura délimité de vastes zones des régions mentales sauvages et qui y aura planté le drapeau de la science authentique '. Mais, comme le précisent Reingold et Harmann, l’histoire en a décidé autrement.

Le concept de l’inconscient en tant qu’élément plutôt répugnant de la nature humaine et comme source fréquente de maladie et de terreur, s’harmonisait mieux avec les idées du 19e siècle, celles de la faiblesse et des limites humaines. […] Avec le temps cependant, certaines des subdivisions relevées par Myers attirèrent l’attention de la science. "

En conclusion, disent les auteurs : " Il est probable qu’à long terme les deux écoles auront eu raison, car elles auront décrit chacune un aspect différent d’un même phénomène. "

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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