Saison 1999-2000 | Émission du lundi 27 décembre 1999 | ||||
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L’héritage du 20e siècle Émission N° 1 Voici
donc la première d’une mini-série de quatre émissions
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La découverte de la planète Terre | |||||
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La planète Terre, considérée comme un tout, ne fut découverte qu’au cours de ce siècle. On avait auparavant découvert l’Amérique, quelques coins de l’Afrique, les îles Marquises, etc. Mais c’est au 20e siècle qu’on a pris conscience de la Terre dans sa totalité, dans son entièreté. Puisque je veux parler de quelque chose qui s’est produit dans le temps, je vais faire appel à un grand historien dont je vous ai parlé à quelques reprises : Arnold Toynbee (1889-1975).
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Homme particulièrement brillant, Arnold Toynbee était un professeur d’histoire, auteur d’une œuvre maîtresse : Study of History, en douze volumes, qu’il a écrit entre 1934 et 1961. Dans un de ses ouvrages qui résume sa pensée, La grande aventure de l’humanité, il attire notre attention sur la notion de biosphère, en rappelant que le mot a été forgé par Teilhard de Chardin. Il faut préciser que le terme avait déjà été utilisé à une époque mais c’est Teilhard de Chardin qui l’a imposé, car " le néologisme est rendu nécessaire à ce stade où nous sommes parvenus dans nos connaissances scientifiques et dans notre pouvoir sur la matière ", écrit Toynbee. Qu’est-ce que
la biosphère?
J’ai toujours été très frappé par ce concept de la biosphère parce qu’on pense à la Terre généralement comme un univers extrêmement riche, avec un sol qui n’en finit plus de produire et de se renouveler, mais il faut savoir que le volume de la biosphère est strictement limité. " Il ne contient donc qu’une quantité limitée des ressources auxquelles doivent puiser les diverses espèces d’êtres vivants pour subsister. Certaines de ces ressources se renouvellent, d’autres sont irremplaçables. Toute espèce qui abuse des ressources renouvelables, ou qui épuisent les ressources irremplaçables, se condamne elle-même à disparaître. Le nombre d’espèces éteintes qui ont laissé des traces dans les dépôts géologiques est étonnamment grand en comparaison avec celles qui existent encore ", nous dit Toynbee. Plus loin : " La caractéristique la plus significative de la biosphère est la petitesse relative de ses dimensions et l’exiguïté des ressources qu’elle offre. – Étonnant… C’est une découverte qu’on a faite au cours du 20e siècle. – Par rapport à la Terre, la biosphère est prodigieusement mince. Sa limite supérieure peut être fixée à l’altitude maximale à laquelle un avion volant dans la stratosphère peut encore bénéficier du support de l’air. Sa limite inférieure est la profondeur, sous la surface de sa portion solide dans laquelle les ingénieurs peuvent creuser et forer. L’épaisseur de la biosphère entre ces deux limites est ténue comparée à la longueur du rayon du globe qu’elle recouvre comme une peau délicate. "
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![]() Je pense que ce regard sur la planète était un regard nouveau. La Terre, ça nous paraît grand, mais on n’a qu’à retourner le sol sur une profondeur d’un kilomètre et on va trouver de la roche. La biosphère est étonnamment mince… | |||||
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" Par un acte de pensée, un être humain peut se distinguer du reste de l’humanité et du reste de l’univers physique et spirituel. " |
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À un moment, Toynbee explique que " par un acte de pensée, un être humain peut se distinguer du reste de l’humanité et du reste de l’univers physique et spirituel. Toutefois, la nature humaine – c’est-à-dire la perception et la conscience tout autant que la structure physique de l’être humain –, est également située dans la biosphère et rien de prouve que des êtres humains isolés ou l’humanité dans son ensemble aient, ou puissent avoir, la moindre existence hors de leur vie dans la biosphère. […] " Notre
biosphère, qui est le seul habitat que nous ayons eu jusqu’à présent,
est aussi le seul habitat visible que nous soyons jamais susceptibles d’avoir,
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| Toynbee rappelle que la biosphère ne se suffit pas à elle-même; il nous faut donc en prendre grand soin. |
Cet historien poursuit en disant que " la puissance matérielle de l’homme s’est aujourd’hui accrue à un degré tel qu’elle peut rendre la biosphère inhabitable. Et elle produirait effectivement ce résultat suicidaire dans un avenir prévisible si la population humaine du globe n’entreprend pas dès maintenant une action concertée, prompte et vigoureuse, pour faire échec à la pollution et au pillage que l’avidité bornée de l’humanité inflige à la biosphère. " Toynbee rappelle plus loin que la biosphère ne se suffit pas à elle-même; il nous faut donc en prendre grand soin. | ||||
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" L’homme a été le premier des enfants de la Terre-Mère à dominer la mère de la vie et à arracher des mains du père de la vie, le soleil, la force terrible de la puissance solaire. "
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" Nous nous trouvons donc aujourd’hui à un tournant de l’histoire de la biosphère et de celle, plus brève, d’un de ses produits et habitants : l’humanité. L’homme a été le premier des enfants de la Terre-Mère à dominer la mère de la vie et à arracher des mains du père de la vie, le soleil, la force terrible de la puissance solaire. L’homme a maintenant libéré cette puissance dans la biosphère, nue et incontrôlée, pour la première fois depuis que la biosphère est devenue habitable ", estime Arnold Toynbee dans cet ouvrage généreux qui s’intitule, je vous le rappelle, La grande aventure de l’humanité.
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La Terre vue de l’Espace | |||||
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Nous allons franchir une autre étape de la découverte de la planète
Terre, En 1969, l’homme a marché sur la Lune et on a pu, à partir du moment où ces voyages ont eu lieu dans l’espace, faire une découverte extraordinaire, c’est-à-dire admirer la Terre de l’extérieur. On voit maintenant tellement de reproductions de cette fameuse image en bleu et blanc de la Terre qu’on croit qu’elle a toujours été vue comme ça. Eh bien non, cela date de la fin des années soixante et ce fut une découverte étonnante. Le premier mérite de la conquête de l’espace, bizarrement, aura été de nous permettre de découvrir la Terre vue de l’extérieur. En la décrivant comme un joyau bleu et blanc, des astronautes nous en ont offert une description très séduisante dont l’astronaute Edgar Mitchell qui a été le commandant d’Apollo XIV. L’idée de responsabilité de l’humanité face à la planète Terre revient souvent dans les propos des astronautes. Il y a, par exemple, Rusty Schweickart de Apollo IX qui témoignait : " Voler dans l’espace m’a fait voir le monde sous un jour tout à fait différent. Non pas de façon superficielle – je veux dire pas visuellement, pas physiquement. Vous volez autour de la Terre toutes les 90 minutes, vous assistez à 16 levers et couchers du soleil par jour : vous faites le tour de la Terre en 90 minutes. Vous finissez par avoir un problème viscéral : pas un problème intellectuel ou théorique, mais un problème réel concernant cette planète, sa grosseur, sa petitesse. | ||||
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" Nous sommes tous là ensemble, et de plus en plus cette vérité s’installe à travers la réalité et non à travers un livre ou une émission de télévision. " |
" De plus, nous tous et tout ce que nous connaissons de cette vie dépendons de ce système imbriqué, de cet écosystème, de la biosphère de cette planète. Nous sommes tous là ensemble, et de plus en plus cette vérité s’installe à travers la réalité et non à travers un livre ou une émission de télévision. Il s’agit d’une expérience personnelle. Il s’agit d’un sentiment d’unité de toute vie sur la planète, d’une interrelation, d’une compréhension réaliste d’un lien existant entre toutes vies. À ce commentaire, on pourrait ajouter celui plus récent de l’astronaute canadien Marc Garneau : " De ce point d’observation privilégié
qu’est l’espace, contempler la Terre, La planète Terre nous est donc apparue dans son entièreté et, par la suite, notre rapport avec elle est devenu très différent de ce qu’il était dans le passé. De cela, ont émergé deux tendances : l’une qu’on appelle la mondialisation et l’autre la conscience planétaire.
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Mondialisation et conscience planétaire intégrées | |||||
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La mondialisation est une vision économiste du système planétaire mais elle n’est pas entièrement erronée, car cela représente un aspect important de la vie des individus et des sociétés : celui, entre autres, du partage et du commerce... Mais ça n’est qu’un aspect parmi d’autres, et qui aurait besoin d’être chapeauté par une conscience, une conscience planétaire qui enveloppe l’idée de mondialisation. La conscience planétaire est une vision beaucoup plus élargie et beaucoup plus consciente des responsabilités de l’homme à l’endroit de ce phénomène extraordinaire qu’est la Terre sur laquelle nous vivons. On a aussi, à travers cette idée de conscience, découvert finalement que nous existions en symbiose avec cette planète et que tout ce qui l’affecte nous affecte aussi, que tout ce qui lui réussit nous réussit aussi. Il y a comme une espèce d’interdépendance entre l’humanité et la planète.
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Cette vision a donné lieu à des réflexions remarquables de personnages comme, Joël de Rosnay dont je vous ai parlé à plusieurs reprises. À partir de son ouvrage intitulé L’homme symbiotique, il présente l’homme qui s’inscrit dans le système avec la conscience de cet échange qui existe entre nous et la biosphère. Quand il parle d’un monde à inventer, de Rosnay dit ceci : " Je suis conscient des risques d’une telle approche. Un seul superorganisme planétaire, le cybionte (l’homme cybernétique et biologique à la fois) serait le point de convergence de toutes les formes de sociétés humaines? La variété du monde ne saurait se réduire à un tel modèle simplificateur. De plus, le cerveau planétaire du cybionte (cerveaux humains, ordinateurs et réseaux de communication interconnectés), et son métabolisme d’auto-conservation (économies et énergétiques mondiales) découlent de la coévolution entre les sociétés technologiquement et industriellement avancées. " C’est
une vision d’ensemble extrêmement positive | ||||
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" La frontière qui sépare le naturel de l’artificiel devient de plus en plus floue. " |
Dans un autre chapitre de son livre, J. d e Rosnay explique : " L’homme est aujourd’hui engagé dans une coévolution avec son environnement animal, végétal, écologique au sens large, mais aussi avec les machines, les systèmes et les réseaux qu’il a créés pour survivre et assurer sa croissance et son développement. En ce sens, la frontière qui sépare le naturel de l‘artificiel devient de plus en plus flou : les outils, les machines, les objets manufacturés qui peuplent l’environnement des hommes, comme une sorte de tissu biologique extériorisé ou comme des prothèses étendant l’action de leurs sens ou de leur cerveau, sont une partie intégrante de notre évolution socio-économique et même culturelle. " J’aime
bien l’idée de prothèses, ici. " La culture et la technique, poursuit-il plus loin, coévoluent dans la société des hommes. Depuis la coévolution du cortex et du silex faisant naître la culture technique, la relation créatrice entre la parole et l’outil s’est prolongée dans celle du stylo, de l’encre et du papier, jusqu’à celle de la souris, des pixels et de l’écran de l’ordinateur. L’environnement coévolutif est à la fois mémoire et modèle comme pour la colonie de fourmis. Cet environnement culturel est culturel dans le sens où il est à la fois mémoire et potentiel de transmission d’informations et de comportements de génération en génération. […] La coévolution conduit à l’émergence progressive des fonctions vitales du cybionte : […] la maîtrise de l’énergie, des matériaux, des échanges par l’industrie et l’économie ", etc. | ||||
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" Pour simplifier, je considère le cybionte comme la forme la plus avancée d’un cerveau planétaire en cours de constitution. " |
À un moment, de Rosnay parle du cerveau planétaire : " Pour simplifier, je considère donc le cybionte comme un organisme planétaire unique. Plus particulièrement comme la forme la plus avancée d’un cerveau planétaire en cours de constitution. – On part de la planète telle qu’elle existe, de sa biosphère qui est si fragile, et l’on aboutit, grâce à une technologie extrêmement performante qui est celle dont nous avons hérité, en particulier au 20e siècle, qui nous permet d’agir et de réagir sur ce milieu d’une manière tellement vaste qu’on peut maintenant parler de cerveau planétaire. " Nul nécessité pour le moment de déplacement d’ensemble. Sa vie de parasite de Gaïa lui fournissant l’énergie nécessaire de sa survie ", ajoute l’auteur. C’est
vrai, quand on y pense, " Le cybionte prend ainsi de vitesse toute autre forme de macro-vie en cours d’émergence. " | ||||
![]() James LOVELOCK |
Précédemment, j’ai mentionné une date : 1969, en rappelant que cette année-là l’homme a marché sur la Lune et que ce sommet dans la conquête de l’espace nous a permis de faire un certain nombre de découvertes dont la plus importante est celle de notre propre planète. Et c’est en 1969 également que James Lovelock, un scientifique britannique, a proposé le concept de Gaïa – en grec le nom de la Déesse-Mère, la Terre. Il voulait par ce concept désigner la planète, qu’il considérait vivante. " Concept controversé, commente de Rosnay, mais métaphorique et fécond, si on se débarrasse de certains présupposés. Lovelock applique l’approche systématique et la cybernétique à l’écosystème Terre dans sa globalité. […] L’hypothèse de Lovelock est séduisante. Elle s’impose instinctivement, et souvent de manière émotionnelle. […] Elle relève de l’intuition, de la compilation et de l’interprétation, d’écrits d’autres auteurs – car il n’est pas le premier à avoir considéré qu’il y avait une dimension vivante à notre biosphère. Cette
métaphore Gaïa est extrêmement utile : " Gaïa est malade, fait-il observer. L’homme agit comme un parasite mettant en danger son équilibre. L’effet de serre est la fièvre de Gaïa. Le trou dans la couche d’ozone, le cancer de la ‘ peau ’ qui l’entoure. Les pluies acides, les pollutions par déchets solides et la pollution de l’eau, ses maladies digestives. " Toute cette description qui fait partie de la démarche de Lovelock, je la reprends du livre de Joël de Rosnay, L’Homme symbiotique, car il accorde dans cet ouvrage une place très importante au travail de Lovelock. Maintenant, dans la mesure où l’on peut considérer que cette planète est vivante et qu’on lui ajoute une dimension technologique grâce à toutes nos découvertes récentes, on peut aussi parler d’un cerveau planétaire avec tous ses réseaux qui recouvrent la planète entière (les fils électriques, les fils de téléphone, la radiophonie, etc.) et en font une planète vivante. Non seulement dans le sens où l’entend Lovelock, c’est-à-dire purement biologique, mais aussi vivante dans le sens sociologique que peut l’être une ville ou une culture. Cela suppose une " relation symbiotique entre l’économie et l’écologie pour assurer les bases durables de l’autoconservation et de la coévolution de Gaïa et du cybionte ", affirme de Rosnay.
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À propos de ces désirables bases durables, Joël de Rosnay précise : " C’est ce que contient en substance l’importante notion de ‘ développement durable ’, concept qui ne fait cependant pas ressortir la réelle complémentarité entre écologie et économie. C’est pourquoi je propose celle de ‘ développement adaptatif régulé ’. " Au-delà de simples considérations ‘ écologiques ’, cette notion met l’accent sur la nécessité vitale de recherche des voies de symbiose plutôt que de poursuivre celle du parasitisme – condamné à terme – ou de la coexistence stérile de Gaïa et du cybionte. Avec, bien sûr, le risque de l’élimination de l’espèce humaine à la suite de réactions d’ensemble, de rééquilibrage ‘ égoïste ’ de l’écosystème…" Telle est la menace qui pèse sur nous.
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| Nous sommes en train de mettre au point une technologie, qui constitue un système nerveux pour une planète entière, et dont chacun d’entre nous est une des cellules vivantes. |
J’ai soulevé tout à l’heure l’hypothèse de Joël de Rosnay car c’est un auteur qui arrive à faire une excellente synthèse de toutes ces recherches qui ont été menées pour nous amener à penser que nous sommes effectivement en train de mettre au point une technologie qui constitue un système nerveux pour une planète entière, dont chacun d’entre nous est une des cellules vivantes qui a un rapport avec cette technologie. Tout cela constitue un cerveau mais il n’est pas entièrement technologique : il est également biologique, en quelque sorte, dans la mesure où ce cerveau véhicule des pensées, des visions, des objets, des sujets et surtout des projets qui sont issus du cerveau humain collectif. | ||||
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Il s’agit de visions dynamiques et relativement positives mais avec toujours un bémol… |
Remarquez qu’à travers l’enthousiasme de Toynbee, de Lovelock, de Joël de Rosnay, de Teilhard de Chardin et de tous ces autres personnages qu’on a mentionnés à l’émission, s’ajoutant à tous ceux auxquels vous pouvez penser – car ils ne sont pas les seuls à avoir véhiculé ce genre d’informations – vous avez pu constater que, dans tous les cas, il s’agit de visions dynamiques et relativement positives mais avec toujours un bémol quelque part qui se résume à : Si
on se rend là… C’est un autre aspect que j’aimerais maintenant aborder, bien que ça ne soit pas le plus gai : la possibilité que nous soyons déjà par notre bêtise entraînés dans la sixième extinction de cette planète.
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La menace d’extinction nous guette-t-elle? | |||||
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La sixième extinction, c’est justement le titre d’un ouvrage de Richard Leakey et de Roger Lewin. Leakey est un spécialiste de paléo-anthropologie de renommée internationale. Il faut savoir que, depuis le moment où la Terre s’est formée comme telle dans l’espace, son histoire a été ponctuée d’extinctions de masse qui, par cinq fois, ont détruit jusqu’à 95 % des espèces vivantes. La dernière en date remonte à soixante quelque millions d’années et même au-delà. Mais je ne veux pas m’engager trop loin sur ce terrain scientifique, car c’est surtout ce qui découle de cette prise de conscience qui m’intéresse particulièrement. Cette explosion causée par la rencontre de la Terre avec un météorite colossal a creusé un trou énorme du côté du Yucatan. Par ailleurs, en soulevant tellement de poussière que ça a empêché le soleil, apparemment, de continuer son œuvre de photosynthèse sur la planète, ce qui aurait entraîné l’extinction des dinosaures. En parlant d’extinction totale, en voici une. Où sont passés les dinosaures? Eh bien, ils se sont éteints, tous. Je vous aurai tout dit… Dans ce livre surprenant,
" Peut-être sommes-nous un accident de l’Histoire, mais on ne peut contester que Homo sapiens soit aujourd’hui l’espèce dominante sur la Terre. Nous sommes apparus tardivement sur la scène de l’évolution, à une époque où la diversité sur la planète était proche de son maximum absolu. " Comme ils l’expliquent dans un chapitre antérieur, " nous sommes arrivés armés de la capacité de détruire cette diversité partout où nous allons. Heureusement doués de raison et de réflexion, nous allons vers le 21e siècle en façonnant notre propre monde : un monde essentiellement artificiel où la technologie apporte le confort matériel (à certains au moins), et où le temps nous est laissé pour nous consacrer plus que jamais à la création artistique. – C’est un peu ironique aujourd’hui de parler de société des loisirs… " Malheureusement notre raison et notre réflexion ne nous ont guère empêchés d’exploiter les ressources biologiques et physiques de la Terre, collectivement et à un degré jamais atteint auparavant ", estiment les auteurs.
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" La nature décline tandis que nous prospérons. " |
Plus loin, ils expliquent que " la raison et la réflexion dont l’évolution nous a progressivement dotés nous ont donné une flexibilité de comportement telle que notre espèce est capable de se multiplier dans pratiquement tous les environnements terrestres. […] Nous suçons le reste de la nature pour en tirer notre subsistance d’une façon jamais atteinte auparavant. La nature décline tandis que nous prospérons. |
‘ Peut-être est-ce une règle de l’évolution que l’intelligence se détruise elle-même? ’ |
" Comme l’a dit Edgar Wilson, nous sommes une ‘ anomalie de l’environnement ’. Les anomalies ne peuvent persister éternellement, elles finissent par disparaître. ‘ Peut-être était-il écrit que l’intelligence viendrait par erreur à cette espèce, et serait fatale à la biosphère ’, ose avancer Wilson. ‘ Peut-être est-ce une règle de l’évolution que l’intelligence se détruise elle-même? ’ Et même s’il ne s’agit pas d’une ‘ règle ’, est-ce là une conséquence presque normale? " " Notre préoccupation est la suivante, affirme les auteurs : peut-on empêcher cette fatalité? " Et c’est avec cette question qu’on va terminer cette émission, en nous souvenant que, d’après ces penseurs, si la sixième extinction est commencée, elle serait surtout due à l’espèce humaine. Pour la première fois, contrairement aux autres extinctions.
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