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Émission du lundi 29 mars 1999

  

Par 4 Chemins... de la radio à l’Internet

  

Ce matin du 24 mars, nous étions au Café électronique, au 1425 du boulevard René-Lévesque Ouest à Montréal, en train d’offrir un événement de presse, et non pas une conférence de presse. Cela me fait toujours curieux de mentionner le " boulevard René-Lévesque " et de voir que des amis sont tout à coup devenus des boulevards, des stades sportifs, des autoroutes, des écoles, des ponts, etc. Toujours est-il que, ce matin-là, je me suis retrouvé dans l’édifice qui a été celui de Radio-Canada pendant très longtemps, avant son déménagement dans l’Est de la ville, sur l’ancien emplacement de l’Hôtel Ford... ce qui est autre chose; on a beau être vieux, il faut que ça s’arrête à un moment…

  Après mon stage en Europe, en 1949, j’ai abouti dans cet édifice, et le fait de franchir aujourd’hui une nouvelle étape de ma carrière, avec l’inauguration de ce site, m’entraîne à me tourner un peu vers le passé et à revoir les étapes que j’ai traversées. Alors que j’ai butiné – que j’ai fait mon miel si vous voulez – dans les jardins de la radio pendant 50 ans avec ou pour Radio-Canada. À l’automne qui vient, il y aura, en effet, 50 ans que je fais de la radio. Quand vous pensez qu’à mes débuts, nous gravions nos enregistrements sur disques souples, c’est tout dire! Vous rendez-vous compte que nous sommes maintenant rendus à l’inauguration d’un site Internet?

Le 24 mars, donc, nous nous trouvions dans une atmosphère de mise en place technique avec des micros, des projecteurs, des caméras, etc. Messieurs, dames, vous auriez peut-être aimé être là, car c’était, à vrai dire, très sympathique : il y avait des affiches, des affichettes, des cartes postales, du joli monde, des beaux vêtements, et tout. Très très " média " dans l’ensemble. Je vous rappelle que lorsqu’on a commencé l’émission Par 4 Chemins, c’était pour quelques mois seulement. Et maintenant, au moment où elle achève sa 28e saison à la radio, on la prolonge avec ce site Internet. Pour moi, c’est comme un renouvellement, une renaissance. Je me dis même que cela aurait pu être le projet d’une vie de se dire que, un jour, on prolongerait l’émission Par 4 Chemins. D’une certaine façon, elle est devenue un peu plus encyclopédique. Ah si j’avais pu prévoir!

l’aventure du Net

Cette démarche concerne aujourd’hui non seulement ma vie personnelle, mais aussi celle de ma compagne, Nicole Dumais, qui est également la directrice de l’équipe du site Internet Par 4 Chemins. Car c’est bien d’une question d’équipe dont il s’agit. Je suis donc encore plus sensible à tout ce qui s’est passé ce jour-là, autour de midi : à toutes les difficultés, accrochages qui, au cours de ces mois de travail, se sont présentés sur la route, qui nous ont parfois fait avaler de travers, et qui, du coup, se sont évanouis. On a mis plus d’un an, vous savez, à monter ce site. Un jour, il ne restera plus que les bons moments dont celui de l’inauguration. Déjà, c’est la suite.

Toujours est-il que ce matin-là…

  Toute cette affaire a commencé grâce à l’initiative prise par Yvan Asselin, directeur de la programmation radio de Radio-Canada, qui m’a lancé un jour l’invitation d’explorer l’éventualité de prolonger l’émission Par 4 Chemins sur un site Internet. Puis, ensuite, on a commencé à franchir les étapes de cette entreprise, et je dois dire que son soutien ne s’est pas démenti au cours de cette démarche, qui n’a pas toujours été facile, bien entendu.

Nous avions aussi, d’autre part – car c’était un ménage à trois -, le soutien convenu avec François Taschereau du Groupe Fortune 1000 : nous avions besoin d’être entourés, pris en charge je dirais, du point de vue administratif et technologique, et même du point de vue moral. Pour cette rencontre avec les gens de la presse, du monde du multimédia et de l’informatique, je pense que je ne pourrais trouver mieux que de présenter l’esquisse d’un rapport à Yvan Asselin, sur cette expérience que j’ai vécue grâce à lui, sur ce cadeau qu’il m’a fait… cadeau relativement empoisonné de temps à autre.

Je suis un peu distrait tout en vous parlant car j’aimerais vous signaler que là-haut, à la première fenêtre du troisième étage, c’était le bureau de René Lévesque, en septembre ou octobre 1955. En face, il y avait les salles d’essayage. On a d’ailleurs passé un bon moment à regarder de ce côté, mais ils ont décidé un jour d’installer des rideaux… [rires] Sacré René!

La technologie de l’informatique et de l’Internet n’est pas encore parvenue au stade scientifique de son évolution, elle en est encore à l’étape de l’art primitif.

 


découvertes sur le nouveau média

La première chose que je voudrais dire à Monsieur Asselin est que j’ai fait une découverte extraordinaire, à savoir que ce qu’on dit est vrai : que la technologie de l’informatique et de l’Internet n’est pas encore parvenue au stade scientifique de son évolution. Elle en est encore à l’étape de l’art primitif. Je ne recommande pas aux gens qui recherchent la sécurité de se lancer dans une aventure comme celle-là. En revanche, à toute personne qui est désireuse de se lancer dans une aventure stimulante, je dirais qu’il n’y a rien comme de se lancer du côté de l’Internet.

Une autre découverte que j’ai faite c’est de m’apercevoir que l’émission Par 4 Chemins porte surtout sur le temps moyen et le temps long, c’est-à-dire que l’on se trouve rarement au centre de l’actualité, mais qu’on la prolonge d’une certaine façon : c’est donc un handicap du point de vue de la cote d’écoute, dit-on, quand on est au local. Mais quand on devient international, j’allais dire presque universel (gens du monde entier et d’ailleurs, écoutez-nous…), on y voit de grands avantages.

J’ai vu l’autre jour dans une publication française, dans un numéro spécial de L’Express, qu’un journaliste-producteur de la radio suisse romande dont le site s’appelle La Planète bleue a choisi le Net pour élargir une audience trop étroitement helvète à son goût. Je pense qu’il y a un peu de cet intérêt avec le site de l’émission Par 4 Chemins : c’est la possibilité de se retrouver avec une écoute considérablement élargie par la toile, de même que par les liens que l’on peut faire avec les autres sites. La question du temps moyen est très importante, selon moi, dans le sens que le temps moyen dans les émissions, par rapport au temps court, nous permet d’être à jour plus longtemps.

J’ai fait aussi cette autre découverte à propos du langage : il existe un langage Internet. Le véritable contenu d’Internet se trouve dans l’horizontal et dans la diagonale, dans la possibilité de faire des liens entre les sujets, puisque c’est un autre contenu que le contenu lui-même. Il y a un effet un peu fractal, je dirais. Cela devient presque le contenu dans le contenu. Vous avez plusieurs contenus dans un site mais les nombreuses possibilités qui s’offrent de passer d’un lien à un autre, et cela représente un autre contenu, que doit " inventer " – si je puis dire – l’internaute.

Découverte, également que j’ai faite et à laquelle je n’avais pas réfléchi au départ, c’est que, dans un site à contenu, le webmestre doit se doubler d’un secrétaire de rédaction qui doit être aussi chef de pupitre ou rédacteur en chef. Dans ce cas, il y a une question de contenu qui m’est familière, mais également une question de culture et de français. Bien que l’Internet s’apparente à l’oral, d’une certaine façon, quand il s’agit de passer de l’oral à l’écrit, l’exercice peut être extrêmement laborieux. Je voudrais dire que, dans notre cas, nous avions pris les moyens d’avoir un site qui soit pour le moins satisfaisant au niveau de la langue, qui traverse au moins trois étapes de correction. J’en profite pour lancer un message aux enseignants : ce n’est pas parce qu’Internet existe et que les ordinateurs sont à notre disposition, qu’il faille négliger des questions aussi importantes que la culture et la langue française; parce que c’est encore utile sur Internet.

J’aimerais dire aussi qu’une expérience comme celle-là est une démarche qui ne peut pas être entreprise n’importe où, et je voudrais saluer le système public de radiodiffusion qui rend possible la création d’un site comme celui-là. Je pense que tout ce que l’on fait, pour Internet surtout (encore une fois, dans le temps moyen et le temps long) s’apparente d’une certaine façon à la démarche archivistique. Pour moi, cela apparaît essentiel comme démarche que de prendre conscience de nos racines et du fait que l’on vient de quelque part.

  

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Première table ronde :
Sylvain Lafrance et Pierre C. Bélanger

  


Je voudrais maintenant vous présenter mes deux premiers invités qui sont " maison " si je puis dire : le vice-président de la radio française, de la Société Radio-Canada, Sylvain Lafrance que voici, et Pierre C. Bélanger, qui est directeur des nouveaux médias à la radio française de la Société Radio-Canada.

  
J.L. : Sylvain Lafrance, est-ce qu’il y a encore de l’espoir pour la radio avec toutes ces technologies dont on parle maintenant?
... je n’ai pas peur du tout pour l’avenir de la radio : la télévision n’a pas tué la radio, l’Internet ne tuera ni la radio, ni la télévision. D’abord, ce sont des médias qui tiennent d’une logique de masse, alors que l’Internet tient d’une logique qui me semble plus individuelle. "
Sylvain Lafrance
 
S.L. : Sans aucun doute. Très honnêtement, j’ai l’impression qu’il n’existe pas de plus beau média virtuel que la radio. Ce matin, on était à Bruxelles pour le " Jeu du Grand dictionnaire ". On se promène partout avec la radio, c’est absolument extraordinaire. Et c’est aussi un média virtuel. Je dirais que je n’ai pas peur du tout pour l’avenir de la radio : la télévision n’a pas tué la radio, l’Internet ne tuera ni la radio, ni la télévision. D’abord, ce sont des médias qui tiennent d’une logique de masse, alors que l’Internet tient d’une logique qui me semble plus individuelle. Cela me semble être un média complémentaire extrêmement important voué à un très bel avenir, mais complémentaire au rôle de la radio et de la télévision qui sont, à proprement parler, des médias de masse quasi unidirectionnels. Sur ce plan-là, je n’ai vraiment pas l’impression qu’Internet pourrait un jour remplacer la radio et la télévision. Dans un avenir prévisible, du moins. Je n’ai pas du tout peur pour la radio. Et c’est encore plus vrai pour le système public : je pense que plus il y a de l’information transmise sur le Net, plus il y a un éclatement médiatique qui se produit, plus la convergence des technologies nous amène à avoir accès à des milliers sinon des millions d’informations. Je pense que c’est important de conserver un système public très fort pour qu’il transporte sur le Net ses valeurs : les valeurs de notre société d’abord, et je crois que plus que jamais le système canadien, qui prévoit la coexistence du public et du privé, est un système important. Je pense que les valeurs sur lesquelles on a fondé la radio, il y a près de 75 ans, sont encore tout aussi importantes. Et, pour les mêmes raisons, je crois que le système public va continuer d’exister aussi.
  
J.L. : Pierre C. Bélanger, vous êtes arrivé un peu comme un nouveau dans tout cela, pas au point de vue de la communication puisque vous étiez professeur à l’Université d’Ottawa en matière de communication, mais où vous situez-vous, maintenant que vous avez mis les pieds dans la pratique quotidienne de cette entreprise?

" En se développant un parcours à partir de ses préférences, de ses priorités et de ses domaines d’intérêt, l’internaute va se " bricoler ", se construire lui-même " son " émission de Languirand. "

Pierre C. Bélanger

 
P.C.B. : Vous parlez beaucoup de temps et d’espace – temps moyen, temps long, etc. – et cela me rappelle beaucoup, parce que je suis un fidèle auditeur de vos émissions, les compagnies de télécommunication qui nous disent que la distance n’a plus d’importance maintenant. C’est du moins leur slogan publicitaire. Chez nous, je dirais que sur le plan des nouveaux médias, c’est le temps qui n’a plus d’importance, puisque toute cette notion de rendez-vous avec Internet vient en quelque sorte d’éclater. Votre site pourrait d’ailleurs en être un exemple : si je ne suis pas à l’écoute de la radio ce soir à 22h00, je pourrai, demain matin ou au cours des prochains jours, la réentendre. Donc, il y a un redéploiement à ce niveau. Dans les médias, c’est cette notion d’asynchronisme qui devient, je pense, tout à fait prioritaire dans le développement de ces nouvelles technologies : ce que j’appelle maintenant les technologies émergeantes de diffusion et de communication. J’y vois beaucoup une notion de " bricolage " aussi. Sylvain faisait référence à la notion de média de masse, et dans le domaine des nouvelles technologies, il y a maintenant la possibilité pour l’auditeur de devenir un usager : c’est-à-dire que, en se développant un parcours à partir de ses préférences, de ses priorités et de ses domaines d’intérêt, l’internaute va se " bricoler ", se construire lui-même " son " émission de Languirand. Sur ce plan, je pense que le service public – tant en radio que télé – peut apporter une contribution très importante sur le plan d’un nouveau traitement d’une matière qui, auparavant, disparaissait, était tout à fait éphémère. Avec la possibilité de la prolonger dans le temps et dans l’espace, on devient tout à fait global.
  
J.L. : Je m’en réjouis, parce que j’ai pris conscience de tout cela et cela me stimule beaucoup dans mon travail quotidien.
  
P.C.B. : À l’usage, on s’aperçoit qu’une émission comme Par 4 Chemins est une occasion extraordinaire de s’initier à l’Internet : à cause peut-être de l’idée de convergence, de rencontre de différentes idées, qui a toujours été celle de votre émission. Je pense que la logique du Net peut se permettre de se balader dans ces idées d’une façon extraordinaire. C’était peut-être l’émission qui se prêtait le mieux à l’utilisation du concept Internet, même si elle n’a pas été la première de nos émissions à arriver sur le Net.

J.L. : Je vous remercie beaucoup. Cela me rappelle que j’ai oublié de mentionner le fait que je tiens beaucoup à la citation de Confucius qui se trouve dans le portail du site de l’émission. Qu’est-ce que c’est, donc?

P.C.B. : " Je n’invente rien, je transmets. "

J.L. : Merci, je voulais vous l’entendre dire. [rires]

P.C.B. : On a bien fait nos devoirs?

J.L. : En effet, vous êtes très doués. Jolie connivence…

  

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Le site : petit tour guidé

  

Le moment est venu, à cette étape de la présentation, de faire place à Jan-Marc Lavergne, le webmestre du site qui a consacré une année de sa vie et même davantage pour parvenir à mettre tout cela en ordre. Pour mener à bien une telle tâche, il était tout à fait nécessaire qu’il ait cette culture et un intérêt pour le contenu afin d’établir des liens entre un sujet et un autre, entre un personnage et un thème, entre un thème et un autre.

 

" Au fond, je réalise que les hyperliens sont naturels chez moi : j’ai la tête un peu comme un site… "

Jacques Languirand

 Au fond, je réalise que les hyperliens sont naturels chez moi : j’ai la tête un peu comme un site… [rires] L’idée, finalement, c’était de prendre tous les matériaux de l’émission Par 4 Chemins, de les étaler, de les connecter ensemble, un peu comme ça se passe dans ma tête et comme dans d’autres sûrement. C’est donc l’exercice auquel Jan-Marc Lavergne a dû se soumettre pour arriver à placer les thèmes, les sujets, les interventions, dans un certain ordre, et à organiser les éléments d’une façon, je dirais " organique ", semblable au fonctionnement d’un cerveau. Alors, il y a aussi de lui dans le site. Et je pense que, pour l’internaute, se déplacer à l’intérieur de ce site équivaut à se déplacer à l’intérieur d’une structure mentale humaine : du fait de la culture et des connaissances de l’animateur, en partie, mais aussi de ceux qui sont intervenus, à plusieurs étapes, pour fabriquer, concevoir, réaliser cette structure sur Internet. Voici donc Jan-Marc Lavergne qui entreprendra avec vous le tour guidé du site Par 4 Chemins
La page d'accueuil du site
Évidemment, cela va être un tour d’horizon assez succinct et assez rapide car il serait difficile de présenter près de 3 000 pages et 30 mega-octets d’information en quelques clics de souris. Alors, si vous le permettez, nous allons partir de la page d’accueil du site, qui a été conçue pour satisfaire autant les visiteurs réguliers – qui pourront rapidement retracer leur parcours favori à l’aide de la barre de navigation -, que les nouveaux visiteurs qui aiment se laisser guider par les liens proposés.

Dès la page d’accueil, l'internaute peut visionner le Clip vidéo du jour, rencontrer virtuellement Jacques Languirand, ou télécharger gratuitement le thème de l’émission Par 4 Chemins " Babylone ", une musique de Pascal Languirand. Ou encore, consulter l’avant-propos de l’écrivain, animateur, communicateur qu’est Jacques Languirand; une présentation qui vise à concilier sa démarche tout au long de sa carrière avec les objectifs de ce site Internet, ou tout simplement utiliser la porte d’entrée principale suggérée qui les amène au Calendrier, qui se veut la vitrine, la façade du site et qui présente des textes sur la symbolique du Temps, des Saisons, des Mois et des Années.


Aussi, le Calendrier permet de cibler chronologiquement les émissions radiophoniques. En utilisant la date, on peut consulter le sommaire qui apparaît à gauche du calendrier pour chacune des émissions sélectionnées et ainsi choisir celle dont on voudrait lire une transcription, ou tout simplement l'écouter dans sa version audio. Si, par exemple, je me souviens avoir écouté une émission la semaine précédente ou avoir raté une émission, je peux la retrouver facilement en cliquant sur la date pour consulter la transcription de l’émission. Je peux aussi me laisser guider par les nombreux hyperliens qui vont m’amener dans les méandres du site – sans toutefois craindre de m’y perdre puisque je peux toujours revenir à mon point de départ, à partir du cadre de navigation à gauche de l'écran. Sous la rubrique Émissions radio, une liste indexée par sujet permet de retracer le contenu d'une émission sans tenir compte de sa date de diffusion. Enfin, une dernière façon de consulter les émissions "Par 4 chemins" c’est l’Audioguide qui permet, d’un rapide coup d’œil, de consulter les sommaires des émissions, et de les cibler en fonction de ses intérêts.

Dans un deuxième temps, j’aimerais vous amener dans cette autre section du site que sont Les 4 Chemins, et dans laquelle on retrouve presque l’essentiel de l’œuvre de Jacques Languirand : livres et articles publiés, conférences et chroniques qui ont été segmentés, fragmentés, découpés selon le concept trinitaire proposé par Edgar Morin – Individu, Société et Espèce –, auquel s’ajoute un quatrième chemin : la Transcendance.

En naviguant dans ces grands corridors, on retrouve des sommaires thématiques qui nous permettent de se diriger. On peut rencontrer des mentors, des maîtres spirituels, et louvoyer d’un chemin à l’autre pour alimenter notre réflexion. Je vous dirai que même après avoir travaillé toute une journée sur la mécanique de tout cela, il m’arrivait, dans mes nuits d’insomnie, d’aller dans le site pour prendre le temps de lire ce que j’avais préparé visuellement pendant la journée. Et j’ai bénéficié, comme ça, de moments de réflexion d’un apaisement total...

J.L. : Je les endors même sur Internet maintenant! Décidément… [rires]

J.-M.L : C’est plutôt le contraire : vous m’avez tenu réveillé!

Enfin, j'aimerais signaler une dernière section : le Salon des invités. Cette section est appelée à s’amplifier au fil du temps. Pour l’instant, six personnalités sont les hôtes de Jacques Languirand, mais d’autres s’y joindront afin de présenter une immense galerie de personnages tous aussi intéressants les uns que les autres.

On peut bénéficier en tout temps d'une aide à la navigation, telle que proposée ici, en cliquant sur le bouton plan du site dans la barre de navigation supérieure.

  

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Le monde du multimédia

 

Guédon, Jean-Claude ,La Planète Cyber : Internet et Cyberespace, Gallimard.

 

 

Je dois vous dire que notre intention, par cette inauguration du site, était aussi d’être accepté dans le milieu de l’Internet, dans le milieu de l’informatique et du multimédia. C’est plus difficile qu’on le croit, non que les gens soient si exclusifs, mais, sans qu’il n’y ait véritablement une religion ou une secte, il existe tout de même un code. En effet, les mondes de l’Internet, de l’informatique et du multimédia ont des valeurs et une vision communes, ou encore, des structures qui leur permettent d’échanger des visions à l’intérieur desquelles il est possible de s’entendre. Ils ont donc un vocabulaire, un langage particulier qui, s’il permet aux professionnels du milieu de créer des liens entre eux, il peut créer des difficultés pour ceux qui n’appartiennent pas à ce monde.

Comme je voulais faire état de l’amitié et de l’estime que je porte à certaines personnes qui jouent un rôle très important dans le monde de l’Internet, de l’informatique et du multimédia, c’est la raison pour laquelle, après avoir présenté notre vice-président et le directeur des nouveaux médias de la radio française de Radio-Canada, je tenais absolument à faire une place à ces gens qui sont de l’autre côté du système.

D’abord, Jean-Claude Guédon. Professeur à l’Université de Montréal et membre de l’Internet Society, M. Guédon est aussi l’auteur d’un ouvrage qui s’intitule La Planète Cyber : Internet et Cyberespace (on est d’ailleurs en train d’en faire la réédition, si je ne m’abuse). Ensuite, Hervé Fischer, qui est président du MIM, le Marché des inforoutes et du Multimédia, et depuis peu aussi le vice-président de Martin International.

  


Deuxième table ronde :
Jean-Claude Guédon et Hervé Fischer

  
J.L. : Monsieur Guédon, que je vous dise d’abord que votre livre m’a été très utile et que je le recommande chaleureusement. Je l’ai déjà fait dans une émission, du reste. J’aimerais bien savoir ce qu’est l’Internet Society, d’autant plus que Internet a la réputation de n’avoir pas de principe directeur, si je puis dire.
 

"Vous êtes en train de nous donner une jurisprudence de la réflexion, de la méditation, de la pensée, et cela va changer tout à fait le statut de vos dires. "

Jean-Claude Guédon

 
J.-C.G. : On pourrait appeler l’Internet Society une belle " mafia " ou une jolie démocratie censitaire. C’est un ensemble qui, en fait, semble vouloir diriger un certain nombre d’éléments extrêmement importants pour la vie d’Internet et qui arrive en quelque sorte à moduler, contrôler, orienter la création de protocoles, de solutions sociales possibles pour les questions de droits, de domaines, etc.

J.L. : Qui ne sont jamais posées…

J.-C.G. : Qui sont posées, mais toujours un peu de travers et par les mauvaises personnes. Alors l’Internet Society essaie de remettre tout cela dans un ensemble plus équilibré où le gens de différentes parties de notre société (les industries, les gouvernements, les citoyens) peuvent se parler les uns avec les autres et établir des rapports de force un peu plus équitables.

J.L. : Ce serait donc, d’une certaine façon, un corps consultatif?

J.-C.G. : Oui, parce qu’il n’a aucun pouvoir réel, sinon une espèce de pouvoir de prestige, une autorité toute morale. Par exemple, Ican devrait actuellement pourvoir pour l’avenir de nombreux domaines, mais la Internet Society peut faire énormément de choses pour orienter Ican dans de bonnes directions.

J.L. : Vous vouliez parler du temps aussi, non?

J.-C.G. : Oui, tout à fait. D’abord, parce que je suis tombé sur votre méditation sur le temps, le temps intérieur, la vie profonde de l’être; et une chose qui m’a frappée dans ce qu’on a dit jusqu’ici sur Internet et sur la radio, c’est cette extension de puissance dans l’espace et le temps qui d’abord, me conduit à une sorte de métaphore un peu risquée qui vous fera peut-être sourire : j’ai envie d’appeler Internet le " Viagra de la radio ".

J.L. : [rires]

J.-C.G. : Mesdames, ne fantasmez pas trop! Encore que… Cela dit, Monsieur Bélanger a bien posé un certain nombre de problèmes, mais j’aimerais pousser un tout petit peu plus loin, car il y a quelque chose de subtil qui est en train de se passer. En vous rendant accessible à travers un calendrier qui est comme une carte du temps, on peut maintenant naviguer dans le temps avec Internet. Alors non seulement on se donne une archive, bien sûr, mais quand le temps ne s’échappe plus, quand le document peut toujours être trouvé, on se dote aussi d’une jurisprudence : vous êtes en train de nous donner une jurisprudence de la réflexion, de la méditation, de la pensée, et cela va changer tout à fait le statut de vos dires. La radio, qui jusqu’ici était une parole qui s’évanouissait dès qu’on la prononçait, est en train de se transformer en système jurisprudentiel : une mémoire qui ne s’éteindra plus et qui risque de jouer, par conséquent, un rôle de plus en plus important sur l’infléchissement progressif de nos vies sociales, culturelles et politiques.

J.L. : Eh bien, je vous dirai, dans le sens de votre réflexion, que je me suis rendu compte depuis peu que j’exerce une certaine forme d’autocensure maintenant sur mes propos : depuis que je sais qu’ils risquent d’être gelés dans une forme écrite. [rires]

J.-C.G. : C’est ainsi qu’on est passé de la dissertation médiévale à la science moderne…

J.L. : [rires] Merci beaucoup.

  Monsieur Fischer, comme Internet est partout, j’en ai déjà parlé comme simulation de Dieu, dans un article qui s’intitule Internet comme simulation de Dieu Vous êtes d’accord là-dessus?
  
H.F. : Jacques, quand tu m’as demandé de quoi j’aimerais parler, j’ai dit : ‘ J’ai envie de parler de Dieu. ’ Et cela t’a un peu déstabilisé...

J.L. : Pas tellement. Venant de toi, c’était acceptable...

H.F. : Par 4 Chemins, c’est la représentation d’un espace : un espace d’ailleurs éclaté comme le sont les cafés électroniques. Maintenant, le Café électronique n’a plus une grande salle fermée comme une église, on y trouve plusieurs petits espaces qui peuvent se brancher. Il s’est mis dans le coup. Je me suis dit : ‘ Avec Par 4 Chemins, avec Jacques, tous les chemins mènent à Rome. Donc pourquoi pas à Dieu? ’ Depuis qu’on voit Jacques Languirand naviguer dans l’espace de la radio, on est pas très surpris de le voir maintenant naviguer dans le cyberespace. C’est un lieu très bizarre, c’est un lieu imaginaire, le cyberespace. Bien sûr, vous y trouvez les utilités bancaires, la météo, et les réservations d’hôtel, d’avion, etc. Mais vous y trouvez aussi des êtres fabuleux, des monstres, des virus, des pirates… et la navigation qu’on peut y faire me rappelle l’époque où Christophe Colomb s’embarquait vers de nouvelles frontières et craignait qu’au bout de l’horizon, l’eau tombe comme un beau rideau de pluie, que ça s’arrête. À mon sens, avec le cyberespace, on se trouve dans une situation un peu différente : c’est une spirale qui reprend le même imaginaire. D’ailleurs, vous avez des Explorer, des Navigator, vous avez des Eudora, tous ces dieux et demi-dieux grecs, on en rencontre beaucoup dans le vocabulaire d’Internet.

J.L. : C’est vrai, c’est tout à fait exact.

H.F. : J’ai pensé que tu aurais du plaisir à les rencontrer. C’est évident qu’il se passe toutes sortes de choses dans cet espace imaginaire qu’est le cyberespace : il y a des fantasmes, il y a du sexe, de la mafia, des conversations individuelles de toutes sortes qu’on ne contrôle pas toujours. Ce matin, le président du laboratoire de recherche de IBM, qui faisait une remarquable conférence à Montréal, disait : ‘ Des gigabytes, on passe aux térabytes qui sont mille gigabytes. Et de là, on passe aux pétabytes… ’ Je vous ai dit qu’on rencontrait des choses bizarres dans cet espace… Et ensuite vous arrivez dans les hexabytes. Ça n’arrête plus…

Toujours est-il qu’au moment où l’on se perdait dans le cyberespace, il nous a dit ceci et je pense que c’est frappant : ‘ Il y a actuellement en navigation sur le cyberespace, en bytes (que ce soit des images, des mots ou des informations de base), – estime-t-on parce qu’on ne sait plus très bien –, l’équivalent de tout ce qui a pu se dire, s’écrire et se peindre, d’unités d’information depuis la création du monde venant de la part des chétifs petits êtres humains que nous sommes. ’ Il y a actuellement tout cela qui circule sur le cyberespace, et c’est un scientifique qui le dit : donc je lui fais confiance. Il ajoutait : ‘ Et ce n’est que le début… ’ Parce qu’il y a une croissance d’accélération géométrique qui fait que, dans deux ans, il y aura deux fois plus sur le cyberespace que tout ce qui s’est dit ou exprimé d’une façon ou d’une autre depuis les origines du monde – s’il y a eu des origines à ce monde. C’est absolument fantastique!

Alors, je sais que toi, Jacques, tu aimes bien sortir des chemins. Tu te promènes souvent entre les quatre chemins, et dans cette navigation dans le cyberespace, j’ai l’impression que tu vas rencontrer des êtres bizarres qui vont t’interroger et dont tu vas nous parler; car ils vont te faire t’interroger sur toutes sortes de questions qui vont rejoindre les nouvelles sciences qui, de ‘ dures ’ , sont devenues ‘ molles ’, vous savez cela. Et ces nouvelles sciences, qui vont dans des reconfigurations, des reconnaissances de forme, qui vont dans la logique du flou, nous amène dans la non-linéarité : on remonte dans le temps, on va de catastrophe en déviance, on retrouve les petits atomes de Lucrèce qui tombaient en s’accrochant quelquefois, ce qui donnait un chien ou un chat… Cet univers-là, je trouve qu’on y revient.

J.L. : Je vous remercie beaucoup tous les deux.

  

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L’équipe

 

" «Ne rien faire, tout faire faire, mais ne rien laisser faire », disait Louis Hubert Lyautey, maréchal de France. Voilà l’objectif. "

Jacques Languirand

 L'équipe de "Par4"J’aimerais maintenant rapidement vous présenter nos collaborateurs. Vous connaissez déjà Jan-Marc Lavergne, chef de pupitre et webmestre ; Pascal Languirand, qui est l’homme de l’infographie; Martine Languirand qui assurait la coordination; il y a aussi Stéphanie Adam Le Roch, Béatrice Baldaccino et Noëllise Turgeon, qui s’occupent du contenu du site en transcrivant et éditant les émissions de radio et en rédigeant des textes. Il y a aussi notre technicien sauveur Alain Giguère. Il y a également, mon amie et épouse Nicole Dumais, qui est la directrice de l’entreprise de Par 4 Chemins sur Internet et qui travaille aussi sur le contenu.

À cette équipe permanente s’ajoutent les collaborations spéciales : François Tessier de ZAQ Technologies, Josette Des Trois Maisons, qui a été ma collaboratrice pendant 15 ans et dont les travaux au cours des années continuent d’enrichir le site.

Je vous disais tout à l’heure que je tente de diriger de moins en moins, tout en animant. J’ai trouvé cette formule, une citation de Lyautey, qui résume très bien ma démarche et cela reste un beau projet quand on prend de l’âge : " Ne rien faire, tout faire faire, mais ne rien laisser faire. " Voilà l’objectif.

  


François Taschereau, du Groupe Fortune 1000

  

Maintenant, je voudrais accueillir François Taschereau, du Groupe Fortune 1000. C’est un grand ami à moi à qui l’on doit l’organisation de cet événement de presse et qui nous a apporté un soutien considérable au cours de cette démarche. Je tiens à le remercier publiquement et à le remercier aussi d’avoir mis sur pied cette présentation à laquelle je suis très sensible. Encore un peu et je vais pleurer… [rires]

  F.T. : C’est un peu comme ça que je me sens, moi aussi. Des fois, les gens me demandent quel est le lien entre cette aventure du site Par 4 Chemins et Fortune 1000. Je réponds que, finalement, c’est l’Internet et toute cette stimulation que vous faites. Dernièrement, j’ai envoyé à des gens d’affaires un message par courriel dans lequel apparaît cette citation : " L’évolution actuelle est menée par des entreprises qui utilisent l’ordinateur, le téléphone, les technologies liées à Internet, au sein d’une organisation en réseau. Voilà le modèle entrepreunarial du futur : un réseau de serveurs et de «browsers’ humains». " C’est Harry Dent dans son livre " The Roaring 2000’s " qui dit cela et j’espère que cela va se situer quelque part dans le site de Par 4 Chemins.

J.L. : Cela a déjà trouvé sa place. François Taschereau, merci beaucoup.

  

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L’avenir du site

  À la toute fin, j’ai pris quelques minutes pour parler un peu de l’avenir. Car l’événement d’aujourd’hui qui inaugure le site Par 4 Chemins, ne présente que la Phase I du projet. La Phase II va comprendre la mise à jour régulière de l’émission radiophonique (en Real Audio et à l’écrit), la multiplication des hyperliens – auxquels j’attache beaucoup d’importance et l’ajout progressif des 28 années d’émissions antérieures. On mentionnait aussi à un moment les conférences : jusqu’ici, il y en a une ou deux sur le site, mais il y en a environ une soixantaine. Il ne faut pas oublier que nous avons à notre disposition plus de 1,000 dossiers. On va éventuellement puiser à ces autres sources et s’orienter vers la création de documents originaux qui serviront au site et à l’émission Par 4 Chemins. On souhaite également créer des liens avec d’autres sites : je pense, en particulier, au site de L’Agora qui est d’une extraordinaire richesse sur le thème de l’eau, entre autres.

Je tiens à mentionner que l’on compte aussi beaucoup sur l’apport des auditeurs et des internautes : de très personnel qu’il est au départ, le site est appelé à devenir très impersonnel – de subjectif à plus objectif, pour ainsi dire. Car ce qui m’intéresse, ce n’est pas de mettre sur pied une source de documentation neutre : je veux une documentation qui soit passionnée, intéressante, enthousiaste, engagée même parfois. Et à travers le contenu, c’est une certaine démarche que je cherche à prolonger par le site Par 4 Chemins.

Mesdames et messieurs, merci de votre attention.

  

  

Cet événement est également
offert en version vidéo

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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