Saison 1999-2000 |
Émission du mardi 26 octobre 1999 | |
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La diversité culturelle menacée par la mondialisation |
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| GIROUD, Françoise. " L'argent s'est dévergondé ", La télévision par Françoise Giroud, Le Nouvel Observateur, 21-27 octobre 1999 |
Il s’agit encore de traiter les produits culturels comme de la simple marchandise. La mondialisation à n’importe quel prix. Même à celui de la perte de l’identité culturelle… Certains souhaitent exclure l’audiovisuel, le cinéma, la télévision des prochaines négociations engagées au sein de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). " Qui n’entre pas dans le système des surpuissants est cuit, expliquait Françoise Giroud dans Le Nouvel Observateur. Exclu du jeu. Tout ce qui se veut indépendant de leurs normes de profit, de leur mode de création, de production, de diffusion, tout ce qui prétend travailler en marge est progressivement réduit à l’impuissance. ‘ Nul n'est méchant volontairement ’, a rappelé [le philosophe français] Pierre Bourdieu ", à propos justement de l’épreuve que la culture a traversée à un moment. |
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Pierre Bourdieu Voir Le cas Bourdieu |
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Les nouveaux délires de la spéculation |
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WARDE, Ibrahim. " Dow Jones, plus dure sera la chute ", Le Monde diplomatique, octobre 1999. |
À propos de l’argent, j’ai trouvé un article absolument extraordinaire de Ibrahim Warde, professeur à l’Université de Californie (Berkeley), qui est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Le modèle anglo-saxon en question, paru chez Economica en 1997. Cet article vient de paraître dans Le Monde diplomatique. C’est tout à fait étonnant! J’ai appris tellement de choses là-dedans que je me suis dit qu’il fallait absolument que je vous communique cette information.
Je ne sais pas si vous vous rendez compte comme moi et comme tant d’autres que la Bourse est devenue complètement folle. Voici des exemples à couper le souffle. Vous savez qu’il existe un libraire virtuel, Amazon.com, qui est en Bourse maintenant et dont les gens peuvent acheter des actions. Ils ont tellement acheté d’actions de Amazon que la librairie virtuelle vaut maintenant davantage que toutes les grandes chaînes de librairies américaines réunies. On est rendu là… " Au lendemain de son introduction en Bourse, Priceline.com, un service de vente de billets d’avion à bas prix, pesait 11,7 milliards de dollars, soit plus que n’importe quelle compagnie aérienne… ", nous apprend Ibrahim Warde. Les gens achètent des actions, convaincus que ça va marcher et, finalement, ils se trouvent à donner à certaines entreprises une valeur qu’elles n’ont strictement pas. Ainsi, on a l’impression que ça va se passer comme ça, que tout le monde va être heureux et que les gens vont empocher allègrement leurs 11,7 milliards de dollars… " En somme, poursuit le professeur Warde, la valeur ne dépendrait plus de données objectives sous-jacentes mais de l’engouement du public. L’accumulation des pertes en devient presque séduisante, car elle peut indiquer que l’entreprise investit pour se réserver un créneau lucratif, accélérer les mutations ou accumuler quelques longueurs d’avance face aux concurrents. Bref, pour devenir l’Amazon de demain. " Les gourous et les charlatans ont alors la part belle dans cette nouvelle ruée vers l’or. L’exagération, les grandes promesses et les superlatifs alimentent la fièvre spéculative. Dans ce monde virtuel, les mots pèsent souvent plus que les choses. Il suffit qu’une société ajoute à sa raison sociale le suffixe ‘ com ’ ou le préfixe ‘ e- ’ – comme dans e-mail – pour que flambe sa valeur boursière. " En fait, si je m’enregistrais Languirand.com, peut-être que des gens achèteraient des tas d’actions à la Bourse, puis je m’enrichirais et je pourrais continuer de faire ce que je fais maintenant parce que… c’est ça que je veux faire dans la vie. C’est plate de même! [rires] |
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Parmi les folies de notre époque, il y a le cybersquatting – comme vous le savez, le squatting consiste à occuper un espace qui ne nous appartient pas. Et il y a des gens qui occupent un cyberespace qui ne leur appartient pas. Comme l'explique le professeur Warde, le cybersquatting consiste à réserver une adresse Internet du nom d’un produit de base ou d’une société ou d’une personnalité connue pour la revendre à prix fort. Et ça fait fureur. Une appellation comme " Drugs.com " a été utilisée par quelqu’un et savez-vous combien ça lui a rapporté? Cela a été racheté pour 824 000 $ par une société qui compte en faire l’adresse d’un site-portail consacré aux produits pharmaceutiques. Comment cela peut-il se faire? Une entreprise s’aperçoit que l’adresse http://www.drugs.com est déjà déposée. Elle se demande alors qui est propriétaire de cela. Puis, combien veut-il pour la céder? 824 000 $? D’accord, on va lui donner… J’ai vu un dessin récemment, dans une bande dessinée, qui montre deux petits garçons qui sont ensemble et l’un d’eux parle dans une banane en faisant semblant qu’il s’agit d’un téléphone portable. Puis, on voit à côté de lui un monsieur avec une mallette. Alors le petit bonhomme dit dans son téléphone-banane à l’intention de l’autre qui est à côté de lui : " Je dois te laisser car j’ai une offre de 24 millions $ pour ma banane. " Est-ce assez capotant? Ce n’est pas tout. J’apprends que " les jeunes sociétés d’Internet profitent par ailleurs de valorisations boursières faramineuses pour effectuer de grandes acquisitions. Yahoo! – par exemple – (dont la valeur des actions a été multipliée par 250 en un an) vient de payer 5,7 milliards de dollars américains pour Broadcast.com, une société dont le chiffre d’affaires n’est que de 22 millions de dollars et dont les pertes s’élèvent à 16 millions de dollars. Il s’agit là d’‘ une transaction sur le papier représentant la valeur virtuelle pour une industrie virtuelle ’ ", de dire Warde, mais pour 22 millions d’actifs et 16 millions de pertes… Un gars s’est levé un matin et s’est dit : " Je veux l’avoir, moi. Je veux l’avoir à n’importe quel prix, bon! " C’est le délire! J’espère qu’ils savent ce qu’ils font. |
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" Les médias regorgent de belles histoires, poursuit Ibrahim Warde. Le balayeur se fait payer en actions d'une start-up et devient millionnaire le jour de l’entrée en bourse de la société. La petite secrétaire va, grâce au système de stock-options, s’offrir une retraite dorée. Séduits, certains Américains abandonnent leur métier pour se consacrer à plein temps à la spéculation et suivent minute par minute l’évolution de leurs titres; les chauffeurs de taxi et les coiffeurs partagent leurs théories et leurs recommandations d’achat avec leurs clients; la chanteuse Barbara Streisand dévoile aux revues financières les secrets de la fructification de son portefeuille boursier. " Le dernier paragraphe de cet article me paraît très intéressant, et même étonnant. |
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" C'est en réfléchissant à un phénomène d'engouement du même type que Joseph Kennedy (le père du président assassiné) évita la faillite, explique le professeur Ibrahim Warde dans Le monde diplomatique. " Un matin de 1929, son cireur de chaussures lui refila un tuyau boursier. Le spéculateur chevronné fit alors le raisonnement suivant : ‘ Si mon cireur de chaussures en sait plus que moi, quelque chose ne tourne pas rond dans le monde de la finance. ’ " Et le jour même, il liquida l'ensemble de son portefeuille boursier. " Une belle histoire non? |
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L'accouchement : plaidoyer pour l'intimité de la parturiente |
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CECCALDI, Paula, CHATELAIN, Carole & SANSONETTI, Isabelle. " Naître dans le monde… ", Ça m'intéresse, N° 210, août 1998. |
" Chaque année près de 130 millions d’enfants voient le jour dans le monde. Pour autant, tous n’ouvrent pas les yeux sur le même univers. Car le monde est, aujourd’hui, clairement divisé en deux. " Pendant que je vous ai lu cette phrase, déjà douze enfants sont nés.
" " Seule exception, poursuivent les auteures : les Pays-Bas, où 30 % des femmes accouchent encore chez elles avec une sage-femme. ‘ Contrairement aux autres pays développés, les Néerlandais n’ont jamais consenti à considérer la grossesse et l’accouchement comme des maladies, explique Yvonne Knibiehler, historienne et professeure à l'université de Provence. Ils ont voulu que la naissance conserve son caractère intime, familial et naturel. " Ce qui revient à dire que l’idée de prendre systématiquement en charge la femme en couches n’était pas leur vision des choses. |
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Incidemment, le fait d’encadrer l’accouchement n’est pas récent non plus. C’est autour de 1750, en Europe, que l’on a commencé à le prendre médicalement en charge. Il s’agissait avant tout de mettre fin au mauvais déroulement des grossesses et aux carences, au manque d’hygiène qui conduisaient à la mort, avant l’âge de 1 an, d'un nourrisson sur quatre, au 17e siècle, par exemple. " Les futures mères découvrent ainsi la rigueur pasteurienne et ses rituels hygiénistes. Progressivement, elles prennent le chemin de l’hôpital et elles y seront définitivement poussées par la prise en charge de l'acte médical. "
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| " Les femmes se sont retrouvées aux ordres, voire à la merci des médecins. " |
Dans cet article que j’ai sous les yeux, on rappelle que les femmes se sont retrouvées devant un fait : " Désormais, accoucher à l’hôpital devient la norme, au point où l’on tombe très vite dans l’excès inverse : les années du baby-boom, dans les années 1950, sont marquées par une mainmise totale du corps médical. ‘ Les femmes se sont retrouvées aux ordres, voire à la merci des médecins ’, affirme Yvonne Knibiehler. " On parle d’un certain mépris généralisé pour les souffrances et les désirs des parturientes. Je ne sais pas si c’était aussi pire qu’on le prétend, mais aujourd’hui, ça se passe mieux de ce côté-là – paraît-il… Les maternités d’avant-garde sont, évidemment, encore très marginales : comme l’accouchement dans l’eau, l’accouchement dans le silence, dans la pénombre, etc. |
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Mais qu’arrive-t-il lorsque ça se produit dans le train, par exemple? On est souvent désarmé. " Le contrôleur fait généralement appel, par micro, à un éventuel médecin présent parmi les passagers. Il peut aussi décider de faire arrêter le train dans la gare la plus proche. " Il arrive que ça se passe dans l’avion.
Je me rappelle qu’à un moment ça accouchait partout…à la télévision, au cinéma, dans les documentaires, dans les romans. C’est incroyable le nombre de bébés qu’on a pu voir naître! |
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ODENT, Michel. Votre bébé est le plus beau des mammifères, Éd. Albin Michel, 1990 ![]() |
" Aujourd’hui, dit Michel Odent, il m’arrive de résumer ainsi 25 années de recherche : ‘ J’ai appris que les êtres humains sont des mammifères. Tous les mammifères se cachent, s’isolent pour mettre au monde leur progéniture. Ils ont besoin d’intimité. Il en est de même pour les êtres humains. Il faut constamment se référer à ce besoin d’intimité. ’ " Je rappelle que Michel Odent est l’auteur de plusieurs ouvrages dont un qui s’intitule Votre bébé, le plus beau des mammifères, paru chez Albin Michel en 1990. Je l’ai déjà interviewé pour l’émission Par 4 chemins et nous avions parlé de ses livres, de sa démarche, etc. Dans cet ouvrage, l'auteur insiste particulièrement sur le besoin d'intimité. C’est aussi un médecin qui s’est intéressé à l’accouchement dans l’eau. " Il est de bon ton, parmi nombre d’intellectuels, d’appréhender le phénomène humain à partir de ce qui nous différencie du reste du monde animal, et d’ignorer la profondeur de nos racines. Et pourtant, bien des prises de conscience seraient moins réprimées, moins différées, si nous nous libérions de cette arrogance. […] |
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" Comprendre l’accouchement comme un processus involontaire […] conduit à rejeter l’idée reçue selon laquelle la femme peut apprendre à accoucher. " Michel Odent, Votre bébé est le plus beau des mammifères |
" La redécouverte de nos racines animales apparaît comme nécessaire voire urgente, clame Michel Odent. L’accouchement n’est-il pas le propre des mammifères? Il existe depuis qu’un petit animal il y a quelque 200 millions d’années s’est développé dans le ventre de sa mère avant d’être mis au monde. " Pour mettre au monde leurs bébés, grâce au processus d’accouchement, les femelles des mammifères doivent sécréter un certain nombre d’hormones bien spécifiques. Les mêmes hormones sont mises en jeu lors de l’accouchement d’un être humain. Elles sont sécrétées par des structures primitives du cerveau que nous partageons avec tous les mammifères. Ces similarités devraient constituer un point de départ pour tout essai de compréhension du processus d’accouchement dans notre espèce. " " Or, il n’en est pas ainsi. C’est pourquoi un grand crédit a été donné à des attitudes qui reposent sur l’incompréhension fondamentale des processus physiologiques. " Puis, avec un peu d’ironie, l'auteur ajoute que " c’est ainsi que des générations de femmes enceintes ont été ‘ préparées ’ à l’accouchement. Comprendre l’accouchement comme un processus involontaire – c’est ce qu’il suggère – mettant en jeu des structures anciennes, primitives, mammaliennes du cerveau, conduit à rejeter l’idée reçue selon laquelle la femme peut apprendre à accoucher. Cette interprétation permet même d’admettre qu’on ne peut pas aider activement une femme à accoucher. On ne peut aider un processus involontaire; on peut seulement éviter de trop le perturber ", de conclure le docteur Odent. |
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" Les pays qui, par leur taux de césariennes et l’acuité de leur crise médico-légale, ont atteint l’absurde, sont aussi, paradoxalement, les plus aptes aujourd’hui à une remise en cause radicale. " Michel Odent, Votre bébé est le plus beau des mammifères |
Comme il a beaucoup voyagé, pour ses recherches en particulier, Michel Odent raconte avoir " rencontré aux États-Unis des militantes pour une naissance différente qui jouent à leur façon un rôle d’éducatrice, sans se donner cette étiquette. L’histoire de l’une d’entre elles mérite d’être contée – je la trouve tout à fait charmante –. Lorsqu’elle était une petite fille, elle vivait dans la ferme de ses parents, dans le Dakota du Nord. Son père lui avait confié des responsabilités lors de la naissance des petits cochons, et lui avait donné cette leçon : ‘ Ne te montre pas, passe inaperçue. Si la truie se sentait observée, l’accouchement serait plus long, plus difficile, plus dangereux et, après la naissance, la mère risquerait de se désintéresser de ses pourceaux, voire même d’être agressive. Cependant, tout en étant invisible, tâche de savoir ce qui se passe. En effet, les truies, après avoir mis au monde huit, dix bébés ou plus à la fois peuvent en négliger un, ou l'étouffer par inattention. Dans ces cas seulement il faut savoir intervenir. ’ " Lorsque cette petite fille est devenue adulte, poursuit le Dr Odent, elle a eu des enfants. Elle s’est donc retrouvée dans un hôpital pour humains, sur une table, entourée d’experts qui lui disaient de pousser, de ne pas pousser, de respirer comme ceci ou comme cela. Elle a découvert que ces gens n’avaient rien compris à l’accouchement, et a pris conscience de la valeur de la leçon donnée par son père. C'est ainsi qu'elle a commencé à organiser des séminaires, des ateliers et des conférences pour faire changer les conditions de la naissance. " |
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Michel Odent d’ajouter : " Toutes ces éducatrices, indépendantes des professionnels, ont accumulé au cours des années un énorme potentiel critique et créatif, encore latent, inexploité. Les pays qui, par leur taux de césariennes et l’acuité de leur crise médico-légale, ont atteint l’absurde, sont aussi, paradoxalement, les plus aptes aujourd’hui à une remise en cause radicale. " Le taux de césariennes, comme vous le savez, est très élevé chez nous… Un peu plus loin, le docteur Odent fait observer que " l’heure est venue de nous interroger sur les effets de l’environnement sur le déroulement de l’accouchement et le premier contact entre la mère et le bébé. L’heure est venue de poser des questions simples et nouvelles […] de préparer l’ère post-électronique. " J’effectue un petit montage à travers ce livre qui, soit dit en passant, est tout à fait remarquable. |
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En général, les humains n’aiment pas qu’on parle d’eux comme des mammifères…
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Dans les conférences où il a été question de cet ouvrage, Votre bébé, le plus beau des mammifères, j’ai remarqué que, en général, les humains n’aiment pas qu’on parle d’eux comme des mammifères. Nous sommes tellement différents des animaux, n’est-ce pas? " Si le besoin d’intimité, le besoin de ne pas se sentir observée, contrôlée, avait été compris, les effets du monitoring auraient pu être prévus et le mirage électronique évité, affirme le spécialiste. " Je vous parle de tout cela car il me semble qu’on est maintenant comme un poisson dans un aquarium, on finit par ne plus savoir comment on vit. Un aquarium c’est une culture donnée. Et s’il existe quelque chose dans cette culture qui pourrait être remis en question, on ne s’en rend pas vraiment compte parce que cela fait partie de cette culture. Mais peut-être justement que cette culture nous entraîne dans le mauvais sens? J’ai le droit au moins de dire : " Peut-être ", quand mon opinion prend appui sur les propos d’un homme qui a consacré sa vie au sujet et qui est respecté dans le monde entier pour sa vision là-dessus. |
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" Quels aspects de l’environnement peuvent inhiber la femme qui accouche, peuvent gêner le premier contact entre la mère et son bébé, peuvent gêner le début de l’allaitement? Telle est la question clef ", affirme le docteur Odent. Il parle également de travaux significatifs dont ceux de Niles Newton de l’Université de Chicago, qui a consacré une partie de sa carrière, au cours des années soixante, à l’étude des effets de l’environnement sur la naissance des mammifères. Son animal de prédilection était la souris. Niles Newton a cherché à analyser les facteurs qui peuvent rendre les accouchements plus longs, plus difficiles et plus dangereux. Bref, les facteurs qui empêchent l’accouchement de se dérouler de façon aisée, chez les mammifères. Par exemple, lorsque la femelle entre en travail dans un lieu qui ne lui est pas familier; ou le fait de se voir transporter d’un endroit à un autre pendant l’accouchement, ou alors de se retrouver dans une cage de verre, transparente, qui accroît les difficultés. " Façon élégante, dit Odent de démontrer que les mammifères ont besoin de se cacher pour mettre au monde leur progéniture. Ils ont besoin d’intimité. " |
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" Nous sommes des mammifères. Il faut rattraper le temps perdu par l’obsession des différences. " Michel Odent |
" Lorsque je confronte les travaux de scientifiques comme ceux de Niles Newton avec ce que j’ai appris par l’expérience de l’accouchement chez les humains, tous les doutes disparaissent : nous sommes des mammifères. Il faut rattraper le temps perdu par obsession des différences. Nous ne devons pas avoir honte d’admettre que les autres mammifères peuvent nous aider à découvrir ce que nous avons oublié ", rappelle Michel Odent – et si je puis me permettre d’ajouter ce détail : et d’accepter notre animalité, puisque 99,1 % ou un peu plus de nos gènes sont aussi des gènes de primates. Il ne faut pas oublier cela. " Et ce que les cultures humaines ont oublié ou veulent oublier, c’est le besoin d’intimité de la femme qui accouche et accueille son bébé. " |
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Je suis de ceux qui, après une expérience personnelle qui n’a pas été très satisfaisante de ce point de vue-là, ont des doutes à propos de la présence des pères dans la salle d’accouchement. Je sais que ce que je suis en train de vous dire n’est pas très à la mode, mais c’est comme ça. Selon les études de Sam Janus à New York, " il y aurait un taux élevé d’impuissance sexuelle chez les hommes ayant participé à la naissance du bébé, explique Michel Odent. En fait, il s’agit d'un désintérêt pour leur propre femme – d'une des-érotisation de la relation. – Faut-il voir là un effet négatif, lorsqu’on sait que leur l'hormone prolactine, l'hormone de lactation, tend à réduire le désir sexuel chez les jeunes mères? " |
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" Aujourd’hui, avec l’introduction de l’homme-médecin, la connotation masculine associée au mot technologie, la participation habituelle du père à l’accouchement, et la croyance que la femme ne peut pas accoucher sans assistance, nous avons atteint le point oméga dans la négation de l’intimité ", affirme le spécialiste. L’idée, ce n’est pas d’être contre l’assistance dans le déroulement de l’accouchement, mais de mettre l’accent sur l’importance de l’intimité. " Une anecdote m’a fait prendre conscience de l’ironie de la situation actuelle. Dans une petite ville américaine, raconte Michel Odent, un groupe de femmes, activistes pour une réforme des conditions de la naissance – peut-être s’agit-il encore du Dakota, mais il ne le spécifie pas – explique qu’un médecin accoucheur local a une attitude bien plus ‘ humaine ’ que les autres. Il comprend que les femmes ont besoin d’intimité pour mettre au monde le bébé. Il sait s’effacer, baisser la lumière; il n’impose aucune position ou aucune façon de respirer; il n’écourte pas le contact de peau à peau entre la mère et son nouveau-né; il s’intéresse à l’allaitement maternel. Incidemment, et innocemment, une femme ajoute : ‘ Cet accoucheur plus humain que les autres est un ancien vétérinaire… ’ " Je vous aurai tout dit. |
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La crise de la mâlitude : suite |
Hier, je vous ai parlé de la crise que traverse la mâlitude. Plus personne ne considère Louis Cyr comme un modèle masculin possible, mâle nord-américain, occidental. |
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" ‘ Les hommes américains sont parmi les plus immatures de la planète. Nous ne sommes pas adultes avant 35 ou 40 ans, parce qu’on ne nous apprend pas à l’être ’ " Michael Gurian, |
Je lis ici, dans un article récent du Nouvel Observateur : " ‘ Les garçons aujourd’hui ont de sérieuses difficultés, y compris beaucoup qui semblent normaux et sans problèmes. ’ " C'est un extrait de Real Boys, de William Polack. " Lisez, Stiffed, de la féministe Susan Faludi, ce pavé sur ‘ la trahison de l’homme américain ’ dont nous parlent tous les médias, propose Philippe Boulet-Gercourt, l'auteur de cet article intitulé " Hello Mummy Bobo ". " La male crisis est bien réelle, poursuit le journaliste : 90 % des crimes violents sont commis par des hommes, qui représentent également 90 % des détenus et 80 % des jeunes drogués ou des alcooliques. Chez les adolescents, ce n'est pas mieux : les auteurs des tueries d’écoles des deux dernières années sont tous des garçons, sans exception. En classe, les kids réussissent moins bien à l'école que les filles, et ils représentent les neuf dixièmes des enfants qui sont sous Ritalin, un médicament qui canalise l’hyperactivité. " Un jour, je me demande si ça ne sera pas considéré comme un acte collectif criminel et si des gens ne vont pas demander plus tard des dédommagements. Dans cet article, l'auteur cite un certain Michael Gurian : " ‘ Les hommes américains sont parmi les plus immatures de la planète. Nous ne sommes pas adultes avant 35 ou 40 ans, parce qu’on ne nous apprend pas à l’être ’ " " ‘ Les États-Unis sont sortis de la Deuxième Guerre mondiale avec le sentiment d’être une nation masculine, nos boys étant prêts à revêtir le manteau de l’autorité nationale et du leadership international ’, d'expliquer Susan Faludi. […] ‘ L’idée d’un homme contrôlant son environnement est aujourd'hui – toujours – l’image de la masculinité qui prévaut en Amérique ", dit-elle encore. Et puis ça se passe très mal parce que les hommes ont le sentiment de ne pas être à la hauteur de cette image-là. Voilà l’idée! |
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