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Émission du mercredi 16 décembre 1998 |
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Les brèves... |
On a retrouvé lautre moitié de lunivers! |
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Il faut apprendre à penser grand, à sortir un peu de notre quotidien. Il sagit des résultats dune observation du cosmos qui a duré six ans. On a observé des millions détoiles appartenant aux Nuages de Magellan, deux petites galaxies voisines, pour en déduire que ces étoiles seraient au nombre de 400 milliards autour de la Voie Lactée, soit deux fois plus que les étoiles que nous connaissions et léquivalent de la moitié de la masse manquante de notre galaxie. On se savait pas où elle se logeait, mais maintenant, on peut dire quon a retrouvé la moitié de lunivers.
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Réflexions sur la publicité provocatrice de Toscani |
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ROMON, Philippe. " Faut-il brûler les provocateurs? ", Lévénement du jeudi, 15 au 21 octobre 1998. |
Depuis un bon moment, Oliviero Toscani continue de faire du bruit. Vous savez de qui il sagit? Toscani est le publicitaire qui travaille pour Benetton et qui a lhabitude daller chercher ses modèles et ses photographies dans des conditions incroyables : il a affiché lhomosexualité, le racisme, et récemment il a affiché les trisomiques. Les gens se posent des questions mais, en tout cas, les parents des trisomiques et leurs associations se disent ravis de la démarche : tout ce qui contribue à lever le voile immature du tabou est bienvenu pour ces gens, bien entendu. On a demandé à Toscani : " Vous avez encore réussi à choquer, nest-ce pas? " Il répond : " En quoi? Vous acceptez que des handicapés aient une carrière sportive, mais dès quon touche à la mode, cest choquant! Les handicapés mentaux ne sont peut-être pas ceux que lon croit : je connais plus dun top modèle mentalement déficient " [rires] Il na pas le sentiment de voler leur image aux enfants trisomiques et fait remarquer: " Je les montre dans un environnement positif, en présence de gens qui les aident. Il sagit dune campagne publicitaire gaie, qui donne deux une image favorable.- Mais lobjectif est de vendre des vêtements - Croyez-moi, si les publicitaires étaient certains que les handicapés font vendre, il y a longtemps quon en verrait dans toutes les campagnes! - Cest donc vrai! Il ajoute : - Ce que je fais, cest de la communication : je me mets au service des trisomiques pour exposer leur condition. " Personnellement, je pense quil a probablement raison. Mais tout de même, cest un provocateur, il ny a pas de doute là-dessus : il cherche à briser la vision conformiste quon a des choses, de la publicité en particulier. Il renchérit : " Laliénation, ce nest pas moi qui la provoque. Ce qui est réellement aliénant pour une femme, cest une publicité de Claudia Schiffer. - Il a les dents longues cet Olivieri! - Le véritable exhibitionnisme, cest dans Vogue quon le trouve. - La publicité peut tout montrer? - Oui, mais tout est dans la manière de le faire. [ ] Mon travail consiste à débusquer les camps de concentration modernes. Et notre société nen manque pas. Tout le monde a peur de nos jours, y compris dêtre heureux. Même les enfants ne sont pas heureux, ce qui, pour lhumanité, est un véritable suicide. " Un historien a fait ce commentaire : " La force de Toscani est de nous enfermer dans son discours : Vous êtes contre mes photos? Cest donc que vous êtes contre les handicapés! dit-il implicitement. En réalité, il maîtrise parfaitement lart de la propagande, et la seule façon de lever le verrou, cest de soumettre ce discours à la réalité des faits : y a-t-il, concrètement, moins de haine raciale, de sexisme, dexclusion, grâce à Benetton? " Ce critique affirme quil en doute. Mais jai retrouvé une opinion de Gilles Lipovetsky, qui analyse aussi cette tendance. On lui demande si la mode découvre la beauté des laids : " Sagit-il dune sorte desthétisme décadent fin de siècle? " À cela, il répond : " On assiste à la résurgence dun phénomène de longue durée qui remonte à lesthétique romantique du 19e siècle. Cet esthétique sest prolongé au 20e siècle avec Marcel Duchamp, pour qui lart na pas de limite. - Et cest à cela que je voulais en venir - Lart moderne montre ce que nous ne voulons pas voir. Ce mouvement part dun refus de lesthétisme préformé - On pourrait dire " conformé " également. - Il est normal que la mode sen empare, puisquil lui faut sans arrêt trouver une originalité, une manière de se distinguer. [ ] Benetton fait porter ses pull-overs par des trisomiques, et alors? Le public nest pas dupe. Il sait très bien quil sagit, en effet, de publicité. Pour autant, il aura été touché par ces corps et ces visages déformés par la maladie, cest lessentiel. " Je dois dire que cest mon cas : au lieu dêtre dégoûté, jai été très touché par cette image. Peut-être parce quon nen voit pas beaucoup de ces photographies de trisomiques. Et puis, ça donne à penser. |
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A. J. " Le livre de la semaine ", Le Point, 9 mai 1998.Et SALDMANN, Frédéric. Libre de maigrir, Éd. Ramsay, 1998. |
Maigrir grâce au savoir-vivreLibre de maigrir, un ouvrage du docteur Frédéric Saldmann paru aux éditions Ramsay. Je me jette sur ce genre de livres tout le temps, vous comprenez. On ne sait jamais, on va peut-être apprendre quelque chose " Dans la société, la courtoisie oblige à attendre que tous les convives soient servis avant de commencer son assiette, à ne prendre que des doses raisonnables, explique-t-on dans cet articulet, à poser ses couverts entre deux bouchées, à essuyer sa bouche avant de boire, autant de gestes qui font durer le repas et limitent les quantités ingérées. " En dautres mots, si on était plus poli, on grossirait moins! [rires] Il y a aussi le fait de se servir de plus petites assiettes qui, apparemment, aide beaucoup à moins manger. " Lattitude joue aussi. Pour ce spécialiste, on ne peut que déguster - et non sempiffrer - si lon tient sa fourchette par le haut du manche, et si on laisse une certaine distance entre son corps et la table. Autres conseils : boire de leau gazeuse à table parce que le sentiment de satiété arrive plus vite car les bulles augmentent la pression dans lestomac. " Je ne suis pas trop sûr de ça mais cest ce que Saldmann suggère. On affirme plus loin, dans le commentaire de son livre que " marcher une heure par jour, cela suffit pour perdre cinq kilos par an, sans autre effort. Et dormir dans une chambre fraîche, bien aérée, pour consommer davantage de calories durant la nuit. " Cest bien ça : libre de maigrir en économisant sur le chauffage |
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Le conditionnement des
individus
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" Sommes-nous conditionnés ", un dossier paru dans Ça mintéresse, 1998. |
Au fond, ce dont on parle ici, cest du reflet dune époque. En grande partie, si je pense comme je pense et si je vis comme je vis, cest parce quà cette époque donnée, qui est la mienne, je suis le courant. Je vais dune certaine façon, qui est celle de mon époque. Cest à la fois personnel et collectif. Par exemple, si je prenais conscience de tous mes conditionnements et que je les éliminais, disons théoriquement, que resterait-il? Moi? Mais est-ce que la partie conditionnée nest pas aussi moi, dune certaine façon? Comme vous voyez, la question est extrêmement complexe. Il y a des comportements qui sont instinctifs, comme lorsque jentre dans une pièce et que le cadre de la porte est un peu bas, je vais baisser la tête machinalement. " Ce comportement mécanique est le résultat dun conditionnement inconscient, mais efficace, lié aux chocs que, dans notre enfance, des situations analogues ont dû nous occasionner ", peut-on lire dans un dossier du magazine français Ça mintéresse. Cest la souffrance qui nous fait apprendre, dit-on; " Ne touche pas à ça, bébé, cest chaud. " Et peu après, suit un : " Wouuaaaa! " Une fois! Deux fois! Trois fois! Cest ça lapprentissage. Et ça continue tout au long de la vie : dans les apprentissages de comportements sociaux, comme dans le savoir-faire complexe. Il est extrêmement important de savoir bien se conduire en société, den respecter les normes. Mais le danger, cest de trop respecter les normes, car on risque alors de tomber dans la " normose ". Cest un néologisme qui a été inventé, bien sûr, pour illustrer cette espèce de malaise qui sinstalle chez les gens qui ne peuvent plus rien faire sans être comme tout le monde : " Tout le monde le fait, fais le donc! " Et je ne parle pas seulement dinstinct, de comportements instinctifs mais de comportements culturels également. Il est important, pour vivre en société, de participer, dans une certaine mesure, des consensus dune société mais jusquoù doit-on aller si on souhaite quune part de soi reste libre? Sur cette question, des sociologues se sont prononcés. Serge Moscovici, par exemple. Vous vous rappellerez peut-être de lui : il a été à lorigine dun magazine qui sappelait Le Sauvage et, avec Willem Doise, a écrit : Dissensions et consensus, un ouvrage paru aux Presses universitaires de France (PUF), dans lequel on découvre que les groupes minoritaires jouent un rôle fondamental dans lévolution des normes sociales de pensée et de comportement. Comme le vote des femmes, labolition de lesclavage, les innovations scientifiques et artistiques. Les groupes minoritaires se trouvent en quelque sorte à remettre en question certaines normes sociales, en apportant de nouvelles conduites, de nouveaux comportements, de nouvelles attitudes qui sont appelés à devenir de nouvelles normes. Il faut constamment se remettre en question. Si cela nétait pas vrai, combien de choses nauraient pas évolué. Par exemple, le vote des femmes qui a marqué lhistoire de lOccident, en particulier, et de la démocratie. Mais tout nest pas simple pour autant : il faut compter sur la pression de lopinion majoritaire qui crée une tension entre les dissensions affichées par la minorité et le consensus de la majorité. " La pression de lopinion majoritaire est telle quil est difficile de sy soustraire sans être taxé de déviance et risquer lexclusion. " Ce nest pas toujours exprimé clairement mais ça revient à dire : " Lui, on ne lui parle pas parce quil ne pense pas comme tout le monde ou quil nagit pas comme nous ou encore parce que ses valeurs ne sont pas partagées par les autres membres de sa profession ou de son milieu. " Tant et si bien quon évite sa compagnie, parce que cest un homme ou une femme qui appartient à la tendance " dissension " par rapport à la tendance " consensus " " ' Nous percevons dautant moins les normes qui nous gouvernent quelles occupent une place importante dans notre vision du monde, observe J.-L. Beauvois, professeur de psychologie à luniversité de Grenoble. - Plus cest important, moins on en est conscient. - Nos sociétés démocratiques ne facilitent pas la clairvoyance. Elles donnent limpression que lon croit ce que lon croit parce que cest vrai, plutôt que parce que cest ce quil faut croire. ' " Une réflexion qui nous oblige encore une fois à remettre en question nos opinions Dans les années 1950, on étudiait beaucoup ce phénomène dans certains manuels, comme celui de Jacques Ellul, un analyste de la propagande et, en particulier, des propagandes auxquelles lhomme moderne est livré, daprès lui, sans défense. Les Propagandes, cest le titre de son ouvrage dailleurs. Pourquoi " sans défense "? Parce que nous sommes soumis à un bombardement dimages incessant. Notre société, on peut se le demander, se dirige-t-elle vers un conditionnement sans précédent? Il est évident que dans les sociétés passées, on nétait pas à ce point bombardé dimages qui sont de nature à nous conditionner, à nous faire penser dans une certaine direction. Bien que les gens étaient conditionnés aussi, mais peut-être avec moins de moyens et parce que la démocratie était moins avancée Je ne sais pas. Cest une question complexe quon soulève de temps en temps. En tous les cas, Ellul affirmait que nous sommes sans défense dans le monde où nous vivons. Cette idée a dailleurs été reprise par le philosophe Herbert Marcuse. Vous savez que Marcuse était lun des inspirateurs des mouvements contestataires des années soixante? Les fameux trois " M " à lépoque : Marx, Marcuse et Mao. Marcuse soulignait les dangers dune société unidimensionnelle : on croit quon est pluridimensionnel mais comme tout va dans le même sens, que tout est dominé par léconomie, ça finit par être une vision unidimensionnelle du monde " où les médias influencent nos gestes et nos pensées les plus rationnelles. " De son côté, Monsieur Lipovetsky, auteur du Crépuscule du devoir (Gallimard) souligne : " Les grands débats idéologiques, théologiques ont disparu. Délivré de ses carcans, chacun peut être plus autonome et créer sa propre hiérarchie de valeurs. " Oui, je sais bien que cest complètement à lopposé de ce que pensaient Jacques Ellul et Herbert Marcuse, mais cest bien là lintérêt dune réflexion, lavantage de considérer des points de vue différents. Un autre exemple mis en valeur par le sociologue : la mode. " Traditionnellement le lieu du conformisme le plus flagrant, elle imposait un uniforme à des générations entières, dit-il. Aujourdhui, chacun veut avoir son propre look. Les consommateurs ne sont plus passifs. " Cest curieux, jai pourtant limpression que, par groupes, tout le monde finit par se ressembler quand même. Jai résumé un propos qui sinspirait de lun de ces articles-mosaïque portant sur une question qui me paraît très importante : le conditionnement des individus et la menace de se retrouver victime de la " normose ". Ne soyez donc pas trop normaux! |
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Louis Pauwels : la méditation et laction |
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Il y a de ces gens dont je mennuie, après leur départ dans lau-delà. Cest ainsi que je réfléchis à Louis Pauwels, décédé il y a peu de temps - deux ans maintenant - , et à qui je dois beaucoup. Non pas que je le connusse si bien que ça. (Ah! Jai enfin pu placer mon subjonctif du mois!) [rires] En fait, je lai rencontré à quelques reprises lorsquil était mon patron alors que je travaillais à Paris, pour Art et Spectacle. Ensuite je lai suivi de loin, à travers la revue Planète, et à travers ses ouvrages. Certains dentre vous se rappelleront sûrement de Planète, cette collection de revues fabuleuses. Je lai ensuite revu à quelques reprises à Montréal. Ce qui me reste de lenseignement de Pauwels, cest le rapport quil établissait entre la méditation et laction. Il faut dire que cétait un homme daction qui accordait beaucoup dimportance à la spiritualité, au sens large du terme. Je ne lai pas suivi dans son aventure plus politique, notamment lorsquil était directeur du Figaro. Il saffichait plutôt comme un homme de droite, mais je vous avouerais que la gauche et la droite françaises ne signifient plus grand-chose pour moi depuis très longtemps. |
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PAUWELS, Louis. Comment devient-on ce que lon est, Stock, 1978. |
Dans Comment devient-on ce que lon est, je retrouve, par exemple, des réflexions comme celle-ci : " On peut être spiritualiste et pour le progrès des connaissances et des techniques. On peut concevoir lascension de lhumanité et nêtre pas égalitariste. Vous me voyez donc en opposition avec deux traits dominants de lépoque : la contestation du progrès et légalitarisme. " Non pas légalité mais légalitarisme. Plus loin, il y a cette formule que je trouve étonnante : " Lhomme antique - Pauwels était très proche de penseurs comme Sénèque, Marc Aurèle, des stoïciens en particulier - , à rebours, pensait que lâme nest pas donnée : elle sacquiert par lexercice des vertus. Lhomme antique voyait juste. De même quil ny a pas damour sans volonté de lamour, il ny a pas de guide intérieur sans volonté davoir un guide intérieur. Lhomme antique plaçait en premier les vertus civiques, la force du caractère et la capacité davoir en soi-même quelque chose qui mérite notre propre respect : une noblesse intime. Disons : cette chose mystérieuse, inatteignable, indestructible - la qualité. " La qualité de lêtre. Il se confie, plus loin : " Plutôt tourné vers la méditation, jai beaucoup agi. Dans la presse, lédition, à la radio, à la télévision, je me suis trouvé mêlé à beaucoup daffaires, au sein ou à la tête de beaucoup déquipes. Bref, jai été ardemment séculier. Je continue de lêtre. [ ] Est-ce que je suis en contradiction avec moi-même? Non, je ne le crois pas. Je suis ceci et cela, un méditatif et un actif, un homme de la distance et un homme de la participation. Un homme de lhorizontal et un homme du vertical. Avec, je crois, quelque chose dessentiel à lintersection des deux lignes. Je pose un et je retiens deux. " Il a lu la Bhagavad-Gîta à quelques reprises et il disait beaucoup de bien de ce livre sacré de la tradition hindoue : " Pour moi, cétait plus important que la Bible. Ce lest toujours. Cest le yoga de laction. Lenseignement capital pour assumer la dualité, le faire et le non-faire, lêtre là et le nêtre pas là. " Il rappelle plus loin le thème de départ de la Bhagavad-Gîta : lhistoire dArjuna, chef de guerre. Cest une belle métaphore, vous allez voir. Les armées se font face avant le combat. Le conducteur de son char, qui est en réalité le dieu Krishna, fouette les chevaux et entraîne Arjuna " Et là, Arjuna, considérant ses ennemis, découvre que ce sont des parents, des frères. Quoi! Il va répandre leur sang! Peut-on agir quand vous est révélée labsurdité de laction? Combattre quand on a compris linanité du combat? Alors commence lenseignement de laurige - le dieu qui dirige le char tiré par les chevaux. Toute action est lobjet de doute. Et cependant, tu es là pour agir. Tu as été mis au monde pour ce combat. Combats donc, puisquil le faut! Mais garde les mains blanches. Gagne, mais sois indifférent à la victoire. Agis, mais sans tattacher aux fruits de laction. Plonge dans ce bruit et cette fureur - une formule de Shakespeare, ça - , mais avec une part de toi hors de ce monde, dans la sérénité. Agis, détaché de laction, chef de guerre et roi de paix. Dans un instant, tu vas lancer ton armée : un indistinct tourbillon pour qui assisterait à ce combat dune haute montagne, un mouvement du sable remué par le vent. Tout est sans doute illusion. La seule réalité est la guerre sainte quen ce moment tu mènes contre toi. Pour surpasser toute contradiction. [ ] " On peut faire un commentaire sur laction et sur la distance par rapport à laction. Sur lengagement, et sur lindifférence au sein de lengagement. Sur lart dêtre à la fois la roue mobile et le moyeu immobile de la roue. Sur la possession de soi et la mobilisation dans le siècle." Cest une image quon retrouve souvent chez Joseph Campbell. Se représenter lêtre humain comme une roue dont le pourtour tourne et plus le mouvement séloigne du centre, plus elle tourne rapidement et plus fort elle se heurte à la route. À lintérieur de lêtre, il y a aussi le moyeu immobile. Il faut donc être les deux : la roue qui tourne en périphérie dans laction et le moyeu de la roue qui est immobile au centre. " Je viens de résumer à gros traits. Mais depuis 40 ans, affirmait Pauwels, limage dArjuna me tient compagnie - Et je dois dire que je ne sais plus maintenant, avec le recul, si je tiens cette image dArjuna de Pauwels, ou si je lai découverte autrement, mais elle me tient également compagnie depuis longtemps. - Cest limage centrale de toutes les chevaleries - coincées entre la nécessité dêtre à la fois engagées dans laction et identifiées au moyeu immobile. - Je me bats du mieux possible, dans les affaires du monde où je me trouve engagé. Et je pense ny être pas engagé par accident, mais par destin. Je peux subir les fatigues de laction. Je ne peux pas être englouti par laction. Parce que ni le succès ni léchec ne peuvent rien, finalement, contre moi. Bien entendu, il y a les bulles de vanité et lacide des blessures. Mais arrive toujours le moment où je me souviens que " je " est un autre. " Cette dernière formule est de Rimbaud, et laisse sous-entendre que le " je " à lintérieur de moi, ce nest pas moi : cest lAutre en soi. Pauwels cite aussi, évidemment, Marc Aurèle, lempereur romain du troisième siècle après Jésus-Christ, qui est lun de ses maîtres : " Je le lirai encore longtemps, si les dieux me prêtent longue vie. Il est laction et le détachement réunis. Lengagement et le non-attachement. " " Aujourdhui, écrit-il encore, je me suis défait de tout embarras. Et cet embarras ne métait pas extérieur, mais intérieur. Cétaient mes opinions. Voyez ce chef dun monde qui se dépouille de toute opinion, pour sétablir, hors des siècles, dans la transparence du guide intérieur. Quest-ce que notre regard sur les choses du siècle? Et que valent les opinions qui nous en viennent? Ce nest pas ce que nous regardons qui compte, cest le lieu, en nous-mêmes, doù nous regardons. " On pourrait terminer sur cette citation de Marc Aurèle : " Cest une citadelle que lintelligence libérée des passions ." Belle matière à réflexion extraite dun ouvrage de Louis Pauwels qui sintitule Comment devient-on ce que lon est, publié chez Stock. Comme cela date de 1978, vous aurez peut-être plus de chance de le trouver dans les bibliothèques. |
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