L’artiste multiple qu’était Serge Reggiani a traversé les époques. Il a assuré sa place parmi les grands de la chanson du 20e siècle en chantant les poètes Prévert, Vian, Aragon et bien d’autres. Il a établi son empreinte sur la mémoire collective en interprétant des rôles intemporels au cinéma comme au théâtre. Décédé en 2004, il était ce troubadour mi-joyeux, mi-triste qui a vogué, dans sa vie personnelle et sur scène, entre les moments de grand bonheur et les épisodes dramatiques.
Serge Reggiani est né le 2 mai 1922 à Reggio-Emilia, en Italie du Nord. En novembre 1930, la famille Reggiani fuit le fascisme de Mussolini et se réfugie en France. Serge, qui a presque 10 ans, apprend le français et devient premier de sa classe. Cependant, c’est le sport qui l’intéresse le plus et en particulier la boxe qu’il pratique passionnément. À 13 ans, il quitte l’école pour suivre les traces de son père barbier. Les ciseaux et le peigne ne le retiendront pas longtemps.
Le jeune Serge rêve depuis toujours d’une vie de saltimbanque. Il commence à se produire dans les bistrots du quartier où il improvise des sketches et déclame des poèmes en compagnie d’un copain. Serge chante dans les noces et banquets, obtient de petits rôles de figuration.
Diplômé du Conservatoire des Arts cinématographiques en 1937, il débute sur les planches dans des oeuvres de Sartre et de Cocteau puis se tourne vers le cinéma. Il décroche son premier rôle au grand écran en 1942 dans le film Le voyageur de la Toussaint de Louis Daquin.
En 1946, il brille dans Les portes de la nuit de Marcel Carné et, en 1952, avec Simone Signoret dans le premier grand rôle de sa carrière pour le film Casque d’or de Jacques Becker. En 1962, il tourne auprès de deux cinéastes renommés. Il est au coeur du succès de deux chefs-d'œuvre du cinéma européen : Le Doulos de Jean-Pierre Melville, et Le guépard de Luchino Visconti. Le comédien et chanteur n’oublie pas la mère patrie puisqu’il tourne une poignée de films en Italie.
La rencontre décisive, au milieu des années soixante, de Jacques Canetti, grand découvreur de talents, lui ouvre les portes du succès et de la célébrité. Celui-ci conseille à Serge de se mettre à chanter. Le chanteur en herbe a déjà la quarantaine bien entamée. Naît alors un premier projet d’album consacré à Boris Vian, qui sortira en 1964. La même année, Serge Reggiani fait la première partie du spectacle de Barbara à Bobino. Il reçoit de la Dame en noir des enseignements qui lui serviront toute sa vie. Dès lors, tout s’enchaîne.
En 1967, c’est l’explosion, les radios s’entichent du disque et les ventes sont rapidement vertigineuses. Du jour au lendemain, Serge devient une énorme vedette. Les années 70 seront pour le chanteur l’occasion d’asseoir son style, de tendre la main à de jeunes auteurs-compositeurs, Maxime Leforestier notamment, et de chanter leurs créations.
Il collabore avec Michel Legrand, remplit les salles pendant plusieurs soirées en France comme à l’étranger. Il fait aussi la rencontre déterminante de Claude Lemesle, celui qui deviendra son parolier principal.
Le cinéma et le théâtre sont toujours dans sa vie, mais jamais aussi importants que la chanson. Son intérêt pour la scène diminue grandement à la mort par suicide de son fils Stéphan en 1980. L’abus d’alcool vient miner son énergie durant cette période creuse.
La carrière de Serge Reggiani représente plus de 30 années d’enregistrement, depuis 1968, couronnée par la sortie en novembre 1992 d’un double coffret intégral. En 1989, il enregistre son album intitulé Reggiani 89 en hommage aux prénoms célèbres : Camille (Claudel), Pablo (Picasso), Maximilien (Robespierre), Charlie (Chaplin)...
Doué de multiples talents, Serge est également écrivain, il publiera entre autres, un recueil de souvenirs intitulé Dernier courrier avant la nuit.
La fin de sa vie sera plutôt consacrée à une nouvelle passion, la peinture. L’artiste peint depuis les années 80 et expose en France et en Europe.
Serge Reggiani meurt d'un arrêt cardiaque à son domicile parisien le 22 juillet 2004, âgé de 82 ans.
Pour en savoir plus à propos de Serge Reggiani, nous vous proposons les lectures suivantes : Serge Reggiani - Un enfant de mon âge, Marque Pages Éditions Dernier courrier avant la nuit, Serge Reggiani, éditions l'Archipel La question se pose - Autoportrait, Serge Reggiani, éditions Robert Laffont