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Émission du lundi 18 janvier 1999 |
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Regard neuf sur les problèmes économiques |
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Jai trouvé dans le dernier numéro de LActualité, un supplément Économie et Finances, réalisé en collaboration avec World Economic Affairs qui est extrêmement riche de toutes sortes dinformations dont je me suis gavé. |
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PARÉ, Jean. "LÉtat du monde ", LActualité, Supplément Économie et Finances, janvier 1999. |
Il y a entre autres, un éditorial de Jean Paré dans lequel il se pose la fameuse question : " Quest-ce qui sape la vigueur économique? " Je reviens sur cette question économique de temps en temps, parce que nous ne pouvons ignorer que nous traversons actuellement une période très exigeante, à cause de tous les changements qui se produisent dans le monde et qui affectent notre quotidien. Voyons ce quen dit Jean Paré : " Les entreprises nont jamais été aussi performantes, la main-duvre aussi bien formée et compétente, les communications et les transports, aussi faciles. Précisément, les choses vont mal parce que tout va trop bien. " Il précise : " Trop de pays, trop de firmes, produisent trop de biens, quil sagisse dacier, de produits alimentaires, de voitures, dappareils électroniques. Le monde peut acheter 50 millions dautomobiles par année. Lindustrie peut en produire 70. Lindustrie sidérurgique a une capacité supérieure du quart de celle qui répondrait aux besoins de la planète. Résultat : les prix seffondrent. Pour la première fois en 30 ans, les constructeurs automobiles ont réduit leurs prix cette année. Dans lOuest, les fermiers canadiens connaissent la pire situation depuis la dépression de 1929. Il leur en coûte plus cher pour produire le grain que ce quils peuvent en obtenir, le prix du blé ayant diminué de moitié. " Arrive ensuite la question du porc : " Et désormais, continue Jean Paré, la situation est la même pour le porc - que lon produit en abondance au Québec -, dans lOuest canadien, aux États-Unis, en Hollande, en Bretagne et même en Israël. - Ça doit être pour lexportation - Évidemment, la valeur des fermes seffondre et ne couvre plus celle de lhypothèque. Les banques sinquiètent et demandent des remboursements. Le prix du pétrole est désormais denviron 11 dollars, cest-à-dire (en dollars constants) moins cher quavant la fameuse crise des années 70, alors que les pays membres de lOPEP lavaient multiplié par 10. " La réflexion poussée plus loin, léditorialiste demande : " Doù vient cette vague de surplus? Dabord, de la révolution technologique. Linformatique et lautomatisation ont permis de produire davantage et à bien meilleur prix. Le management est aussi devenu une technique relativement simple, qui senseigne, et non plus un art que seuls quelques chanceux maîtrisaient. Les capitaux sont abondants et à la recherche des économies hot. Hélas! les revenus des consommateurs, qui possèdent déjà une grande partie de ce quil leur faut, ne suivent pas. Par conséquent, si le coût de fabrication diminue, les prix diminuent encore plus vite, mettant les trésoreries des entreprises en difficulté. " " Dans les pays producteurs de matières premières, cette déflation les déstabilise, continue plus loin Jean Paré. On la vu en Asie, on le voit au Proche-Orient. Aujourdhui, leffet est dautant plus violent quà cause des moyens de communication modernes, la déflation sétend à la vitesse de lélectricité. Cest que le savoir se répand de façon presque instantanée, et quavec la baisse des coûts, les technologies sont à la portée dun nombre de plus en plus grand de pays. Demain, ils viendront à leur tour déverser leur production sur les marchés pour améliorer leur niveau de vie. " |
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Se fatiguer dêtre soi |
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EHRENBERG. La fatigue dêtre soi, Éditions Odile Jacob, 1998.
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Lauteur, Alain Ehrenberg, est un sociologue qui dirige un groupement de recherche français appelé " Psychotropes, Politique, Société " du CNRS. Cet ouvrage est le troisième volet dune recherche dont le premier volet, paru en 1991, sintitulait Le culte de la performance; et le deuxième, Lindividu incertain, paru en 1995. Je me suis intéressé à cet ouvrage dautant plus que, sur la page du faux-titre, on trouve une petite note qui pour moi est très significative : " Ouvrage proposé par Édouard Zarifian ", un psychiatre dont jai souvent parlé à lémission et que je considère comme un mentor. Au départ, le titre ne mapparaît pas comme un titre très excitant : je le reconnais. Mais louvrage est le résultat dune démarche pour arriver à comprendre, ou expliquer le succès de la dépression. On peut lire, sur la quatrième couverture : " Croisant lhistoire de la psychiatrie et des modes de vie, Alain Ehrenberg suggère que cette ' maladie ' est inhérente à une société où la norme nest plus fondée sur la culpabilité et la discipline - qui constituent un encadrement, bien sûr, où tu nas pas à te poser de questions -, mais sur la responsabilité et linitiative. " Déjà là, on doit sattarder un peu pour comprendre de quoi il sagit. |
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Pour mieux saisir, je me suis fait un petit schéma :
Cette " maladie " serait " la contrepartie de lénergie que chacun doit mobiliser pour devenir soi-même - si peu encadrés que nous sommes. - Et si la dépression était surtout le révélateur des mutations de lindividu? " |
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Ce ne sont pas des nouvelles réjouissantes, disons. |
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" Le risque accru de faire une dépression pour les personnes nées après la seconde Guerre mondiale serait indiscutable - démontre la recherche. - Non seulement toutes les classes dâge seraient touchées, la progression étant relativement plus importante chez les hommes que chez les femmes, mais aussi les adolescents et les jeunes adultes, relativement immunisés jusquà alors, y seraient désormais exposés. Des corrélations sont établies avec lalcoolisme et labus de drogues, laugmentation des taux de suicides, surtout parmi les jeunes Blancs, et dhomicides, surtout parmi les jeunes Noirs. Or les personnes nées après 1945 sont celles qui non seulement ont la meilleure santé physique qui ait jamais existé dans toute lhistoire moderne, mais encore ont été élevées dans une période de prospérité inédite. Lurbanisation, la mobilité géographique, et les ruptures affectives quelle implique, la croissance de lanomie sociale - la perte de sens, si vous voulez -, les changements dans les structures familiales, la fragilisation des rôles sexuels traditionnels, etc., augmenteraient la teneur en dépression de nos sociétés. " Doù la formule : " La civilisation est particulièrement déprimante ". " Le poids du possible ", cest le titre de sa conclusion. " La dépression menace lindividu semblable à lui-même comme le péché hantait lâme tournée vers Dieu, ou la culpabilité lhomme déchiré par le conflit. Plus quune misère affective, elle est une façon de vivre. La seconde moitié du 20e siècle est en effet la confrontation entre la notion de possibilité illimitée et celle dimmaîtrisable. - On ne maîtrise rien, au fond, ou très peu de choses. - Lascension de la dépression a mis en relief les tensions produites par cette confrontation à mesure que le continent du permis a reculé au profit de celui du possible. " Il y a de moins en moins de choses défendues et de plus en plus de choses possibles. " De lintrouvable sujet de la dépression à la nostalgie du sujet perdu de laddiction, de la passion dêtre soi à lesclavage à légard de soi, nous avons effectué un ' voyage au bout de lenvers ', continue Ehrenberg. [ ] Les dilemmes de la culpabilité déchirent lhomme rendu nerveux par ses tentatives de saffranchir. En lan 2000, les pathologies de la personne sont celles de la responsabilité dun individu qui sest affranchi de la loi des pères et des anciens systèmes dobéissance ou de conformité à des règles extérieures. - Plus de règles, plus de sécurité. - La dépression et laddiction sont comme lavers et lenvers de lindividu souverain, de lhomme qui croit être lauteur de sa propre vie, alors quil en reste ' le sujet au double sens du mot : lacteur et le patient. ' " Je trouve plus loin la formule suivante : " La dépression dessine pour chacun le style de limmaîtrisable à lâge de la possibilité illimitée. Nous pouvons manipuler notre nature mentale et corporelle; nous pouvons faire reculer nos limites par des moyens multiples, mais cette manipulation ne délivre de rien. Les contraintes et les libertés se modifient, mais ' la part de lirréductible ' ne diminue pas. " Une conclusion très simple ici : " Il [lhomme] devient déprimé parce quil doit supporter lillusion que tout lui est possible. " Limpuissance face à cela. " La dépression est le garde-fou de lhomme sans guide, et pas seulement sa misère, elle est la contrepartie du déploiement de son énergie. Les notions de projet, de motivation ou de communication dominent notre culture normative. Elles sont les mots de passe de lépoque. Or la dépression est une pathologie du temps (le déprimé est sans avenir) et une pathologie de la motivation (le déprimé est sans énergie, son mouvement est ralenti, et sa parole lente). [ ] Défaut de projet, défaut de motivation, défaut de communication " Il y a, heureusement, des moyens de sen sortir : quand vous êtes pris par un projet, le projet vous commande; quand vous êtes motivé, la motivation vous entraîne; quand vous êtes en communication, en ouverture avec les autres, il y a une interaction avec les autres dont la contribution est précisément de rassurer, dencadrer, encore une fois. Pour ce qui est du, je pense que la solution est lencadrement et lencadrement comporte nécessairement la discipline : une discipline imposée de lextérieur cependant, parce quon ne peut pas constamment dire aux jeunes : " Disciplinez-vous! " Il faut leur fournir un encadrement pour leur éviter ce sentiment de flotter dans le monde, une impression qui conduit à la dépression. Défaut de projet donc faire des projets. Défaut de motivation donc être motivé. Défaut de communication donc être en interaction activement avec les autres. Voilà les solutions. " Le déprimé est lenvers exact de nos normes de socialisation ", conclut Ehrenberg. |
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Le pachinko |
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Sciences humaines, Nº 85, août-septembre 1998. LANGUIRAND Jacques.
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Je prenais connaissance de cette information dans Sciences humaines, un magazine qui sintéresse à la psychologie, quand je me suis rappelé avoir écrit quelque chose sur le sujet dans Le Journal de Prospéro. Je nai trouvé que ce paragraphe : " Dans une petite rue commerçante, nous faisons la découverte du rituel du pachinko. Dans de vastes salles, des centaines de machines à jeu sont alignées. Pour une somme modique, le joueur se procure un panier de billes. Après quoi, il recherche parmi les machines inoccupées celle qui lui paraît la plus ' intéressante ' : daprès ce quon nous explique, la meilleure machine est celle dont les clous ne sont ni trop serrés ni trop écartés, car il sagit de faire descendre les billes entre ces clous. Leur point de chute détermine le compte. Cette pluie de billes de métal sur fond musical plus ou moins rock se déroule tous les jours de dix heures du matin à onze heures du soir, dans les 15 000 halls - ou temples - de pachinko que compte le Japon. " Jai peut-être trouvé une explication pour lengouement que suscitent les jeux de hasard. On parle ici de la marchandisation du hasard qui serait devenue, au Japon, " un palliatif à la rigidité des conventions sociales et à laversion extrême pour le risque et lincertitude qui se manifeste dans toutes les sphères de la société et de léconomie (japonaises). " Devant trop de certitudes, trop dencadrement, on se tourne vers les jeux de hasard. Étonnante observation |
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