Saison 1999-2000 | Émission du lundi 6 décembre 1999 | ||
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Commémoration d’une tragédie inexplicable | |||
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André Forget, Le Devoir | " Le ciel pleure avec nous. " Ces paroles furent prononcées hier, à l’occasion de la commémoration de la tragédie du 6 décembre 1989, il y a dix ans.
Il faut tourner la page, mais cela ne veut pas dire de ne pas y réfléchir, de ne pas s’interroger, et de ne pas essayer de répondre aux questions qui se bousculent en nous. Je l’ai fait à plusieurs reprises depuis le jour même de cet événement malheureux, qui reste gravé dans notre mémoire.
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Bien manger, bien vivre : le végétarisme est écologique | |||
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Si vous avez envie d’être raisonnable et de rester chez vous pour fêter le 31 décembre prochain, vous pourrez trouver un grand choix de menus dans le dernier numéro du Nouvel Observateur. Il s’agit d’un numéro hors-série dont le titre est " Gastronomie à travers les âges : l’art de bien manger ". C’est un numéro que j’ai trouvé absolument saisissant, bien fait, varié, etc. – on y parle aussi de végétarisme. Ça m’embête toujours de parler de végétarisme puisque je suis moi-même végétarien. Mais je ne suis pas un parfait végétarien, puisque j’ai une alimentation mixte : je mange du poisson. Dans ce dossier, on trouve un article intitulé " L’utopie végétarienne ", de Thierry Janssen. Et il y a deux raisons pour lesquelles je vais vous communiquer des informations tirées de cet article :
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" En 1990, dans son rapport intitulé ‘ Diète, nutrition et maladies chroniques ’, l'OMS (Organisation mondiale de la santé) dénonçait la responsabilité de l’alimentation de nos sociétés d’abondance dans l’incidence croissante de nombreuses pathologies, explique Thierry Janssen dans les premières lignes de son article. Dix ans plus tard, il semble que personne n’ait tenu compte de l’avertissement. Bien au contraire. " Le médecin parle d’une situation dont nous avons entendu parler et qui se passe maintenant en Europe – mais peut-être bien qu’il se passe aussi des tas de choses chez nous dont nous ne sommes pas conscients du tout… " Les vaches sont folles, les veaux piqués aux hormones et les farines animales assaisonnées à la dioxine, poursuit l'auteur. À quoi sert, dès lors, d’interroger nos experts? Le verdict est pourtant clair : la prévention de maladies comme l’insuffisance coronarienne, l’hypertension artérielle, l’ostéoporose, le diabète et certains cancers implique un changement radical dans nos habitudes alimentaires. Car même si l’espérance de vie s’est considérablement allongée en Occident, les dépenses de santé n’ont jamais été aussi importantes. Nos gouvernements subventionnent donc une alimentation qui les ruine en réparation des dégâts causés par celle-ci. À l’inventaire des paradoxes de cette fin de siècle, celui-ci n’est pas le moindre ", affirme Janssen. | ||
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" La recette est pourtant simple : réduction des graisses saturées et augmentation des fibres végétales. " |
" La recette est pourtant simple, poursuit-il : réduction des graisses saturées et augmentation des fibres végétales. Un régime loin des recommandations diététiques instaurées au début du siècle, lorsque seule la prévention des maladies de carence comptait. Déjà près de 15 millions d’Américains ont opté pour un régime à base de protéines végétales et ce chiffre augmente d'un million chaque année. – Je trouve que c’est un point de vue qui est très intéressant, car il renouvelle le regard sur cette question de la bouffe. " Au-delà
d’une mode influencée par l’essor des philosophies orientales, on peut
y déceler un rejet de l’indigeste dictature du
fast-food pur bœuf. "
Puis il fait observer le fait que des épiceries et des restaurants biovégétariens
font leur apparition un peu partout dans le monde. Il explique cependant que la
consommation végétale reste pourtant modeste : " nettement
inférieure à la ration quotidienne des 500 grammes de légumes
capables de réduire de moitié des risques de cancer. "
Ah les bonnes carottes, ah le bon brocoli! [rires]
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" Dans son rapport, l’Organisation mondiale de la santé insiste sur le fait que ‘ si l’État voyait dans la teneur en gras de la chair animale un danger pour la santé plutôt qu’un critère de qualité et un facteur régulateur des prix à la consommation, les éleveurs ne seraient plus forcés de recourir à des pratiques intensives destinées à engraisser les animaux de boucherie ’. Et ‘ une agriculture qui ne serait pas axée sur la production massive de viande réduirait la demande mondiale des céréales fourragères ’ ce qui, entre autres, libérerait des terres pour les cultures indigènes des pays en voie de développement. Le débat s’enrichit donc d’arguments économiques, voire écologiques ", affirme Janssen. C’est une approche relativement nouvelle que d’aborder la situation en se disant : voyez ce qui se passe dans le monde du point de vue économique et aussi du point de vue écologique. Parmi ces arguments, le problème des réserves d’eau douce est des plus préoccupants. | |||
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" On estime que la quantité d’eau requise pour les besoins alimentaires d’un omnivore pendant un mois suffirait à nourrir un végétarien pendant une année. "
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" Alors que 10 litres d’eau suffisent à produire une livre de blé, il en faut plus de 1 500 pour obtenir une livre de bœuf. On estime que la quantité d’eau requise pour les besoins alimentaires d’un omnivore pendant un mois suffirait à nourrir un végétarien pendant une année. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un problème de santé publique. De toute évidence, la viande représente la source de protéines alimentaires la plus coûteuse et la plus préjudiciable à notre environnement. " C’est peut-être d’avoir compris les multiples aspects du problème qui incita Albert Einstein à écrire :‘ Rien n’aura de meilleur effet sur le bien-être physique de l’homme et n’accroîtra ses chances de survie autant que l’évolution du végétarisme. ’ " Einstein était d’ailleurs végétarien. | ||
" Devant les désastres écologiques planétaires, de poursuivre Janssen, la faillite des systèmes de santé des pays riches, l’ampleur de la famine dans le Tiers-Monde, ne resterait-il que cette solution ? Un végétarisme de nécessité, débarrassé de la compassion envers le règne animal… – je vous dis tout de suite que ce n’est pas mon cas, car je continue d’être assez marqué par la compassion envers le règne animal; mais c’est intéressant de voir que Janssen l’élimine comme argument – et des préceptes religieux récupérés par la contre-culture des années hippies? " Une question de bon sens, déclarent les experts de l’Organisation mondiale de la santé. D’autant plus que, d’un point de vue strictement médical, tous les éléments nutritifs essentiels à la vie humaine contenus dans la viande se trouvent dans les aliments d’origine végétale. " C’est maintenant un fait établi, mais il reste à savoir ce qu’on mange véritablement… ça c’est autre chose. | |||
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" Le
jour viendra où les hommes proscriront le meurtre des animaux comme ils
proscrivent le meurtre de leurs semblables. " |
" Nous n’en sommes pas là, de commenter Thierry Janssen. Cependant, si, par choix ou par nécessité, le nombre de végétariens continue de croître c’est l’organisation de la production agricole qui devra changer. Face à une demande accrue en végétaux comestibles, le recours massif aux organismes génétiquement modifiés – un autre problème qu’on n’aborde pas assez au Québec, par rapport à tout ce que je lis dans les publications européennes – trouvera-t-il alors une multiplication ? En tout cas, l’occasion d’un autre débat ", conclut Janssen.
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Les émotions et les sentiments sous le microscope de la science | |||
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Ah, les débats du postmoderne! Il faut savoir que les médias ont pour effet que nous sommes submergés par les émotions. Et les émotions, justement, font l’objet de nombreuses recherches ces années-ci : quelle époque généreuse qui est la nôtre! par le nombre de personnes qui font des recherches sur un nombre incroyable de questions qui sont soulevées! Recherches qui se recoupent, qui se complètent et l’Internet est pour beaucoup dans l’échange d’information, bien sûr, et depuis longtemps d’ailleurs. Dans le cas des émotions, je vous dirai que moi, qui ai beaucoup parlé de cette question dans le passé – il y a 20, 15, ou 10 ans –, aujourd’hui je peux me permettre de vous communiquer des choses que je n’aurais pas pu vous dire, il y a cinq ans peut-être. Oui, à ce point-là! Les émotions, c’est ce qui donne de la couleur à la vie, après tout. Elles font partie de la vie, d’un système d’adaptation au monde également qui nous entoure, qui nous presse, qui nous perturbe, ou qui nous réjouit. Parfois, j’attire l’attention sur l’importance de prendre conscience des émotions négatives [ de leur incidence sur la santé] pour s’en débarrasser le plus vite possible; pour les assumer puis les dépasser afin de ne pas se laisser gruger petit à petit par elles. Maintenant, nous allons traiter des émotions en général, et non de ce qu’on devrait en faire. | ||
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Photo : L'express, 2/12/99 |
" Sensations ultrafamilières, la peur, la colère, la joie, la tristesse sont aujourd’hui dans le collimateur de la science, qui multiplie les découvertes sur leurs mécanismes, leur chimie, leur rôle dans le grand concert que dirige notre cerveau ", écrit Sylvie O'Dy dans les premières lignes de son article, " Émotions : ce que la science nous révèle ", paru dans L'Express du 2 décembre dernier. | ||
C’est quand " coexistent chez un individu un certain nombre de composantes : changements physiologiques, modifications de l’expression faciale, variations sur les plans subjectif, comportemental et cognitif. On ne tient pas compte dans ces propos des sentiments par opposition aux émotions ", explique un spécialiste de la psychologie des émotions. Sentiment et émotions Parfois, le mot sentiment peut être glissé dans certaines recherches comme le synonyme des émotions, ce qui n’est pas le cas du tout. Je dirais qu’il faut être très prudent là-dessus parce que les sentiments supposent une intervention véritable de la raison. Par exemple, lorsqu’on dit : " J’ai, à l’égard de cette personne-là, un très grand respect ", généralement, c’est qu’on a calculé son affaire, qu’on a surmonté un obstacle, un mauvais caractère, ou je ne sais trop quoi. " Les psychologues, entomologistes de nos humeurs, sont encore divisés sur le statut de ces impressions fugaces et pourtant bouleversantes, poursuit l'auteure. Certains estiment qu’elles sont autonomes et ne rencontrent jamais les processus complexes de la pensée ", alors que d’autres, au contraire, défendent une théorie opposée : à savoir que " les émotions font appel à nos capacités cognitives (perception et raisonnement) qui leur attribuent un sens ". Quels seraient alors les sentiments? C’est tout autre chose. Mais comme il y a deux hypothèses, vous choisissez celle que vous voulez. " Notre cerveau pèse [les émotions] : bonnes ou mauvaises, nouvelles ou connues, agréables ou désagréables... ", poursuit l'auteure. Depuis peu, dans le monde scientifique, on s’est attaché à étudier le fonctionnement des neurones, pour découvrir que les secrets de notre " boite noire ", le cerveau, avec ses 100 milliards de neurones qui analysent son organisation dans ses fonctions complexes : langage, mémoire, pensée, émotions, etc. Ces structures se trouvent dans le système limbique, sait-on maintenant. Certaines recherches ont été faites par un scientifique qui s’appelle Antonio Damasio – je vous ai parlé de lui à un moment à propos de son ouvrage intitulé L’erreur de Descartes, paru chez Odile Jacob. Cet ouvrage qui a été traduit en 19 langues " démontre magistralement, dit-on ici, que raison et passion, au lieu de s’opposer, s’épousent en permanence dans nos neurones pour nous permettre de raisonner ". En voilà un de ces chercheurs qui estiment que les émotions et les sentiments pourraient être une seule et même chose. Dans un autre de ses ouvrages Le sentiment même de soi, paru aussi chez Odile Jacob, " il s’attache à décrypter les relations entre les émotions, le corps et la conscience ", dit encore l'auteure. C’est un sujet qui était jusqu’ici réservé aux philosophes, mais la science pénètre partout maintenant et nous éclaire sur beaucoup de nos obscurités. " Il [Antonio Damasio] s’intéresse en premier lieu à la façon dont notre cerveau engendre un film qui se joue en permanence dans ses méandres, un grand show multimédia, alimenté par les sens qui nous relient au monde extérieur ", explique-t-on; car ça se passe dans la tête cette représentation que l’on a du monde. On n’en a pas une perception objective, par la force des choses, car il faut nécessairement que ce soit subjectif. En effet, ce qui se passe dans ma tête n’est pas nécessairement ce qui se passe dans la vôtre. Et je peux vous dire qu’il y a des jours où je ne vous souhaiterais pas d’avoir la mienne. [rires] Puis, Damasio s’est aussi intéressé, à travers le sentiment de soi, à la conscience. Cela recoupe beaucoup ce qu’on peut trouver dans la philosophie traditionnelle. La conscience, pour Damasio, se définit à trois niveaux :
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‘ Les émotions primordiales constituent le propre de l’homme ’
Photo : Un saut à l'élastique (Source : L'express, 2/12/99) |
À un moment, il est question de Jean-Didier Vincent, et je dois avouer que ça me fait plaisir de dire qu’on en a déjà parlé, il y a un certain temps, à propos de La biologie des passions. Il nous a appris que les individus étaient inégaux dans cette recherche du plaisir, ce que d’autres chercheurs ont également clairement démontré. Certains ont besoin d’émotions fortes, alors que d’autres se contentent d’émotions moins aiguës. Chez les Américains, on les appelle les sensations seekers. Par exemple, on vous attache au bout d’un élastique et on vous laisse tomber dans le vide. Voilà l’idée.
"‘ Les émotions, affirme Jean-Didier Vincent, constituent même le fondement de l’être ’, note Sylvie O'Dy. Il distingue ce qu’il a baptisé ‘ les émotions primordiales’ – l’amour, le désir, la souffrance – des émotions ordinaires, celles que partagent les êtres humains et les animaux supérieurs. ‘ Les émotions primordiales constituent le propre de l’homme ’. […] | ||
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" L’échange
instantané d’émotions, l'entrelacs des états d’âme
s’incarnent parfois brutalement et délicieusement entre les êtres. " |
La communication émotionnelle " Chez l’homme, les émotions n’ont pas seulement pour but d’aider à survivre dans un monde hostile, elles servent aussi à communiquer. – Ah voilà le mot lâché! – Communiquer avec des mots, bien sûr, pour exprimer ce que nous ressentons. Mais pas toujours. L’échange instantané d’émotions, l'entrelacs des états d’âme s’incarnent parfois brutalement et délicieusement entre les êtres. " Vous voyez ce que je veux dire? Le coup de foudre, par exemple, oh la la! Quelle charge émotive surprenante qui déplace de l’air, qui en tout cas favorise la sécrétion des hormones… Une chose est certaine, c’est que l’éthologie ne permet pas de mettre fin à la calvitie… Si je dis cela c’est que j’ai devant moi une photo de l’éthologue Boris Cyrulnik, un bonhomme que j’aime beaucoup, sur laquelle on voit bien qu’il est très chauve. Mais il est beau dans ce genre-là… | ||
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On demande, par exemple, à une mère de ne plus laisser paraître la moindre émotion sur son visage quand elle regarde son enfant. |
Selon lui, les gestes, l’intonation, etc. qui sont des expressions de l’émotion, sont les organes de la communication intersubjective. Il rapporte ici l’expérience classique du visage immobile – et à chaque fois que je prends connaissance de cette expérience, j’en suis toujours un peu bouleversé. On demande, par exemple, à une mère de ne plus laisser paraître la moindre émotion sur son visage quand elle regarde son enfant. Qu’est-ce qui se passe? À tout coup, l’enfant pleure. Insupportable! " Les pleurs du bébé perturbé par la vue de ce masque qui n’exprime plus rien ", de noter Cyrulnik. | ||
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Autre expérience : on a filmé dans une salle d’attente de consultation de psy des enfants qui accompagnaient leur mère déprimée qui venait en consultation. |
Il y a aussi une autre expérience, que je connaissais pas, qui a été tentée et le résultat est extraordinaire. Il s’agit d’une expérience qui a été effectuée pour démontrer comment les émotions sont communiquées aux enfants sans qu’on ne s’en rende compte. On a filmé dans une salle d’attente de consultation de psy des enfants qui accompagnaient leur mère déprimée qui venait en consultation. Chaque enfant se colle à sa mère en permanence. " Après un certain nombre de séances de psychothérapie, quand la maman va mieux, on s’aperçoit que l’enfant reprend un comportement normal et explore naturellement la salle d’attente ", explique-t-on. Intéressant comme exemple. | ||
On fait aussi mention de Daniel Goleman dans ce dossier, qui est cet auteur qui a lancé le terme de L'intelligence émotionnelle, qui est d’ailleurs le titre de son ouvrage. Le QE est aussi important maintenant, paraît-il, que le QI (le quotient intellectuel). On dit ici que le quotient émotionnel teste " la capacité d’un individu à comprendre les états d’âme de ses interlocuteurs, à réagir positivement et efficacement aux situations de la vie courante, toutes baignées d’émois ". À un moment, je découvre une nouvelle expression qui me semble très intéressante : " l’intelligence sociale, qui depuis longtemps met en avant les capacités d’empathie de certains individus plus aptes que d’autres à tisser des liens avec leurs concitoyens et à démêler des situations complexes ", précise-t-on.
J’ai écrit une petite note dans la marge pour rappeler que l’intelligence sociale dépend du sentiment social, qui se développe autour de sept ou huit ans. Chez certains, le sentiment social n’étant pas très développé, du coup l’intelligence sociale n’est pas très développée non plus ou moins qu’elle pourrait l’être. | |||
Les mimiques sont un véhicule par excellence des émotions, et la lecture des expressions faciales peut s’avérer fort instructive. On parle ici de Darwin – j’en étais sûr! Darwin qui nous a fait entrer dans l’ère de l’évolution à une époque où on le caricaturait avec une tête de gorille, etc. – qui a fait ressortir dans sa théorie de l’évolution un élément important : l’expression faciale des émotions chez les hommes et chez certains animaux est très semblable.
Il y aurait six émotions de base qu’on retrouve chez tous les peuples de la Terre. Ce sont :
C’est " une classification généralement admise par les spécialistes " dit-on, avant de spécifier que d’autres, dans certains milieux, vont plus loin et en ajoutent six autres :
À un moment, on a établi le Facial Action Coding System, un répertoire de 46 composantes de base des expressions du visage humain tels que clignement de l’œil, froncement de sourcils, mouvements des lèvres, mouvements des narines, etc. L’alphabet des grimaces, pour ainsi dire. Incidemment, des travaux ont été faits pour tenter de programmer tout ça dans un robot : " Doté d'un visage de femme en silicone – agrémenté d’une perruque, de fausse dents et d’une caméra à la place de l’œil gauche – [il est] capable d’imiter les 46 mouvements de base. Cet androïde serait destiné à travailler auprès d’ouvriers et à leur sourire au bon moment, quand ces derniers affichent un moral à la baisse. " Je trouve ça effrayant comme description. |
" À l’aube du 21e siècle, plus personne ne nie l’importance de l’émotion. " |
Nous allons terminer le sujet avec ce passage : " À l’aube du 21e siècle, plus personne ne nie l’importance de l’émotion, qu’un philosophe qualifiait autrefois de ‘ pollution de la raison ’. – Il faut dire qu’ils étaient très obsédés par la raison, à une certaine époque; mais aujourd’hui, cela a, pour ainsi dire, pris toute une débarque[rires]. – Donner un rôle primordial aux émotions et aux sentiments dans notre cerveau, au-delà de l’intérêt scientifique du propos, correspond parfaitement aux tendances profondes de l’époque. " Loin des idéologies qui ont sombré avec le 20e siècle, l’individu, sa personne, ses émotions, sont au centre de tout. " C’est tellement évident qu’on peut lire les émotions sur le visage de quelqu’un, qu’il y a des gens qui n’ont pas intérêt qu’on le fasse… " Le général Augusto Pinochet en avait eu l’intuition au moment du coup d’état qui a renversé le président chilien Salvador Allende en 1973. Il vient de déclarer à son biographe qu’il portait alors en permanence des lunettes noires pour dissimuler son regard, où l’on aurait pu lire qu’il était en train de mentir. " Étonnant, non ? Dans les recherches qu’a faites Ekman, il a découvert que le contraire est vrai. " Quand on exprime une émotion avec son visage, on la ressent à l’intérieur ", affirme-t-il. C’est toute la complexité du fonctionnement du comédien qui est en cause ici. | |
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