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Émission du lundi 1er février 1999

Presse écrite et Internet

Je vais vous parler un peu d’Internet, un sujet auquel je m’intéresse de plus en plus. Je découvre qu’il s’agit d’un phénomène tout aussi étonnant que l’invention de l’imprimerie et qui prend un essor qu’on ne pouvait pas soupçonner au début.

D’après :

LESSEUR, Jany. " La presse à l’épreuve du Net ", Le Courrier de l’UNESCO, janvier 1999.


Saviez-vous qu’il y a aujourd’hui 150 millions d’internautes dans le monde, et qu’on prévoit qu’il y en aura 300 millions en 2001? Je tiens cette précision du directeur de l’association des journaux des États-Unis, Randy Bennet. " Ces chiffres montrent qu’Internet devient un média de masse, affirme-t-il dans cet article paru dans Le Courrier de l’UNESCO (janvier 1999), que les annonceurs vont y investir de plus en plus et que les médias traditionnels vont devoir se frayer un chemin dans ce nouveau champ de l’information et du commerce. "

Dans un éditorial du grand quotidien espagnol El País, on a écrit ceci : " Tous les journaux doivent aller sur Internet. C’est un service qu’ils doivent à leur public et un moyen de promotion. Ils ne peuvent pas courir le risque de voir les lecteurs se tourner vers la concurrence. " Incidemment, savez-vous combien on peut trouver aujourd’hui de journaux numériques sur le Net? Eh bien, il y en a 3 622 qui ont été recensés dans le monde. Qui aurait cru? " En dehors des États-Unis, il en existe maintenant 1 563, contre 900 il y a un an ", note Jany Lesseur dans cet article intitulé " La presse à l’épreuve du Net ". Nous en avons plusieurs également au Canada, bien sûr.

Toutefois, malgré tous les investissements qu’ils ont réalisés, aucun journal en ligne n’est encore rentable, si ce n’est peut-être le Wall Street Journal qui a des abonnés ne recevant que la version Internet de la publication, ce qui garantit jusqu’ici la rentabilité du Wall Street Journal On Line. D’après ces gens-là, il ne s’agit pas de véhiculer le journal tel qu’il paraît. Ils sont convaincus qu’il faut que la version électronique soit différente de la version imprimée. Un des directeurs du groupe suisse Edipresse estime que les informations sur Internet doivent être brèves, livrées en continu, remises à jour à toutes les dix minutes : " Elles sont conçues, dit-il, pour être éditées dans l’édition imprimée du lendemain. "

D’après :

S & V. " L’avenir du plaisir ", Science et Vie, janvier 1999.


J’ai ensuite appris que Science et Vie, un magazine de vulgarisation scientifique, vient lui aussi de se donner un site Internet. " Science et Internet sont liés depuis l’origine, mentionne-t-on dans l’éditorial de l’édition de janvier 1999. […] Ce réseau est l’enfant prodige des scientifiques de l’accélérateur européen de particules du CERN, qui avaient besoin d’abolir le temps et l’espace. En fait, Internet nous a imposé deux défis : rester fidèles à nous-mêmes (rigueur, profondeur des textes, préoccupation de l’avenir, priorité à l’actualité) et profiter du support multimédia (rapidité, animations vidéo et sonores, immédiateté de l’actualité, encyclopédie des connaissances, réponse aux questions, forums de discussions…). " Il n’y a pas de doute : on assiste à l’expansion considérable que prend ce phénomène dans le monde.

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Vieillir... le plus tard possible

Je ne connaissais pas ce mot de Jean Cocteau qui me touche beaucoup : " Le pire avec la vieillesse c’est qu’on reste jeune. " Si parmi vous il y a certaines personnes qui ont pris de la bouteille comme on dit dans le langage populaire, qui ont dépassé la cinquantaine, disons, vous savez que c’est un fait que, tout à coup, on ressent qu’on vieillit mais, en même temps, qu’il y a quelque chose en nous qui demeure jeune. C’est le pire, en effet, comme le fait remarquer Cocteau.

D’après :

" Troisième âge : la nouvelle vague ", Le Courrier de l’UNESCO, janvier 1999.


Le mot d’ordre de l’Année internationale des personnes âgées est " Une société pour tous les âges ". L’assemblée générale de l’ONU, en lançant ce slogan, voulait attirer l’attention sur l’ampleur de la " " révolution de la longévité " et sur l’immensité de ses enjeux ", explique-t-on dans l’introduction de ce dossier du Courrier de l’UNESCO de janvier 1999. " Le " papi boom " - et surtout le " mamie boom " puisque les femmes vivent en moyenne nettement plus longtemps que les hommes - est devenu un phénomène quasi universel. Dans le monde, le nombre absolu de personnes âgées de 65 ans et plus aura été multiplié par quatre environ entre 1955 et 2025. - Remarquez, il peut se passer pas mal de chose en 26 ans. - On prévoit que leur proportion par rapport à la population totale va doubler : de 5,3% en 1965, elle va passer à 10% en 2025. " Toutes choses étant égales par ailleurs. Premier point.

Un deuxième point : " Le risque majeur est que s’érige une sorte d’apartheid entre les personnes âgées et les actifs pour lesquelles elles deviendraient, en outre, un fardeau économique. Mais le troisième âge ne pourra être confiné dans un assistanat inévitablement précaire. Il doit pouvoir être à même de donner de sa disponibilité, de son expérience, de tous ses talents et sentiments en contrepartie de la solidarité qu’il est en droit de mériter. "

On parle aussi du cas des pays développés. On pense évidemment à l’avancée de l’âge de la retraite et les systèmes publics de financement des pensions - deux grandes conquêtes sociales - qui sont largement remis en cause. Le problème est plus aigu encore dans le pays en développement, où les trois quarts des personnes âgées vivront dans 25 ans. L’État défaille, les solidarités familiales se délitent, l’entraide privée reste marginale, aucun mouvement ne s’y dessine pour désamorcer cette bombe démographique. " Le risque, c’est que le troisième âge devienne un fardeau économique. Les gens de ce groupe doivent donc se battre pour ne pas être perçus comme tels et ne pas l’être non plus.

Justement, hier, je me suis arrêté pour faire le plein d’essence et j’ai rencontré, en ce lieu sacré des confidences, un homme d’un certain âge - c’est-à-dire plus âgé que moi [rires] – qui me raconte : " Ma petite fille de 18 ans m’agace beaucoup. Elle m’a dit, un jour : " Tu vois grand-père comme c’est terrible? Lorsque que nous on va entrer sur le marché du travail, il va falloir payer pour tous les vieux! " " Comme il se trouvait avec elle en face d’un établissement scolaire, il lui montre l’école et lui dit : " En attendant, tous ceux que vous appelez les vieux se sont fendus en quatre pour vous offrir ces bâtiments dans lesquels vous poursuivez des études. " On voit qu’il y a quelque chose dont on est tous conscients maintenant : la nécessité de stimuler le dialogue entre les générations. C’est évident.

J’ai trouvé dans le dernier numéro du Courrier de l’UNESCO (janvier 1999), qui est consacré en partie au troisième âge – qu’ils appellent " La nouvelle vague " - plusieurs articles très intéressants, si vous voulez vous informer ou réfléchir à cette question. Entre autres, un article a particulièrement retenu mon attention parce qu’il porte sur la représentation que l’on a, dans différentes cultures, des personnes âgées. On peut voir qu’il y a une opposition évidente entre la perception qu’on a en Occident et celle qu’on a ou qu’on avait des personnes âgées dans les sociétés traditionnelles.

D’après :

PUIJALON, Bernadette & TRINCAZ, Jacqueline. " Le sage et le fardeau ", Le Courrier de l’UNESCO, janvier 1999.


Autant vous avez de multiples raisons de vous réjouir d’être né en Occident aussi longtemps que vous êtes jeune, autant vous risquez de trouver qu’il y a de bien mauvaises raisons pour vous y trouver en prenant de l’âge. Je peux vous dire ça… Parce que la représentation de l’âgisme est tellement plus positive dans les sociétés traditionnelles - qui sont en train d’éclater de toute façon - qu’elle ne l’est dans notre société occidentale. " Elle [la vieillesse] se construit sur une réalité qui comprend des éléments d’ordre biologique, démographique, ou économique et politique. " Je prends ces précisions dans un article de Bernadette Puijalon et de Jacqueline Trincaz, deux anthropologues de l’Université Paris-XII qui abordent précisément cette question du vieillissement en fonction de ces deux types de représentation.

Il y a une réalité à laquelle on n’échappe pas. " Mais elle se construit aussi sur une représentation plus ou moins positive, inscrite dans l’imaginaire, que secrète chaque société en fonction de ses valeurs, du modèle de l’idéal qu’elle se fixe, écrivent ces deux anthropologues. Certaines cultures ont positivé la vieillesse en faisant de la croissance de l’être humain un processus permanent. " Leur explication est brillante d’après moi. La vieillesse apparaît comme la suite logique d’un parcours, d’une croissance de l’être humain perçue comme " un processus permanent où l’individu qui vieillit cumule qualités et expérience. "

Elles donnent un exemple tiré des sociétés rurales de l’Afrique traditionnelle " où la différenciation s’opère selon le critère d’âge qui instaure une supériorité des aînés sur les cadets. Les vieux y sont numériquement peu nombreux mais y jouent un rôle considérable. Dans ces systèmes où triomphent l’oralité, le savoir est l’apanage des plus anciens. Il ne s’agit pas tant d’un savoir technique, vite assimilable par tous, que d’un " savoir mythique " qu’aucun jeune ne saurait ravir. Posséder le secret du mythe, récit sacré des origines, équivaut à connaître le sens profond des choses et la Loi des pères, c’est-à-dire le principe qui régit et régule l’ordre social ", soulignent les auteures, avant de rappeler que le mythe crée le rite.

" Cette suprématie face au savoir confère aux personnes âgées un rôle éducatif fondamental. […] Ils se doivent donc de transmettre aux plus jeunes l’histoire du groupe et les règles sociales dont ils sont les détenteurs. Cette transmission se fait par paliers successifs, notamment lors de cérémonies d’initiation […]. Ils permettent aux vieux de conserver le plus longtemps possible une partie du savoir secret qui leur permet d’assurer leur hégémonie culturelle, religieuse et politique. " On pourrait dire que c’est une forme de gérontocratie, puisque ces personnes âgées ne sont pas, par définition, des gens de pouvoir mais des gens d’autorité - ce qui n’est pas la même chose. J’insiste beaucoup là-dessus parce que je considère que le pouvoir doit être entre les mains de gens d’âge moyen, mais l’autorité, il n’y a pas de mal à ce que ça soit entre des mains de gens ayant plus d’expérience. L’autorité s’exerce plutôt en fonction des grandes questions comme l’éducation, la santé, etc. Vous remarquerez qu’on retrouve des valeurs plus féminines dans l’autorité et plus masculines dans le pouvoir.

" Le vieillissement devient ainsi un processus d’acquisition, et la représentation du vieux apparaît hautement positive. " J’ai écrit une note ici en marge parce que cet article m’a fait beaucoup réfléchir. On dit que les vieux dans certaines sociétés sont perçus comme des fardeaux, alors que dans d’autres types de sociétés, ils sont plutôt considérés comme des sages. Mais peut-être que dans ces sociétés où les personnes âgées appartiennent au monde de la sagesse, c’est qu’elles se sont préparées au cours de leur vie à aboutir à ce rôle. Mais je ne connais pas dans notre société beaucoup de gens, lorsqu’ils prennent de la maturité, qui se disent : " Je dois me préparer à être un sage. " Tandis que dans ces sociétés, ils ont un projet dans le vieillissement, que nous n’avons pas nous. Notre idée du vieillissement c’est qu’il est un déclin. On s’entend pour dire que toutes les qualités pour fonctionner sont au plus fort dans la cinquantaine, ou au mieux dans la soixantaine, mais au-delà de ça, c’est le grand déclin. Dans les sociétés traditionnelles, avec l’âge on va vers une plus-value, si je peux dire, un enrichissement de la personnalité.

Mais, parfois, je ne suis pas surpris que la représentation qu’on se fait de la personne âgée dans notre société soit celle du fardeau, parce que certaines personnes âgées, effectivement, se comportent comme si elles étaient un fardeau. Elles se sentent inutiles… Mais peut-être aussi ne se sont-elles pas préparées à être utiles, en se disant que la société ne s’y prêtait pas. C’est tout le drame de la poule ou de l’œuf, finalement.

Dans les sociétés traditionnelles - pour ce qui en reste, le vieux représente la sagesse : " Il est le sage, expliquent les auteures, le modèle à atteindre, celui qui a su résister à la mort en s’inspirant des valeurs du groupe. La mort, d’ailleurs, il ne la craint pas : elle lui permettra de rejoindre les ancêtres pour continuer à être utile à la communauté en répandant ses bienfaits à l’infini sur sa descendance. Envisager la vie comme une progression permanente qui se poursuit au-delà de la mort amène à concevoir la vieillesse comme l’ultime étape d’une ascension vers la plénitude du savoir et du pouvoir. " Cela me paraît être un extraordinaire résumé de la question. Un point de vue donné par des femmes c’est bien différent, si je peux dire.

" En revanche, ajoutent-elles plus loin, les sociétés occidentales envisagent la vie humaine en périodes successives où, après des phases de croissance, de maturité, d’apogée, viennent le déclin, la chute avant la fin inévitable et irréversible. - C’est la représentation que l’on se fait de la mort, finalement, qui fait qu’on a une image négative de la fin de la vie. - Confrontées à l’allongement sans précédent de l’espérance de vie et à l’augmentation constante du nombre de personnes âgées, ces sociétés en viennent à énoncer deux mots d’ordre : prévention individuelle - en d’autres mots, arrangez-vous pour être vieux le plus tard possible! C’est le conseil qu’on nous donne et c’est le conseil que je vous communique moi aussi, d’où mon acharnement - et solidarité de tous envers les vieux les plus démunis. Prévention individuelle puisque la vieillesse n’est ni souhaitable, ni enviable; il faut tenter de retarder la chute afin de parvenir à une vie de plus en plus longue dans un état d’immuable jeunesse. - Voilà le projet, bonne chance! - Nul n’a plus le droit de gaspiller son " capital-jeunesse " mais a au contraire le devoir de lutter pour prévenir les méfaits de l’âge grâce à une bonne hygiène et au recours aux multiples moyens de la science : pilules, crèmes, chirurgie… "

Tous ces moyens ne sont peut-être que des placebos mais cela ne fait pas de tort. Si vous croyez que telle pilule vous fait du bien, prenez-là. Vous trouvez que vous avez un meilleur teint avec telle crème? Utilisez-en. " Si la prévention de la santé vise à favoriser la bonne santé, la prévention de la vieillesse vise à empêcher son avènement ", résument les auteures. La longévité en fait qu’est-ce que c’est? C’est être jeune plus longtemps. Si vous échouez à rester jeune, vous entrerez dans la phase de la dépendance.

De temps en temps, je vais reparler du vieil âge puisque c’est l’Année internationale des personnes âgées. Vous allez voir, l’âge aidant, vous aller trouver le sujet de plus en plus intéressant. [rires]

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Les OVNIS

La quête des civilisations extraterrestres prend une nouvelle ampleur, et cela tient aux deux informations suivantes : 13 planètes extérieures au système solaire ont été détectées autour d’étoiles distantes de moins de 150 années-lumière, d’une part et, d’autre part, la compagnie Rockefeller qui, sous la direction d’un professeur de physique appliquée de l’université de Stanford, a réuni en colloque à Pocantico aux États-Unis des chercheurs de plusieurs domaines qui ont conclu que les phénomènes d’ovnis méritent d’être étudiés par la science.


On en a déjà souvent parlé des ovnis à l’émission Par Quatre Chemins : peut-être avions-nous l’espoir qu’un extraterrestre finirait par aboutir dans le studio. Mais comme ça ne s’est pas produit, on est passé à d’autres sujets. Non pas parce que la question ne présente pas d’intérêt, car je vous dirai que de toutes les observations qu’on a faites des phénomènes qui peuvent se produire dans l’espace, certaines n’offrent pas d’explication scientifique.

Ce qui va dans le sens de certains postulats, ceux par exemple du programme SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence) – qui s’occupent de la recherche de l’intelligence extraterrestre – où, à l’aide de puissants radiotélescopes, les astronomes scrutent méthodiquement depuis plusieurs années les milliers d’étoiles pour voir si une émission peut être attribuée à une civilisation technologiquement avancée. On a aussi envoyé dans l’espace un sorte de capsule qui contient un tas d’informations sur nous, les Terriens, sur notre position dans l’espace, etc. et tout cela flotte dans l’espace dans un engin qui pourra peut-être se faire cueillir par une civilisation autre.

Cela peut paraître invraisemblable que des gens d’ailleurs soient venus nous visiter, mais il y a maintenant quelques hypothèses scientifiques qui tentent d’expliquer cela. C’est l’une des questions qui ont été abordées lors du colloque de Pocantico et qui ont donné lieu à des recherches. Les participants, je le précise, ont pris soin de noter qu’ils n’étaient pas convaincus de l’implication d’intelligence extraterrestre, mais les hypothèses n’ont pas été balayées d’un revers de la main. C’est un début.

On a parlé aussi de la fameuse équation que l’astronome américain Frank Drake a conçue pour évaluer le nombre probable de civilisations dans la Voie lactée. Sachez en tous les cas qu’elle se lit de la manière suivante : N= N x fp x ne x fl X fi X fe X fL. Je n’ai pas le temps de vous expliquer ce qu’elle veut dire mais c’est une façon subtile de vous inciter à revenir nous écouter à Par Quatre Chemins.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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