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Émission du lundi 12 avril 1999 |
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Responsabilité : lengagement qui fait la différence |
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COLLECTIF, |
Il faut sengager, oui. Mais il y a engagement et engagement. Parfois, on est débordé par des engagements qui sont dune si grande futilité! Il faut faire un bon ménage dans tout ça. Comme le disait Diogène : " Retranche tous ces engagements que tu croyais simposer à toi et qui sont autant de bagages qui tentraînent au fond de la mer. " " Seuls, nous ne serions rien et notre liberté ne vaut paradoxalement que par la responsabilité qui nous lie aux autres ", peut-on lire en introduction dun texte paru dans le chapitre 8, " Sengager. Donner " de Le Livre de lessentiel 2, dont nous avons récemment parlé et duquel je vais puiser quelques extraits. Cela me fait penser à la phrase de Marc Aurèle : " Nous vivons les uns pour les autres. " Jai toujours trouvé cette phrase extraordinaire. Quand tout à coup, on se rend compte que lon nest pas un îlot mais quon fait partie dun continent, et que les autres et soi participent à la même expérience et de la même expérience également. La responsabilité qui nous lie aux autres, donc. " Comment faire pour que ce lien ne soit pas aliénation mais coresponsabilité? demandent les auteurs. De Sartre à Lanza del Vasto ou à Simone Weil, tous les engagés se sont posés la question. La réponse intime de chacun lui en dira long sur son degré dévolution. Sengager, bien entendu. [ ] On sengage dans le mariage, larmée, la résistance, un parti politique, dans un syndicat, dans les ordres, dans une organisation humanitaire, caritative, à moins quon ne sengage dans une impasse, ce qui nest pas forcément contradictoire. Bref, se mettre soi-même au service de la collectivité, des autres. [ ] Le genre humain a une histoire, un destin collectif dont aucune individualité ne peut être retranchée. On sengage parce que lon est soi-même concerné, aussi par sympathie, par compassion, on sengage ensemble, pour lutter contre lisolement, pour se rassembler autour de centres dintérêt communs. " " Aujourdhui, devant les menaces du chômage, de linjustice sociale, de la désespérance des nouvelles générations qui ont perdu les racines des valeurs que nous leur inculquons alors que nous les avons reniées, lhomme responsable ne peut rester indifférent. Le désir ou le besoin de sengager a fait naître des milliers dassociations dans tous les domaines : social, culturel, sportif, familial, touristique où chacun, sans être kamikaze, selon ses goûts, ses besoins, ses prédispositions, peut uvrer pour le mieux-être des autres et de lui-même. " Et cest souvent en uvrant pour le mieux-être des autres, quon se trouve à créer des conditions qui nous sont favorables à soi-même, finalement. " Sengager dans une cause publique est un acte politique, dans toute lacception du terme. Cela devient dangereux si lindividu est privé de sa propre réflexion et de la possibilité dune incessante remise en cause. Cest le cas de certaines idéologies et religions. " Autrement dit, il faut exercer une certaine vigilance pour éviter de sengager à tort et à travers. Mais à linverse, il est dangereux de cataloguer trop rapidement toute communauté récente en marge des courants reconnus de façon arbitraire. Tous les abus sont à craindre dans un sens comme dans lautre. Dans ce texte, il est aussi question de lhonneur, car lengagement est une occasion dexprimer le sens de lhonneur : " Lhonneur, écrit-on, était une valeur médiévale, liberté et justice sont des valeurs contemporaines. Le 21e siècle sera spirituel à condition que nous nous y engagions. " |
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Cyborg : portrait de lindividu du 21e siècle |
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DUFRESNE, Jacques. |
Je ne sais pas si ce portrait a suffi pour que vous reconnaissiez Jacques Dufresne. Louvrage sintitule Après lhomme, le cyborg? : il a été publié aux éditions Multimonde en 1999. Sa démarche vise à attirer lattention sur le fait que nous nous éloignons du monde et de notre humanité, au fur et à mesure que nous les maîtrisons par nos techniques. Quant à Jacques Dufresne, il cherche à retrouver le chemin du sens, et des sens également. Au début de cet ouvrage, il fait état de ces connaissances qui nous viennent par les médias, qui se sont substituées au réel. Il exprime le souhait que les médias remplissent le rôle qui est le leur : être des intermédiaires entre lhomme et le réel. À un moment, cela lamène à préconiser un jeûne médiatique. Saviez-vous quil existait un jeûne médiatique? Il y a même une association américaine qui, chaque année, lance un message aux gens en leur disant : " Cette semaine, vous ne regardez pas la télévision. ". Et il paraît que cela fonctionne. Jacques Dufresne, en somme, propose un art de vivre. " Pour que les gens aient plus doccasions et de raisons de vivre en symbiose avec les réalités vivantes que de rechercher le salut et la santé en greffant de nouvelles prothèses sur un corps quils sont déjà trop portés à considérer comme une machine. " Le cyborg dont il est fait mention dans le titre fait allusion à un être " amélioré ", " prolongé ", par les technologies de la cybernétique informatique. En principe Un des chapitres de son ouvrage sintitule " Des sociétés
sans aménité ". Il y écrit : " Nous avons
traduit le mot care, quaffectionne John McKnight
lauteur de The Careless Society , par le mot
aménité. Traiter une personne avec aménité, cest la traiter sans
rudesse. Ce sont les paroles aimables, les actes plaisants qui font laménité.
Ce mot, qui désigne aussi lagrément dun lieu, est fréquemment
employé par les écologistes. Douceur accompagnée de grâce et de politesse,
dit le Littré. " |
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" Omniprésence des médias, orgie de choix, mots flottants,
formalisme, formalités! Que peuvent devenir les sociétés dans un pareil
contexte? Comment, pour reprendre le mot de Marcel Aymé, les gens peuvent-ils
y exprimer leur position dhomme par rapport aux autres
hommes? . Il est de toute évidence de plus en plus difficile
de le faire. Qui voudrait sengager à réfuter le diagnostic suivant
de John McKnight sur la société américaine? [
] La réaction
la plus courante à ce diagnostic, précise McKnight, est un appel à une
réforme des institutions. Les uns réclament des programmes de qualité
totale dans les administrations, les autres misent sur les nouvelles technologies,
sur les autoroutes de linformation en particulier. Encore plus defficacité!
Comment pourrait-on réagir autrement dans un contexte où les sociétés,
comme vie et comme le monde, sont considérées comme des machines.
" Si le diagnostic est bon, poursuit McKnight, le traitement est inapproprié Nos institutions sont trop puissantes, trop autoritaires, trop fortes. Nos communautés, par contre, sont faibles, et elles le deviennent de plus en plus, au fur et à mesure que saccroît le pouvoir de notre système de services. Au cur de la vie sociale, il y a ces relations conviviales qui se manifestent sous la forme de laménité. Cest cette aménité conviviale qui constitue lessence de notre rôle de citoyen. " Mais comme lexplique ensuite Dufresne, " les marques dhumanité que les hommes saccordaient spontanément les uns aux autres ont progressivement été entraînées dans lorbite des services professionnels. " Jacques Dufresne fait aussi mention du livre de David Schwartz dont le
titre est Who cares. Rediscovering Community, au sujet duquel il
sarrête sur lemploi de lexpression virtual reality :
il explique que Schwartz lutilise " pour désigner une
sphère dactivité ayant atteint le plus haut degré dinstitutionnalisation ".
" Lauteur [Schwartz], poursuit Dufresne, nous
invite à faire lhypothèse que la réalité virtuelle, lespace
mental créé par les NTIC [les nouvelles technologies de linformation],
peut-être considéré comme laboutissement ultime du processus dinstitutionnalisation,
qui a commencé avec la création des premières casernes, des premiers hôpitaux,
des premières écoles. "
Ce que veut démontrer Jacques Dufresne, cest que notre société entretient le culte de lexpertise : lexpert est partout, dans nos vies et en chacun de nous, et nous prend en charge. Mais face à ce phénomène dautomatisation, lindividu a tendance à éprouver un sentiment dimpuissance. " Le savoir scientifique et la compétence technique qui laccompagne ont été à ce point valorisés au cours des derniers siècles que, même à loccasion de la mort dun proche quils aiment et quils connaissent depuis toujours, les gens cèdent volontiers leur place privilégiée à lun de ces accompagnants, qui sont en réalité les nouveaux experts de la mort, explique-t-il. Leur place, notons le bien, ils la cèdent moins par froideur ou par indifférence que par le sentiment dimpuissance et dincompétence quils éprouvent, lorsquils se comparent à laccompagnant. [ ] Aussi en va-t-il de même de lamour ", affirme J. Dufresne. Par exemple, si un pauvre gars narrive plus à avoir une érection, il consultera un psychologue, un sexologue ou un urologue, qui, sans doute, vont lui conseiller daccorder un peu plus de temps à ses loisirs Mais quels que soient les résultats des conseils quon lui a donnés, je vous le prédis quil va finir chez le philosophe! [rires] " Le mot éducation, poursuit Jacques Dufresne, a le même effet depuis quil existe des sciences de léducation, et donc des experts en la matière; il en est de même de mots comme médecine, alimentation, où le savoir traditionnel dans un domaine donné ne vaut plus rien dès lors que, dans le même domaine, apparaissent des disciplines et des institutions spécialisées. Doù le sentiment dimpuissance Il en résulte justement un sentiment de dévalorisation et dimpuissance qui, en ce moment, est peut-être la chose au monde la plus méconnue et la plus inquiétante, fait observer cet auteur. " Quelle estime peut donc conserver de lui-même celui qui, dans ses rapports avec le monde et avec autrui, a toujours, au moment de poser un acte, si intime soit-il, le sentiment quil nest pas le plus qualifié pour le poser, quil ferait mieux de céder la place à un expert? De toute évidence, ce sentiment de dévalorisation est particulièrement dévastateur chez les adolescents qui nont pas encore de profession pouvant les consoler davoir été disqualifiés en tant quêtre humains. " Quand je pense à lhabitant dautrefois qui savait tout faire : soccuper du fer, du cuir, du bois, des animaux, des champs, etc. Lautre jour, pour surprendre un peu ma compagne, je lui ai joué le rôle de celui qui est victime de la modernité. Je vous raconte : un matin, je sors et vais menfermer dans la voiture. Évidemment, elle vient me rejoindre pour me demander ce que je faisais là. Cest alors que je lui réponds, le plus simplement du monde : " Jessaie de savoir quel temps il fait, alors jécoute la radio! " [rires] Cest vrai, il ne suffit plus de regarder dehors maintenant! Je ne sais pas si cest aussi grave que cela pour vous, mais Toujours est-il que cela na pas surpris ma compagne : elle en a plutôt été inquiétée. [rires] Bref, nos sociétés se laissent gagner par la démesure dans le recours aux experts, même si il faut se le rappeler la division du travail ne date pas dhier. " Notre société, poursuit Dufresne, sans doute la plus conviviale du monde il y a un demi-siècle, tend elle aussi à cesser dêtre une communauté de personnes, fortes de leurs multiples compétences en tant quêtres humains, pour devenir un agrégat dindividus qui sen remettent de plus en plus à des experts comme médiateurs dans leurs rapports avec le monde et avec leurs semblables une phrase qui résume bien sa pensée. Un tel agrégat ressemble de moins en moins à un organisme vivant et de plus en plus à une machine aux rouages complexes. Comme ces agrégats seront bientôt tous administrés par les mêmes multinationales, ils ressembleront de plus en plus aux systèmes de transport décrits par Schwartz : Dans un grand aéroport, si vous ne
trouvez pas votre boisson favorite dans lun des bars, vous ne la
trouverez dans aucun autre grand aéroport, car ils sont administrés par
la même compagnie et offrent les mêmes produits. Quand je constate que
la location dune voiture en Floride comporte des frais imprévus,
je peux être sûr que je me serais heurté aux mêmes désagréments si, à
Seattle, je métais adressé à la même compagnie. Le préposé si efficace
ne me trompe même pas avec la rouerie typique dun marchand de tapis!
Son acte nest pas le sien; cest celui, totalement impersonnel,
ayant fait lobjet dune simulation par ordinateur et dune
analyse fiscale, dun individu à qui on a appris à le poser dans
un cadre rigoureux de formation. Aussi longtemps que je voyage dans le
tube sans fin aéroport-avion-film en vol-location de voiture-hôtel-chaîne
de restaurant, je fais lexpérience de diverses manifestations, soigneusement
organisées, dune seule et même réalité gérée ",
écrivait Schwartz. |
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Je vous ai parlé à plusieurs reprises de la résilience, cette capacité de se remettre en équilibre, lorsquil a été question denfants ayant éprouvé des difficultés importantes. Cette fois, le terme est utilisé par René Dubos, qui, entre autres écologistes et selon les termes de Dufresne, lutilise " pour désigner la capacité quont les systèmes vivants de se reconstituer, après avoir subi soit un choc violent, soit un stress continu qui semblent les avoir détruits ". Dufresne insiste sur la nécessité de miser sur la résilience des communautés, cest-à-dire sur leurs capacités de se reprendre en main, étant donné quun être se montre civique, sociable, " si on ne fait pas obstacle de lextérieur à ses tendances les plus naturelles ". " Hippocrate, rappelle-t-il un peu plus loin, avait compris que ce nest pas la médecine qui guérit la nature, que cest la nature qui se guérit elle-même, aidée parfois par la médecine. De même pour les communautés : elles se constituent et se reconstituent elles-mêmes, aidées parfois par des intervenants dont le premier devoir est de ne pas nuire. Si bien que les quatre principes fondamentaux dHippocrate devraient devenir ceux de laction sociale : On pourrait élaborer longtemps sur ces quatre points " Le premier obstacle quil faut lever pour permettre à la sociabilité naturelle de sexprimer, cest le sentiment de culpabilité associé à la parole à la fois gratuite et publique, et créatrice de sens plutôt que de richesse matérielle. En toute activité recherchée, rechercher la méthode absolument la plus efficace! Cette mentalité technicienne [ ] nous imprègne à ce point que le temps que nous nemployons pas à gagner du temps nous apparaît comme perdu. " Puis, parlant de " refus du primat de léconomie " par ceux qui ne travailleraient que pour acquérir le nécessaire, il cite Fernand Dumont : " [ ] La culture devient laboratoire de culture. Il nous reste lÉtat, les partis, les enceintes des universités où des technocraties: mais nous navons plus de Cité le cur de la société, au fond. Et cest en vain que le praticien des sciences humaines sefforce par ses tests, ses récits historiques ou autrement, dinstituer une condition humaine, puisque, pour ce travail, il nest pas délégué par une communauté. " " Croyez-vous comme Aristote que lêtre humain est un être naturellement sociable? demande Dufresne. Alors, si malade que puisse être votre société, vous navez pas à désespérer : enlevez les obstacles qui empêchent cette sociabilité de sexprimer, et elle se manifestera delle-même. " Bref, revenons à des sociétés plus humanisées! |
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" Vers le réel par le virtuel ", telle est la devise de Lencyclopédie de LAgora, en plus dêtre le thème central de ce livre de Jacques Dufresne, Après lhomme Le cyborg? Vous savez que LAgora, en plus dêtre un magazine, est la raison sociale dun groupe de recherches et de communications, une petite entreprise qui organise des colloques et des séminaires, et que dirige Jacques Dufresne. Je me souviens que, en 1970, Jacques Dufresne avait fondé la revue Critères. " Lencyclopédie de LAgora, écrit-on sur la couverture arrière de son livre, est une uvre évolutive qui a pris forme en même temps que le livre et qui en sera le prolongement. Cette uvre est dabord destinée au support électronique. " Vous pourrez donc en suivre le développement dans le magazine LAgora et sur leur site, dont voici ladresse : http://www.agora.qc.ca. |
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Éducation :
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Les propos qui suivent illustrent bien la thèse de Jacques Dufresne : ils portent sur les risques que comporte le fait de grandir dans un monde qui ressemble de plus en plus à une machine, en tous les cas pour ce qui est des petits garçons, étant donné que les petites filles ont lair de mieux sen tirer Cest du moins lidée véhiculée par Martine Turenne dans " Le massacre des garçons ", un article publié LActualité. |
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TURENNE, Martine. " Le
massacre des garçons ", LActualité,
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Pour loccasion, on a interrogé William Pollack, psychologue de lÉcole de médecine de Harvard (la Harvard Medical School) et lauteur dun ouvrage intitulé Real boys : Rescuing our Sons from the Myths of Boyhood (Les vrais garçons : sauvons nos fils des mythes de la masculinité). Cet ouvrage, paru aux éditions " Random House ", est le résultat dentrevues menées auprès de 150 jeunes Américains, de 7 à 17 ans. Selon linterprétation de Martine Turenne, lauteure de larticle, on y apprend que " les garçons daujourdhui sont prisonniers de règles archaïques qui les empêchent dexprimer leurs sentiments " " Déconnectés deux-mêmes , cest-à-dire guère en harmonie avec leurs émotions, ils vivent laprès-révolution féministe dans une société aujourdhui hostile à des comportements quelle jugeait autrefois anodins. Il nest pas étonnant que de plus en plus de jeunes soient dépressifs, voire suicidaires, décrocheurs et violents ", précise la journaliste. On réfère ici aux Américains, mais on sait, ou on peut se douter : " Beaucoup de jeunes Québécois présentent les mêmes symptômes. " " Nous vivons dans un monde dominé par les hommes, mais certainement pas dans un monde de garçons, affirmait William Pollack dans cet entretien avec Martine Turenne. Trois enfants sur quatre avec des difficultés dapprentissage sont des garçons : ils ont un retard de presque 13 points sur les filles en écriture et en lecture; 90 % des consommateurs de Ritalin [médicament contre lhyperactivité] sont des garçons; leur taux de suicide est quatre fois supérieur à celui des filles. Il y a donc une crise évidente : celle du suicide, des homicides, des viols, du décrochage, de la violence. " Le psychologue américain ne mentionne pas le taxage, qui sajoute à la même liste, mais fait état dune crise cachée : " celle du silence. " " Des jeunes hommes qui semblent aller très bien ne vont pas bien du tout, explique-t-il. Ils disent : Ça va , mais se sentent isolés, seuls, et ont une piètre estime deux-mêmes. Cest le cas de la majorité de nos garçons. En fait, ils sont prisonniers du code masculin, le boys code. " Ce code masculin, William Pollack le définit comme " des idéaux du 19e siècle " à propos des dominateurs mâles, des " John Wayne, durs, coriaces, machos ", bref, des " masques " portés dès le plus jeune âge " pour cacher toute la gamme des sentiments "... Pour les filles, ce ne serait pas la même chose, du fait que, si elles vivent aussi une séparation physique de leur mère, elles conservent un lien psychologique. " Inconsciemment, la société demandent aux garçons de développer une plus grande autonomie. Et une deuxième séparation, encore plus brutale, survient à ladolescence, une des périodes les plus critiques de sa vie. Son entourage accepte quil sisole, ne parle plus. " Je me demandais pourquoi les garçons avaient ce comportement. Et bien, daprès Pollack, ce serait un " legs du passé " : " La séparation prématurée était nécessaire aux siècles derniers, quand on formait les garçons pour la guerre, explique Pollack. [ ] La société attend autre chose des garçons que ce quon leur apprend à être. Le mouvement féministe a lancé un défi aux hommes. Il leur a dit dêtre différents, dexprimer leurs sentiments. Le code masculin, lui, est resté dominant. " Le psychologue aborde ainsi la question des écoles, la fameuse question des écoles mixtes, critiquée par bien des gens ces temps-ci. " On entend souvent dire que la fréquentation décoles séparées est une bonne chose pour les filles, notamment parce quelles sont à labri du harcèlement et de la violence des garçons. Et que les écoles mixtes sont bonnes pour les garçons, car elle les civilisent un peu! ", affirme William Pollock. Mais il est davis que les écoles mixtes ne sont pas bonnes pour les garçons : " Leurs comportements turbulents, violents, ne sont pas considérés comme des résultats de léducation ", explique-t-il. Lenvironnement y est aussi pour quelque chose dans tout cela, bien sûr. " Les écoles mixtes, affirme-t-il, sont les lieux les plus inhospitaliers du monde pour eux [les garçons]. Elles ne reconnaissent pas que les deux sexes napprennent pas de la même façon : les filles en écoutant et en observant, les garçons en agissant. Intéressant comme observation Mais dès quun jeune garçon est un peu turbulent dans une classe, il risque dêtre classé parmi les hyperactifs ou ceux qui souffrent du trouble déficitaire dattention . Et on lui administre du Ritalin. " Autre point soulevé dans leur comportement : quand les garçons se chamaillent, ce nest pas normal, alors que pour eux, cest souvent leur façon de démontrer leur amitié. Finalement, cest leur masculinité qui ne correspond plus à la norme actuelle, définie par " la manière féminine dêtre empathique ". Ce sont de jeunes hommes après tout, il faut en tenir compte |
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