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Émission du jeudi 17 juin 1999

Si j’avais su…

Comme le dit l’Ecclésiaste, il y a un temps pour se dire au revoir; il y a un temps pour se retrouver, un temps pour partir, un temps pour revenir…. En effet, c’est la dernière émission de la 28e année de Par 4 Chemins. Si j’avais su, messieurs, dames, que j’allais vivre aussi vieux, j’aurais davantage pris soin de ma santé! Mais si c’était à refaire, s’il est une chose que je referais volontiers, c’est d’animer cette émission. Et c’est avec le plus grand plaisir que je reviendrai le 30 août prochain.

Pour cette dernière émission de fin de saison, nous avons préparé trois thématiques, dont deux qui ont été abordées hier. Nous allons continuer de parler un peu de Marguerite Yourcenar et de ses grandes préoccupations, en particulier la menace de la sécheresse et de la désertification sur la planète. C’était d’ailleurs le thème du discours qu’elle prononçait à l’Université Laval, à l’occasion d’une conférence donnée en 1987. Prêtresse de Gaïa, écrivaine de renommée mondiale, elle était très inquiète devant la situation de l’environnement. Nous allons ensuite revenir sur le thème du jeu du Utne Reader : Que souhaitez-vous emporter dans le troisième millénaire?

La désertification


Je reviens à ce sujet de la désertification car, aujourd’hui, c’est la Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse. Quand on parle de désertification, il n’est pas seulement question de l’expansion des déserts actuels, mais aussi et particulièrement de l’apparition de nouvelles zones désertiques situées dans des régions éloignées des déserts. Il suffirait d’enseigner aux gens comment mieux utiliser la Terre pour préserver l’environnement, peut-être? Mais les bonnes techniques ne suffisent pas, à cause de la pauvreté des paysans qui n’ont d’autre choix que d’exercer une pression sur les ressources naturelles. Les pays touchés par le processus de désertification sont parmi les plus pauvres au monde.

Dans les pays du Nord, nous sommes également menacés. Les modes d’exploitation en agriculture et en foresterie – ces temps-ci, on en a beaucoup parlé – et la gestion de l’eau ont un impact croissant sur la détérioration de l’environnement : la désertification s’étend sur tous les continents, dans 110 pays, y compris le Canada.

Et c’est peut-être ce à quoi on assiste présentement, comme je l’apprenais dans La Presse de lundi, où l’on faisait état de la sécheresse qui frappe encore les agriculteurs des Maritimes, pour une troisième année consécutive. Le manque de pluie menace les récoltes et toute la région semble connaître le même phénomène. Il faut dire que les températures sont plus chaudes que la moyenne et qu’on a moins de précipitations que d’habitude. Un spécialiste de la culture des pommes de terre soutient qu’il perdra sa production de 120 hectares s’il ne pleut pas… immédiatement! Ça n’a jamais été aussi grave auparavant. Peu importe l’âge de la personne à qui vous parlez, personne n’a jamais vu une saison sèche aussi précoce, dit-on. Malheureusement, on prend conscience de ce phénomène dans la souffrance.

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À apporter dans le 3e millénaire

L’autre thème que je veux développer aujourd’hui est celui de savoir ce que vous souhaitez emporter avec vous dans le troisième millénaire. Si vous n’étiez pas à l’écoute de l’émission d’hier, je rappelle que le magazine Utne Reader a fait paraître une liste des réalisations, créations et innovations survenues pendant le 20e siècle et à partir de laquelle on doit choisir ce qu’on souhaite conserver pour le prochain siècle.

On suggère, bien sûr, d’emporter :

Internet, pour sa convivialité et comme facteur d’unité planétaire;
la liberté de se vêtir comme on le souhaite;
la Charte des droits de l’homme;
la bouteille de Coke dont le design conçu en 1916 est considéré comme très important;
la liberté d’être ce qu’on est pour les gais et les lesbiennes;
le retour, pourrait-on dire, à la Déesse Mère et au féminisme.

Une dame qui nous a écrit hier nous dit : " Moi, ce que j’emporterais dans le troisième millénaire, c’est ma machine à coudre. Cela peut sembler un peu archaïque, mais j’adore les travaux manuels, qui me permettent de m’échapper des vicissitudes de la vie. "

Cette auditrice répondait à notre invitation à nous faire parvenir des suggestions pour ce que vous souhaiteriez emporter dans le prochain siècle. Continuez à le faire par l’entremise de notre courriel ou de notre site Internet. À l’automne, nous vous donnerons le résultat de tout cela.

 

 COLLANGE, Christiane. Merci, mon siècle, Éd. Fayard, 1998.

D’après :

COLLANGE, Christiane. Merci, mon siècle, Éd. Fayard, 1998.

 


Que le XXe siècle soit loué!

J’ai découvert une source extraordinaire pour vous parler, justement, de ce qu’il serait souhaitable d’emporter dans le troisième millénaire. Il s’agit de l’ouvrage de Christiane Collange, une journaliste française, intitulé Merci, mon siècle. J’étais très heureux de tomber sur ce livre – ou plutôt que ce livre me trouve –, car je le trouve très sympathique. L’auteur rappelle, entre autres, tout le chemin qu’on a fait en matière de féminisme, en matière du culture de loisir, également. Le féminisme va très loin parce que, pendant ce siècle, plusieurs femmes sont devenues ministres ou présidentes de leur pays.

" Naître femme, n’est plus un handicap partout dans le monde ", " Chacun choisit sa façon d’aimer ", " Le téléphone a tout changé " : voilà quelques titres de chapitres explicites des sujets fort intéressants que l’auteure soulève dans cet ouvrage.

À un moment, il est question de la santé. Quant à moi, je suis certain que sans l’intervention de la médecine, je serais décédé au moins deux fois. C’est le progrès dans la médecine qui m’a permis de continuer mon Par 4 cheminement. " Nous, les êtres humains qui entreront debout dans le troisième millénaire, sommes presque tous des miraculés. Combien de fois avons-nous échappé à la mort, évité par la vaccination, surmonté par la pénicilline ou la cortisone des maladies graves, récupéré d’accidents invalidants grâce à la chirurgie, conservé nos facultés malgré des déficiences génétiques ou fortuites de nos organismes? "

Comme nous sommes toujours, dans notre système de santé, au milieu d’une tempête avec les coupures budgétaires, les insatisfactions, etc., c’est bon de s’entendre dire de temps en temps, qu’il y a un progrès de ce côté et que l’humanité fait bien de se le rappeler et d’en faire état.

" Nous portons souvent des cicatrices, poursuit l’auteure, (de plus en plus fines) parce qu’à l’intérieur, nous sommes bricolés de partout. Un pacemaker par-ci, une petite broche par-là, des ‘ tuyauteries ’ en plastique, des prothèses en tous genres, des vis, des clous, des implants, c’est incroyable la quincaille, que nous trimbalons […]. " Bientôt, on ne pourra plus prendre l’avion parce qu’en passant devant les détecteurs de métal, tout va se mettre à sonner! [rires]

" Il y a 20 ans, par peur d’un pronostic presque toujours fatal, on n’osait pas prononcer le mot ‘ cancer ’ ", souligne l’auteure. Non pas que tout soit acquis maintenant, mais il faut absolument reconnaître les découvertes qui ont été faites de ce côté. Elle parle aussi du miracle de la contraception. J’aimerais préciser ici que Christine Collange est une grand-maman mais, d’après sa photo, je vous dirais que c’est une belle grand-maman, très XXsiècle, et elle dédie son ouvrage à ses douze petits-enfants : " Ils ne sont pas tous en âge de s’y intéresser [à ce livre] lors de sa parution : j’espère cependant qu’au prochain millénaire, ils feront l’effort de le lire pour bien comprendre la chance qu’ils ont eue, comme moi, d’être nés au XXe siècle ", écrit-elle après les avoir tous nommés.

La façon dont elle s’exprime est très intéressante, cela m’a rappelé beaucoup de vécu. Par exemple, elle raconte : " Dans les années 50, à Madame Express – car elle a été journaliste pour L’Express, à une certaine époque –, nous étions une équipe d’une dizaine de journalistes, toutes femmes, toutes jeunes, toutes mères de famille comme moi. Combien de fois, le lundi matin, l’une ou l’autre arrivait les traits ravagés par l’insomnie, la fatigue, l’angoisse de voir tout son équilibre de vie brusquement remis en question.

" Huit jours de retard, quinze jours de retard : les traits se creusaient de plus en plus, la poitrine s’alourdissait, les doutes devenaient inquiétude. Tous les remèdes de bonne femme étaient appelés à la rescousse pour tenter de sortir de l’impasse. Hélas! Les purges et les queues de persil se révélaient plus nocives qu’efficaces. [rires] À celles qui refusaient une naissance indésirable, il ne restait alors d’autre issue que d’appeler une ‘ faiseuse d’anges ’. " Tout cela me rappelle beaucoup de souvenirs. Comme on peut le voir, on a fait des gains merveilleux au cours de ce siècle.

Christiane CollangeUn des thèmes sur lesquels revient Christiane Collange est le féminisme, l’évolution de ce qu’a été le mouvement de la libération de la femme. Ici et là, on trouve plusieurs billets qui sont très intéressants. Par exemple, elle dit quelque part : " Les filles ne font plus tapisserie ". Savez-vous ce que cela signifie " faire tapisserie "? Cela veut dire rester collé près du mur en attendant qu’on nous invite à danser.

À propos de danse, elle remercie le XXe siècle de la façon suivante : " Je voudrais te remercier également, mon siècle, du rythme dans la peau, d’avoir accordé aux filles la liberté de participer à la fête sans avoir besoin qu’un garçon les y invite. Tu as su révolutionner la pratique de la danse sociale, pourtant aussi vieille que le monde. […] Dès le début du siècle, la danse prend une toute autre signification. Les danses du début du siècle, la valse, le quadrille, constituaient des rites sociaux complexes : danser, c’était exposer sa maîtrise des codes. "

" ‘ Faire tapisserie ’, dit-elle plus loin : cette expression ne veut plus rien dire pour les adolescentes d’aujourd’hui. Dans ma jeunesse, la pauvre fille qui restait assise le long du mur parce qu’aucun garçon ne venait l’inviter souffrait d’une terrible frustration. Elle se sentait dévalorisée, incapable de séduire, laissée pour compte. Puisque aucun homme ne souhaitait la prendre pour cavalière, elle n’avait même pas le droit de danser. "

Les temps ont bien changé. Je demandais justement à ma petite-fille qui s’en allait danser dernièrement – vous savez le genre de belle enfant qui a 13 ans, mais qui a l’air de s’en aller vers 18?  – si elle serait accompagnée d’un petit ami : " Non, non, pas du tout et je n’en veux pas. Car si j’en avais un, je ne pourrais pas danser avec tous les autres! " Ça promet… [rires]

Plus loin, l’auteure parle d’une valeur en hausse : l’amitié entre femmes. " L’amitié fait partie de ces valeurs en hausse, dit-elle. Surtout celle qui rassemble les jeunes en bandes et celles qui unit les femmes entre elles. L’amitié entre hommes a toujours été reconnue et valorisée. À travers les siècles, philosophes et moralistes ont vanté la pureté de ses motivations, la qualité de ses attachements, la fidélité de ses engagements. À l’inverse, pour de sombres motifs présupposés, faits de rivalité et de jalousie, les femmes avaient la réputation de ne pas savoir tisser entre elles de vrais liens de sympathie, voire de simples rapports de camaraderie. La solidarité entre femmes, exempte de toute connotation sexuelle, ne leur était reconnue que dans le cadre familial. Depuis que les filles font des études, et que les femmes travaillent ensemble pendant de longues années, tout a changé ", rappelle-t-elle.

Elle parle des animaux aussi, au service de la tendresse. " Mon siècle, tu nous a appris à partager nos jours avec des animaux sans aucune justification autre qu’affective. On en voudrait presque à son chat quand, faisant son métier de chat, il rapporte fièrement une souris morte sur le seuil de sa maison. […] Voilà encore des êtres vivants qui peuvent se féliciter d’avoir vu le jour au XXe siècle plutôt qu’aux précédents. Quelle vie de chien avaient les chiens des siècles passés! Par tous les temps, ils restaient dehors, attachés à des chaînes ou enfermés dans des enclos grillagés. Ils mangeaient les restes et les détritus, recevaient plus de coups que de caresses, mis à part quelques bichons goinfrés de sucreries. Beaucoup d’animaux mouraient jeunes ou vieillissaient aveugles, puisque les grands vaccins n’existaient pas pour les protéger. "

À propos du siècle, elle dit : " Oh! lala! Je vais me faire insulter, à force de te couvrir de compliments. Tant pis : moi, je te suis reconnaissante de m’avoir fait vivre dans la modernité plutôt qu’aux époques qui t’ont précédé, et j’ose le proclamer haut et fort. " C’est très sympathique.

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Paul Brunton

 
D’après :

BRUNTON, Paul. La Réalité intérieure, Éd. Payot, 1983.

BRUNTON, Paul. La Réalité intérieure, Éd. Payot, 1983.

 

"Appliquez sur le plan de l’action physique ce que vous savez et vivez-le."

Il y a bien une dizaine d’années que je ne vous ai parlé de ce personnage que j’ai toujours trouvé enrichissant par la fréquentation par le livre : Paul Brunton. J’ai sous les yeux l’un de ses ouvrages qui s’intitule La Réalité intérieure, paru aux éditions Payot. Je ne sais pas si on peut encore le trouver.

Brunton est un personnage très intéressant. C’est un occidental très bien éduqué, très bien formé qui, pour des raisons professionnelles, s’est retrouvé en Orient. Pendant ses séjours là-bas, il s’est familiarisé avec la pensée et la culture orientales. En quatrième couverture on peut lire : " Paul Brunton a conquis une place très particulière dans la philosophie de notre époque. De formation purement occidentale, il s’est consacré à l’étude de la pensée orientale et a constaté que les sages de l’Orient avaient découvert, il y a plus d’un millénaire, des vérités que la science occidentale commence à percevoir de notre temps. "

Paul Brunton a entrepris d’effectuer un rapprochement entre ces deux grandes cultures. Il est arrivé finalement à vivre personnellement les expériences que les enseignements les plus avancés proposent, suggèrent à vivre. Tout cela donne un personnage très détendu qui nous dit de rester dans l’action, parce que c’est là que ça se passe, de se méfier des gens qui veulent s’isoler absolument pour faire un progrès au plan spirituel. C’est la voie difficile, mais : " Pourquoi le maître conseille-t-il la voie la plus difficile? Parce qu’elle vous oblige à agir plus directement, de votre propre initiative.

" Lorsque vous vivez dans le monde, explique Brunton, toutes les théories sont immédiatement mises à l’épreuve par les résultats. Celui qui renonce au monde peut nourrir toutes sortes d’illusions dans son cerveau. Parler de la spiritualité ne vous la donne pas. Appliquez sur le plan de l’action physique ce que vous savez et vivez-le. Suivre un mirage de paroles, ce n’est pas suivre le Dieu qui habite votre cœur. En outre, en restant dans le monde, vous servez et aidez l’humanité en constituant un exemple. Cependant, au sens ultime, les deux voies sont les mêmes. L’homme qui agit dans le monde pour les mobiles les plus élevés ne diffère pas essentiellement de celui qui a fui ce monde. " Il s’adresse plus particulièrement aux gens qui vivent dans le monde, mais ne s’oppose pas à ceux qui ont choisi une autre voie que la sienne.

Tout un chapitre de cet ouvrage est consacré à l’auto-analyse psycho-spirituelle. Il cite d’abord saint Augustin dans ses Confessions : " Les hommes voyagent pour contempler les cimes montagneuses et les vagues de la mer, les larges fleuves et le vaste océan, et ils passent sans se voir eux-mêmes, qui constituent le miracle suprême. "

L’auteur est d’avis que : " Pour la plupart d’entre nous, le secret de l’homme reste à découvrir. Ce qui était enveloppé de ténèbres aux siècles primitifs n’a pas encore été révélé au XXe siècle. La très grande majorité des gens meurent sans s’être souciés de savoir si la vie avait ou non une signification, si l’homme possédait quelque chose de divin en lui, ou bien s’il n’était qu’un assemblage de chair, de sang, d’os, de nerfs et de muscles dans un sac de peau. Ils demeurent étrangers à eux-mêmes. Nous nous sommes forgé toute une série de notions erronées à notre sujet; ce n’est pas une constatation flatteuse pour l’humanité, elle n’en a pas moins de vérité. La moitié de nos malheurs et la plus grande partie de nos fautes proviennent de ce seul fait. Avant de commencer à étudier pour entreprendre une carrière, il serait sage peut-être de nous étudier nous-mêmes.

" Nous possédons intimement un héritage de conscience divine, suffisant pour ramener le monde à l’âge d’or, mais il ne nous est d’aucun profit. Du fait que nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, nous ignorons ce fait suprêmement important. Notre éducation nous a appris un peu de tout mais presque rien sur nous. Si nous avions été entraînés à nous comprendre, nous pourrions vivre aujourd’hui l’esprit en paix, le visage souriant, alors que nous sommes rongés par l’angoisse.

" Toutes les civilisations, tous les savoirs, qui ont réussi à pénétrer dans l’hinterland spirituel de l’homme, placent la clef de son mystère dans les profondeurs de l’esprit et du cœur, parce que c’est là seulement que se trouve la liaison entre son individualité visible et celle qui est au-delà. Notre tâche consiste donc à explorer cette partie émotionnelle profonde de notre être mental. "

Toujours à propos de l’auto-analyse spirituelle, il estime que son objectif est " de réduire au silence le bruyant courant des pensées, de pénétrer alors sciemment dans la région du Moi suprême, de faire s’animer son silence, d’établir un rapport entre la conscience normale de l’homme et cette réalité mystérieuse et toute puissante qui constitue sa réplique divine ".

À un moment, Brunton passe à l’auto-observation du corps qui peut permettre à chacun d’entre nous de se rendre compte qu’il n’est pas seulement son corps. Si, par hasard, certains d’entre vous sont convaincus que nous sommes uniquement des corps, le reste du discours vous sera inutile. Cela voudrait dire, dans ce cas, que la mort reviendrait à l’extinction de la conscience. Il faut bien savoir dans quoi on s’engage lorsqu’on affirme que la vision qu’on a de la vie est essentiellement matérialiste.

Je résume ici un peu la pensée de Brunton : Prendre ses distances par rapport au corps revient curieusement à passer par l’observation du corps. C’est seulement par une observation systématique du corps, par exemple au cours de la méditation, qu’on se rend compte que l’on est autre chose qu’un corps. On s’occupe des sentiments, des émotions, des humeurs émotionnelles. " Le fait qu’une personne peut changer radicalement de sentiments dans une période de dix ans, par exemple, pour en adopter d’autres diamétralement opposés, démontre qu’ils ne peuvent être le moi, car la pensée et le sens de ce ‘ Moi ’ demeurent inaltérables ", estime Brunton.

" Dans la même journée vous pouvez connaître un très grand bonheur dans la matinée et vous trouver très malheureux dans la soirée. Avez-vous changé? Non pas, ce sont les sentiments qui ont varié. Le sens de l’auto-existence subsiste, sans s’être modifié de si peu que ce soit. Il faut donc, là encore, procéder à une analyse serrée pour trouver la différence entre le ‘ Moi ’ et les sentiments. Elle existe forcément, il faut la trouver. "

Il y a l’intellect, il y a les pensées. Brunton dit, à un moment : " Si vous étiez capable de n’avoir aucune pensée pendant quelques secondes vous n’en demeureriez pas moins conscient. Vous garderez conscience de cette partie que vous devez chercher et qui est la conscience proprement dite. Il existe quelques chose en vous qui est la conscience mais qui n’est pas la pensée, quelque chose qui vous donne pourtant le sens d’être vous-même, le sens de la personnalité, et qui doit donc former contraste avec l’intellect, c’est votre moi réel. "

Ce livre, un classique, est un ouvrage considéré un peu marginal, surtout dans la francophonie. Il est encore très respecté dans le monde anglophone.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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