Saison 1999-2000 | Émission du 14 septembre 1999 | ||
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Cannabis : pour décontaminer les sols radioactifs | |||
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La trahison de l’homme, selon Susan Faludi | |||
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FALUDI, Susan. " This Time, a ‘ Backlash ’ for Guys ", Nesweek, 13 septembre 1999. |
Sachez qu'il n'y a aucune réserve dans mon propos sur cette auteure dont l'ouvrage récent paraît être promis à un succès aussi retentissant que son premier livre qui s'intitulait Backlash : The undecleared War Against American Woman (" La guerre non déclarée contre la femme américaine "). On avait compris à travers ses propos que les contraintes des femmes étaient toujours présentes, dans le monde du travail en particulier, et que l'égalité des deux sexes n'était pas une évidence admise et reconnue par tout le monde. Son premier livre avait permis de prendre conscience de ce que le féminisme n'était pas aussi avancé dans sa démarche qu'on ne l'aurait cru. Entre vous et moi, la situation est encore inchangée par rapport à l’année où ce livre a été écrit (1991). Il reste donc encore aux femmes beaucoup à conquérir. Puis, à un moment, elle s'est posée la question : et les hommes dans tout ça? Ce qui a donné lieu à ce livre qui vient de paraître sous le titre de : Stiffed (rigide, raide) : The Betrayal of the American Man (" La trahison de l'homme américain "). Je suis cependant toujours un peu agacé par ce genre de titre, et ce fut le cas également pour le titre de son premier livre. C'est cette manie qu’ont les Américains de se dire : " Nous avons un problème quasiment universel, international mais on va parler de cela à travers la femme américaine ou l'homme américain ". Pour eux, semble-t-il, les Canadiens n'existent pas, les Européens non plus, etc. Je vous dirai que j'ai beaucoup appris dans un article d'elle qui est un extrait de son ouvrage et qui vient de paraître dans le Newsweek du 13 septembre 1999. Le succès qu’elle connaît, elle le doit beaucoup à sa curiosité et à sa méthode de travail. Elle a consacré six ans de sa vie à écrire cet ouvrage, et elle a étudié pendant plusieurs mois les réactions qu'avaient les batteurs de femmes réunis en groupe pour tenter de se reprendre en main. Mais ce monde lui a semblé être un microcosme de la pointe de l'iceberg, mais la plus avancée. Elle note, par exemple : " Quand on demande à un de ces hommes : ‘ Dans quel état étais-tu quand tu as fait ça? Il répond : ‘ J'ai perdu le contrôle ’. Et l'animateur de reprendre : ‘ Oui, mais tu as utilisé tes poings et non pas un couteau, ni un revolver. Donc tu contrôlais une partie de ta réaction quand même! ’ " Puis, l’un d’eux finit par admettre : " ‘ Je ne me suis jamais senti autant en situation de pouvoir que lorsque j'ai eu ces gestes d'agressivité. " C'est troublant mais il faut regarder le choses en face lorsqu’on veut guérir. On voit, par exemple, elle le rappelle du reste, qu'après la Deuxième Guerre mondiale les hommes sont revenus en héros : c’était l’image du héros qui avait combattu pour la démocratie, pour l'Occident, etc. Elle fait également état d'une situation que j'ai moi-même connue : après la Deuxième Guerre, les petits garçons, par rapport aux petites filles, dominaient dans le monde de l’enfance, de la culture et des valeurs également. C'était comme ça, on attachait beaucoup plus d'importance aux gars qu'aux filles. Puis, les hommes ont sauvé la face en devenant de plus en plus des " organisation men ", le club des hommes d'argent, des entrepreneurs et tout. L'époque a évolué et ça s'est traduit par une perte de pouvoir chez les hommes qui a donné lieu à la dépression , au chômage, à une vague de suicide également. On dirait que quand le travail disparaît ou qu'on est menacé de perdre son emploi, chez les hommes tout particulièrement, c'est comme si on avait tout perdu. Peut-être, qu'au fond, le travail reste associé à la force musculaire… On voit bien qu'avec la fin de la période industrielle, ce n’est plus la même chose pour les hommes. Depuis qu'on est entré dans la période postindustrielle, on est dans le tertiaire, qui est la phase de l'économie de services et qui fait beaucoup appel à toutes les qualités de la communication. Il faut bien dire que dans ces domaines, celui de l'altruisme, des autres, des communications, les femmes triomphent. Finalement, les hommes traversent une crise véritable, et peut-être que c'est à travers la publicité populaire qu'on peut deviner une volonté inconsciente des hommes de se reprendre en main. La barbe de deux, trois jours, par exemple, les gros souliers cloutés qui reviennent, les cheveux courts à la militaire, les jeans – on en parle peu car c'est devenu très unisexe mais, rappelez-vous qu'au départ c'était un vêtement conçu pour les mineurs et pour les ouvriers. Peut-être que cette démarche inconsciente de reprendre les choses en main peut expliquer la multiplication de ce qu'on appelle les " Cigares Clubs ", les recours à la chirurgie esthétique et le fait que beaucoup d'hommes ont recours à des stéroïdes (ce qu'en France, on appelle " L'obsession de la gonflette "). Puis, finalement, le Viagra qui va dans le sens de tout cela et qui donne enfin la possibilité d'assumer sa masculinité, par rapport au chômage, à la dépression et au suicide. Je voulais profiter de l'occasion pour soulever cette question qui est tellement importante, parce qu'au bout du compte, il va falloir arriver à vivre ensemble, à s’entendre et à trouver un ou plusieurs dénominateurs communs entre les hommes et les femmes. Je n’en continuerai pas moins, en ma qualité de mâle, de père et de grand-père également, d’essayer de faire ma part. Au moins, je peux dire à mon petit-fils de 11 ans qu'il est là pour protéger les filles et non pour les agresser, car il y a encore bien des querelles entre garçons et filles. C'est à quoi devrait servir la masculinité, musculation comprise qui sert de moins en moins, d'où peut-être la " gonflette " pour compenser. | ||
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Acariens : des envahisseurs domestiques à dormir dehors | |||
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J'ai passé une soirée extraordinaire à me plonger dans ce numéro pour préparer cette émission. Quel beau prétexte pour m’instruire! Seulement à propos des acariens, tout ce que j'ai pu apprendre! Et je me suis dit : je vais leur raconter ça, et puis ceux qui sont couchés vont sûrement sortir du lit pour faire un grand ménage. Parce que vous allez être absolument terrorisés par tout ce que je vais vous raconter au sujet de ces animalcules qui aiment tant notre compagnie. La réponse vient du directeur d’un laboratoire qui étudie les insectes. " Les acariens, explique-t-il, sont des proches parents des araignées et des scorpions. – Déjà ça… – Ces petits arachnides possèdent eux aussi quatre paires de pattes. Mais à la différence de leurs cousins, leur tête, leur thorax et leur abdomen fusionnent en un ensemble unique, d'où leur nom ‘ acarien ’ du grec akari qui signifie ‘ qui n’est pas divisé ’. "
Saviez-vous qu'il existe près de 50 000 espèces qui ont été répertoriées dans les milieux les plus divers? " On en retrouve jusqu'en Antarctique, parmi les rares organismes qui sont parvenus à s'adapter aux froids extrêmes de ce continent ", explique le chercheur. Ce sont vraiment des bestioles étonnantes. " Leur mode alimentaire varie énormément. Il existe des espèces carnivores qui se nourrissent d’insectes dont des acariens plus petits – la vie est ainsi faite, que voulez-vous : les gros mangent les petits… – D’autres acariens – et ceux là nous sont plus familiers, sont appelés les détritiphages. – Cela fait penser à détritus, bref ils mangent des cochonneries. – Prospères dans l’humus des forêts, ils mangent des végétaux en décomposition. Ils participent ainsi de façon essentielle au recyclage de la matière organique. […]
" Depuis quelques années, poursuit ce directeur de laboratoire sur les insectes, l'attention s'est concentrée sur les dermatophagoïdes, ces acariens peuplant les habitations. (Ils sont chez vous maintenant ah! ah!) Ils seraient directement responsables de 45 % des allergies. Ils vivent dans la poussière et se nourrissent de squames (particules de peau morte), de débris d'aliments et de moisissures – ce qu'on trouve, en général, dans nos maisons. – Leurs lieux de prédilection sont les literies et plus particulièrement les matelas. –Debout tout le monde! [rires] – Les squames s'y accumulent et la sueur, naturellement évacuée durant le sommeil, y maintient une hygrométrie idéale pour leur développement. – C'est tellement gentil à vous d'en prendre soin et de les dorloter comme ça. " Dans ces conditions, leur reproduction est très rapide : durant les trois mois que dure sa vie, une femelle peut pondre jusqu'à 500 œufs qui donneront autant d’adultes en deux semaines. – Wow! Ils sont plus actifs au lit que vous probablement… [rires] Levez-vous et laissez votre lit aux acariens. Eux, savent quoi en faire…[rires] – N'ayant pas de prédateurs naturels dans les milieux domestiques, les colonies croissent de façon exponentielle. Si les acariens eux-mêmes sont peu allergisants, c'est leurs excréments qui le sont. Ces excréments sont des allergènes puissants qui peuvent provoquer chez des personnes sensibles des rhinites chroniques et des crises d'asthme parfois sérieuses.
" Tâche difficile!, dit ici notre expert. Il faut maintenir des conditions défavorables à leur développement :
Faites aérer, laissez la lumière entrer, et pour bien dormir, oubliez ce que je vous ai dit. [rires] | ||
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Navigateurs : comment dorment-ils si peu? | |||
THIBERGE, Michel, Francis (Propos recueillis par BOUQUIGNY,Claire). " Comment les navigateurs solitaires font-ils pour dormir si peu?", Eurêka, N° 46H, " 100 questions ", 1999 |
Les grandes dames de l’équipe de la production radio m’ont demandé de parler des navigateurs solitaires et d’expliquer comment ces navigateurs font pour dormir si peu lorsqu’ils participent à une course. Je vous communique cette information d’autant plus volontiers qu’elle m’était totalement inconnue. Pour répondre à cette question, voici ce que nous communique Michel Thiberge, neurologue, qui travaille dans un laboratoire de sommeil. " Pour les courses (de voiliers) qui durent une dizaine de jours, comme c’est le cas pour les transatlantiques, les navigateurs doivent adopter un sommeil polyphasique qui consiste à répartir plusieurs phases de repos au long d’un cycle journalier. Ils doivent également arriver à un sommeil complet, c’est-à-dire qui comporte des phases de sommeil profond. Seule la combinaison de ces deux types de repos peut mener à une récupération de qualité sur les plans physiques et psychiques, ce qui est nécessaire pour garder de hauts niveaux de vigilance et de performance tout au long de la course. […] " Les navigateurs travaillent avec des médecins, à partir de questionnaires et d’enregistrement des caractéristiques du sommeil en situation hors course, pour mettre sur pied des programmes de sommeil polyphasiques adaptés à leurs particularités individuelles. – Tiens, je ne savais pas ça. – Car certains auront besoin de trois heures de repos nocturne profond et de quinze minutes de sieste toutes les deux heures, quand d’autres se reposeront mieux avec des pauses respectives de quatre heures la nuit et dix minutes toutes les trois heures du jour. <" Les coureurs travaillent également à acquérir des techniques associant relaxation, sophrologie et autohypnose, qui leur permettent d’atteindre rapidement, même en situation de stress, un sommeil profond et complet. En général, les skippers débutants ne remplissent pas ces conditions. Pris dans l’angoisse de la course, ils ne trouvent pas le sommeil et s’arrêtent au bout de trois jours, épuisés. Les marins plus expérimentés parviennent, eux, à s’endormir plusieurs fois au cours d’un cycle journalier, mais connaissent des phases de sommeil léger et de mauvaise qualité. Très fatigués, ils sont peu performants et ont du mal à rester dans la course. Seuls ceux qui sont aguerris aux pratiques des courses à la voile arrivent à acquérir, après deux ou trois jours passés en mer, un sommeil polyphasique et complet. Ils restent en forme et, évidemment, se retrouvent dans le peloton de tête. " | ||
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Alain Touraine : du collectif à l’individu | |||
| " Le monde dans lequel nous vivons n’est pas seulement celui d’une séparation positive entre le sujet et la nature, c’est également celui d’un écartèlement problématique entre le monde technocratique et le monde communautaire. "
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Au début de cette émission, on essayait de comprendre quelque chose au sujet de la redéfinition de la femme par rapport à la redéfinition de l’homme, et aussi de celle de la société. Nous vivons une crise actuellement, alors il faut être conscient que crise veut dire choix, de la nécessité de faire des choix. C’est ce qu’a fait Touraine lorsque, à un moment de sa vie, il a changé d’opinion. J’adore quand les gens changent ainsi d’idée dans leur cheminement, non que je n’aimais pas leurs premières idées, mais parce que le changement est un signe positif pour moi. Touraine dira par exemple :" Les gens de ma génération ont tous vécu avec des modèles progressistes, en croyant à la révolution mondiale ou aux bienfaits de l’industrialisation, ou aux deux à la fois. Il y a eu ensuite la rupture. " Il explique, à un moment, qu’il y a deux grands thèmes dans son œuvre, la continuité et la rupture, et précise qu’il est aujourd’hui beaucoup plus sensible au thème de la rupture qu’à celui de la continuité. " Aujourd’hui, poursuit-il plus avant, je ne renonce pas à une vision industrialiste, mais, depuis 1968 (il faut rappeler que 1968 pour les Français ce fut très important et qu’ici, au Québec, c’est plutôt vers 1965), je ne crois plus du tout que le progrès de la connaissance va de pair avec la libération de l’individu. " Plus loin, il fait remarquer qu’" on est amené à chercher un nouveau principe de sens […] dans un monde qui a énormément bougé, qui n’est plus dominé par les traditions religieuses – on parle des pays occidentaux – et sociales, mais écrasé par les médias, la technique, les marchés, écrasé par une énorme mobilisation de signes, d’informations, de biens et de services. Depuis qu’il n’y a plus de grand récit collectif et émancipateur, la grande affaire, c’est de faire de sa vie personnelle un récit, une histoire de vie. " C’est le vécu : Comme il n’y a plus de grands récits collectifs, les gens n’ont plus à raconter que leur vécu. Que le vécu est donc important ces années-ci! " L’essentiel, c’est que votre vie soit vraiment votre existence propre que vous construisez, et pas seulement la soumission à une série de déterminismes sociaux – un point qui me paraît majeur. – J’ai donc la conviction, ajoute-t-il, qu’il n’y a pas d’autre mouvement social passable aujourd’hui que centré sur la défense du sujet. – Vous et moi nous sommes tous des sujets. – […] Il s’agit de reconstruire quelque chose qui n’est pas de l’ordre de la stratégie, qui associe l’autonomie du sujet, d’une part, et le rapport à l’autre. " En somme, ce n’est pas parce que l’autonomie est importante qu’il faille négliger le rapport à l’autre. Alain Touraine raconte ici quelque chose qui m’intéresse particulièrement parce que cet homme de recherche, de formation scientifique et tout, avoue qu’un événement important de sa vie privée l’a amené à réfléchir et à voir les choses autrement. " Lorsque ma femme est tombée gravement malade, […] je me suis psychologiquement retourné vers la vie privée et, en même temps, j’ai dû adapter ma pensée à cette situation pour la supporter. J’ai alors véritablement découvert la notion de sujet au travers de mon épouse qui était éminemment un sujet. En bref, je résumerai ainsi les phases successives de ma vie intellectuelle : au cours du premier tiers de ma vie, j’ai brandi le drapeau de l’industrialisation et du mouvement ouvrier. Dans le deuxième tiers, je me suis surtout intéressé aux mouvements sociaux. Enfin, dans le dernier tiers, je me suis orienté vers la compréhension du sujet. " J’aime beaucoup cette idée de partir de la collectivité pour aller à l’individu, au sujet. On lui a posé la question suivante : " La modernité n’a-t-elle que des vertus à vos yeux? " " Non, justement, répond-il. Un danger est que le sujet s’ancre avec intolérance dans la mémoire collective, dans la défense de l'identité. […] Le monde dans lequel nous vivons n’est pas seulement celui d’une séparation positive entre le sujet et la nature, c’est également celui d’un écartèlement problématique entre le monde technocratique et le monde communautaire. " Voilà une idée intéressante qu’on devrait pouvoir creuser. Technocratique, la partie de notre société qui est dominée par la technologie, puis il y a le monde communautaire. " Je définis donc
aujourd’hui le sujet non pas comme l’un des éléments d’une opposition,
mais comme l’expression complète d’un double refus et d’une décision.
Il y a le refus du pouvoir technocratique, de la rationalisation au sens taylorien. –
Il fait référence à ce monsieur Taylor qui est l’instigateur
de toutes ces recherches qui ont, entre autres, servi à Chaplin à
faire son film Les temps modernes. Taylor faisait filmer les mouvements
des ouvriers pour voir comment il pourrait arriver à un fonctionnement
qui serait encore plus automatique. – C’est une forme de pensée,
une forme de rationalisation au sens taylorien du terme, dit Touraine, et
le refus du pouvoir communautaire, de l’obsession de l’identité. Car tout
sujet est à la fois universaliste et communautaire.
" Être sujet, c’est établir un lien entre ces deux univers. Essayer de vivre corps et esprit, corps et raison, émotions et raison. " Entre l’universel et le communautaire, l’idée est de réaliser une synthèse entre une appartenance universelle et l’enracinement communautaire. On est tous là ces années-ci, le monde et mon petit jardin dans ma cour. " ‘ Faire de sa vie un récit ’, ‘ reconnaître l’autre comme sujet ’, n’est-ce pas un discours un peu irréaliste? ", lui demande-t-on. Il répond :" Je ne pense pas. L’immigré est à mes yeux une figure emblématique de la modernité – cette réflexion rejoint beaucoup la pensée de Jacques Attali, qui nous voit comme des migrants, des nomades – parce qu’il doit précisément arriver à combiner l’attachement à sa communauté, à son identité d’origine, et entrer dans le monde des techniques et des marchés. […] Je dis parfois que nous devrions être un peu plus juifs car les juifs sont ceux qui sont le mieux arrivés à lier l’universel de la raison avec le particularisme d’une tradition de la famille. Le fait qu’on ait cherché à les détruire ne change rien à cette réussite dans la combinaison de l’intériorité et de l’extériorité. " Il parle ici d’abandonner le terme intégration qu’il trouve fâcheux dans tout cela, pour le remplacer par reconnaissance de l’autre. " Au niveau de l’individu, poursuit Touraine, être sujet signifie avoir la volonté d’être un acteur, c’est-à-dire de modifier son environnement plutôt que d’être déterminé par lui. – Être un acteur de sa vie. – Ce qui est en cause, c’est bien l’individuation, la volonté de ne pas être le pion dans le système, le type déterminé par son niveau social ou par la propagande. – Être un sujet, c’est être détaché de ça, relativement. – […] L’action collective est faite pour permettre à l’individu d’être plus libre, plus autonome, plus heureux ". Il parle ensuite de démocratie : " La démocratie est l’ensemble des conditions institutionnelles pour permettre à chaque individu de se comporter en sujet, en combinant ces deux aspects : donner un sens à sa vie et reconnaître l’autre. " | ||
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