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Émission du mercredi 7 avril 1999 |
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Lorganisation des savoirs : 2e partie |
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MORIN, Edgar. " Affronter lincertitude ", Sciences Humaines, Hors-Série N° 24, mars-avril 1999. |
Edgar Morin est davis que " le plus grand problème moderne est celui de lorganisation des savoirs ". Il sagit donc de trouver une certaine méthode pour mettre en ordre tout ce que lon sait de façon à ce que ce soit bien organisé et, surtout, accessible à tous. Dans ses propos (recueillis par Martine Fournier et Jean-Claude Ruano-Borbalan et publié dans le récent numéro Hors-Série de Sciences Humaines qui porte sur lorganisation des savoirs), il est question de lexplosion des savoirs, de la complexité du réel et de lincertitude auxquels nous devons faire face, de même que de la nécessité daffronter cette incertitude. Il faut quand même que je revienne un peu sur ce que je vous ai raconté hier. À travers cette réflexion sur la connaissance et le rapport que lhomme entretient avec les sciences, Edgar Morin rappelle que cest à lépoque des Lumières, au 18e siècle, quon a décidé de mettre le savoir en ordre. Mais, jusque-là, le stock de connaissances était relativement limité : " On peut supposer que de Montaigne à Pascal et à Diderot, un esprit cultivé aurait pu appréhender lessentiel du savoir de son époque et réfléchir dessus ", disait-il à ce sujet. Cependant, comme la croissance du savoir causait un problème, est né le projet de lencyclopédie de dAlembert et de Diderot, qui constitue un véritable tournant : pour la première fois, on organisait les connaissances de façon alphabétique et non pas logique. On sest donc retrouvé avec un savoir tellement morcelé, tellement plus riche que la veille. " La révolution encyclopédique a permis laccroissement des connaissances grâce au fractionnement et à la réduction en unités simples ", explique Edgar Morin. Mais aujourdhui, on nen est plus là : il ne sagit plus de morceler encore davantage, mais, dans une certaine mesure, et pour reprendre le propos de Morin qui a écrit un ouvrage sur ce sujet (La Méthode, Éd. Seuil, quatre tomes), " il faut nous entraîner à considérer la complexité. " Cest dailleurs de cette réflexion que vient la grille que jemploie pour moi-même et que nous utilisons maintenant pour le site Internet de Par 4 Chemins. Dans ce site, il y a une organisation qui repose sur le quaternaire, dabord, par une triangulation de trois points : Individu, Société, Espèce. Dans lun de ses ouvrages, Edgar Morin faisait observer que la façon juste de considérer un phénomène était de lexaminer de trois points de vue : celui de lindividu, celui de la société et celui de lespèce. Jai emprunté cette idée et à cela, jai ajouté lélément Transcendance; cest ce qui donne les Quatre Chemins. Selon Edgar Morin, le système éducatif doit être réformé en fonction de cinq principes qui devraient présider à la communication du savoir, donc à lenseignement et à léducation. Et quand il est question de réformer le système déducation, le défi est de taille
Edgar Morin ne semble pas davis que ce nest pas nécessairement vrai que lhistoire a un sens et que son évolution repose sur le progrès. En parlant de progrès |
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La vielle femme de Balzac |
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Ces jours derniers, je me suis intéressé à certaines études parues récemment sur La Comédie humaine de Balzac : cest absolument fabuleux! À un moment, Balzac sétait rendu compte quil avait devant lui une véritable mosaïque de la société. Cependant, il y a des romans qui vieillissent, parce que les situations décrites ne sont plus compatibles avec la vie qu'on mène aujourdhui; par exemple, lorsque Balzac décrit la femme de 30 ans comme une personne âgée... |
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GIROUD, Françoise. Les Françaises, de la Gauloise à la pilule. Éd. Fayard, 1999. |
" Fondamentalement, ce qui a changé dans ce dernier quart de siècle, cest la représentation que les femmes se font delles-mêmes, écrit-elle. La confiance en soi, si mal assurée autrefois, qui leur est venue. Tout se passe comme si les nouvelles générations avaient évacué hors du champ proprement féminin le sentiment dinfériorité et le doute de soi qui, à travers les âges, étaient inculqués aux filles avec lart de coudre et celui de cuisiner. Elles croyaient à limage delles que la société véhiculait : bécasses émotives, avant de tourner viragos. " Cela est vrai aussi des générations précédentes les 25-50 ans , mais celles-ci ont eu à combattre pour saffirmer à leurs propres yeux, rappelle-t-elle. Pour les jeunes, en revanche, tout est acquis. Ce qui leur donne souvent ce comportement désinvolte, décontracté, effronté, qui désarçonne parfois leurs aînées, lesquelles sont beaucoup moins sûres que ces acquis soient irréversibles. Les plus jeunes ont limpression quun abîme les sépare de leur propre mère. Elles nimaginent pas leur vie sans activité professionnelle : Cest la liberté! " Elles ont une grande curiosité pour les techniques modernes, auxquelles elles sadaptent très vite. Elles ont intégré la précarité comme une dimension du travail. Le mariage? Cest pour plus tard. Une première expérience vers 17 ans : ensuite, cest comme ça vient. Les hommes? Il en faut. On fera avec. Le féminisme? Euh Comme beaucoup de Françaises, les plus jeunes pratiquent le féminisme sans le savoir : un féminisme individuel, en quelque sorte, pas dogmatique, vécu à la maison, au bureau, au magasin, à lusine. Mais elles nont pas le goût des actions collectives et sont très peu syndiquées. Chacune se bat pour soi, chez soi. La conscience politique, chez elles, est encore faible. " Dans louvrage de Mme Giroud, il est également question de la chute de léducation religieuse : " [Elle] a contribué, dit elle, à dissiper les prédispositions à la culpabilité et à la résignation qui ont si longtemps fait le fond de léducation des filles. La culpabilité ne subsiste quà légard des enfants. " Cela peut sappliquer ici. Je me souviens que, lors de la Journée internationale des Femmes, on entendait les femmes qui travaillaient exprimer la culpabilité quelles éprouvaient du fait quelles ne pouvaient pas en même temps être à la maison pour soccuper des enfants, et travailler. " Elles sont mêmes devenues intolérantes, poursuit Françoise Giroud. Individualistes au point de faire passer leur recherche du bonheur personnel avant tout. Immense changement! Avant davoir conquis les moyens de leur indépendance, les femmes subissaient. Et, subissant, elles geignaient. La geignarde qui vous bassine avec le récit de ses accouchements, lénumération de ses ennuis domestiques et lénoncé des turpitudes de son mari, est en voie de disparition. " Bien que, en ce qui me concerne, je trouve encore aujourdhui une certaine forme de " geignardise " dans le courant de la victimite, et pas seulement chez les femmes je tiens à le préciser. " On gémit moins, constate Mme Giroud : on se soigne. [ ] Le soin quon prend de soi est évidemment corrélé avec le revenu. Cest lune des grandes injustices qui séparent les femmes... " Léquité salariale et les conditions de travail pour les femmes est, comme vous le savez, une question dont on discute beaucoup au Québec. Cest dailleurs le chapitre dans lequel on se trouve dans lhistoire du féminisme : il sagit de trouver une solution à cette question de la parité." Cest dans leur opinion sur la sexualité et sur lamour quune antique différence perdure, tout en sestompant chez les plus jeunes. On est daccord pour déclarer que la fidélité est essentielle pour le bonheur du couple (hommes : 89 %, femmes : 90 %). " Ces propos reposent en partie sur le sondage de lInstitut français de lopinion publique (IFOP, 1996). Madame Giroud donne tous les détails. Mais, en ce qui concerne la fidélité, elle note : " 44 % des femmes en font le principe et la principale condition pour quun amour dure (et 38 % des hommes). " Vous savez, on dit souvent que les hommes sont en général beaucoup plus infidèles que les femmes. Mais, que diable! Avec qui le font-ils? Sont-ils tous bisexuels? Doù la célèbre question de Jules Renard : " Avec qui tromperions-nous nos femmes, si elles étaient fidèles? " Ce doit être un des derniers mystères de la vie. " On reste tout de même perplexe devant cet hymne à la fidélité quand on le compare aux réalités de la vie actuelle, telles que chacun peut les observer, précise Françoise Giroud. Mais il paraît clair quil traduit, chez les unes et chez les autres, un intense désir de sécurité affective et de réussite dans leur vie privée. Au total : une population féminine plus sûre delle-même quelle ne la jamais été. Plus sûre delle parce que plus instruite, où laccès aux responsabilités paraît ouvert dès lors quon les cherche. Une population dont la base ouvrière, durement frappée par le chômage qui a détruit beaucoup de couples, va en rétrécissant tandis que gonfle une classe moyenne dont les éléments modestes de linstitutrice à la secrétaire, en passant par linfirmière et une cohorte demployées , sont scandaleusement sous-payées. " Eh oui! Parce ce sont des métiers traditionnellement féminins... La seule solution pour changer cette situation serait que ces métiers soient exercés par des hommes pendant un certain temps [rires] Dans lensemble, il reste beaucoup à faire, mais quand je pense à la situation qui prévalait dans ma jeunesse, je réalise que la différence est aujourdhui considérable. |
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Gaston Bachelard |
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Gaston Bachelard a abordé des questions tellement intéressantes! Le symbolisme des eaux, par exemple, lesthétisme de lespace, le symbolisme du feu, limaginaire et limagination, le symbolisme de la Terre... Poète, philosophe, Gaston Bachelard est un homme étonnant! " Son uvre, écrit-on à son sujet dans lencyclopédie Universalis, est un effort pour puiser dans la science de quoi conférer à la philosophie et à la science la poésie quelles méritent. " |
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" La formation de lesprit scientifique ", Sciences Humaines N° 48, mars 1995. |
Personnage à part, évoluant dans un univers fascinant, Gaston Bachelard sest fait connaître, en particulier avec son concept de la logosphère. En effet, depuis linvention de la TSF et de la radio, il imaginait que toutes les paroles prononcées finissent par constituer une vaste logosphère qui entoure toute la planète et créent ainsi un ensemble vibratoire. Un concept nouveau dans lhistoire de lhumanité. Pour Bachelard, lorsquil est question de science, le sens commun lui apparaît comme un piège et il se méfie énormément de lopinion. Autrement dit, cest très important de ne pas prendre ses opinions pour des réalités. Il sexplique : " Lopinion pense mal; elle ne pense pas, elle traduit des besoins en connaissance. On ne peut rien fonder sur lopinion, il faut dabord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. " Et autant il y a de personnes, autant il y a dopinions " Bachelard réfute donc ceux qui tiennent leur perception immédiate comme un instrument de connaissance. Daprès lui, cest la faculté de formuler des interrogations pertinentes qui signe la marque du véritable esprit scientifique ", écrivait à son sujet Jacques Lecomte |
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" Toute connaissance est une réponse à une question, affirmait G. Bachelard. Sil ny a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien nest donné dans la réflexion. Tout est construit. " Selon lui, le progrès scientifique se fait essentiellement par lélimination progressive des erreurs, ce qui, il me semble, peut également sappliquer à la vie des individus. Les propos de Bachelard ayant " largement inspiré les tenants du constructivisme en pédagogie ", selon les propos de Lecomte, il cite professeur de luniversité de Genève qui affirme ceci : " Tout apprentissage réussi est un changement de conceptions, processus complexe et souvent désagréable pour lapprenant, parce que chaque modification est perçue comme une menace qui va changer le sens de ses expériences passées. " On saccroche à une opinion, puis on se rend compte quun nouveau savoir arrive. Mais pour lassimiler, il faut changer dopinion. Plusieurs grands de ce monde ont abandonné des opinions, des théories, des visions auxquelles ils tenaient beaucoup. Alors pourquoi pas nous? |
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